29/11/2021

Serie : Les illustratrices du 20eme siècle : Jeanne Mammen

Suite des billets rédigés par Renaud Bouet, .

J'avais rencontré Renaud il y a 2 ans lors du Salon de la BD à Paris, . L'année dernière il a été annulé. Cette année ce sera ce week-end. Dès  vendredi après-midi vous pouvez retrouver 60 exposants ; des maisons d'édition, des libraires et des auteurs et autrices. Il y a beaucoup moins de monde qu'à Angoulême et il est facile d'engager la conversation avec tout le monde.

J'y aurai donc une petite table où vous pourrez venir discuter, et acheter mes livres.  

 

Renaud souhaitait évoquer cette artiste, car si on parle souvent des artistes hommes fustigés par les nazis en tant que "dégénérés"(genre Otto Dix), C'est rarement le cas pour les femmes. Or,il y en a eu plusieurs dont Jeanne Mammen. 

Elle est née à Berlin en 1890 mais a vécu ses premières années à Paris où son père avait une usine de soufflage de verre.

Les années de formation de la jeune femme ont baigné dans la littérature française et les arts de l'époque. Son éducation privilégiée lui a permis d'étudier la peinture et le dessin, à l'académie Julian tout d'abord, puis dans différentes écoles, à Bruxelles et Rome. Elle participe même en 1912 au Salon des Indépendants de Paris puis à celui de Bruxelles. 

Avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale, sa famille voit ses biens confisqués; elle et les siens sont classés comme "ennemis étrangers", ce qui réduit les conditions de vie de l'artiste. Mais la jeune femme du fait de ses activités artistiques, noue des liens d'amitié avec des personnes d'horizons divers dans un monde éclectique, en marge de son cercle social de classe moyenne, ce qui l'aide à surmonter ces moments difficiles et aura une influence majeure sur ses œuvres ultérieures. 

Après son retour à Berlin, elle entame en 1921 une carrière professionnelle en tant que dessinatrice d'affiches pour des films, puis en tant qu'illustratrice de magazines (notamment pour la revue Simplicissimus). 

Cependant, c'est la vie nocturne colorée de la République de Weimar qui inspire son art. Entre le milieu des années 1920 et le milieu des années 1930, elle multiplie croquis et aquarelles ayant pour sujet les discothèques, les cafés et les cabarets bruyants de la ville. Elle observe et représente un monde coloré et cosmopolite, aux passions chaotiques, qui s'éveille à la tombée de la nuit. Son intérêt pour la représentation féminine est une constante de son travail. Elle représente des femmes épanouies dans leur sexualité. 

Sa représentation des lesbiennes est révolutionnaire du point de vue féminin, elle ignore à la fois les tabous de l'âge et la représentation sexualisée "cliché" liée au regard masculin. Et ses aquarelles qui dépeignent des femmes appréciant simplement la compagnie d'autres femmes comportent souvent une qualité narrative humoristique Elle participe à de nombreuses expositions, dont une exposition d'artistes féminines à Berlin. 

Cependant, avec l'arrivée du pouvoir nazi, son travail est qualifié de "dégénéré" et de « juif ». Elle refuse d'abandonner ses sujets de prédilection et de se joindre à la machine de propagande artistique du régime nazi. Pendant une grande partie de la Seconde Guerre mondiale, elle ne peint plus et survit difficilement. Après la guerre, elle se tourne vers des expressions plus abstraites de l'art. Mais ce sont ses observations positives de la société "marginale" allemande dans cette période particulière de l'histoire qui sont peut-être les plus remarquables. Sa représentation des femmes en particulier en tant qu'expression joyeuse de la féminité et de la sexualité confiantes. 

A la fin de sa vie, voici ce qu'elle disait d'elle et de son travail: "J'ai toujours voulu être juste une paire d'yeux, marchant à travers le monde sans être vu, seulement pour pouvoir voir les autres…."

30/06/2021

La reforme des pensions alimentaires de la CAF : les changements qui intéressent les femmes

Depuis quelques mois, le gouvernement communique beaucoup sur la réforme de la Caisse d’allocation familiale (Caf). Le service public intervient comme médiateur pour accompagner les couples séparés ou divorcés et mieux préserver l’intérêt des enfants. Ce changement de cap doit permettre aux quelques 35 % de personnes victimes d’impayés chaque mois, essentiellement des femmes, de sécuriser leur situation. Toutes les mesures ne sont pas nouvelles mais elles ont le mérite de faciliter la vie des familles. Tour d’horizon des nouveautés les plus intéressantes pour les droits des mamans.

Des pensions alimentaires difficiles à recouvrir pour les mères célibataires

Depuis le 1er janvier 2021, la Caf annonce haut et fort une nouvelle mission d’importance : l’intermédiation et le recouvrement des pensions alimentaires. Elle a été annoncée en grande pompe par le président de la République lors de son premier tour de France de l’année.

Ce dispositif doit venir en aide aux parents séparés ou en cours de séparation. Les quelques 900 000 familles monoparentales recensées représentent en effet aujourd’hui un foyer sur quatre et la pension constitue en moyenne 18 % de leur budget mensuel. Elles sont composées à 85 % de femmes et sont particulièrement exposées à la pauvreté : les difficultés de garde se cumulent souvent avec celles d’accès à l’emploi et à la formation, à la mobilité professionnelle, etc.

Pour plus de détails sur le sujet, je vous renvoie vers mon article sur la répartition du patrimoine au sein des familles en cas de divorce (http://blog.plafonddeverre.fr/post/La-répartition-du-patrimoine-au-sein-des-familles)"

Les problèmes de recouvrement avaient été pointés du doigt par un certain nombre de mères lors de la crise des « gilets jaunes ». Cela avait permis de démontrer que les mesures initiées depuis la réforme de l’organisme de prestations familiales en 2014 étaient encore très perfectibles (voir le rapport du think tank Terra Nova, publié en 2019).

Des évolutions tenant plus compte de la charge mentale des femmes

La Caf est chargée de collecter la pension alimentaire mensuelle pour le parent créancier auprès de son ancien conjoint. Il est intéressant de relever qu’il n’est pas nécessaire que les deux parties donnent leur accord pour cette médiation. La demande d’un seul parent et un un titre exécutoire suffisent pour que l’Agence de recouvrement et d’intermédiation des pensions alimentaires (Aripa) intervienne. Un titre exécutoire est un acte juridique constatant une créance, la CAF peut désormais s'occuper de son obtention. 

Si le parent débiteur ne paie pas la pension, la Caf peut verser au bénéficiaire une allocation de soutien familial, à hauteur de 116,11 € par mois et par enfant (au 1er avril 2021). Suivant la situation financière de l’ex-conjoint, elle choisira de recouvrir ou non le montant de cette somme auprès de lui. L’allocation de soutien familial complémentaire couvre la différence si la pension versée est inférieure à ce montant.

L’intervention de l’organisme permet également de limiter les contacts entre les deux parents. Tant mieux car les femmes (à 93 %!) créancières répugnent le plus souvent à entrer en conflit avec leur ex-compagnon. Au-delà des risques de violences directes, elles craignent de polluer de manière indirecte les relations avec les enfants.

Ce nouveau service se veut simple d’accès et, une fois la démarche engagée, couvre toute la période d’éducation. De quoi alléger quelque peu la charge mentale des femmes ! Les services de la Caf proposent également de basculer directement dans l’intermédiation financière les familles qui bénéficiaient déjà du recouvrement.

