Olympe et le plafond de verre

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jeudi 20 septembre 2018

Université du féminisme : Le dicours de Raphaël Enthoven . Résumé et commentaires

Le discours de Raphaël Enthoven est la séquence des universités du féminismes qui a été la plus commentée. Il faut dire que non seulement il est le seul homme, hormis le porte parole du gouvernement,  à avoir bénéficié d'une tribune pour lui tout seul, mais que cette tribune a été, et de loin, la plus longue de ces 2 journées. Un homme qui monopolise la scène longtemps, voila qui n'est pas très féministe.

Je l'ai trouvé assez pénible, il parlait fort, hurlait presque, avec des effets de style et de manches pédants. Visiblement il aime s'écouter parler. A ce propos vous pouvez lire ce qu'en dit ce blog de rhétorique. Je crois que j'ai assez vite décroché, mais je me suis rattrapée en lisant le texte intégral de son intervention ici.

Comme il est long  je vous en fait un résumé commenté.

Du coté du bien...et de la ministre

Il commence par remercier chaleureusement la ministre en la félicitant de ne pas avoir cédé à ceux, et surtout celles, qui voulaient l'empêcher de prendre la parole. Légèrement flagorneur je trouve. D'autant plus qu'il ne rate pas une si belle occasion de rappeler qu'il a écrit la préface du livre de Marlène Schiappa sur le viol.

Son vocabulaire est celui du combat : des courageux (lui évidemment) contre les lâches. Combat qui reste cependant verbal puisqu'il se passe en réalité sur les réseaux sociaux, mais n'en est pas moins violent et qu'il décrit avec une débauche de mots : anathèmes, avanies, insultes, confiscation du débat, profération, vilipendée, accusations insensées, vacarme.

Il annonce ensuite le sujet qui lui a été proposé, et qu'il qualifie de bizarre "Peut-on parler du féminisme quand on est un homme ?

Féminisme et antiracisme

Il explique en quoi cette question lui parait anormale (pour plus d'analyses sur les arguments utilisés voir le blog sus-cité) et surtout fait un parallèle avec d'autres combats menés au nom de l'égalité, notamment celui contre le racisme. 

La question commune de toutes ces luttes est "au nom de l'égalité entre les individus : faut-il privilégier la parole des concernés". Il y répondra évidemment par la négative, sinon il ne pourrait plus parler de grand chose n'étant guère concerné que par l'antisémitisme comme il l'explique plus tard. 

Il veut bien reconnaitre que "rien ne remplace le fait d'avoir vécu ce dont on parle" et que les réunions non-mixtes permettent aux femmes de se sentir plus libres pour discuter, mais il relègue cet argument au second plan car l'effet premier selon lui  est de communautariser le combat. 

En ce qui me concerne j'ai toujours pensé et dit, que le combat féministe ne pouvait pas traité de la même façon que ceux des minorités. Pour deux raisons, simples. La première est que les femmes sont 52% de la population et ne sont donc pas une minorité, la seconde parce que les hommes et les femmes sont obligés de vivre ensemble, ne seraient-ce pour perpétuer l'espèce. Dans une société on peut cloisonner et faire que jamais ne se rencontrent les personnes d'ethnies, de religions, de cultures, d'orientations sexuelles différentes, on peut faire en sorte que leurs vies soient radicalement différentes on ne peut pas empêcher que les hommes et les femmes vivent ensemble, que les garçons côtoient leurs mères et leurs soeurs. Raphaël Endhoven reprend ici un parallèle qui est désormais commun mais pollue considérablement le débat car il revient à utiliser les mêmes arguments pour des causes qui ne sont pas de mêmes natures.

Il continue sur ce terrain, pour expliquer les risques de cette non mixité fut elle provisoire. La mixité ne permettra pas de résoudre un problème qui est social et ne concerne pas que celles et ceux qui en souffrent. Elle ne permettra aucunement de faire disparaitre la domination masculine. Au contraire peut-être c'est un remède qui aggrave le mal en  augmentant le cloisonnement qui est ce que l'on combat et en favorisant le repli communautaire. Or, je le redis je récuse le terme de communautarisme pour ce qui concerne les femmes.

Il termine cette partie par un couplet sur ce qu'est être victime. On peut le suivre lorsqu'il estime que les victimes ne sont pas les mieux placées pour dénoncer car la violence subie n'est pas bonne conseillère et la souffrance n'est pas un diplôme. Qu'elle "est une loupe qui donne à ce qui nous arrive l'ampleur d'une vérité universelle" Mais comment peut-il aller jusqu'à cette phrase "Etre victime n’est pas un passe-droit, mais une exigence supplémentaire" ?

Les féministes contre lui

Il termine en reprenant les accusations qui lui sont faites personnellement : négation de la culture du viol, racisme

L'un de ses argument massue est que celles-là même qui lui reprochent d'être un homme et donc illégitime pour intervenir dans le débat font preuve de la même véhémence envers les femmes qui ont signé la tribune pour le droit d'être importunée. Comme quoi le genre ne fait rien à l'affaire.

Pour ce qui est des propos racistes, et il termine là-dessus il remarque que toute tentative de critique envers une association comme Lallab ou le voile islamique sont traités comme des propos racistes. Ce qu'ils ne sont pas.

Conclusion engagée certes mais qui n'apporte rien de nouveau à ce que l'on lit à longueur de journée sur les réseaux sociaux.

