Olympe et le plafond de verre

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jeudi 4 octobre 2018

Les efforts de LIDL

Certaines choses avancent. Il faut savoir être optimiste et reconnaitre ces petites victoires, même lorsqu'elles sont minimes.

En 2010 et 2013 j'avais fait des billets pour dénoncer les publicités sexistes des catalogues LIDL. (soulignons au passage que les publicités dans les boites aux lettre représentent 1/4 du papier consommé en France et qu'il serait peut-être temps d'y mettre de l'ordre)

Depuis LIDL fait visiblement des efforts

lundi 1 octobre 2018

Short au college, l'effet sur les garçons

Le jour de la rentrée des classes une personne avec qui j'échange depuis des années sur twitter a raconté comment sa fille de 11 ans, partie le matin en short est rentrée à la maison avec un pantalon même pas propre. La CPE lui aurait enjoint, ainsi qu'à plusieurs autres jeunes filles, de se changer. Plus d'explication sur le compte twitter de @Galliane

L'explication donnée aux fillettes aurait été que "ça excite les garçons", puis celle donnée aux parents que ce n'est pas conforme au règlement intérieur qui stipule que les élèves doivent porter une tenue propre et décente et proscrire les vêtements négligés ou provocants. Toute la question étant alors de savoir si un short constitue une tenue décente ou négligée ou provocante.

L'affaire a fait un peu de bruit et plusieurs magazines en ont rendu compte, car c'est un sujet récurrent. Faut-il règlementer la façon dont les femmes, et même les petites filles s'habillent ? Question qui est rarement posée au sujet des garçons, qui ont pourtant longtemps porté des shorts jusqu'à un âge tardif sans que personne ne s'en émeuve.

On peut cependant observer que la situation est inverse pour les adultes. Les femmes au travail ont plein de possibilité de varier leurs tenues et de porter des vêtements légers et adaptés lorsqu'il fait très chaud alors que dans tout le tertiaire les hommes sont contraints de mettre des pantalons longs. ça aurait pourtant de la gueule une réunion de ministres en shorts non ?


Il me semble cependant que le plus grave n'est pas ce que ces injonctions font aux filles, mais ce qu'elles font aux garçons. La sexualité n'est pas qu'un comportement de reproduction, elle l'est même très rarement de nos jours chez les humains. C'est un comportement social, construit symboliquement.

Qu'apprend-t-on à des enfants en leur disant qu'une petite fille en short excite les garçons ?

J'ai cherché des articles universitaires pour développer mon idée et je vous conseille cette conférence de Philippe Liotard. Maître de conférences en sociologie à l'Université Lyon 1 «Corps, sexualité, identité la construction des rapports filles/garçons à l’école… et au-delà »

Comment apprend on à se comporter avec les personnes, du même sexe ou du sexe opposé, à partir des représentations qu'on a de la sexualité ? Comment les individus apprennent-ils à se servir de leur corps pour se donner du plaisir, ou se reproduire, ou les 2 ?

Il cite, entre autres des travaux de Marcel Mauss, anthropologue des années 30 qui avait élaboré un index des pratiques sexuelles à travers le monde et démontré qu'elles étaient très différentes d'un continent à l'autre. 

L'éducation est un double apprentissage de transmission mais aussi d'intégration. L'apprentissage de la sexualité c'est d'abord l'apprentissage de normes et de valeurs : ce que je dois faire, mais aussi ce que j'imagine que je dois faire, ce que je dois aimer pour me comporter comme un homme, un vrai, ou comme une femme respectable. Ce que je peux faire en fonction de mon statut, de mon âge. Ces normes apprises très tôt structurent notre façon de penser pour la vie.

A 11 ans les enfants, qui ont déja bien intégré les comportements de genre, arrivent à l'âge où ils vont se poser des questions sur la sexualité. Questions qui sont pour eux : "si je fais ça est-ce que c'est normal ?", "est ce que c'est conforme à l'image que je veux donner de moi ?"

