Olympe et le plafond de verre

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lundi 8 décembre 2014

Monarchies héréditaires

J'avais été étonnée de ne pas lire grand chose lors du couronnement du Roi d'Espagne sur le fait qu'étant le plus jeune des 3 enfants du précédent monarque il ne devait son titre qu'au fait d'être un garçon. 

On pouvait, il est vrai,  admettre que depuis sa plus tendre enfance il avait été préparé à cette fonction, ce qui n'avait pas été le cas de ses soeurs. Difficile dans ces conditions de tout remettre en cause à 45 ans. 

J'ai d'ailleurs trouvé des articles évoquant un possible changement de loi, notamment lors de la naissance de la seconde fille de Felipe. Je ne sais pas si cela a abouti.

Même chose pour Albert de Monaco, puisque sa Soeur Caroline est l'ainée.

Mais j'ai eu l'impression de tomber dans une faille temporelle en lisant cet interview donné par Albert de Monaco à Paris Match, qui l'interrogeait sur le sort de ses jumeaux à naitre. Il a déclaré sans rire "En cas de jumelles ou de jumeaux, ce sera la première ou le premier qui verra le jour. Dans le cas d'un garçon et d'une fille, ce sera le garçon. Dans le cas de jumelles, et si un garçon venait agrandir notre famille par la suite, c'est à lui que reviendrait le titre de prince héréditaire».

Voilà ! Mais Monaco n'est évidemment pas un modèle, ni un enjeu fondamental pour l'Europe. La grande Bretagne avait réglé la question au moment de  la naissance du petit Georges , comme cela avait déja été le cas en Belgique, au Danemark et en Suède. 

Notez qu'Albert prend la peine de préciser que l'ainé sera le premier à voir le jour.  C'est que la presse people, toujours à la recherche d'informations croustillantes et de scoop pour tenir en haleine ses lecteurs, s'était interrogée là dessus cet été. Il y a encore des gens pour croire que l'ainé de jumeaux est le second né. Croyance qui provient de représentations proprement moyenâgeuses : le premier bébé conçu serait le premier à s'accrocher dans l'utérus et prendrait la bonne place du fond ! ou alors que le premier entré (sous forme de spermatozoide donc) serait logiquement au fond du réceptacle. Il y a des journalistes, et des journaux comme Le Point pour faire un article à partir de telles inepties. Stéphane Bern avait été appelé à la rescousse et rappelé qu'il s'agissait d'une tradition pas d'une obligation. Il parait  même que les médecins du rocher préfèraient ne pas se prononcer. 

Je ne veux pas discuter ici du bien fondé des monarchies héréditaires. Mais je ne vais pas résister au plaisir d'évoquer cette très récente découverte : l'analyse de l'ADN de Richard III d'angleterre , dont les ossements ont été retrouvés en 2012, a montré que l'actuelle reine n'était pas l'une  de ses descendante directe. Concrètement ;"entre l'époque de Richard III et la notre, l'une des femmes de la famille a choisi pour son enfant un père qui n'était pas son époux" .

On comprend pourquoi tant de précautions sont nécessaires pour contrôler les femmes...

dimanche 7 décembre 2014

Paris des femmes

En 2012 3 femmes du monde de la culture Véronique Olmi, Michèle Fitoussi, Anne Rottenberg ont  décidé de permettre à des femmes autrices de voir leur travail mis en scène.

Parce que personne ne sera surpris d'apprendre que 85% des pièces jouées en France sont écrites par des hommes.

Depuis, chaque année, elles proposent un thème, "la vie mode d'emploi " en 2014,  "le meilleur des mondes" pour cette 4eme édition. 

9 autrices sont sollicitées pour écrire un texte dont elles sont assurées qu'il sera joué, ce qui est rare . Les consignes sont minimalistes : chaque pièce doit durer 30mn, pas plus de 3 personnages, ni décors, ni accessoires. 

Il se trouve par contre que les metteurs en scène sont des hommes, l'objectif pour les créatrices de l'évènement étant de focaliser l'action sur les autrices.