J'approfondis un peu le sujet dans mon article précédent sur les responsabilités dans l'éducation des enfants (http://blog.plafonddeverre.fr/post/Les-mères-sont-elles-seules responsables-de-l-éducation-des-enfants)

Une montée en puissance des nouvelles mesures de recouvrement des pensions

Pour citer quelques chiffres, d’après l’attachée de presse de la Caf Virgine Rault, au 1er avril 2021, 82 000 familles ont bénéficié d’au moins un paiement de pension par l’Aripa. Elles étaient 63 000 en 2019 et 77 000 en 2020.

Entre octobre 2020 et avril 2021, la Caf a constaté que 40 % des 28 000 demandes d’intermédiation financière reçues venaient de nouveaux foyers. La communication réalisée sur les nouvelles modalités de prise en charge semble donc monter en efficacité !

Ces mesures ne sont certes pas encore parfaites mais contrairement aux affirmations de certaine spécialiste elles constituent tout de même de grandes avancées pour les droits des femmes. Pour bénéficier de cette action proposée par la Caf, dès l’officialisation de la séparation avec votre ex-conjoint et la fixation du montant de la pension alimentaire, vous devez en faire la demande à la Caf (sauf en cas de violence, où elle pourra être prononcée d’office par le juge). Attention, s’il s’agit d’une séparation amiable hors mariage, vous devez demander à la Caf le fameux titre exécutoire. Dans ce cas, vous toucherez la somme minimale de 116,11€ par mois et par enfant (versée par la Caisse d’allocations si votre ex-conjoint n’est pas solvable, sinon dans le cadre de l’allocation de soutien familial complémentaire s’il y a besoin de couvrir la différence).

Bon à savoir :

  • - Si vous êtes agricultrice, c’est la Mutualité sociale agricole qui gérera votre dossier.
  • -Depuis janvier 2021, le dispositif d’intermédiation financière ne s’adresse plus uniquement aux cas de violences familiales. Il reste indispensable dans ce type de situation (depuis le 1er janvier 2021, un tiers des décisions transmises par les juridictions concernent des situations de violences !), mais tous les cas de figure peuvent aujourd’hui être concernés.
  • - Si votre ex-conjoint débiteur est à l’étranger, des conventions bilatérales signées avec de nombreux États peuvent tout de même permettre le recouvrement. Renseignez-vous auprès du Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères.
  • - Si vous vous remettez en couple après votre séparation, vous pouvez encore bénéficier de l’intermédiation financière comme de l’aide au recouvrement.
  • - L’Aripa peut recouvrir des pensions impayées sur 2 ans, exceptionnellement jusqu’à 5 ans (les contacter pour les conditions).
  • - Près de 87 % des demandes se font actuellement de manière dématérialisée.
  • - Pour plus de détails, rendez-vous sur le site https://www.pension-alimentaire.caf.fr

Claire Magdonnal, pour CMaRédac

24/02/2021

Série : Les illustratrices du 20eme siècle : Cicely Mary Barker

Mon ami Renaud Bouet, , m'a envoyé une nouvelle biographie d'une illustratrice qu'il admire, dont les dessins sont souvent très connus, mais pas elle. Après Rose O'Neill et Elsa Beskow , voici Cicely Mary Barker.

 

Il est d'ailleurs remarquable de constater que bien qu'elle ait vécu près de 80 ans la seule photo que l'on trouve d'elle sur le web date de ses 20 ans. Son oeuvre est « célébrée dans le monde entier » et connait toujours une énorme popularité au début du xxie siècle, mais demeure « étrangement méconnue en France ».

Elle naît à Croydon, dans le Sussex (Grande Bretagne) en 1895.

Elle est la seconde enfant (sa soeur Dorothy est plus âgée de deux ans) d'une famille issue de la classe moyenne.

Elle est d'une santé fragile, sujette à des crises d'épilepsie et elle grandit à la maison, choyée par ses parents, par sa soeur et sa gouvernante.

Elle lit beaucoup, se nourrissant de contes et d'albums illustrés et est admiratrice, entre autres, des oeuvres de Kate Greenaway, de Randolph Caldecot ou du Peter Pan de J.M.Barrie.

Elle développe un certain talent pour le dessin et ses parents l'encouragent à suivre des cours d'art par correspondance, auprès de la Croydon Art Society. Elle dessine beaucoup, s'essaye à différentes techniques, et en 1911, l'éditeur Raphaël Tuck lui achète 4 petits dessins et l'encourage à en produire d'autres.

Mais la mort de son père plonge la famille dans le dénuement et sa soeur décide d'ouvrir un jardin d'enfants dans leur maison. Cicely redouble de créativité, écrit de la poésie, travaille à des aquarelles pour la Société de promotion de la connaissance chrétienne, réalise des illustrations pour différents magazines et expose à la Women Artists Exhibitions.

Sa première oeuvre "féérique", lui est achetée par le Royal Institute; il s'agit de "A fairy song". Il faut dire qu'à cette époque où l'industrialisation est galopante et les bruits de la guerre terriblement présents, l'univers des fées, redécouvert par les peintres victoriens et la littérature dite "enchantée" - comme un échappatoire vers un monde secret subtilement jointé au nôtre - se dévoile à nouveau aux yeux et aux esprits. Et Cicely peint des fleurs et des fées. Les fleurs, scrupuleusement, dans la logique des peintres préraphaélites qu'elle aime (notamment Edward Burne-Jones) et pour les fées, elle prend souvent comme modèle les élèves de sa soeur Dorothy.


 

Son premier recueil, "Flower Fairies of the Spring" (24 poèmes et illustrations) est publé en 1923 par l'éditeur Blackie. Suivront d'autres ouvrages, consacrés à chaque saison, ses fleurs et ses fées, ainsi que des contes tels que " The lord of the Rushie river"(1938) ou "Groundsel & necklaces"(1943). Elle continue, en parallèle, à travailler sur des ouvrages d'inspiration chrétienne comme "The children book of hymns" ou, en collaboration avec sa soeur, "He leadeth me", à réaliser des cartes postales, des faire-parts, et peint des panneaux à l"huile pour l'église St Andrew, de Croydon. Elle y est d'ailleurs très active pour ce qui concerne les oeuvres sociales, dites "de bienfaisance".

Cicely et sa famille - sa mère et sa soeur - voyagent peu. On note un séjour à Amberley dans le Sussex, un autre sur la côte sud des Cornouailles, un voyage à Gomshall, dans le Surrey, chez son amie Margaret Tarrant, l'autre illustratrice des fées, ou à Storrington, dans le cottage d'une autre amie, Edith Major.

En 1940, Dorothy ferme son jardin d'enfants et c'est Cicely qui subvient désormais aux besoins de sa mère et de sa soeur. Dorothy meurt en 1954, victime d'une attaque cardiaque et Cicely s'occupe de sa mère jusqu'au décès de cette dernière en 1960. A partir de ce moment, elle restaure une maisonnette à Storrington, que lui a léguée son amie Edith Major, et s'y installe, la renommant « St Andrew's ».

Elle décède en 1973 et son dernier ouvrage, traitant des fées de l'hiver sera publié à titre posthume. Il s'agit en fait d'une collection d'illustrations et de textes rassemblés par son éditeur.

04/02/2021

Camilla Jordana ou l'ère des perroquets

Une chanteuse qui sort un nouveau disque cherche à faire parler d'elle. C'est bien normal. Et pour faire parler d'elle quoi de mieux que surfer sur la vague féministe ? Mais le créneau est déja saturé, pour émerger il lui faut donc paraitre plus féministe que la dernière féministe qui a parlé, ou s'attaquer à des monstres sacrés.

Camilla Jordana aurait donc dit au journaliste de Paris Match (je mets le conditionnel car elle s'est défendue depuis d'avoir tenu ces propos) en parlant de Catherine Deneuve, Jane Birkin et Brigitte Bardot.