Et alors ?

Tout ce long discours vise à expliquer en quoi Raphaël Endhoven se sent parfaitement légitime pour parler de féminisme.
OK. De toute façon je n'y voyais pas vraiment d'inconvénient.
Mais ce qui m'aurait bien davantage intéressée aurait été de savoir ce qu'il pouvait apporter aux débats en tant qu'homme, ce qu'il pouvait lui contribuer à changer de sa position. Pas un mot là-dessus. 25mn donc pour dire en quoi c'est normal qu'il parle pendant 25mn.

Pour que vous compreniez l'ennui de la salle quelques phrases, que je ne comprends pas n'étant pas moi-même doctrice en philosophie :

"N’en déplaise à ses défenseurs, la relative efficacité d’une méthode n’a jamais préservé de ses effets délétères, tout comme l’efficacité d’un médicament n’exclut pas la possibilité d’effets indésirables. Le dire n’est pas s’en réjouir. Une description n’est pas une prescription."

"Car le fait d’insister, comme ils le font, sur le caractère «provisoire» et «limité» de la non-mixité, revient à suggérer, même inconsciemment, qu’on connait, même quand on y est favorable, les risques que ferait courir à l’unification de la société l’extension dans le temps et dans l’espace d’une telle logique cloisonnante. Et pour cause la non-mixité promet de s’abolir, de disparaître d’elle-même le jour où le racisme disparaîtra."

mardi 18 septembre 2018

Journalistes, arrêtez de vous indigner des propos d'Eric Zemmour, questionnez le

Je suis assez dépitée de devoir parler de Eric Zemmour dont la stratégie est simple. Il a un livre à vendre et pour cela il doit faire le buzz avec un maximum de provocations. Rien ne l'arrête et c'est le meilleur moyen pour que cela fonctionne, plus il va loin dans le politiquement incorrect plus ça marche. Le mieux serait de ne pas en parler, mais je voudrais quand même revenir sur les propos qu'il a tenu, non pas à Hapsatou Sy, mais ceux qui concernent les femmes et le pouvoir.

Je voulais titrer cet article "les femmes diluent-elles le pouvoir ?" mais en cherchant des références je me suis aperçue que j'avais déja utilisé ce titre en 2013 sur Rue89 où j'écrivais, et que j'y avais publié à peu près le même l'article que j'envisageais d'écrire aujourd'hui. Comme quoi Eric Zemmour ne se renouvelle pas du tout, inutile donc d'investir dans son nouveau livre qui n'est probablement que la réplique des précédents. Son radotage tourne en boucle, mais il tourne bien.

Et j'en ai un peu marre des journalistes qui se contentent d'ouvrir de grands yeux et s'indigner, qui est exactement ce qu'il attend. Si son discours passe aussi bien c'est parce qu'il entièrement fondé sur des observations peu discutables, mais les liens qu'il fait entre les éléments sont eux éminemment discutables et ce sont ces liens qu'il conviendrait de reprendre. Il faudrait lui demander ce qui lui permet d'affirmer cela ou de lui apporter des contre exemples.

Donc, hier il a dit sur LCI, que si sa fille devenait Présidente de la République il serait fier sur plan personnel mais ce serait un signe supplémentaire de la décadence. Indignation de ces interviewers qui le traite de macho, comme si c'était un scoop. 

Mais que dit-il ?

Qu'il a a fait l'effort, dans son nouveau livre qui vient de sortir, de parler de femmes qui ont du pouvoir (comme quoi il s'adapte):  Catherine de Médicis, Madame de Pompadour, Madame de Staël et Simone de Beauvoir. Notons que, hormis Catherine de Médicis, aucune de ces femmes n'a occupé un poste officiel. Il s'agit de pouvoir intellectuel ou de pouvoir d'influence. D'après lui ce fut chaque fois une catastrophe.  

Reprenons :

Je ne connais pas trop Madame de Staël. Wikipedia m'apprend que "Grâce à la publication de De l'Allemagne, elle popularise en France les œuvres des auteurs de langue allemande, jusqu'alors relativement méconnues." Pour Eric Zemmour c'est le début de la germanophilie qui nous a désarmé face à l'Allemagne et nous a conduit jusqu'à la 1ere guerre mondiale. Un propos qui méritait plusieurs questions

  • un seul livre peut-il suffire à influer toute l'histoire de l'Europe pendant un siècle (il a été publié en 1814) ? Pour le coup c'est donner beaucoup d'importance a l'oeuvre d'une seule femme. 
  • en admettant que ce soit le cas, en quoi le fait qu'il ait été écrit par une femme change-t-il quelque chose ? Un homme n'aurait il pas pu écrire ce livre ?

Je connais très bien par contre la vie et l'oeuvre de Simone de Beauvoir. Pour Zemmour la catastrophe provient du décalage ente les deux, elle fait le contraire de ce qu'elle écrit. Là encore il devrait développer, je suppose qu'il le fait dans son livre (qu'il est donc hors de question que je  subventionne).