Il est d'ailleurs intéressant de noter que lors de la présentation du programme 2015, à laquelle j'avais été invitée, la féminisation du terme "auteur" a fait l'objet d'une discussion. Le choix a été fait de retenir celui d'"auteure" car le mot "autrice" est souvent accusé d'écorcher les oreilles, alors qu'il semblerait plus conforme aux règles du français. On peut pourtant noter que "spectatrice", "actrice", "lectrice" ou "réalisatrice" ne posent aucun problème. C'est que "autrice" a aussi une connotation militante féministe. Ce n'est certainement pas un hasard. 

Donc, si vous aimez le théâtre, et si vous habitez Paris, car pour l'instant ces spectacles ne sont joués qu'une seule fois, au Théatre des Mathurins, ce qui est bien dommage, vous pouvez réserver vos soirées des 9/10/11 janvier 2015 . Plus d'infos sur le site Paris des femmes

samedi 29 novembre 2014

De la facilité d'être serein quand on est du bon côté

Il y a quelques semaines 140 députés ont interpellé le Président de l'Assemblée suite à la sanction infligée par Mme Mazetier à un collègue qui s'obstinait à l'appeler "Madame Le président" .

Je ne vais pas revenir ici sur la question du langage, mais sur l'impression générale que cherche à donner cette lettre. Le vocabulaire utilisé oppose en effet le "ridicule" de cette affaire "risible" à la "sérénité", "la bonne entente" et le "respect mutuel" dont a besoin l'Assemblée pour ses débats.

Une expérience simple, récemment remise au gout du jour sur Le démotivateur, m'a parue tout à fait en rapport avec cette histoire. 

L'expérience

Une fois les élèves assis à leur place, le professeur pose une corbeille juste devant le tableau et demande à chacun d'y lancer une boule de papier. Il pourrait proposer que cet exercice soit noté.

Evidemment, ceux qui sont assis au premier rang, juste en face de la corbeille sont largement avantagés.

En conséquence, plus les élèves sont mal placés, plus ils doivent se lever, se déhancher, s'agiter pour mieux viser.

Et plus ils protestent et se plaignent de l'injustice de l'exercice, car ceux du 1er rang, même si ils s'en rendent compte, mesurent assez mal la difficulté rencontrée par leurs camarades.

Il est bien plus facile de rester calme et serein lorsqu'on est en position de réussir et, pour en revenir à l'Assemblée (ou à tout autre lieu) il est bien plus facile d'évoquer la sérénité et le respect mutuel  lorsqu'on se sait légitime, et considéré comme tel, que lorsqu'on se sent sans cesse remis-e en question et dans l'obligation permanente de se justifier.

Bref, et en caricaturant à peine tant cette affaire est exemplaire, on en arrive facilement à considérer comme risibles et ridicules (on pourrait dire féministes hystériques) des femmes qui revendiquent le "respect mutuel" qui ne leur est pas accordé d'emblée

Le dessin a été réalisé spécialement pour mon blog par Sean .  Tous droits réservés

mardi 18 novembre 2014

Monotonie vestimentaire

Les Nouvelles News reviennent sur ce présentateur Australien qui a porté le même costume (enfin on espère qu'il en avait au moins deux identiques)  à l'antenne pendant 1 an sans susciter la moindre remarque. Il voulait ainsi montrer, et ce fut probant, qu'à la différence de ses consœurs dont les tenues ou les coiffures étaient sans cesse commentées, il n'était jugé que sur son travail.

On peut mettre cette histoire en parallèle avec les récents propos du patron de Facebook expliquant son éternelle tenue jean, t-shirt gris et sweat «Je veux simplifier ma vie afin d’avoir le moins de décisions possibles à prendre en dehors de mon service à la communauté».  J'aime assez l'analyse de Slate sur ces propos.

On se demande bien pourquoi les femmes ne font pas la même chose, c'est à dire adopter une tenue neutre pour aller au travail, et s'y tenir. Cela leur éviterait de subir des commentaires et leur épargnerait le soupçon de futilité, puisque pendant qu'elles choisissent le foulard qui ira bien, Mark Zuckerberg est probablement déjà en train de changer le monde.