"Elles n’étaient pas le symbole du féminisme. Elles incarnaient LA femme parce qu’elles étaient des muses, l’anti-féminisme par excellence. Elles ont aussi vécu avec l’idée que se prendre une main au cul était quelque chose de normal, voire de “sympathique”. Tout est là… Il y a encore des mecs qui pensent que, parce qu’ils sexualisent une femme, elle doit se sentir flattée. Le regard de l’homme est censé être la seule chose après laquelle elle court…"

Ce disant elle commet plusieurs erreurs :

Une erreur de raisonnement

Une erreur de raisonnement car on ne peut pas juger des faits d'il y a 50 ou 60 ans avec les lunettes d'aujourd'hui. On peut les disséquer, les analyser et chercher à comprendre en quoi ils ont influencé la pensée de leurs contemporains et peut-être la nôtre, mais on ne peut pas juger leurs auteurs avec les outils d'aujourd'hui. Sinon on peut d'ores et déja mettre toute la littérature, depuis que l'écriture existe, et tout le cinéma, au pilon pour cause de sexisme. Ce qui est intéressant c'est d'analyser en quoi ces oeuvres contribuent à façonner et maintenir le sexisme des sociétés, pas de faire table rase du passé.

On ne peut donc pas reprocher à Catherine Deneuve, Jane Birkin ou Brigitte Bardot d'avoir vécu avec l'idée que "se prendre une main au cul était quelque chose de normal". Je parierais bien qu'avant #meetoo Camilla Jordana n'avait pas particulièrement agi pour que cela change, et que si elle ne considérait certainement pas que se prendre une main au cul était normal, elle se résignait à ce que ce soit inévitable. D'ailleurs, si j'en juge d'après la photo trouvée sur le web, elle n'a pas toujours resisté aux regards sexualisant.  

Une erreur sur les faits.

Concernant les faits elle se trompe : Certes Jane Birkin était la muse de Gainsbourg, Brigitte Bardot l'a d'ailleurs été auparavant et c'est pour elle qu'il a écrit "je t'aime moi non plus" mais on ne peut pas dire qu'elle se contentait de se laisser regarder quant on connait leur histoire. Enfin, je ne vois pas de qui Catherine Deneuve aurait été la muse. Elle a menée sa propre carrière de façon autonome.

Une imprécision de vocabulaire

Qu'est ce qu'être féministe ?

D'après l'introduction d'un Que sais-je ? sur ce sujet

"Le mot « féminisme » est entré dans la langue française à partir de 1837. Le Dictionnaire Robert le définit comme « une doctrine qui préconise l’extension des droits, du rôle de la femme dans la société » Mais on ne peut séparer la pensée de l’action. Depuis que le concept a été forgé en France, la doctrine s’est accompagnée d’actions multiples pour élargir les droits et le rôle des femmes dans la société. C’est pourquoi la définition du féminisme devrait aussi inclure les pratiques et non seulement la doctrine." 

On est donc féministe si l'on considère que les femmes doivent avoir les mêmes droits et même possibilités que les hommes. En France, la majorité des gens sont d'accord avec ça, mais on réserve souvent le qualificatif de féministes aux personnes militantes. Toutes les fois où une femme dit, et cela arrive souvent, "bien sûr que je suis pour l'égalité ... mais je ne suis pas féministe" elle signifie, non pas qu'elle n'a pas une vision féministe mais qu'elle ne veut pas militer. La raison en étant généralement que les modes de militantismes en vigueur ne lui conviennent pas. 

Dire que Catherine Deneuve ou Brigitte Bardot ne sont pas féministes c'est s'arrêter à ce qu'elles ont dit du militantisme féministe, avec lequel elles ont clairement pris leurs distances  On ne peut rien en conclure sur leurs opinions féministes, et encore moins qu'elles ne sont pas des symboles du féminisme. Personnellement, j'y reviendrai, je considère Brigitte Bardot comme une icône en la matière.

Toutes les 2 ont effectivement tenu des propos anti-féministes. 

On peut regretter que Catherine Deneuve se soit associée à une tribune "pour la liberté d'importuner" et surtout qu'elle ait vivement défendu Polanski . 

Sans l'excuser, on peut prendre en compte que si elle est tellement attachée à la liberté sexuelle c'est qu'elle a connu une époque ou toutes relations sexuelles étaient interdites en dehors du mariage pour les femmes. Une époque où celles qui transgressaient, et surtout celles qui tombaient enceintes (sans possibilité de contraception ou d'IVG), étaient mises au ban. Une fille-mère était une honte dans une famille.  

On peut regretter que Brigitte Bardot ait déclaré en 2018. "on n’a plus le droit de leur dire qu’elles sont belles, de leur mettre la main sur les fesses, on est tout de suite envoyé au tribunal comme harceleur. Je trouvais adorable quand on me disait que j’avais un joli cul. J’allais pas porter plainte pour ça. Les mecs, ils ne vont plus avoir envie de faire la cour aux filles. Evidemment, je ne parle pas des excès, de la violence.

On peut aussi regretter d'autres propos qui l'ont conduite à des condamnations par les tribunaux. 

mais leurs actes plaident pour elles

Catherine Deneuve a signé en 1971 le Manifeste de 343 femmes qui déclaraient "je me suis fait avorter". A l'époque c'était pénalement répréhensible et les signataires risquaient la prison.

Elle s'est à plusieurs reprise expliquée sur le fait qu'elle n'avait jamais adhéré à aucun groupe féministe, parce que d'une part, ayant eu un enfant très jeune et une carrière bien remplie elle n'avait pas le temps, parce que d'autre part elle a toujours craint la perte des libertés et de s'enfermer dans un carcan. Mais personne ne peut douter qu'elle a des opinions féministes et qu'elle a contribué à faire avancer les choses .  

On peut rappeler à Mme Jordana que dans les années 60 cette égalité n'était pas acquise et que les femmes commencaient tout à juste à quitter le foyer auquel elles avaient été assignées.  Elle même bénéficie aujourd'hui de ces acquis. 

Quand à Brigitte Bardot je vous remets le lien vers ce long podcast  qui retrace sa vie. Dans les faits, par sa personnalité, par ses choix de vie elle a contribué à changer le regard des femmes sur elles-mêmes. A l'inverse du propos de Camilla Jordana "Le regard de l’homme est censé être la seule chose après laquelle elle court…" elle est celle qui a révélé aux femmes qu'elles  pouvaient être désirées, mais aussi désirantes, que si les hommes pouvaient admirer leur corps et le "posséder" elles en restaient les seules propriétaires. Pour les mains au cul je ne sais pas, mais elle n'a pas hésité à gifler Clouzot qui la maltraitait lors du tournage de La Vérité. 

Elle est celle qui a fait scandale en racontant qu'elle n'avait pas souhaité être mère, qu'elle n'avait jamais ressenti d'amour maternel et que si elle n'avait pas avorté c'est parce qu'elle n'avait trouvé aucun médecin, ni en France ni à l'étranger, acceptant de prendre le risque pénal d'avorter une telle célébrité. 

Par la suite elle a choisi son chemin, n'a pas hésité à tout quitter pour faire ce qui avait pour elle du sens : se consacrer à la cause animale. Toutes ses décisions elle les a prises seules, maîtresse de sa barque. 

Alors on peut regretter certaines de leurs paroles, mais avant de dire qu'elles sont "l'anti-féminisme par excellence "on doit regarder leurs actes et leurs parcours et s'en inspirer. 