Or, leur suggérer qu'une jeune fille en short va exciter les garçons c'est :

- indiquer aux filles qu'elles doivent faire attention à ne pas exciter les garçons, qu'elles sont responsables de ça. C'est cette injonction qui est actuellement vivement décriée

- indiquer aux garçons, et l'on parle beaucoup moins de l'injonction faite aux garçons, qu'ils doivent être excités par la vue des jambes nues de leurs camarades, que c'est naturel et que pour leur éviter une tentation trop forte dans le cadre scolaire l'institution s'occupe de les en préserver.

Or, si les adolescents sont évidemment prompts à s'émouvoir et découvrent les plaisirs et les affres de leur sexualité, ils peuvent aussi côtoyer leurs camarades sans penser au sexe. A cet âge les questions sur les sentiments et les relations amicales ou amoureuses sont aussi importantes, voire plus importantes que les questions sur le sexe. Or que pensera un petit garçon qui a entendu que le short est interdit pour les filles car cela excite les garçons et qui ne ressentira rien à la vue de ces jambes nues ? Il aura peur de ne pas être normal, de ne pas être assez viril. C'est donc une incitation à s'exciter aux bons moments, comme on l'attend d'un vrai mâle. Par contre si il a une érection il se sentira normal, et pourra même s'en vanter auprès de ses camarades garçons.

Les féministes protestent contre le fait que l'on demande aux filles de se vêtir alors qu'il faudrait demander aux garçons de ne pas agresser. En réalité c'est très en amont qu'il faut prendre la question : avant de leur apprendre à se contrôler il faut arrêter de leur faire croire que la norme viril est de bander à la vue du moindre bout de peau.  Il faut leur apprendre que les relations avec les autres passent par de multiples canaux et que le sexe n'en est qu'un aspect qui ne se concrétisera que dans une minorité de ces relations.

vendredi 28 septembre 2018

1ere Université du féminisme : Muriel Penicaud a promis l'égalité professionnelle dans 3 ans

Discours de Muriel Penicaud à l'université du féminisme
que vous pouvez écouter à 18 mn de cette vidéo

La première chose a noter est que la ministre du travail est indéniablement féministe et plutôt militante sur le sujet. C'est une bonne chose.

Evidemment elle a fait valoir son action.

Elle considère que le moment est favorable pour de grandes avancées et elle est convaincue, elle cite à cet effet Simone de Beauvoir, que le travail est un élément essentiel pour la liberté des femmes

elle rappelle que, non seulement la France est 11eme sur 144 des classements internationaux pour ce qui est de l'égalité H/F. Ce qui n'est déja pas très glorieux pour une nation qui a inscrit l'égalité dans sa devise. Mais surtout, qu'elle est 129eme pour l'égalité salariale !

L'une des raisons en est le travail à temps partiel des femmes, subi la plupart du temps, que ce soit du fait de l'entreprise ou de celui des contraintes familiales. Il pourrait en être autrement, aux Pays-bas par exemple les hommes prennent aussi du temps partiel.

Muriel Penicaud insiste sur le fait que la loi qui oblige travail égal/salaire égal est vieille de 45 ans et qu'elle n'est MASSIVEMENT pas respectée, ce qui est assez unique pour une loi de la République.

Mais elle pense que la période est favorable à des grandes avancées car plus personne aujourd'hui, ni homme politique, ni chef d'entreprise, n'oserait déclarer qu'il est contre l'égalité. Avec Marlène Schiappa, elles ont donc oeuvré à inscrire des mesures favorables à l'égalité dans la nouvelle loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel (loi sur la formation professionnelle).

Le principal apport de cette loi est qu'elle transforme l'obligation de moyen en obligation de résultat. Les entreprises ont 3 ans pour arriver à l'égalité.

     - Chaque entreprise devra publier ses résultats en la matière sur son site, ce qui devrait, selon elle, être très incitatif car les entreprises sont désormais soucieuses de leur image.

     - Contrairement à ce qui se dit ce ne sera pas une usine à gaz car toutes les données sont déja dans la DSN (déclaration sociale nominative, qui servira entre autres au prélèvement à la source).
La mesure portera sur les inégalités de salaires mais aussi sur les types de postes, les augmentations etc

     - Une enveloppe de rattrapage des salaires des femmes devra être inscrite au budget des entreprises

     - Les contrôles de l'inspection du travail sur ce sujet seront multipliés par 4. Attention elle n'a pas dit que les inspecteurs seront 4 fois plus nombreux, et pour ce que j'en sais les contrôles sur l'égalité hommes/femmes sont très peu nombreux et les inspecteurs globalement assez peu motivés sur le sujet .  D'ailleurs il ne leur ai guère proposé de formations spécifiques sur le sujet, ni de sensibilisation aux fonctionnement des stéréotypes.