Oui, mais non. ça ne marcherait pas de toute façon.

1ere raison : les femmes ne peuvent pas impunément se comporter comme les hommes

C'est vrai dan tous les domaines, j'en ai souvent parlé ici, quand un homme tape du poing sur la table on dit qu'il fait preuve d'autorité, si c'est une femme qu'elle perd les nerfs, quand un homme montre une ambition c'est bien légitime une femme est arrogante etc etc.

Alors une femme qui s'habillerait habituellement d'une tenue masculine comme un costume sombre avec cravate, ou d'un jean et t-shirt gris n'échapperait certainement pas aux commentaires sur ses vêtements, et ce ne serait pas à son avantage.  Elle apparaitrait comme peu féminine, rigoriste ou au contraire négligée. On se souvient d'ailleurs qu'il n'y a pas si longtemps que c'est autorisé.

Un bon exemple est celui d'Angela Merkel qui a habilement résolu la question en portant quelque chose qui ressemble à un uniforme masculin : pantalon veste mais sans cravate (faut pas exagérer quand même, la cravate est une représentation trop phallique) et en y mettant de la couleur. 

Eh bien ce choix fait régulièrement l'objet d'articles dans la presse allemande.


veste_merkel.JPG

Et cela fait, en principe, partie des compétences des femmes que de savoir s'habiller et se coiffer,   dans le style adapté aux circonstances. Comme pour les hommes les codes existent, on ne s'habille pas de la même façon si on travaille dans un ministère, dans la pub ou dans une usine, mais ils sont infiniment plus complexes. Tout écart est largement interrogé voire sanctionné : que l'on pense à la robe de Cécile Dufflot ou à la coiffure de NKM .


2eme raison : beaucoup de femmes y tiennent

Les petites filles et les petits garçons n'apprennent pas les mêmes comportements vestimentaires. S'habiller selon les règles de son groupe est un élément de socialisation et nous trouvons du plaisir à partager avec nos pairs des jeux, des conseils, des barrettes ou des billes, nous aimons aussi nous comparer avec eux.p

A l'âge adulte beaucoup de femmes continuent à apprécier les activités qui consistent à soigner son apparence, à jouer avec des vêtements pour affirmer , ou cacher, une personnalité, à essayer de nouvelles coupes ou de nouvelles couleurs.

Pour d'autres c'est une corvée, ou cela les indiffère

3eme raison : c'est une façon de revendiquer sa différence

Les femmes, et c'est très visible chez les femmes politiques, portent de plus en plus des tenues féminines : c'est à dire colorées, avec des chaussures à talons, des styles et des coupes variées. Dans les années 70/80 elles semblaient plutôt vouloir se fondre dans la masse

On pourrait y voir l'équivalent de l'exigence de féminisation des titres et du vocabulaire :  la demande d'être reconnue dans ce qu'elles sont, c'est à dire pas des hommes. 

Et ça c'est un enjeu de taille.

vendredi 7 novembre 2014

Et pendant ce temps Simone Veille

J'avais été invitée à l'avant première de cette pièce pièce qui est actuellement jouée à la Comédie Bastille.

Et je dois dire que j'ai beaucoup ri. C'est du café théâtre de bonne facture, féministe militant, vraiment militant, sans prise de tête. 

3 femmes se retrouvent et parlent de leur vie dans les années 50, puis ce sont leurs filles, leurs petites filles .... Un voyage à travers les décennies qui permet de  mesurer les évolutions dans la vie des femmes depuis 60 ans.

Le tout commenté et dirigé  par une maitresse de cérémonie qui semble être une Coluche en jupon et que j'ai trouvée désopilante.

N'attendez pas d'y apprendre avec précision l'histoire du féminisme car certains évènements sont quelque peu amalgamés, mais vous pourrez en ressortir avec le sentiment de participer à une course de relais et d'avoir un témoin à faire passer

MHF aussi a bien aimé

 

Des liens pour le week end #8

Cette semaine, des liens en rapport avec des objets ou des vêtements

- l'histoire des Tampax. Je ne connaissais pas ce blog qui mérite d'atterrir dans votre reader.