J'ai bien peur que de Camilla Jordana il ne reste que les paroles

08/12/2020

Les fonctions des jouets genrés

C'est la période pour s'indigner à propos des rayons de jouets distincts filles/garçons dans les magasins. Même si il semble qu'il y a tellement d'autres raisons de s'indigner cette année que le web n'a pas besoin des marroniers habituels .

Mais se focaliser sur les couleurs : rose d'un côté, bleu/marron de l'autre ne fait pas avancer les choses.

Le problème n'est pas la couleur, le problème est que ces jouets n'apprenent pas la même chose aux enfants.

On peut déja remarquer que les jouets pour les garçons sont plus nombreux et plus diversifiés que ceux destinés aux filles. Ils sont généralement associés à l’extérieur. Au contraire, les jouets des filles sont plus limités en nombre et en possibilités, et bien sûr associés à l’intérieur.

L’une des premières fonctions du jeu est d’imiter les adultes.

Il est évident que les jouets proposés aux filles les préparent à endosser des rôles féminins : s’occuper des autres mais aussi de la maison et des tâches domestiques alors que les garçons sont invités à s’intéresser à la technique, la mécanique et tout ce qui permet de se déplacer.

Mais il y a encore plus subtil :

Les jouets et jeux constituent l’un des moyens privilégiés de l’enfant pour entrer en contact avec le monde qui l’entoure et apprendre comme il peut interragir avec lui. Les jouets destinés aux garçons offrent davantage de possibilités de manipulation et leur fournissent plus de feed-back par essais et erreurs. Les jouets tels que les jeux de construction, d’emboîtement leur fixent un objectif à atteindre, et permettent de réussir quelque chose. Grâce à eux ils acquièrent des compétences spatiales, mathématiques, analytiques et scientifiques. Ce sont aussi des jeux de contrôle d’un univers.

Une autre catégorie de jouets fait appel à l’imaginaire de l’enfant.

Ce sont des jeux symboliques au cours desquels l’enfant évolue dans des univers et s’y invente des histoires. Cette fonction du jeu lui permet de rejouer certains moments de sa vie et de mieux les comprendre, ou de leur inventer une autre issue. C’est aussi l’occasion d’appréhender des situations sociales et d’y chercher sa place en testant de multiples scénarios. Pour les garçons ces types de jeux sont souvent des jeux d’exploration et de conquêtes, associés à des activités physiques, à la bagarre ou à la stratégie alors que les jouets équivalents pour les filles les cantonnent à des situations de la vie quotidienne banale : des décors qu’elles doivent aménager ou des personnages dont elles doivent s’occuper. Il s’agit pour elle de mettre en scène des intérieurs en les embellissant ou en les rendant fonctionnels. Les jeux de filles favorisent l’interaction, la proximité physique et la parole, bien davantage que ceux des garçons qui privilégient l’action et la maitrise.

Dans notre livre Comment le sexisme vient aux enfants   , Ciloubidouille a illustré tout cela  (cliquez dessus pour voir les images)

 

 

11/11/2020

Vénus s'épilait-elle la chatte ? le podcast

Dernier arrivé parmi les podcasts féministes, une histoire de l'art occidental "d'un point de vue féministe et inclusif". 

Julie Beauzac, sa créatrice, se demande pourquoi les musées sont remplis de femmes à poil et tout le monde trouve ça normal .

Elle prévoit un épisode par mois avec un ou une spécialiste de la question.

Pour l'instant vous y trouverez

- un épisodes sur les autoportraits féminins. Le genre de propos qui vous met en colère, des femmes ont du s'adapter, voire ruser pour pouvoir réaliser des autoportaits et les faire reconnaitre.
 

- Deux épisodes sur Frida Kahlo
 

- Un sur la grossesse, très peu représenté dans l'art
 

Un sur la représentation des noirs.

Julie a  étudié l’histoire de l’art à la faculté puis à l’École du Louvre. C'est très érudit et très interessant. 

C'est ICI.

10/11/2020

Brigitte Bardot

Il y a longtemps que j'ai envie de parler d'elle, mais je sais que c'est risqué car elle a été condamnée à plusieurs reprises pour des propos racistes et ses opinions politiques ne sont pas les miennes.

N'empêche, c'est une figure qui a marqué notre époque. Je lui doit mon prénom, ce dont je la remercie moyennement car, à son énoncé, j'ai entendu souvent mes interlocuteurs fredonner la chanson " Brigitte Bardot, Bardot ..." pas forcément agréable quand, évidemment, on ne lui ressemble pas.

Quand j'étais ado j'ai souvent emprunté à la bibliothèque du Comité d'entreprise des livres sur elle, des albums de photos évidemment. Je ne crois pas que c'était sa beauté qui m'attirait mais l'impression qu'elle donnait d'être tellement vivante, tellement libre, tellement là, que ça plaise où non, elle était elle, on pouvait la regarder autant qu'on voulait mais c'était elle qui décidait de son image et de ce qu'elle était.

J'ai admiré qu'elle ait choisi de tout quitter pour vivre comme bon lui semblait et faire quelque chose qui ait vraiment du sens pour elle. Je lui suis également reconnaissante de ne pas tricher avec l'âge, et de se présenter telle qu'elle est, tels qu'on est tous à 85 ans quand on y arrive. C'est à dire une vieille dame, mais qui a conservé son caractère, et même son enthousiasme pour les causes qui lui tiennent à coeur.

Si j'en parle aujourd'hui c'est pour vous conseiller ce podcast La Grande Traversée.

5 épisodes de 1H45, presque 10 heures donc sur Brigitte Bardot. Vraiment passionnant, il s'écoute comme une série, avec l'avantage qu'on peut faire autre chose en même temps . C'est la raison pour laquelle j'écoute beaucoup de podcasts.

En 10h il y a le temps non seulement de raconter son parcours, mais aussi de l'analyser d'un point de vue historique, familial (elle vient de la grande bourgeoisie du 16eme et possédait donc tous les codes qui donnent confiance en soi), psychologique, social etc.

Elle a toujours décrié les féministes, disant même que c'était les plus moches qui devenaient féministes, mais elle n'a jamais laissé un homme ou des hommes décider pour elle, elle a dit haut et fort qu'elle était favorable à l'IVG, et elle a assumé ne pas vouloir d'enfant (elle voulait avorter mais, étant au fait de sa célébrité et l'IVG étant interdit, aucun médecin ni en France ni ailleurs n'a voulu prendre le risque ), elle a toujours été autant désirante que désirée. 

 

 

15/10/2020

Education non sexiste

Si vous me suivez sur les réseaux sociaux vous savez que j'ai auto-publié début septembre un livre. Il a pu être imprimé grâce à un crowfundig sur Ulule.Vous pouvez l'acheter ICI. Depuis le crowfundig il marche plutôt bien. J'en vends 2 ou 3 par jour et j'aimerais d'ailleurs bien savoir comment les gens en sont informés, hormis par ma page facebook et mon blog qui ne me paraissent pas être si influents que ça.

Mais je n'ai encore jamais parlé du second livre , sur le même sujet, paru fin septembre aux éditions Mango.

Pourquoi 2 livres ?

Parce qu'une opportunité inattendue s'est présentée.

Après que le webdocumentaire l'école du genre soit terminé j'étais revenue à mon idée première de publier un livre sur la façon dont les enfants apprennent à se comporter selon leur genre. Il y a des milliers d'articles et des heures de vidéo sur ce sujet sur le web mais tout le monde n'a pas le temps, ni l'envie de regarder tout ça. Je voulais un livre accessible au plus grand nombre, qui se feuillette comme un magazine.