Certes Simone de Beauvoir a vécu de façon bourgeoise alors qu'elle professait des idées très à gauche. Mais on pourrait dire la même chose de Sartre, et de nombreux autres auteurs ou hommes politiques. Pour n'en citer qu'un on pourrait prendre l'exemple de Rousseau qui a écrit un livre sur l'éducation alors qu'il a abandonné ses enfants.  Et pour ce qui est des idées de Simone de Beauvoir, son oeuvre majeure reste Le deuxième sexe et on ne peut pas nier que sa vie fut celle d'une femme libre, féministe, qui a soutenu de façon active et engagée toutes les autres femmes. A quoi fait-il donc allusion : probablement à ses lettres d'amoureuse à Nelson Algreen. Facile a démonter. 

Il ne précise pas dans cet extrait en quoi le pouvoir de  Catherine de Médicis a été catastrophique, mais Catherine de Médicis est, avec Margaret Tatcher, l'archétype de la façon dont son traitées les femmes réellement puissantes. C'est à dire comme une sorcière (cf le livre de Mona Chollet  qu'il est bien préférable d'acheter), ni sur madame de Pompadour dont le pouvoir fut uniquement d'influence, dans des conditions extrêmement difficiles puisque fondé sur la séduction et révocable à tout instant .

Zemmour revient en fait sur le même sujet qu'il développait en 2013, "il y a un rapport très complexe entre le pouvoir et les femmes les femmes ont beaucoup de mal à exercer le pouvoir", mais il progresse car à l'époque il leur déniait toute possibilité d'exercer le pouvoir, la preuve selon lui : il n'y a quasiment pas de femmes au pouvoir. 

En fait Eric Zemmour pratique une technique basique, mais souvent efficace, qui consiste à généraliser. En partant de quelques exemples il tire des conclusions valables pour l'humanité toute entière. Comme si on prenait l'exemple de  Hitler pour en conclure que tous les hommes de pouvoir sont des dictateurs dérangés, ou celui d'Harvey Weinstein pour dire que tous sont des violeurs. Le pouvoir des femmes "ce fut chaque fois une catastrophe " comme si on ne pouvait pas citer des hommes dont le pouvoir aboutit à des catastrophes. 

Il a cependant raison dans sa conclusion "Le pouvoir c'est phallique", en tout cas tel qu'il est exercé dans nos société. 

lundi 17 septembre 2018

1ere université d'été du féminisme

J'ai passé 2 journées la semaine dernière à la 1ere université du féminisme. Je n'ai pas perdu mon temps car c'était vraiment très riche. La plupart des articles ont surtout parlé des intervenants qui faisaient polémique, et c'est vraiment dommage car les autres interventions invitaient davantage à la réflexion. Mais je suppose que si on veut qu'on parle de ces journées il faut trouver un moyen de faire le buzz. Pour cela Elisabeth Lévy et Raphaël Enthoven étaient les clients parfaits. 

L'organisation par contre d'une table ronde entre une représentante de Lallab et une représentante du Printemps républicain sur voile et féminisme n'était pas une bonne idée. 10mn sur l'un des sujets les plus sensibles qui soit ce n'était pas jouable et plutôt qu'à un débat c'est à un pugilat qu'on a assisté, les 2 parlant en même temps la moitié du temps leurs propos étaient complètement incompréhensibles, d'autant plus que la salle réagissait vivement huant ou applaudissant . Il m'a semblé qu'elle était légèrement plus hostile aux propos de Lallab mais n'ayant pas d'applaudimètre je n'en suis pas certaine. 

Il y a sur le site du ministère une video, complète je crois, de la seconde journée. Il y a aussi beaucoup d'extraits sur la page facebook du secrétariat d'état.

J'y reviendrai surement car il y a matière à faire de nombreux billets.

Je vous recommande pour aujourd'hui le sketch très drôle, sur un sujet qui ne l'est pas, le tunnel de la comédienne de 50 ans et le super pouvoir d'invisibilité des femmes de cet âge, des 3 comédiennes Blandine Metayer, Catherine PIFFARETTI et Mariane TOME (ici sur facebook ). Ce qui n'est pas représenté n'existe pas, or, alors que 1 femme majeure sur 2 a plus de 50 ans, le pourcentage des actrices de plus de 50 ans dans les films français en 2016 est de 6%. 

"Avec l'âge les hommes murissent, les femmes vieillissent. Les gros plans des femmes vieilles c'est moche, les gros plans des hommes vieux c'est beau". "on est ménopausées, mais bien vivantes !"

Pour finir, et c'est dans la vidéo, Marlène Schiappa y conclut de façon brillante avec une anaphore bien vue "J'EN AI MARRE...",

  • "j'en ai marre de devoir dire à ma fille "est ce que tu dois vraiment mettre un short"? 
  • "j'en ai marre d'entendre des femmes qui me racontent qu'elles ont été violées" 
  • "j'en ai marre qu'elles n'en aient pas parlé avant" 
  • "j'en ai marre des inégalités de salaires",
  • etc

mardi 4 septembre 2018

Poker : jouer avec les stéréotypes

Je vous conseille la lecture de cet article du New-York Times (il est en anglais)

Maria Konnikova est doctrice en psychologie expérimentale (oui, je féminise les mots de façon à ce ce que cela s'entende, ce qui n'est pas le cas de docteure, et je trouve que doctoresse n'et pas fluide ).
Elle a décidé, dans le cadre de ses travaux, d'étudier le poker et a appris pour cela à jouer, pour de vrai. Elle n'y connaissait absolument rien, a pris une année sabbatique pour se former et jouer de façon intensive et elle a mis à peine un an pour gagner 200 000 $.
Son doctorat portait sur la confiance excessive et la prise de décision risquée. Elle explique dans cet interview qu'elle s'intéresse à la façon dont les gens prennent des décisions, et pour elle le poker était un bon exemple de décisions dans lesquelles la chance intervient mais aussi les compétences.
Elle voulait savoir si les personnes ayant une haute confiance en soi prenaient de meilleures décisions dans des conditions risquées. Habituellement, les personnes ayant une bonne confiance en elles font beaucoup mieux que les personnes en ayant peu. Mais c'est moins le cas  dans des environnements imprévisibles comme les jeux, car ces personnes peuvent être trop confiantes et ne prennent pas assez en compte les aléas externes.