Par ailleurs les nouvelles règles du compte personnel de formation, qui sera utilisé à la discrétion des salariés sans qu'ils n'aient à obtenir l'autorisation de leur employeur devrait leur ouvrir davantage de possibilité.

Elle espère également que le développement du télétravail, associé à une politique "intelligente" d'accueil des jeunes enfants permettra aux parents de concilier plus facilement travail et vie familiale. Et cela concerne tout particulièrement les mères seules.

Globalement je dois dire que je la trouve bien trop optimiste. et que je crois pas 1 seconde que l'égalité professionnelle sera atteinte dans 3 ans?

lundi 24 septembre 2018

Non mixité à la SNCF

C'est sur twitter que j'ai vu passer cet organigramme, récent. Je suis même allée vérifier que ce n'était pas un fake tellement il me semblait incroyable. Mais il est bien réel comme vous pouvez le voir ici

Rappel : La SNCF est un EPIC, c'est à dire un établissement public à caractère industriel et commercial et c'est une personne morale de droit public ayant pour but la gestion d'une activité de service public. Donc l'Etat a quand même quelque chose à dire et ça serait bien qu'il le dise.

Je me demande si Raphael Enthoven dirait de ces réunions que : (j'ai changé quelques mots pour adapter la citation à ce contexte)
"ce serait pécher par optimisme (ou par cécité volontaire) que d’imaginer qu’on laisse l’esprit de division derrière soi quand on sort des réunions non-mixtes : il est faux de prétendre que la non-mixité n’imprègne pas fondamentalement la vision du monde et de la société de ceux qui y recourent, et qu’elle ne peut pas favoriser la tentation d’un repli communautaire. Comment croire qu’il n’y a aucun lien de causalité entre l’isolement des hommes de toute présence féminines dans des réunions du CODIR et la diffusion de discours simplificateurs sur les compétences des femmes ou le maintien des égalités de salaires? "

jeudi 20 septembre 2018

Université du féminisme : Le dicours de Raphaël Enthoven . Résumé et commentaires

Le discours de Raphaël Enthoven est la séquence des universités du féminismes qui a été la plus commentée. Il faut dire que non seulement il est le seul homme, hormis le porte parole du gouvernement,  à avoir bénéficié d'une tribune pour lui tout seul, mais que cette tribune a été, et de loin, la plus longue de ces 2 journées. Un homme qui monopolise la scène longtemps, voila qui n'est pas très féministe.

Je l'ai trouvé assez pénible, il parlait fort, hurlait presque, avec des effets de style et de manches pédants. Visiblement il aime s'écouter parler. A ce propos vous pouvez lire ce qu'en dit ce blog de rhétorique. Je crois que j'ai assez vite décroché, mais je me suis rattrapée en lisant le texte intégral de son intervention ici.

Comme il est long  je vous en fait un résumé commenté.

Du coté du bien...et de la ministre

Il commence par remercier chaleureusement la ministre en la félicitant de ne pas avoir cédé à ceux, et surtout celles, qui voulaient l'empêcher de prendre la parole. Légèrement flagorneur je trouve. D'autant plus qu'il ne rate pas une si belle occasion de rappeler qu'il a écrit la préface du livre de Marlène Schiappa sur le viol.

Son vocabulaire est celui du combat : des courageux (lui évidemment) contre les lâches. Combat qui reste cependant verbal puisqu'il se passe en réalité sur les réseaux sociaux, mais n'en est pas moins violent et qu'il décrit avec une débauche de mots : anathèmes, avanies, insultes, confiscation du débat, profération, vilipendée, accusations insensées, vacarme.

Il annonce ensuite le sujet qui lui a été proposé, et qu'il qualifie de bizarre "Peut-on parler du féminisme quand on est un homme ?