Le contenu écrit n'était pas trop un problème car je maitrise bien le thème, par contre je ne savais pas comment m'y prendre pour la mise en page. J'ai contacté de nombreux graphistes mais tous me demandaient une somme impossible pour moi (je rappelle que c'est de l'auto-édition). J'ai fini par me résoudre à tout faire moi-même. Je n'avais jamais fait de mise en page et je n'y connaissais absolument rien. J'ai commencé à bricoler sur indesign. Il m'a fallu 3 ans et des heures de prises de têtes. Mais désormais je me débrouille vraiment bien pour la mise en page, d'ailleurs après Indesign je me suis attaquée à photoshop. J'ai aussi tenté de faire des dessins mais là ce n'était clairement pas convaincant. A force de casser les pieds à mon amie Ciloubidouille elle a finit par avoir la gentillesse d'accepter de les faire.

Fin 2019, alors que ce projet était déja bien avancé, j'ai été contactée par les éditions Mango pour l'écriture d'un livre sur l'éducation non sexiste dans l'une de leur collection parentalité.

Mon premier réflexe a été de refuser puisque j'avais déja un livre sur le sujet. Mais en y réfléchissant je me suis dis que ce projet était sensiblement différent. Il s'agissait d'écrire un livre de conseils concrets aux parents, enseignants et éducateur.

Dans le premier livre je ne fais que décrire les mécanismes. Dans le second je décris beaucoup plus succintement les mécanisme puisqu'il s'agit plutôt de donner des conseils qui soient applicables.

Le plus difficile pour moi a été de ne pas me copier/coller. Il y a quelques pages qui sont assez similaires (l'exéprience du plan inclinée par exemple se toruve dans les 2 mais c'est une expérience vraiment parlante et je ne voyais pas trop comment la présenter différement).

Au final je pense que les 2 livres répondent à des besoins différents.

Après avoir accepté la proposition Mango  j'ai eu un moment de stress car je me retrouvais avec 2 ouvrages sur les bras, et si vous avez tenté l'expérience, vous savez qu'écire un livre est quelque chose qui vous occupe l'esprit à 150%. Non seulement vous y pensez quand vous êtes devant votre ordinateur mais aussi quand vous prenez votre douche, quand vous marchez, quand vous mangez, quand vous dormez.

J'ai eu peur de ne pas y arriver, d'autant plus que les éditions Mango m'avaient donné un délai assez court.

Mais le confinement est arrivé et de ce point de vue j'avoue que c'est ce qui m'a permis de tout terminer dans les temps.

Aujaurd'hui j'ai déja lancé 3 autres projets en édition avec ma petite SASU, mais aucun n'a de rapport avec le sujet de l'égalité hommes/femmes dont j'ai l'impression d'avoir un peu fait le tour.

 

13/10/2020

La transidentité de Lilie 8 ans

Lilie et ses parents font le tour des médias avec l'intention, clairement exprimée, de faire évoluer l'Education Nationale.

Vous pouvez les voir sur BFMTV ou sur Quotidien.

Lilie, qui est née avec des organes sexuels masculins, n'allait pas bien et disait que sa vie était tellement nulle et qu'elle aurait préféré mourir. Le mot suicide a été prononcé. Jusqu'au jour où l'enfant a annoncé à ses parents qu'il se sentait fille.

Depuis, ils ont du batailler pour que l'inspection d'Académie autorise la maîtresse à l'appeler avec le prénom qu'elle s'est choisi, mais restent encore à régler un tas de choses, notamment pour tout ce qui concerne l'inscription de son prénom à l'école.

Lilie a la chance d'avoir des parents ouverts sur ce sujet. Ils ont vu souffrir leur enfant ; des menaces de suicide chez une personne aussi jeune ne sont pas à prendre à la légère. Sa maman explique qu'elle a ressenti du soulagement lorsque son enfant lui a dit qu'il se sentait fille, car elle a vu la possibilité qu'il aille mieux. Ce qui semble être le cas depuis. On peut même lire que "24H après sa révélation elle est redevenue une enfant joyeuse".

Apparemment le changement de Lilie ne lui a pas fait perdre ses amis et son entourage l'accepte. Les choses ont beaucoup évolué en quelques années. En 2012 j'avais regardé Tom boy, un film dans lequel une petite fille se fait passer pour un garçon. La tension y est très forte car du début à la fin on craint que la vérité ne soit dévoilée. Et quand cela arrive c'est effectivement une catastrophe. Je ne crois pas qu'aujourd'hui on pourrait présenter la même situation avec une ambiance aussi dramatique.

Définitions : transgenre, transidentité, travesti

On peut noter que les médias emploient indifféremment les termes de transgenre et de transidentité et que la mère précise "ma fille n'est pas un travesti". Elle n'a pas tort car les travestis ne s'identifient pas à un autre genre que le leur.

"Sur le plan juridique, dans son premier arrêt du 10 octobre 1986 relatif aux personnes transgenres, la Cour européenne des droits de l'homme les définit comme "les personnes qui, tout en appartenant physiquement à un sexe, ont le sentiment d'appartenir à un autre". Le défenseur des droits français explique que "les personnes transgenres sont des personnes dont le genre ne correspond pas au sexe qui leur a été assigné à la naissance".

Vous pouvez trouver sur cette page Wikipedia des définitions précises du vocabulaire en rapport avec ces notions.

Mais que signifie être transgenre à 8 ans ?

A 8 ans, rien ne permet à un observateur qui ne voit pas les organes génitaux d'un enfant de distinguer une fille d'un garçon. Il n'y a quasiment pas de différences de poids et de tailles et les caractères sexuels secondaires ne sont pas encore visibles. Les capacités motrices et intellectuelles sont les mêmes.

Des questions importantes vont se poser au moment de la puberté : des traitements hormonaux peuvent ils être envisagés pour modifier l'évolution du corps d'un jeune mineur ? Quelle sera son orientation sexuelle ?

Mais à 8 ans changer de genre signifie uniquement changer d'identité. C'est à dire changer la façon dont on se présente, et par là la façon dont les autres nous considèrent.

Il me semble qu'on pourrait épargner beaucoup de complications en ne traitant pas les enfants de façon genrées, et sexistes. Pour Lili être une fille c'est porter un prénom féminin, mettre des robes roses et un serre tête avec des oreilles de chat. C'est peut-être aussi jouer davantage à certains jeux et avoir plus d'amies filles. Mais qu'est ce qui empêche un garçon de faire tout cela sinon la peur de ne pas correspondre à ce qu'on attend de lui et d'être mal jugé ?

C'est uniquement le carcan dans lequel ils sont enfermés qui les obligent à une démarche visant à s'en extraire. Lilie aurait ainsi gagné plusieurs années de sérénité avant de se poser des questions l'obligeant à choisir.

Sur ce joli compte instagram Chloé and beans, une maman australienne présente des photos de ses 6 enfants (2 autres arrivent bientôt). Si j'ai bien suivi il y a 1 fille et 5 garçons. Je vous laisse deviner où est la fille.

08/10/2020

Allongement du congé paternité

Vous êtes forcément au courant : le congé paternité sera allongé en 2021. Je ne vais pas vous lister tous les bénéfices de ce congé, ils sont assez évidents.

C'est le Président lui-même qui l'a annoncé, et comme les Nouvelles News je pense qu'il a surtout cherché à faire un coup de com.

Mais il est resté quand même assez vague, ne parlant que de l'allongement de la durée, j'ai attendu de pouvoir lire le texte qui sera examiné par le Parlement. Il se trouve dans le Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale pour 2021 (PLFSS 2021) C'est un projet de loi donc pas facile à lire. C'est plus clair dans le   dossier de presse dudit projet (page 29) mais on n'y trouve aucune indication concernant les indemnités versées aux pères.