En ce qui la concerne, et c'est pour cela que je vous en parle, elle a rapidement su que la première chose que les joueurs remarquaient était son genre. Et qu'ils lui appliquaient tous les stéréotypes habituels. Et quand elle a compris comment ces joueurs voyaient les femmes, elle a su comment jouer contre eux. Et elle a gagné !

Elle explique que
"Il y a des hommes qui préfèrent mourir plutôt que d'être bluffés par une femme. Ils ne se coucheront jamais avec moi parce que c'est un affront à leur masculinité. Je ne les bluffe jamais. Je sais que peu importe la force de ma main, ils vont toujours m'appeler parce qu'ils ne peuvent tout simplement pas plier devant une fille."
"D'autres pensent que les femmes sont incapables de bluffer. Ils pensent que si je parie vraiment avec agressivité, cela signifie que j'ai une main incroyablement forte. Je bluffe ces gens tout le temps"
Elle dit aussi qu'elle a été pas mal harcelée car certains hommes n'acceptent pas qu'une femme s'assoie à une table de poker. Elle a eu sa revanche quand elle a ramassé leurs jetons.

jeudi 30 août 2018

Décryptage ONPG de l'échange entre MArlène Schiappa et JC Van Damme

A voir sur ce blog de Rhétorique

mercredi 29 août 2018

La masculinité hégémonique

Je vous ai parlé du post cast "Les couilles sur la table" que je vous recommande chaudement. 

Aujourd'hui je veux parler de l'épisode du 24 mai sur le thème "Pourquoi le sport reste encore un truc de mecs". Victoire Tuaillon y a invité Thierry Terret qui est historien du sport, auteur d'un monumental ouvrage Sport et genre (4 volumes) et coordinateur d'un livre collectif  Sport, genre et vulnérabilité au XXe siècle En réponse aux questions de Victoire Tuaillon sur la présence massive des hommes dans tout ce qui tourne autour du sport il développe longuement le concept de masculinité hégémonique. Il le fait de façon très éclairante.


Le sport est une invention masculine, créée pour développer la sociabilité masculine. Il a été pensé par des hommes, pour des hommes et l'arrivée des femmes n'a pas suffi à en modifier les fondements. Parce que, pour commencer, le sport est un spectacle or les femmes doivent rester discrètes, voire cachées, dans leur univers, elles n'ont pas à investir  l'espace public. Par ailleurs le sport est étroitement associé à la compétition,  celle-ci es l'apanage de  la virilité. Aujourd'hui encore les femmes font du sport mais participent beaucoup moins souvent à des compétitions. 

Sport = masculin = violence = exploits

Mais surtout le sport participe à la construction du modèle de masculinité hégémonique. Celle qui représente l'idéal vers lequel les hommes doivent tendre. Elle varie selon les époques et les lieux mais chaque société construit sa propre norme et tous doivent s'y soumettre. 

Toujours la violence est associée au masculin et le sport est une forme de violence. Envers les autres, mais aussi envers soi-même puisqu'il s'agit de se dépasser, de résister à la douleur. Le sport permet la reconnaissance de l'excellence masculine par la démonstration de sa force, son abnégation, son courage. Toutes qualités qui permettent d'évaluer la virilité. L'exploit sportif est également associée l'exploit sexuel. Il est sous entendu le sportif bénéficie d'une grande puissance sexuelle, d'où la distribution massive de préservatifs lors des grands évènements sportifs.

La maitrise technologique, le sens de la stratégie font également partie de la sémantique sportive et renvoie au masculin. Et l'analyse du vocabulaire employé par les commentateurs sportifs montre à quel point ces caractéristiques : souffrance, dépassement de soi, stratégie sont soulignés pour les sportifs, mais pas pour les sportives. 

De plus le sport ne se joue pas que sur le terrain, il est aussi constitué de tout un environnement qui encourage l'entre-soi masculin et valorise les caractéristiques de cette masculinté hégémonique : vestiaires, 3eme mi-temps, chansons paillardes, référence aux femmes comme à des trophées. 

Or, si ce modèle exclut, de fait, les femmes, il exclut également tous les hommes qui s'éloignent de cette norme. Les terrains de sports restent encore des lieux où les insultes de tarlouzes ou PD sont fréquents.  Il y a donc bien des victimes masculines de cette hégémonie. Les homosexuels en premier lieu, mais aussi tous ceux qui ne sont pas forts, rapides, habiles avec un ballon, qui préfèrent des activités différentes, plus calmes ou contemplatives. Dès la maternelle et le début de la socialisation les petits garçons sont sommés de se mesurer à ces normes. Ceux qui n'y arrivent pas, où qui n'aiment pas ces jeux, ou qui aiment le rose et le disent, ou qui préfèrent jouer avec les filles sont exclus ou moqués. Ce sont de grandes souffrances qui sont ainsi engendrées, souffrances qui peuvent perdurer la vie entière. 