- le soutien gorge a officiellement 100 ans

- pourquoi les écossais portent des kilts

- le top de 10 blogs féminsites choisis par le magazine Marie-France . En réalité il y en a désormais beaucoup plus

je vous invite aussi, si vous êtes sur  twitter, à consulter  le hashtag #agressionnondenoncee

 qui a généré depuis mercredi plusieurs milliers de tweets au Canada. Lancé par la Fédération des femmes du Québec il reprend un hashtag en anglais #BeenRapeNeverReported (littéralement avoir été violée et n'avoir jamais dénoncé). Il faisait suite à des plaintes concernant un animateur de radio très connu au Canada et accusé d'avoir violentées plusieurs femmes

Parmi les milliers de témoignage ainsi recueillis celui de la journaliste Michèle OUIMET  est particulièrement fort. Elle y explique non seulement pourquoi elle n'a pas porté plainte, mais aussi,  ce que beaucoup de gens ne comprennent pas,  pourquoi elle ne s'est pas défendue.

Image Eugénia Lolli, trouvée sur La boite verte

jeudi 6 novembre 2014

Et si l'artiste, le génie, était une femme ?

Et si Banksy était une femme ? c'est le titre d'un article récent. Banksy est un artiste qui couvre de ses dessins et peintures des espaces divers notamment dans la rue, c'est illégal et il le fait anonymement. Quelques chanceux ont réussi à vendre, très cher, les murs découpés sur lesquelles il avait apposé ses oeuvres.

De nombreuses hypothèses circulent sur son identité, mais il ne s'agit que de spéculations car personne ne peut affirmer l'avoir aperçu. Pourtant, nul ne s'était posé la question de son sexe.  Et c'est bien cela qui est intéressant car cette histoire révèle la façon dont notre jugement est influencé sans que nous nous en rendions compte.

Au départ nous ne savons rien, sinon que quelqu'un (s'agit il d'ailleurs toujours de la même personne ?), plutôt doué, prend la peine de dessiner sur des espaces extérieurs. Mais notre cerveau, qui a besoin de représentations va se fier à quelques indices pour construire sa propre image de Banksy

- Premier biais, pas des moindre et qui justifie le difficile combat contre le masculin soi disant neutre : quand nous allons parler de cet artiste nous allons dire "Il a fait ceci, ou cela ", et l'image qui vient est automatiquement celle d'un homme.

- Second biais, nous allons nous référer à notre catégorie interne des  "artistes peintres doués". Et, oh surprise ! , il s'y trouve une immense majorité d'hommes (c'est d'ailleurs pour cela que certains en concluent que les femmes n'ont aucun génie). 

- Enfin, comme nous le savons toutes et tous, la rue et un espace plutôt masculin et, de plus,  certaines de ses oeuvres ont nécessité des prises de risques certaines. Or les hommes prennent habituellement davantage de risques que les femmes (ce n'est pas un stéréotypes, les statistiques des urgences en attestent). De plus, pour échapper à toutes observations il doit être agile et rapide. C'est plus facile en jean et tennis qu'en jupe et escarpins.

Et nous voila, avant même d'y avoir réfléchi, avec l'image d'un Banksy homme.

Cet article fait écho à un autre, que j'avais lu quelques jours plus tôt,  qui envisageait l'hypothèse que certains des chefs d'oeuvre de JS Bach aient pu être écrits par sa femme.

Les conditions sont différentes, il était, jusqu'à une période assez récente, quasi impossible pour une femme de faire valoir ses qualités artistiques ou de se faire éditer. La meilleure solution consistait donc à le faire sous le nom d'une autre personne , un homme évidemment.  Elles pouvaient aussi, le cas le plus connu étant celui de George Sand prendre un pseudo masculin.