Voici donc ce que j'ai compris (rappel un projet est un projet, la loi promulguée peut-être différente)

Je précise que je n'évoquerai que le cas des salariés et la situation la plus habituelle (naissance unique, pas de problème particulier tels que maladie de l'enfant ou de la mère etc) pour davantage d'informations vous pouvez vous référer aux liens que je mets, notamment vers site de l'assurance maladie qui est le plus complet, beaucoup plus que celui de la CAF qui n'est même pas à jour (les chiffres donnés sont ceux de 2015). Mais il est vrai que c'est l'assurance maladie qui verse les indemnités journalières relatives à ce congé. 

Le dossier de presse du Ministère présente un tableau des durées de congé paternité en Europe d'après lequel la France serait dans la moyenne et proche de beaucoup d'autres pays.

Je vous laisse l'admirer .

Si vous y regardez de plus près vous pouvez constater qu'il est spécieux. En effet les données pour la Suède n'y figurent pas et la position de pays comme la Norvège ne reflète certainement pas la réalité. Je suppose que le terme de congé paternité a été pris dans un sens très restrictif. Certes des explications sont apportées dans le dossier mais le graphique est trompeur. Il eût mieux valu ne pas le mettre, ou en mettre un qui montre vraiment combien de temps les conjoints peuvent arrêter de travailler à l'extérieur.

Durée du congé

Alors non le congé paternité actuel n'est pas exactement de 14 jours comme vous pouvez le lire partout. Il est constitué de 11 jours, auxquels peuvent être ajoutés les 3 jours d'autorisation d'absence pour naissance, prévus par le code du travail depuis longtemps et qui bénéficient du maintien du salaire. La différence n'est pas que théorique, ces 2 congés ne sont pas indemnisés de la même façon.

Le congé de 11 jours a été instauré en 2002, à l'initiative de Ségolène Royal, alors ministre de la famille, "malgré de grandes hésitations et résistances, notamment du ministère des finances". Les articles de l'époque montrent que les motivations étaient à peu près identiques à celles d'aujourd'hui. On change d'échelle c'est tout. Mais c'est lent ! L'une des problématiques aujourd'hui est que  le taux de recours au congé de paternité ne progresse plus : 67% des pères y ont recours aujourd’hui, contre 66% en 2003. Dans 56% des cas, il est pris dans le premier mois qui suit la naissance de l’enfant.

  • - Ces 11 jours doivent être consécutifs (samedi, dimanche et jour férié compris) car ce congé n'est pas fractionnable. Par contre l'assuré peut choisir d'en raccourcir la durée.

 

  • - Ce congé peut débuter immédiatement après celui de 3 jours ou à tout autre moment, mais impérativement dans les 4 mois qui suivent la naissance de l'enfant. 

 

  • - Il ne concerne pas que les pères car il s’adresse aussi au conjoint - homme ou femme - de la mère, quelle que soit la situation du couple (marié, pacsé ou en concubinage).

 

Au 1er juillet 2021 ces 14 jours deviendront 28 dont 7 seront obligatoires. Et une nouvelle règle est instaurée car il sera interdit à un employeur de faire travailler un salarié pendant une période de 7 jours après la naissance. La suite du congé pourra être prise ultérieurement. 

Il est précisé que c'est le congé indemnisé par la sécurité sociale qui augmentera de 11 à 25 jours. Les 3 jours, avec maintien du salaire ne subissent pas de modification (ouf !).

Indemnisation

Les règles actuelles ne semblent pas devoir être modifiées.

L'indemnisation des 11 jours est faite sous forme d'indemnités journalières. Le calcul est donc celui des IJ : l'indemnité est calculé sur les salaires des 3 mois précédents dans la limite du plafond mensuel de sécurité sociale (3 428€ au 1er janvier 2020). L'indemnité est ainsi limité à 89,03€ par jour, soit 2 226€ pour 25 jours.

Le caclul est donc le même que pour le congé maternité. Lorsque l'employeur ne maintient pas le salaire la perte sur 2 revenus peut s'avérer pénalisante. D'autant plus que la perte sera plus importante sur le salaire masculin puisque je vous rappele que les hommes gagnent encore 26% de plus que les femmes. 

 

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28/09/2020

Vélos : promenade pour les filles, randonnée tout terrain pour les garçons

C'est une lectrice de ma page facebook qui m'a envoyé ces pages d'INTERSPORT pour des vélos "NAKAMURA". Deux modèles sont présentés : un pour les filles et un pour les garçons.

Or, d'après les informations techniques ils sont parfaitement identiques, seule la couleur change : noir et orange pour les garçons, violet et avec un motif coeur sur le pédalier (important pour pouvoir bien pédaler le coeur sur le pédalier). On sent qu'il y a un effort de ne pas avoir choisi rose et kaki.

Curieusement, d'ailleurs, les photos ne correspondent pas aux textes.

On se demande bien pourquoi INTERSPORT ne se contente pas de présenter un vélo et de le décliner en plusieurs couleurs.

La réponse est dans la présentation du produit. En fait c'est le même vélo mais il ne sert pas à la même chose. Pour les garçons c'est "un VTT pas cher idéal pour des randonnées tout terrain" tandis que pour les filles c'est "un VTT fille idéal pour des promenades en ville comme à la campagne". Une façon de conforter un stéréotype déja malheureusement préexistant : alors qu'ils pratiquent exactement la même activité : les garçons font du sport (randonnées tout terrain), tandis que les filles se promènent. 

Notez aussi la précision "fille", alors que le terme "garçon" ne figure pas dans la phrase d'en-tête équivalente. C'est que le masculin est neutre et n'a donc pas besoin d'être précisé. 

Les deux textes de présentations continuent avec ces mêmes différences : assez anodines en apparence, mais qui vont influencer les parents lors du choix d'un vélo (je doute que les enfants de 9 à 11 ans lisent les notices). Ceux qui pensent que le VTT est un sport de garçon y trouveront une confirmation, et ceux qui seraient tentés de proposer du VTT à leur fille constateront qu'il n'y a pas de vélo prévu pour cela, sauf si il vont jeter un oeil du coté du catalogue garçon et s'apercoivent que c'est le même vélo (mais sans coeur sur le pédalier).

Le vocabulaire utilisé est en lui même très instructif. Pour définir les mêmes concepts ce ne sont pas les mêmes mots qui sont choisis.

  • très design avec son style sportif pour les garçons / charmant avec son coloris violet, pour les filles 
  • il convient parfaitement aux garçons soucieux de leur style /  il séduira votre petite fille grâce à son style féminin et tendance

Même des indications techniques sont subtilement adaptées au genre de l'entant. 

  • Pour elles l'éclairage LED est un accessoire pratique alors que pour lui "il est pratique (le vélo) avec sa lampe LED amovible qui permet de voir et d'être vu par temps sombre et le soir". 

Il y a encore du travail pour que les catalogues ne reprennent plus tous les poncifs sexistes.

 

27/09/2020

Tenue républicaine

C'est devenue un marronnier, j'avais déja fait un billet sur le short au collège en 2018. Mais cette question des vêtements féminins ne concerne pas que les jeunes, on retrouve exactement les mêmes questionnements pour les adultes.

Une question mal posée

C'est, qu'à mon avis, on amalgame plusieurs sujets et du coup la question devient inextricable.

1er sujet : les filles peuvent-elles exciter les garçons ?

2eme sujet : a-t-on les mêmes exigences vestimentaires pour les hommes et les femmes, les garçons et les filles ?

3eme sujet : peut-on tout se permettre à l'école ?

Les filles peuvent-elles exciter les garçons ?