Féminisme et antiracisme

Il explique en quoi cette question lui parait anormale (pour plus d'analyses sur les arguments utilisés voir le blog sus-cité) et surtout fait un parallèle avec d'autres combats menés au nom de l'égalité, notamment celui contre le racisme. 

La question commune de toutes ces luttes est "au nom de l'égalité entre les individus : faut-il privilégier la parole des concernés". Il y répondra évidemment par la négative, sinon il ne pourrait plus parler de grand chose n'étant guère concerné que par l'antisémitisme comme il l'explique plus tard. 

Il veut bien reconnaitre que "rien ne remplace le fait d'avoir vécu ce dont on parle" et que les réunions non-mixtes permettent aux femmes de se sentir plus libres pour discuter, mais il relègue cet argument au second plan car l'effet premier selon lui  est de communautariser le combat. 

En ce qui me concerne j'ai toujours pensé et dit, que le combat féministe ne pouvait pas traité de la même façon que ceux des minorités. Pour deux raisons, simples. La première est que les femmes sont 52% de la population et ne sont donc pas une minorité, la seconde parce que les hommes et les femmes sont obligés de vivre ensemble, ne seraient-ce pour perpétuer l'espèce. Dans une société on peut cloisonner et faire que jamais ne se rencontrent les personnes d'ethnies, de religions, de cultures, d'orientations sexuelles différentes, on peut faire en sorte que leurs vies soient radicalement différentes on ne peut pas empêcher que les hommes et les femmes vivent ensemble, que les garçons côtoient leurs mères et leurs soeurs. Raphaël Endhoven reprend ici un parallèle qui est désormais commun mais pollue considérablement le débat car il revient à utiliser les mêmes arguments pour des causes qui ne sont pas de mêmes natures.

Il continue sur ce terrain, pour expliquer les risques de cette non mixité fut elle provisoire. La mixité ne permettra pas de résoudre un problème qui est social et ne concerne pas que celles et ceux qui en souffrent. Elle ne permettra aucunement de faire disparaitre la domination masculine. Au contraire peut-être c'est un remède qui aggrave le mal en  augmentant le cloisonnement qui est ce que l'on combat et en favorisant le repli communautaire. Or, je le redis je récuse le terme de communautarisme pour ce qui concerne les femmes.

Il termine cette partie par un couplet sur ce qu'est être victime. On peut le suivre lorsqu'il estime que les victimes ne sont pas les mieux placées pour dénoncer car la violence subie n'est pas bonne conseillère et la souffrance n'est pas un diplôme. Qu'elle "est une loupe qui donne à ce qui nous arrive l'ampleur d'une vérité universelle" Mais comment peut-il aller jusqu'à cette phrase "Etre victime n’est pas un passe-droit, mais une exigence supplémentaire" ?

Les féministes contre lui

Il termine en reprenant les accusations qui lui sont faites personnellement : négation de la culture du viol, racisme

L'un de ses argument massue est que celles-là même qui lui reprochent d'être un homme et donc illégitime pour intervenir dans le débat font preuve de la même véhémence envers les femmes qui ont signé la tribune pour le droit d'être importunée. Comme quoi le genre ne fait rien à l'affaire.

Pour ce qui est des propos racistes, et il termine là-dessus il remarque que toute tentative de critique envers une association comme Lallab ou le voile islamique sont traités comme des propos racistes. Ce qu'ils ne sont pas.

Conclusion engagée certes mais qui n'apporte rien de nouveau à ce que l'on lit à longueur de journée sur les réseaux sociaux.

Et alors ?

Tout ce long discours vise à expliquer en quoi Raphaël Endhoven se sent parfaitement légitime pour parler de féminisme.
OK. De toute façon je n'y voyais pas vraiment d'inconvénient.
Mais ce qui m'aurait bien davantage intéressée aurait été de savoir ce qu'il pouvait apporter aux débats en tant qu'homme, ce qu'il pouvait lui contribuer à changer de sa position. Pas un mot là-dessus. 25mn donc pour dire en quoi c'est normal qu'il parle pendant 25mn.