Thierry Terret est cependant assez optimiste car plusieurs études montrent que la tendance est à plus  d'égalite et moins de discrimination

Si vous êtes un homme 

Si vous êtes un homme, et là c'est moi qui poursuis la réflexion, si vous voulez sortir de ce piège comment faire ? 

Pas facile j'en conviens, et beaucoup plus compliqué que porter des chaussures à talon rouge un jour dans l'année en criant qu'on est féministe (d'opérette) !

Les questions que vous pouvez vous poser vous renvoient à l'image que vous avez de vous-même et que les autres ont de vous. 

Vous pouvez vous demander 

1/ en quoi vous contribuez à faire perdurer ce modèle ? En vous y  conformant, en le valorisant, en le proposant à vos garçons ?

2/ comment y résister ?  Et là je suppose que l'inconfort et la peur vous gagnent. Bien sûr vous n'allez pas arrêter de faire du sport, d'être la personne sur qui on compte, celle qui ne pleure jamais . Mais alors ? 

mercredi 22 août 2018

Pratiquez un sport de combat

Si vous me suivez sur ma page facebook, vous avez certainement remarqué que je partageais régulièrement des évènements de type stages de self-défense. C'est que je suis de plus en plus convaincue que si des hommes agressent physiquement des femmes c'est parce qu'ils pensent, et le plus souvent à raison, qu'elles ne sauront pas se défendre correctement et même qu'elles n'essaieront pas.

Et si les femmes ne se défendent pas c'est 

1/ parce qu'elles ne savent pas comment faire, 

2/ parce qu'elles craignent que cela soit encore pire, en quoi elles n'ont pas tort. On l'a vue récemment avec cette vidéo d'un homme qui frappe une femme en plein Paris, devant témoins, parce qu'elle s'est permise de répondre à ses propos injurieux. 

La supériorité physique masculine est considérée comme incontestable.

Or, si les hommes sont généralement plus grands, plus lourds et plus musclés que les femmes ce n'est pas toujours le cas. Et surtout cela n'est pas suffisant pour qu'ils l'emportent systématiquement, d'autant plus que les femmes ont davantage de résistance notamment en situations extrêmes. Et l'histoire est pleine de combattants à priori plus faibles qui ont fini par l'emporter par l'intelligence, la ruse ou leur détermination.

En fait, si les hommes se sentent tellement sûres d'eux pour attaquer une femme c'est qu'ils ont la certitude que non seulement ils sont plus forts, mais qu'elle n'opposera qu'une faible résistance, voire pas de résistance du tout. Car eux se sont entrainés à la bagarre depuis toujours, eux ont appris que s'affirmer, gagner, faisait partie de leur identité. Non seulement les filles n'apprennent pas à se battre, car ce n'est pas très féminin, mais elles apprennent que, quoi qu'elles fassent elles n'y arriveront pas, et qu'il est préférable de renoncer avant que cela ne tourne mal.

Beaucoup de jeux, notamment  adolescents reposent sur des confrontations physiques au cours desquels les garçons se mettent à plusieurs pour, par exemple, mettre une fille à l'eau. C'est drôle, ça permet de se toucher, mais une fille qui résisterait vraiment serait vite cataloguée comme une pimbêche avec laquelle il n'est pas drôle de jouer. Les filles apprennent ainsi qu'il est préférable, voire inutile de se rebeller. L'inverse peut se produire, mais si le garçon réussit à résister et ne pas aller à l'eau ce sera plutôt à son honneur.

Alors certes le mieux serait que les hommes n'agressent pas les femmes, mais si on peut y travailler, il me parait prudent de se protéger et de leur montrer que nous ne sommes pas un sexe faible comme la société s'emploie à le croire. 

L'importance de s'entrainer

Bref ! je suis désormais certaine, et ça n'a pas toujours été le cas, que les filles et les femmes doivent apprendre à se battre. Il n'est pas question de se lancer à corps perdu dans un combat dangereux en cas d'agression mais déja d'avoir une attitude qui pourra surprendre l'agresseur qui ne s'y attend pas et l'inciter à chercher une proie plus facile. Il s'agit pour cela d'acquérir quelques réflexes utiles. 

J'ai essayé pas mal de choses et personnellement ce que je trouve de plus efficace est le Krav-Maga. Malheureusement il n'y a pas de cours là où j'habite, mais j'ai fait 2 stages et je compte bien continuer. Je me suis aussi mise au Karaté, qui est un sport très différent et beaucoup moins opérationnel mais dont la pratique repose également sur la répétition sans fin des mêmes mouvements jusqu'à ce qu'ils deviennent des réflexes. C'est long !

J'aime beaucoup l'état d'esprit de ces sports. Chacun fait à son niveau et les plus aguerris, loin d'étaler leur supériorité, prennent soin des débutants en se mettant à leur portée.

Pas besoin d'être une grande sportive puisque, par définition, la self défense concerne tout le monde. Dans un stage de Krav maga d'environ 60 participants comme celui que j'ai fait il y a des gens de tous les âges et un peu plus d'hommes mais on n'est pas loin de la parité.