Et celles qui se lançaient devaient affronter des préjugés qui attribuent d'emblée ce que Bourdieu appelle "un coefficient symbolique négatif" à toute action réalisée par une femme, quand ce n'est pas moqueries et propos péjoratifs (ex : des bas bleus).

mercredi 15 octobre 2014

Expo : Héroïnes dans la BD

Dans le hall du Conseil Régional du Rhône, j'ai pu voir l'exposition Héroïnes H/F dans la BD . Celle-ci propose de renverser le regard sur les personnages principaux de la bande dessinée : et si le personnage principal n’était pas Gaston, mais Mademoiselle Jeanne ? Si Tintin ou Astérix étaient des femmes ? Laissant carte blanche à 30 auteurs de bandes dessinées, l’exposition montre des planches uniques (vous pouvez les voir ICI), auxquelles sont associés les commentaires et analyses d'universitaires (qui sont ICI). C'est très intéressant et j'ai sélectionné quelques passages.
(morceaux choisis, les textes ne sont donc pas de moi)

1/ La femme dans le frigo

Dans la BD (tout comme dans les films ou les romans), la présence des femmes, leur importance et la façon dont elles sont présentées dépendent avant tout du type d’histoire que le scénariste désire raconter. Tous les personnages étant au service de l’intrigue, ils ont une fonction narrative et n’existent pas simplement pour eux-mêmes : il serait donc absurde (et néfaste pour la liberté artistique des auteurs) d’exiger la parité absolue au sein de chaque album. Ce qui pose problème, ce n’est pas tel ou tel scénario en particulier ; c’est plutôt l’existence d’habitudes tenaces et souvent inconscientes dans l’écriture, qui font que les mêmes schémas d’interaction homme/femme vont se reproduire d’une œuvre à l’autre et, de façon plus générale, influencer notre perception du rôle des femmes. Pour lutter contre cela, il est nécessaire d’identifier ces schémas récurrents. Le plus connu d’entre eux est celui de la demoiselle en détresse dans lequel le fait de porter secours à une femme devient l’objectif de la quête c’est une manière simple et efficace de justifier le fait que le héros parte à l’aventure. Tout irait bien si ce schéma affectait indifféremment les deux sexes mais, sauf cas exceptionnel, ce sont bien les femmes qui se voient attribuer ce rôle passif de second plan.

Un autres schéma, moins connu mais tout aussi présent, est celui de la «femme dans le frigo». L’expression women in refrigerators a été inventé en 1999 par Gail Simone, scénariste de comics américaine, pour dénoncer le fait que les personnages féminins sont souvent tués, torturés ou privés de leurs pouvoirs dans le seul but de faire avancer l’intrigue. Le terme fait référence à un épisode de Green Lantern dans lequel le personnage principal retrouve sa petite amie découpée en morceaux et placée au réfrigérateur par le méchant de l’histoire ; la perte de celle-ci va ensuite servir de motivation pour le héros qui trouvera dans son désir de vengeance les ressources nécessaires à la victoire.

2/ Les ciseaux de Seccotine

Les frasques du Petit Spirou nous paraissent bien innocentes (suffisamment, en tous cas, pour apparaître en tête de gondole des rayons jeunesse), même lorsque le jeune garnement s’apprête à couper aux ciseaux, par surprise, le maillot de bain d’une inconnue. Mais que se passerait-il si une petite fille en faisait de même pour un homme ?

Ce que nous montre cette inversion, c’est le fait que la société ne considère pas de la même façon la sexualité des jeunes garçons et celle des jeunes filles la curiosité des premiers semble naturelle, en rapport avec l’idée que les hommes ont «naturellement» plus d’appétit sexuel et sont incapables de se contrôler . Au contraire, on estime que les petites filles doivent être protégées, que leur rôle est toujours celui d’une proie potentielle il est donc dérangeant de les voir endosser un rôle de prédateur.

3/ Pourquoi si peu de femmes dans la bande dessinée humoristique ?

Pourquoi cette relative absence des femmes dans la bande dessinée humoristique ? Cela tient à l’un des grands paradoxes de la pratique humoristique on évoque souvent le rôle que peut jouer l’humour dans la lutte politique, tout en remarquant qu’il peut parallèlement renforcer les rapports de domination sociale en recourant à des stéréotypes. L’humour des dominés est en soi une réalité complexe il est difficile de prendre pour cible les dominants car ce sont eux qui fixent les règles du comique il faut alors respecter celles-ci et donc rire des mêmes cibles que les dominants, c’est-à-dire de soi-même.