Pour que vous compreniez l'ennui de la salle quelques phrases, que je ne comprends pas n'étant pas moi-même doctrice en philosophie :

"N’en déplaise à ses défenseurs, la relative efficacité d’une méthode n’a jamais préservé de ses effets délétères, tout comme l’efficacité d’un médicament n’exclut pas la possibilité d’effets indésirables. Le dire n’est pas s’en réjouir. Une description n’est pas une prescription."

"Car le fait d’insister, comme ils le font, sur le caractère «provisoire» et «limité» de la non-mixité, revient à suggérer, même inconsciemment, qu’on connait, même quand on y est favorable, les risques que ferait courir à l’unification de la société l’extension dans le temps et dans l’espace d’une telle logique cloisonnante. Et pour cause la non-mixité promet de s’abolir, de disparaître d’elle-même le jour où le racisme disparaîtra."

mardi 18 septembre 2018

Journalistes, arrêtez de vous indigner des propos d'Eric Zemmour, questionnez le

Je suis assez dépitée de devoir parler de Eric Zemmour dont la stratégie est simple. Il a un livre à vendre et pour cela il doit faire le buzz avec un maximum de provocations. Rien ne l'arrête et c'est le meilleur moyen pour que cela fonctionne, plus il va loin dans le politiquement incorrect plus ça marche. Le mieux serait de ne pas en parler, mais je voudrais quand même revenir sur les propos qu'il a tenu, non pas à Hapsatou Sy, mais ceux qui concernent les femmes et le pouvoir.

Je voulais titrer cet article "les femmes diluent-elles le pouvoir ?" mais en cherchant des références je me suis aperçue que j'avais déja utilisé ce titre en 2013 sur Rue89 où j'écrivais, et que j'y avais publié à peu près le même l'article que j'envisageais d'écrire aujourd'hui. Comme quoi Eric Zemmour ne se renouvelle pas du tout, inutile donc d'investir dans son nouveau livre qui n'est probablement que la réplique des précédents. Son radotage tourne en boucle, mais il tourne bien.

Et j'en ai un peu marre des journalistes qui se contentent d'ouvrir de grands yeux et s'indigner, qui est exactement ce qu'il attend. Si son discours passe aussi bien c'est parce qu'il entièrement fondé sur des observations peu discutables, mais les liens qu'il fait entre les éléments sont eux éminemment discutables et ce sont ces liens qu'il conviendrait de reprendre. Il faudrait lui demander ce qui lui permet d'affirmer cela ou de lui apporter des contre exemples.

Donc, hier il a dit sur LCI, que si sa fille devenait Présidente de la République il serait fier sur plan personnel mais ce serait un signe supplémentaire de la décadence. Indignation de ces interviewers qui le traite de macho, comme si c'était un scoop. 

Mais que dit-il ?

Qu'il a a fait l'effort, dans son nouveau livre qui vient de sortir, de parler de femmes qui ont du pouvoir (comme quoi il s'adapte):  Catherine de Médicis, Madame de Pompadour, Madame de Staël et Simone de Beauvoir. Notons que, hormis Catherine de Médicis, aucune de ces femmes n'a occupé un poste officiel. Il s'agit de pouvoir intellectuel ou de pouvoir d'influence. D'après lui ce fut chaque fois une catastrophe.  

Reprenons :

Je ne connais pas trop Madame de Staël. Wikipedia m'apprend que "Grâce à la publication de De l'Allemagne, elle popularise en France les œuvres des auteurs de langue allemande, jusqu'alors relativement méconnues." Pour Eric Zemmour c'est le début de la germanophilie qui nous a désarmé face à l'Allemagne et nous a conduit jusqu'à la 1ere guerre mondiale. Un propos qui méritait plusieurs questions

  • un seul livre peut-il suffire à influer toute l'histoire de l'Europe pendant un siècle (il a été publié en 1814) ? Pour le coup c'est donner beaucoup d'importance a l'oeuvre d'une seule femme. 
  • en admettant que ce soit le cas, en quoi le fait qu'il ait été écrit par une femme change-t-il quelque chose ? Un homme n'aurait il pas pu écrire ce livre ?