Que des proviseurs ou CPE aient pu dire à des collégiennes qu'elles devaient se couvrir car elles excitaient les garçons ou les empêchaient de se concentrer est proprement scandaleux. Tout d'abord parce que ce n'est pas forcément la réalité. J'ai mis dans le billet de 2018 un lien (qui fonctionne encore) vers une conférence universitaire sur la construction des rapports filles/garçons à l'école et notamment en matière de sexualité. Ces rapports sont en grande partie socialement construits : il est des civilisations où les seins n'ont aucune connotation sexuelle et hommes et femmes vivent torses nus, nos aïeux du début du 20eme siècle s'émoustillaient d'apercevoir une cheville et il est de nos jours des cultures où les femmes doivent cacher leur cheveux, voire leurs visages.

Donc répéter à longueur d'articles que le problème est la réaction des garçons c'est contribuer à la culture du viol. C'est apprendre aux filles qu'elles pourraient être responsables de ce que font les garçons, et c'est apprendre aux garçons qu'ils doivent être troublés en voyant trop de morceaux de chairs de leurs amies et que ce n'est pas leur faute si cela les déconcentre où les déstabilise.

Les garçons doivent apprendre que le sexe est une relation, pas une possession. Les filles doivent apprendre qu'elles ne sont pas responsables des garçons.

A-t-on les mêmes exigences vestimentaires pour les hommes et les femmes, les garçons et les filles ?

Contrairement a tout ce que j'ai pu lire, force est de constater, que les contraintes vestimentaires sont bien plus importantes pour les hommes que pour les femmes. C'est également vrai pour les plus jeunes. J'ai développé ce point de vue à propos d'un incident au parlement britannique. La robe d'une députée laissait voir son épaule et cela a fait un esclandre. 

Les hommes n'ont guère de choix : c'est pantalon ou short, veste et chemise ou polo. Même les couleurs sont assez contraintes. Les femmes ont un choix infiniment plus riche : robe, short, pantalon, chemisier, polo etc  le tout avec des coupes et des couleurs variées. 

C'est la même chose pour les chaussures ou les coiffures. 

Nous toutes nous y tenons et aucune n'accepte de mettre des mocassins fermés et des chaussettes en pleine canicule (en tout cas dans la culture occidentale), même dans les lieux de pouvoir élevé elles ne le font pas. Mais l'une des conséquence est qu'il y a toujours beaucoup plus à dire sur les tenues féminines que sur les tenues masculines (voir le billet précité). 

L'injustice vient, dans les événèments qui nous préoccupent, de ce que ce sont toujours les vêtements des filles qui sont remis en cause à l'école. J'ai vu passer une photo de 2 collégiens : une fille et un garçon, en bermudas tous les 2 et seuls la fille avait été invitée à se changer. Si c'est vrai, c'est grave. 

Et puis, qui se demande ce que fait aux filles la vue des cuisses de leur camarades, ou celle de leur entrecuisses quand le pantalon est trop serré et laisse deviner un pénis ? Toujours cette idée que les garçons ont des besoins de sexe qu'ignoreraient les filles.

Peut-on tout se permettre à l'école ?

Le ministre nous a donné la solution, il suffit d'adopter une tenue républicaine. Mais sans la définir. C'est donc ce qui s'appelle "parler pour ne rien dire". On a vu fleurir sur twitter des images de Marianne, qui représente la République, en bonnet phrygien mais aux seins nus.

Donc qu'est ce qu'une tenue républicaine ? Je me garderais bien de répondre à cette question mais il me semble quand même que l'école est un lieu d'apprentisage et de socialisation primordial pour les jeunes. Ils apprennent à s'intégrer dans des groupes et cherchent tout à la fois à ressembler aux autres et à se différencier. Ce n'est pas facile quand on a 13 ou 14 ans. Il importe donc que l'institution mette des bornes acceptées par tous et ne soit évidemment pas plus exigeante avec les filles. 

Il y a par exemple, dans certains établissements, une surenchère avec les marques. Celui, car cela concerne davantage les garçons, qui ne peut pas suivre et arborer les logos à la mode se sentira misérable. Autant limiter ce genre de choses néfastes pour l'estime de soi, et pour le porte monnaie des parents. 

Pour ce qui est des crop tops je n'y vois aucun inconvénient, sauf que c'est un vêtement qui est certainement beaucoup plus difficile à assumer pour celles dont le ventre n'est pas parfaitement plat. 

Fixer des règles permet de ne pas contribuer à créer des inégalités et du mal-être parmi les élèves. En poussant à l'extrême ce raisonnement on peut arriver à préconiser un uniforme pour tous. Mais en faisant ce choix on empêche également les jeunes de tester différentes façon de se présenter au monde. 

Le dessin est de Ciloubidouille et provient de notre livre Comment le sexisme vient aux enfants, paru au début du mois de septembre. 

07/09/2020

Publication : Comment le sexisme vient aux enfants

Il est imprimé et ceux qui l'ont commandé avec ULULE ont du le recevoir. Désormais vous pouvez l'acheter.  ICI

 

Et comme c'est moi qui fait les envois je peux y ajouter une dédicace si vous le souhaitez. Suffit de demander.

 

02/09/2020

L'air qu'elles boivent

L'air qu'elles boivent ferait éclater vos poumons.

C'est le titre poétique d'un roman dont vous n'avez probablement pas entendu parler car il est autoédité avec Lulu.com .

J'avais rencontré son autrice, Céline Durupthy, à la belle époque des blogs dans les années 2009-2010. C'est son troisième roman après Carte mère et La graine .

Si j'en parle ici c'est que c'est un roman très féministe.

On y suit les destins croisés de 3 femmes, et d'autres aussi qui les entourent, du milieu du 20eme siècle à aujourd'hui. Des femmes dont les vies sont très différentes mais qui ont en commun de refuser la place que leur assigne la société. Chacune à sa façon, avec plus ou moins de bonheur.

Céline est prof de français et son écriture est à la fois précise et fluide, en tout cas très agréable à lire.

Etonnament, ou pas, j'y ai retrouvé, dans un style très différent, les préoccupations qui sont les miennes : comment sommes nous amenées à nous conformer à ce que l'on attend de nous ? et où trouvons nous la force de nous en extraire ? Les 3 héroines de ce livre sont des femmes fortes, mais leurs chemins sont loin d'être linéaires car il y a des étapes à passer, à commencer par celle de savoir ce que l'on souhaite pour soi-même. 

14/07/2020

Comment les journalistes s'asseoient

Cette photo a attiré mon attention. On y voit deux journalistes expérimentés interviewer le chef de l'Etat. 

Ce qui me frappe est la différence de postures entre Léa Salamé et Gilles Bouleau. On pourrait l'attribuer à leurs âges  : il a 58 ans, elle en a 40 ans, mais je pense plutôt qu'elle est dûe à leurs genres car leurs façons de s'asseoir sont très stéréotypées femmes/hommes.

Elle est assise sur le bord de son siège alors qu'il occupe tout son fauteuil. Une posture qui démontre qu'elle reste assez impressionnée, une posture aussi qui recherche plus de proximité, mais vu le diamètre de la table ça ne peut guère marcher. On peut quand même remarquer que si Gilles Bouleau est bien enfoncé dans le fauteuil il reste très droit, on voit qu'il n'est pas non plus très détendu. 

Elle a les jambes croisées, et les talons suspendus en l'air. Il a les pieds bien posés sur le sol et les jambes écartées. Là encore c'est ainsi que les hommes et les femmes apprennent très tôt à s'asseoir. 

Il pose les coudes sur la table, pas elle.

Des différences mineures mais prêtez-y attention lorsque vous êtes en réunion, car elles en disent long sur la façon dont les gens se sentent et notamment combien ils se sentent légitimes à la place qu'ils occupent.