Krav Maga Women protect associaton

J'y ai aussi rencontré des personnes qui ont créée une association Krav-Maga Women protect Charity Association dont le but est de développer les pratiques de self défense auprès des jeunes filles en Inde, pays où les agressions sexuelles sont très fréquentes. L'association enseigne les techniques à des femmes des RED BRIGADES, qui transmettent ensuite ce savoir aux jeunes filles.

Ils voudraient également  développer cet enseignement auprès des fillettes en France.

Vous pouvez adhérer ou les soutenir

lundi 13 août 2018

La Une de l'OBS : Etre un homme après #METOO

Si vous n'étiez pas en vacances, loin d'internet, vous avez forcément vu passer cette couverture de l'Obs qui a donné lieu à de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Toutes très négatives.

Si je prends la peine de revenir là dessus c'est que moi je la trouve plutôt interessante.

Que vois-je sur cette photo ?

Un homme, jeune, plutôt beau, torse nu et qui semble bien fichu mais sa position ne cherche pas à mettre en valeur ses muscles et il ne la ramène pas. Il a le regard un peu perdu, pas vraiment triste,  perplexe plutôt. D'après le titre il s'interroge sur ce qu'est "être un homme" de nos jours.
Il est dans une cuisine, qui n'est pas la place habituelle dans laquelle on place les hommes. Le bouquet de fleurs fanées nous donne des indications sur ce qui a pu se passer. Ce qui vient à l'esprit le plus logiquement est que ce bouquet de roses rouges était destiné à une femme, femme absente depuis un certain temps. Et comme il est un homme il ne s'est pas préocuppé du bouquet, ne serait ce que pour le mettre à la poubelle.  Pourtant la cuisine est bien rangée, la vaisselle ne traine pas. On peut donc en déduire qu'il se débrouille. Le chien a cependant l'air un peu inquiet, va-t-il assurer ?

Tout le monde a vu dans cette photo l'idée que l'homme dont la femme s'émancipe se retrouve perdu et que son air, et surtout celui du chien, le montre comme quelqu'un qui se sent victime.

Ce n'est pas du tout ce que j'y vois. Je trouve au contraire que cette couverture est le signe, qu'enfin, la lame de fond féministe de ces dernières années va peut-être arriver à toucher les hommes. Parce que pour l'instant ils sont les grands absents du changement en cours. 

Quel est son problème ?

Il m'arrive fréquemment de donner des conférences, ou de faire des formations sur le thème du plafond de verre et des mécanismes psychosociaux qui maintiennent les inégalités. Toujours, vraiment toujours, il n'y a  qu'une proportion infime d'hommes; de l'ordre de 5 hommes dans une salle de 100 personnes, et il n'est pas rare qu'il n'y en ait pas du tout. Et je ne parle pas des formations, j'ai déja raconté comment j'ai essayé de mettre en place une formation "travailler en mixité" dans laquelle je souhaitais réunir un nombre équivalent d'hommes et de femmes. Cette formation ne s'est pas faite car AUCUN hommes ne s'y est inscrit.

Pourtant, si les femmes, qui ont bien compris désormais qu'elles devaient changer leurs rapports avec les hommes si elles voulaient moins de violences et plus d'égalité, ont concrètement modifié leurs comportements ces dernières années, il reste à ce que les hommes changent les leurs. D'un point de vue systémiques si les femmes changent il va bien falloir qu'ils changent aussi, mais ça risque d'être encore long ! Or, changer une situation qui vous avantage est évidemment une démarche difficile. C'est pourquoi je trouve que l'expression de l'homme sur la photo est tout à fait adaptée. Il comprend qu'un bouquet de fleurs de temps en temps ne suffit plus, et la question fondamentale qui se pose à lui désormais est celle de son propre comportement. Mais quand l'essence de sa personnalité a été construite sur une certaine idée de la virilité qui consiste à prouver en permanence sa puissance : physique, financière, morale, sexuelle sur quoi la refonder ?

Il y a effectivement de quoi être perplexe.

Des articles décevants

Les 3 articles à l'intérieur du magazine sont par contre assez loin de remplir la promesse de la couverture et de nous apporter véritablement matière à réflexion.

Le premier article, très interessant au demeurant est celui d'un journaliste qui a infiltré un stage "Aventure initiatique des nouveaux guerriers". Un stage entre développement personnel et camp scout des années 50. Il s'agit pour les participants de se reconnecter avec leurs émotions, mais aussi de vérifier leur virilité, notamment en restant nus une partie du temps. Une expérience qui permet probablement de comparer les anatomies et de se situer les uns par rapport aux autres. Rien de nouveau sous le soleil.

Le problème de ce stage réside surtout dans le fait de renouer avec cette camaraderie masculine, que les hommes expérimentent déja souvent : dans les vestiaires des stades ou les soirées professionnelles sans femmes, qui restent encore fréquentes. On peut aussi y voir une nostalgie du service militaire, qui permettait de se situer en tant qu'homme. ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le mot Guerriers est dans l'intitulé du stage.

Le second article "Comment élever un garçon ?" pose correctement la problématique mais se contente de recenser des articles  sur le sujet sans approfondir quoi que ce soit. Il n'a donc pas beaucoup d'intérêt. Il y a bien 8 conseils pour les parents, mais pour qui a déja un peu réfléchi à la question il n'y a pas grand chose à en apprendre.