Je connais très bien par contre la vie et l'oeuvre de Simone de Beauvoir. Pour Zemmour la catastrophe provient du décalage ente les deux, elle fait le contraire de ce qu'elle écrit. Là encore il devrait développer, je suppose qu'il le fait dans son livre (qu'il est donc hors de question que je  subventionne).

Certes Simone de Beauvoir a vécu de façon bourgeoise alors qu'elle professait des idées très à gauche. Mais on pourrait dire la même chose de Sartre, et de nombreux autres auteurs ou hommes politiques. Pour n'en citer qu'un on pourrait prendre l'exemple de Rousseau qui a écrit un livre sur l'éducation alors qu'il a abandonné ses enfants.  Et pour ce qui est des idées de Simone de Beauvoir, son oeuvre majeure reste Le deuxième sexe et on ne peut pas nier que sa vie fut celle d'une femme libre, féministe, qui a soutenu de façon active et engagée toutes les autres femmes. A quoi fait-il donc allusion : probablement à ses lettres d'amoureuse à Nelson Algreen. Facile a démonter. 

Il ne précise pas dans cet extrait en quoi le pouvoir de  Catherine de Médicis a été catastrophique, mais Catherine de Médicis est, avec Margaret Tatcher, l'archétype de la façon dont son traitées les femmes réellement puissantes. C'est à dire comme une sorcière (cf le livre de Mona Chollet  qu'il est bien préférable d'acheter), ni sur madame de Pompadour dont le pouvoir fut uniquement d'influence, dans des conditions extrêmement difficiles puisque fondé sur la séduction et révocable à tout instant .

Zemmour revient en fait sur le même sujet qu'il développait en 2013, "il y a un rapport très complexe entre le pouvoir et les femmes les femmes ont beaucoup de mal à exercer le pouvoir", mais il progresse car à l'époque il leur déniait toute possibilité d'exercer le pouvoir, la preuve selon lui : il n'y a quasiment pas de femmes au pouvoir. 

En fait Eric Zemmour pratique une technique basique, mais souvent efficace, qui consiste à généraliser. En partant de quelques exemples il tire des conclusions valables pour l'humanité toute entière. Comme si on prenait l'exemple de  Hitler pour en conclure que tous les hommes de pouvoir sont des dictateurs dérangés, ou celui d'Harvey Weinstein pour dire que tous sont des violeurs. Le pouvoir des femmes "ce fut chaque fois une catastrophe " comme si on ne pouvait pas citer des hommes dont le pouvoir aboutit à des catastrophes. 

Il a cependant raison dans sa conclusion "Le pouvoir c'est phallique", en tout cas tel qu'il est exercé dans nos société. 

lundi 17 septembre 2018

1ere université d'été du féminisme

J'ai passé 2 journées la semaine dernière à la 1ere université du féminisme. Je n'ai pas perdu mon temps car c'était vraiment très riche. La plupart des articles ont surtout parlé des intervenants qui faisaient polémique, et c'est vraiment dommage car les autres interventions invitaient davantage à la réflexion. Mais je suppose que si on veut qu'on parle de ces journées il faut trouver un moyen de faire le buzz. Pour cela Elisabeth Lévy et Raphaël Enthoven étaient les clients parfaits. 

L'organisation par contre d'une table ronde entre une représentante de Lallab et une représentante du Printemps républicain sur voile et féminisme n'était pas une bonne idée. 10mn sur l'un des sujets les plus sensibles qui soit ce n'était pas jouable et plutôt qu'à un débat c'est à un pugilat qu'on a assisté, les 2 parlant en même temps la moitié du temps leurs propos étaient complètement incompréhensibles, d'autant plus que la salle réagissait vivement huant ou applaudissant . Il m'a semblé qu'elle était légèrement plus hostile aux propos de Lallab mais n'ayant pas d'applaudimètre je n'en suis pas certaine. 

Il y a sur le site du ministère une video, complète je crois, de la seconde journée. Il y a aussi beaucoup d'extraits sur la page facebook du secrétariat d'état.

J'y reviendrai surement car il y a matière à faire de nombreux billets.