On a souvent remarqué que l’humour féminin était essentiellement une forme d’autodérision, reconduisant les codes comiques masculins pour se les appliquer soi-même et ainsi tenter de récupérer la maîtrise de sa propre image. Si une femme se risque à rire des hommes, son discours sera dit féministe, toute mise en question du pouvoir du dominant étant ainsi neutralisée en lui donnant l’apparence d’une idéologie portée par quelques empêcheuses de tourner en rond vindicatives.

Une héroïne de bande dessinée humoristique se trouverait donc, en l’état des choses, dans une situation intenable soit elle accepte de rire d’elle-même et donc de se nier en apparaissant sous les traits d’un stéréotype, soit elle rit des autres mais revendique alors une idéologie et prend le risque de ne toucher qu’un public de converti.e.s. Sur des espace plus libres, tels qu’Internet, les blogueuses parviennent à faire de la bande dessinée humoristique et annoncent une réelle évolution des pratiques, mais que faire dans les grands circuits de distribution, contraints de respecter des attentes qu’ils n’ont pas conscience de fixer eux-mêmes ?

4/ Le syndrome de la Schtroumpfette

Certaines notions ont été forgées de façon très anodine, sur un site ou dans un journal, avant d’être récupérées par toute la communauté internet et d’accéder au rang d’outil critique courant. Par exemple, on entend parfois parler du « syndrome de la Schtroumpfette » (the Smurfette principle), qui est employé de nos jours pour désigner le fait que la présence d’une seule femme dans un groupe (notamment professionnel) sert d’alibi pour ne pas avoir à pousser plus loin la réflexion sur la parité. Dans ce type de cas, les femmes sont finalement perçues comme une minorité qui doit avoir sa représentante, mais pas vraiment comme des collaboratrices dont la présence serait banale et normale. C’est donc une bonne intention qui aboutit à un résultat mitigé.

La paternité (ou la maternité ?) du terme revient à Katha Pollitt qui l’a employé en 1991 dans les pages du New York Times. Elle y critique spécifiquement les dessins animés et les livres pour enfants, dans lesquels des groupes de garçons sont fréquemment flanqués d’un unique membre féminin fortement stéréotypé (du Muppet Show aux Tortues Ninja), véhiculant l’idée que les femmes sont minoritaires, subalternes, et définies par leur genre plus que par leur personnalité.


Notons au passage que la Schtroumpfette est ici licenciée, car elle est trop sexy Sa robe est courte ! Mais que dire de tous les autres schtroumpfs qui se baladent torse nu… et dont on voit la queue ?

5/ Le Bechdel

 C’est encore une dessinatrice de BD américaine, Alison Bechdel, que l’on doit le fameux test qui porte son nom. Le Test de Bechdel permet de déterminer si un scénario laisse une vraie place aux femmes, ou si celles-ci ont seulement un rôle mineur il faut 1) que les films, les BDs ou les romans concernés contiennent au moins deux personnages féminins et 2) qu’ils dépeignent au moins une scène dans laquelle ces femmes, entre elles, parlent d’autre chose que d’un homme. Ce test provient en fait de la BD humoristique de Bechdel Dykes to Watch Out For, où un des personnages explique à l’autre que ce test lui sert de guide pour décider quel film elle ira voir au cinéma. Ce qui était initialement une simple plaisanterie est donc devenu, en l’espace de quelques années, un véritable outil d’analyse ; et même s’il n’est pas pertinent dans 100% des cas, il permet tout de même la mise en lumière d’une véritable inégalité de traitement dans le paysage culturel mondial.