Le 3eme enfin est consternant, l'autrice est une sociologue qui décrit les Incels, ces hommes qui se sentent exclus par les femmes, qu'ils n'arrivent évidemment pas à séduire. Au point de perpétuer des massacres. Le problème est qu'elle semble comprendre leur point de vue et les difficultés relationnelles qu'ils énoncent. Son papier se termine même par une menace qui enjoint aux femmes de prendre en compte le phénomène.

Un sujet qui prend de l'ampleur

En fait, la Une de l'Obs est une preuve supplémentaire que ce thème est en train d'émerger. Pour l'instant, si vous voulez de vraies réflexions,  c'est plutôt du coté de l'audio qu'il faut chercher pour avoir des réflexions de qualité. Des émissions de radios de plus en plus nombreuses parlent de masculinité. 

Il y a eu ces derniers mois de nombreuses émissions sur le thème de la virilité, j'y vois un signe qu'effectivement les choses bougent et c'est bien

jeudi 12 octobre 2017

Cantat, ce héros romantique

La publication d'un interview de Bertand Cantat, dans lequel il parle de sa vie, puisqu'il a la chance d'être en vie, et sa photo en couverture des inrocks illustre à la perfection l'une des raisons pour lesquelles le nombre de femmes tuées par leurs conjoints, 123 en 2016, ne diminue pas. Rappelons également que, cette même année, 36 enfants ont été tués par leur père.

En France, lorsqu'une personne est condamnée par un tribunal et fait de la prison, il lui est généralement très difficile de se réinsérer. Difficile de trouver un travail, difficile de reconstituer un réseau social car si sa famille peut le soutenir, ce qui est loin d'être toujours le cas, et quelques amis lui rester fidèles, la plupart de ses anciennes connaissances vont plus ou moins l'éviter. C'est que d'une part perdure une certaine méfiance, d'autre part il n'est guère valorisant d'avoir pour ami un délinquant. Le risque étant en effet de se retrouver assimilé à lui.

On le regrette, tout le monde peut en effet commettre des erreurs et a le droit de reprendre une vie normale après "avoir payé sa dette à la société". Mais il s'agit d'une forme de contrôle social : si certains peuvent être indifférents au fait d'aller en prison, l'idée de susciter l'opprobre, pour soi et sa famille, est dissuasive pour quiconque n'est pas complètement asocial.

Un crime excusé et peu stigmatisant

Mais les hommes qui ont tué leur conjointe, la plupart du temps parce qu'elle menaçait de les quitter, ne sont pas regardés de la même façon que les autres criminels. On parle de crime passionnel, avec l'idée  que si ils ont tués c'est parceque leur passion les a submergés et rendu fous. Ce qui apparait comme une motivation extérieure à eux, rendant même la victime coupable d'avoir suscité un trop grand amour.

En plus ils n'apparaissent pas comme dangereux pour les autres personnes, il suffit de ne pas entrer en relation amoureuse avec eux. Et, avant de se trouver soi-même confrontées à des violences conjugales, toutes les femmes pensent qu'elles ne peuvent aimer que des hommes "biens" et qu'elles ne risquent donc rien.

Tout cela fait  que ces tueurs, une fois sortis de prison, ne sont pas mis au ban de la société comme d'autres criminels. La menace de stigmatisation sociale n'est pas aussi opérante. Elle l'est d'autant moins lorsque ces hommes ont un statut social élevé et de l'argent, ce qui facilite évidemment leur retour dans la société.

Un crime qui n'est pas pris au sérieux

 Ces crimes ne sont pas traités par les médias comme les autres crimes. Au lieu de montrer la violence, le sang, les larmes les journalistes insistent plus souvent sur la motivation futile du criminel et des détails tellement sordides qu'ils en deviennent cocasses

- un homme tue sa femme et la jette dans une poubelle

- un américain tue sa femme parcequ'elle se moquait de lui 

- un homme tue sa femme à coup de robinet

etc, etc. vous pouvez lire ces titres tous les 3 jours.

Il y a là une façon de mettre de la distance entre l'horreur de la réalité, qui n'intéresse pas les médias, et le lecteur qui ne voit qu'un fait divers insolite sans faire le lien avec un phénomène de société. Pourtant, cette femme pourrait être sa fille, son amie, sa voisine mais il ne fait pas le rapprochement puisque l'homme qui a tué est un monsieur tout le monde qui a juste eu la malchance d'être d'être devenu fou d'amour. 

Il y a déja plusieurs années que les mouvements féministes tirent la sonnette d'alarme et demandent aux médias de parler autrement de ces crimes. Sans grand succès. 

Un criminel devenu héros romantique

Mais il y a pire, c'est que l'assassin peut devenir dans l'imaginaire collectif un héros de tragédie, ce n'est pas un hasard si le terme "drame passionnel" est utilisé quasi systématiquement.  Si cet homme est dépassé par ses passions c'est d'abord parce qu'il s'agit d'un être dont la passion déborde la raison. Ce qui constitue l'un des ressort essentiel de toute littérature. 

Un héros qui a été souvent chanté par les poètes.

Je l'aimais tant que pour la garder 
Je l'ai tuée je ne suis qu'un fou 
Un fou d'amour, un pauvre fou 
Qui meurt d'amour


Quand en plus cet homme est un artiste reconnu, et talentueux il faut bien le dire, le tableau est complet. Il entre directement dans la catégorie des artistes maudits. Ceux dont l'inspiration vient du coté sombre de l'âme
On peut noter, et cela fait froid dans le dos, que NOIR DESIR annonçait d'emblée ce coté obscur de sa création artistique. La question se pose alors : sans cette noirceur cet artiste  serait-il l'artiste qu'il est ? Marie Trintignant, sacrifiée sur l'autel du génie !  
Offrir la possibilité à Bertrand Cantat de parler de lui, de sa vision de la vie, de sa trop grande sensibilité, de ses souffrances intimes, c'est contribuer à l'édification de ce modèle de héros romantique.