Je vous recommande pour aujourd'hui le sketch très drôle, sur un sujet qui ne l'est pas, le tunnel de la comédienne de 50 ans et le super pouvoir d'invisibilité des femmes de cet âge, des 3 comédiennes Blandine Metayer, Catherine PIFFARETTI et Mariane TOME (ici sur facebook ). Ce qui n'est pas représenté n'existe pas, or, alors que 1 femme majeure sur 2 a plus de 50 ans, le pourcentage des actrices de plus de 50 ans dans les films français en 2016 est de 6%. 

"Avec l'âge les hommes murissent, les femmes vieillissent. Les gros plans des femmes vieilles c'est moche, les gros plans des hommes vieux c'est beau". "on est ménopausées, mais bien vivantes !"

Pour finir, et c'est dans la vidéo, Marlène Schiappa y conclut de façon brillante avec une anaphore bien vue "J'EN AI MARRE...",

  • "j'en ai marre de devoir dire à ma fille "est ce que tu dois vraiment mettre un short"? 
  • "j'en ai marre d'entendre des femmes qui me racontent qu'elles ont été violées" 
  • "j'en ai marre qu'elles n'en aient pas parlé avant" 
  • "j'en ai marre des inégalités de salaires",
  • etc

mardi 4 septembre 2018

Poker : jouer avec les stéréotypes

Je vous conseille la lecture de cet article du New-York Times (il est en anglais)

Maria Konnikova est doctrice en psychologie expérimentale (oui, je féminise les mots de façon à ce ce que cela s'entende, ce qui n'est pas le cas de docteure, et je trouve que doctoresse n'et pas fluide ).
Elle a décidé, dans le cadre de ses travaux, d'étudier le poker et a appris pour cela à jouer, pour de vrai. Elle n'y connaissait absolument rien, a pris une année sabbatique pour se former et jouer de façon intensive et elle a mis à peine un an pour gagner 200 000 $.
Son doctorat portait sur la confiance excessive et la prise de décision risquée. Elle explique dans cet interview qu'elle s'intéresse à la façon dont les gens prennent des décisions, et pour elle le poker était un bon exemple de décisions dans lesquelles la chance intervient mais aussi les compétences.
Elle voulait savoir si les personnes ayant une haute confiance en soi prenaient de meilleures décisions dans des conditions risquées. Habituellement, les personnes ayant une bonne confiance en elles font beaucoup mieux que les personnes en ayant peu. Mais c'est moins le cas  dans des environnements imprévisibles comme les jeux, car ces personnes peuvent être trop confiantes et ne prennent pas assez en compte les aléas externes.

En ce qui la concerne, et c'est pour cela que je vous en parle, elle a rapidement su que la première chose que les joueurs remarquaient était son genre. Et qu'ils lui appliquaient tous les stéréotypes habituels. Et quand elle a compris comment ces joueurs voyaient les femmes, elle a su comment jouer contre eux. Et elle a gagné !

Elle explique que
"Il y a des hommes qui préfèrent mourir plutôt que d'être bluffés par une femme. Ils ne se coucheront jamais avec moi parce que c'est un affront à leur masculinité. Je ne les bluffe jamais. Je sais que peu importe la force de ma main, ils vont toujours m'appeler parce qu'ils ne peuvent tout simplement pas plier devant une fille."
"D'autres pensent que les femmes sont incapables de bluffer. Ils pensent que si je parie vraiment avec agressivité, cela signifie que j'ai une main incroyablement forte. Je bluffe ces gens tout le temps"
Elle dit aussi qu'elle a été pas mal harcelée car certains hommes n'acceptent pas qu'une femme s'assoie à une table de poker. Elle a eu sa revanche quand elle a ramassé leurs jetons.

jeudi 30 août 2018

Décryptage ONPG de l'échange entre MArlène Schiappa et JC Van Damme

A voir sur ce blog de Rhétorique

mercredi 29 août 2018

La masculinité hégémonique

Je vous ai parlé du post cast "Les couilles sur la table" que je vous recommande chaudement. 

Aujourd'hui je veux parler de l'épisode du 24 mai sur le thème "Pourquoi le sport reste encore un truc de mecs". Victoire Tuaillon y a invité Thierry Terret qui est historien du sport, auteur d'un monumental ouvrage Sport et genre (4 volumes) et coordinateur d'un livre collectif  Sport, genre et vulnérabilité au XXe siècle En réponse aux questions de Victoire Tuaillon sur la présence massive des hommes dans tout ce qui tourne autour du sport il développe longuement le concept de masculinité hégémonique. Il le fait de façon très éclairante.