Cette absence chronique d’une interaction réelle entre femmes ne date pas d’hier. Elle est liée au fait que dans les représentations collectives, l’amitié féminine n’existe pas, sauf pour former un groupe de bonnes copines qui ne s’intéressent qu’aux hommes et aux façons de leur plaire. Le reste du temps, les femmes, individus socialement désavantagés, n’auraient que haine et mépris pour celles qui les entourent dans leur vie professionnelle et qui seraient toujours perçues comme des rivales venues usurper leur place chèrement acquise, dans un monde hostile à leur réussite.

jeudi 25 septembre 2014

Femmes dans la guerre

Le dossier du numéro de septembre de la revue L'Histoire porte sur les femmes dans le système nazi.

Je ne peux pas résumer ces 24 pages en quelques lignes, mais je veux partager des réflexions qu'il m'a inspirées.

On savait déjà que la place des femmes dans les guerres n'avait, jusqu'à une période récente, pas été étudiée et elles ne sont généralement décrites, quand elles le sont, uniquement en tant que victimes.

Pourtant, si les soldats étaient des hommes de nombreuses femmes se déplaçaient avec les armées, cantinières, prostituées, voire épouses. 

Et quand on cherche, on trouve. Récemment, par exemple, l'étude de restes vikings en Angleterre a montré que des femmes y étaient bien présentes (lien en anglais),  confirmant ainsi d'autres études sur ce thème (lien en français) : il y avait bien des guerrières Vikings ! De quoi remettre en cause l'image de hordes de grands blonds barbus envahissant le Nord de l'Europe. 

Le rôle des femmes dans l'Allemagne nazi n'avait donc jamais été étudié. On en connaissait quelques unes jugées après guerre mais elles faisaient figure d'exceptions perverses et on n'avait pas manqué d'insister sur leur éventuelle beauté en opposition totale avec la noirceur de leur âme où  leurs comportements sexuels dépravés. Le porno nazi fut d'ailleurs un genre florissant dans les années 70 mettant en scène des gardiennes de camp de concentration encore plus souvent que des gardiens.

Et pour ce qui est du rôle de victimes j'ai été surprise d'apprendre  que la question des viols commis par des soldats soviétiques sur les allemandes n'a jamais été étudiée.  On ne sait même pas combien sont concernées puisque les chiffres oscillent entre 100 000 et 800 000 femmes violées rien qu'à Berlin !

C'est grâce aux archives récupérées en Allemagne de l'Est que les historiens ont pu s'intéresser au rôle des femmes dans le nazisme. 

Les femmes gardiennes des camps

Elles sont peu nombreuses à avoir joué un rôle actif dans le système :  35 000 à participer aux institutions des pays occupés , 3 500 surveillantes SS dans les camps de concentrations, 500 000 si on y ajoute les femmes des  colons installés à l'Est. 

Le dossier s'attache plus spécifiquement aux femmes surveillantes dans les camps. Elles s'y sont montrées tout aussi cruelles que les hommes. Quelques particularités sont notables :

- toutes n'étaient pas volontaires, une partie d'entre elles étaient là au titre du service du travail obligatoire (le pendant du service militaire des hommes). 

- les femmes cultivées étaient employées dans l'administration, les SS ciblaient pour les postes de surveillantes des femmes, plutôt jeunes, de milieux modestes et n'ayant pas dépassé le stade de l'école obligatoire. Leur salaire était bien supérieur à ce qu'elles pouvaient espérer dans une usine et elles bénéficiaient subitement d'une position sociale  puissante, confortée par le port de l'uniforme. "Membres de classes populaires dominées elles se voyaient incluses dans une élite politique établie selon des critères raciaux" nous dit-on. De quoi faciliter leur adhésion. 

-  elles se retrouvaient en fait  souvent dans une position précaire puisqu'elles pouvaient n'être que quelques dizaines pour plusieurs milliers de prisonnières. Pour tout individu, la violence devient rapidement dans ce cas le moyen de conforter sa suprématie.

- cette violence permet également d'affirmer sa place au sein même du personnel, par rapport aux autres surveillantes et vis à vis des cadres, qui eux sont  masculins. Il semblerait même que les surveillants hommes et femmes ont systématiquement augmenté leurs violences en présence de collègues de sexe opposé. Il s'agissait non seulement d'intimider les détenus, d'impressioner ses collègues, mais aussi de légitimer sa place envers ceux de l'autre sexe. C'est à dire pour les hommes de prouver leur virilité, et pour les femmes de démontrer qu'elles pouvaient faire preuve d'autorité.