Pas vraiment dissuassif pour tous les hommes qui se sentent humiliés et dépossédés par le comportement de leur femme. Certains peuvent  préférer passer pour un maudit que pour un homme quitté. Ils sont déjà plus de 100 dans ce cas cette année .

mardi 27 juin 2017

Un homme au perchoir

Contrairement à ce qui avait été promis, après un homme 1er ministre, un homme chef de groupe à l'Assemblée, voici qu'un autre homme est élu au perchoir.

C'est donc pour François de Rugy qu'ont majoritairement voté ses 301 camarades ayant pris part au scrutin.

Christophe Castaner a indiqué que les députés La république en marche n'avaient pas de consignes, et que c'est un groupe composé à 48% de femmes qui a très largement choisi François de Rugy. C'est un fait démocratique, a-t-il dit. Comme si l'exécutif n'intervenait en rien dans le fonctionnement du groupe. Et d'embrayer sur les prochaines désignations à la Présidence des commissions, qui vont être paritaires. On aura donc peut-être des miettes. 

Nous pouvons tirer quelques enseignements de cette élection.

1er enseignement :  Des députées qui croient que la parité est acquise parce qu'elles sont là

Cette assemblée n'a guère de conscience féministe, sans quoi le fait d'élire une femme leur serait apparu comme primordial, car ça l'était. C'est particulièrement inquiétant de la part d'une génération nouvelle, qui a l'air de croire que l'égalité se fait toute seule, comme par magie. Comme si il n'avait pas fallu lutter pied à pied pour en arriver à 38% de femmes à l'Assemblée.

2eme enseignement : L'égalité oui, mais pas au point de se sacrifier

La parité implique que les hommes laissent des places. C'est bien là que le bât blesse. François de Rugy, qui vient du groupe Europe-Ecologie-Les verts, le plus respectueux jusqu'à présent de la parité, n'était certes pas décidé à laisser sa place à une femme pour appliquer les engagements du candidat Macron. Il avait pourtant tenu quelques propos remarqués lors du débat pour les primaire auquel il a participé, qu'il entendait favoriser l'égalité hommes/femmes et même proposé " qu’il y ait une action de groupe poussée par le défenseur des droits pour que lorsque des femmes dans une ou plusieurs entreprises se sentent victimes d’une inégalité salariale, elles puissent agir en justice de ce point de vue là"

Pour les autres,

3eme enseignement : Comment faire du vieux avec du neuf

Ces nouveaux députés, qui se sont fait élire sur un projet de renouvellement de la vie politique, à qui les électeurs ont fait confiance, malgré leur inexpérience,  ont peur et ont besoin de se rassurer en mettant à leur tête des gens plus expérimentés. C'est l'argument principal qui est donné dans les articles de presse, tant pour l'élection de Richard Ferrand que pour celle de François de Rugy. 

Le monde : "Au sein du groupe majoritaire, composé en grande partie de novices, la candidature de François de Rugy est apparue comme un gage de sécurité pour occuper ce poste aussi prestigieux que stratégique. Alors que l'exécutif communiquait sur sa volonté d'installer une femme à la présidence de l'Assemblée, sa connaissance du fonctionnement de l'Assemblée semble avoir été un facteur décisif". 

Les échos, à propos de Richard Ferrand : " Marie Lebec pointant sa connaissance de la vie parlementaire utile pour encadrer moult novices"

Pas très enthousiasmant pour la suite

4eme enseignement : Femmes, soyez sur la photo ! 

Parmi les députés macronistes, deux femmes avaient pourtant postulé, Sophie Errante et Brigitte Bourguignon. François de Rugy a obtenu 153 voix, contre 59 voix pour Sophie Errante et 54 pour Brigitte Bourguignon. Le quatrième candidat, a obtenu 32 voix.

Sophie Errante et Brigitte Bourguignon ne sont pas des novices, c'est leur deuxième mandat et on peut penser qu'elles en savent suffisamment sur le fonctionnement de l'Assemblée pour occuper le perchoir. Même si François de Rugy a l'avantage d'avoir été vice président. Elles présentent surtout l'inconvénient d'être de parfaites inconnues. Ce qui n'est pas le cas de François de Rugy qui a été candidat à la primaire de la gauche. Un moment certainement pénible, mais payant.

On sait que la politique est un monde difficile, où il faut savoir prendre des risques et des coups. Je ne saurais trop conseiller aux nouvelles députées de veiller à se montrer, ce qui signifie s'exposer aux regards.

2 articles, lus aujourd'hui m'y incitent

Celui-ci de 20 minutes, qui interroge 5 nouveaux députés, avec photos. La journaliste aurait-elle fait preuve de sexisme ? Possible mais je parierais bien que lorsqu'elle a cherché des députés à interviewer, ce sont des hommes qui se sont présentés en premier. Une belle brochette dont on va commencer à connaitre les visages

Et la photo de l'article du Monde, déja cité, je la trouve très parlante

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