Le sport est une invention masculine, créée pour développer la sociabilité masculine. Il a été pensé par des hommes, pour des hommes et l'arrivée des femmes n'a pas suffi à en modifier les fondements. Parce que, pour commencer, le sport est un spectacle or les femmes doivent rester discrètes, voire cachées, dans leur univers, elles n'ont pas à investir  l'espace public. Par ailleurs le sport est étroitement associé à la compétition,  celle-ci es l'apanage de  la virilité. Aujourd'hui encore les femmes font du sport mais participent beaucoup moins souvent à des compétitions. 

Sport = masculin = violence = exploits

Mais surtout le sport participe à la construction du modèle de masculinité hégémonique. Celle qui représente l'idéal vers lequel les hommes doivent tendre. Elle varie selon les époques et les lieux mais chaque société construit sa propre norme et tous doivent s'y soumettre. 

Toujours la violence est associée au masculin et le sport est une forme de violence. Envers les autres, mais aussi envers soi-même puisqu'il s'agit de se dépasser, de résister à la douleur. Le sport permet la reconnaissance de l'excellence masculine par la démonstration de sa force, son abnégation, son courage. Toutes qualités qui permettent d'évaluer la virilité. L'exploit sportif est également associée l'exploit sexuel. Il est sous entendu le sportif bénéficie d'une grande puissance sexuelle, d'où la distribution massive de préservatifs lors des grands évènements sportifs.

La maitrise technologique, le sens de la stratégie font également partie de la sémantique sportive et renvoie au masculin. Et l'analyse du vocabulaire employé par les commentateurs sportifs montre à quel point ces caractéristiques : souffrance, dépassement de soi, stratégie sont soulignés pour les sportifs, mais pas pour les sportives. 

De plus le sport ne se joue pas que sur le terrain, il est aussi constitué de tout un environnement qui encourage l'entre-soi masculin et valorise les caractéristiques de cette masculinté hégémonique : vestiaires, 3eme mi-temps, chansons paillardes, référence aux femmes comme à des trophées. 

Or, si ce modèle exclut, de fait, les femmes, il exclut également tous les hommes qui s'éloignent de cette norme. Les terrains de sports restent encore des lieux où les insultes de tarlouzes ou PD sont fréquents.  Il y a donc bien des victimes masculines de cette hégémonie. Les homosexuels en premier lieu, mais aussi tous ceux qui ne sont pas forts, rapides, habiles avec un ballon, qui préfèrent des activités différentes, plus calmes ou contemplatives. Dès la maternelle et le début de la socialisation les petits garçons sont sommés de se mesurer à ces normes. Ceux qui n'y arrivent pas, où qui n'aiment pas ces jeux, ou qui aiment le rose et le disent, ou qui préfèrent jouer avec les filles sont exclus ou moqués. Ce sont de grandes souffrances qui sont ainsi engendrées, souffrances qui peuvent perdurer la vie entière. 

Thierry Terret est cependant assez optimiste car plusieurs études montrent que la tendance est à plus  d'égalite et moins de discrimination

Si vous êtes un homme 

Si vous êtes un homme, et là c'est moi qui poursuis la réflexion, si vous voulez sortir de ce piège comment faire ? 

Pas facile j'en conviens, et beaucoup plus compliqué que porter des chaussures à talon rouge un jour dans l'année en criant qu'on est féministe (d'opérette) !

Les questions que vous pouvez vous poser vous renvoient à l'image que vous avez de vous-même et que les autres ont de vous. 

Vous pouvez vous demander 

1/ en quoi vous contribuez à faire perdurer ce modèle ? En vous y  conformant, en le valorisant, en le proposant à vos garçons ?

2/ comment y résister ?  Et là je suppose que l'inconfort et la peur vous gagnent. Bien sûr vous n'allez pas arrêter de faire du sport, d'être la personne sur qui on compte, celle qui ne pleure jamais . Mais alors ? 

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