Les autres femmes 

Mais il est tout aussi important d'étudier le rôle joué par toutes les autres femmes, celles qui sont restées sur place. Parce qu'un peuple est composé moitié d'hommes et moitié de femmes et si les hommes sont aux commandes, exerçant souvent une violence sur les femmes, elles sont aussi leurs mères, leurs épouses, leurs filles et participent à l'idéologie ambiante. Elles sont un peu évoquées dans ce dossier.

Les femmes avaient le droit de voter en Allemagne depuis 1919, et contrairement à ce qui est souvent observé (un vote sensiblement différent) elles ont voté pour les nazis dans la même proportion que les hommes et en tant qu'institutrices, puéricultrices, infirmières, secrétaires etc... elles sont devenues tout autant que les hommes des vecteurs de l'idéologie nazie.

Il se trouve que j'ai suivi récemment un MOOC (Cours en ligne) de l'Université de Princeton  dont le thème est "Les paradoxes de la guerre"   (que je vous recommande vivement, en plus ça permet de faire de gros progrès en anglais). Un chapitre est consacré au rôle des femmes.

Selon le professeur Miguel A Centeno;  la guerre est évidemment une activité masculine. L'hypothèse biologique voudrait que la testostérone, beaucoup plus présente chez les hommes, engendre naturellemnt  cette violence, mais si l'on considère la guerre comme un acte social on observe qu'elle est en parfaite coïncidence avec ce qui est attendu des 2 genres. La virilité passe par la démonstration qu'on est capable de se battre, alors que la violence des femmes est un sujet tabou. Lorsque des femmes sont engagées dans des guerres elles sont confinées dans la marginalité.

Certaines théories font même l'hypothèse que si ce sont les hommes qui font la guerre c'est parce qu'ils sont moins indispensables à la reproduction de l'espèce puisqu'ils suffit qu'il en reste quelques uns. (C'est un professeur de Princeton qui le dit).

Mais les femmes se voient assignés différents rôles dans la guerre, qu'en général elles assument

Celui d'envoyer les hommes au front 

Celui de représenter ce pour quoi l'on se bat, elles deviennent en quelque sorte la justification de la guerre.

Celui de les soutenir

Pour savoir comment les femmes qui vont au front le vivent vous pouvez lire ce magnifique livre dont j'ai déjà parlé "La guerre n'a pas un visage de femme"

dimanche 21 septembre 2014

Des liens pour le week end #7

1/ Dans la suite d'un précédent billet. Un article qui explique pourquoi les garçons doivent faire pipi assis. Notamment parceque quand on analyse l'environnement des WC on s'aperçoit que tout est aspergé, y compris les chaussures.

2/ un livre qui a l'air bien intéressant," Les furies d'Hitler"  dommage que le titre soit aussi sexiste. D'ailleurs je ne vois pas quel est l'équivalent masculin de furies.

3/ La Fédération des Eglises protestantes de Suisse a organisé le premier concours de prédication. Les trois vainqueurs sont désormais connus. Ce sont tous des femmes. Il n'est probablement pas anodin de préciser que les contributions étaient anonymes pour le jury.

4/ Un long article, particulièrement étayé, comme c'est toujours le cas sur Allodoxia pour expliquer pourquoi les études qui montreraient, soi disant, que les animaux femelles préfèrent jouer avec des poupées et les mâles avec des objets techniques vulgarisées de façons fantaisistes.

5/ On le savait déjà, mais ça fait toujours un peu mal : la paternité est un accélérateur de carrière pour les hommes, pas pour les femmes comme vous le savez. Car, les hommes avec enfant sont considérés comme des employés sérieux et responsables par les entreprises, contrairement aux mères jugées plus susceptibles de se laisser distraire par leurs préoccupations familiales.

1940 Ronald Reagan pose pour une classe de sculpture

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