Un livre sur l'éducation filles-garçons

Nous avons mis, Ciloubidouille et moi, le livre que nous avons réalisé ensemble sur ULULE pour pouvoir financer l'impression.

Nous pensions que 150 exemplaires pré-commandés ce serait bien, mais il nous a fallu à peine 10 jours pour y arriver, nous sommes donc certaines maintenant qu'il pourra être diffusé. Nous espérons maintenant que vous serez encore plus nombreux, nombreuses à vouloir le recevoir.

Si vous êtes interessé-es c'est ICI.

06/07/2020

Comment le sexisme vient aux enfants

C'est le titre de mon nouveau livre.

Il reprend beaucoup de choses que vous savez déja si vous vous intéressez au sujet. Mais si vous n'avez pas le temps de lire 4 livres de 200 pages ou d'écouter des conférences de 2H ce livre vous donnera les bases essentielles. Nous l'avons concçu comme un magazine avec plein de petits articles sur tous les thèmes de la vie courante.

Il y a tout un chapitre sur la façon dont nous transmettons, à notre insu, des valeurs, des émotions et des comportements à nos enfants . Et c'est valable pour tout, pas seulement le sexisme.

Pour pouvoir l'imprimer nous l'avons mis sur ULULE . Alors si vous voulez qu'il existe en plus de 1 exemplaire (nous avons un prototype) commandez le dès à présent. 

04/06/2020

Série : les illustratrices du 20eme siècle. Elsa Beskow

Vous vous souvenez que Renaud Bouet, qui est illustrateur de métier, présente chaque jour sur facebook une illustratrice dont les dessins sont souvent très connus, mais pas elles. Il a accepté de rédiger une série d'articles pour les présenter. C'est donc, après Rose O'Neill le deuxième article.

 

Elsa Beskow (née Maartman) est l'aînée de six enfants. Elle étudie au département Arts industriels de la Tekniska Skolan à Stockholm puis devient enseignante, professeure de dessin, à l'école mixte Whitlock, de 1894 à 1897. C'est à cette date qu'elle rencontre et épouse le travailleur social, pacifiste, partisan du suffrage féminin et diplômé de théologie pratique, Natanael Beskow. Le couple s'installe dans le quartier de Djursholm, au nord de Stockholm et, alors que son mari se partage entre ses cours, l'écriture (cantiques, sermons) et la direction de la fondation sociale Birkagården (qu'il a créée avec Ebba Pauli), Elsa entame sa carrière d'auteure/illustratrice. Ils auront six enfants.

 

 

Pour Elsa Beskow, et contrairement à beaucoup d'auteur(e)s de son temps, le conte n'a pas spécifiquement une valeur éducative et ne doit en conséquence pas se borner à servir un message pédagogique. Comme elle le dit elle-même, dans la préface de son "Coffre du grenier du manoir" (1926), "Je me suis dit qu'un vrai livre de contes devrait être précisément comme ce coffre. Il devrait y avoir des choses qui conviennent aux tout petits, et d'autres qui conviennent aux plus grands. Il devrait y avoir des choses utiles, des choses qui ne servent à rien, sauf à s'amuser, et aussi des choses bizarres dont on ne sait pas exactement que faire''. Il faut dire que depuis Andersen et l'héritage de la révolution romantique, le conte a quitté le seul terrain du folklore pour devenir un objet littéraire à part entière. Et même si Elsa Beskow emprunte certaines figures "connues" aux contes traditionnels, tels que rois, princesses ou fées, ses histoires sont des créations à part entière, et les enfants y ont la plus belle part. Qu'il s'agisse d'enfants humains ou d'enfants-fées issus du peuple de la forêt. Ils y jouissent même d'une grande autonomie et vivent des aventures à leur niveau (pas d'actes supra-héroïques) sans le poids moralisateur d'une présence/conscience adulte. Une autre des caractéristiques de ses contes est sans doute le ton: gentillesse, bienveillance et tolérance, mais pas de mièvrerie, pas de "message".

Ses histoires s'ouvrent, se déroulent, se referment, point. Pour ce qui concerne le trait d'Elsa Beskow, il est simple, facile à appréhender, ses couleurs sont fraîches et légères, sa technique de prédilection, l'aquarelle, y étant pour beaucoup. Venue d'une époque dans laquelle l'essor de la presse favorisa l'émergence de nombreux ouvrages pour enfants, Elsa Beskow est néanmoins l'une des rares auteures suédoises a avoir traversé le temps jusqu'à nous. Ses livres sont traduits dans le monde entier et régulièrement réédités.

Ses dessins sont également largement utilisés dans l'industrie de la déco: mugs, plateaux, textiles, cartes postales, etc...

 

Parmi la quarantaine d'ouvrages qu'elle publia, en voici quelques-uns:

• Les elfes de la forêt (Tomtebobarnen 1910)

• La fête des fleurs (Blomsterfesten i täppan 1914)

• L'oeuf du soleil (Soläget 1932) Sources:

• Les propres ouvrages d'Elsa Beskow

Pour en savoir plus 

Elsabeskow.se

Journal.openedition.org - Germanica - Elsa Beskow: le conte sur mesure, par Elena Balzamo

Wikipedia: Elsa Beskow Natanael Beskow Condition des femmes en Suède

05/05/2020

Les femmes politiques : Agnès Buzyn

Les nouvelles news l'ont noté : on ne voit plus guère de femmes politiques prendre la parole, ni au gouvernement, ni à l'Assemblée nationale. Au gouvernement la seule qui arrive encore à faire entendre sa voix est Marlène Schiappa. Respect ! Même Sibeth N'daye se fait beaucoup moins présente. On ne va cependant pas s'en plaindre.

Pourtant Muriel Penicaud qui dirige le Ministère du Travail, essentiel en ce moment, aurait tout autant sa place dans les médias que le Ministre de l'Education Nationale, même chose pour Elisabeth Borne car l'organisation de transports sera l'une des clés du déconfinement. Mais c'est son secrétaire d'Etat que j'ai vu hier à la télé.

Je veux revenir sur les cas de 2 femmes qui ont brillé ces derniers mois par leurs errements. Agnès Buzyn et Sibeth N'daye semblent illustrer le propos célèbre de Françoise Giroud "La femme sera vraiment l'égale de l'homme le jour où, à un poste important, on désignera une femme incompétente."

Sont-elles plus incompétentes que des hommes ? Ou le fait d'être une femme modifie-t-il leur action, et la perception que nous en avons ?

Commençons par Agnès Buzyn. Je parlerai de Sibeth N'daye dans un prochain billet.

Un CV impressionnant

Médecin  hospitalière, elle a, à partir de 2008, accédé à des responsabilités au sein d'institutions publiques liées à la santé et au nucléaire : présidente du conseil d'administration de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (2008-2013), membre du Comité de l'énergie atomique du Commissariat à l'énergie atomique (2009-2015), membre du conseil d'administration (2009), vice-présidente (2010) puis présidente de l'Institut national du cancer (2011-2016), présidente du collège qui dirige la Haute Autorité de santé (2016-2017). (source Wikipédia).

Elle a donc à la fois une expérience en médecine et une expériences en institutions publiques. Autant dire qu'elle était plus que légitime pour être nommée Ministre des solidarités et de la santé. Ministère qu'elle a quitté dans les conditions que l'on sait. Elle a cependant l'inconvénient personnel de ne pas avoir de carrière politique, de n'avoir jamais eu de mandat électif et de ne pas avoir de réseaux politiques autres que ceux de la Macronie. De plus ses réseaux semblent plutôt liés à la personnalité de ses époux : le premier était l'un des fils de Simone Veil, le second dirigeant de l'INSERM et cela l'a considérablement affaiblie. Reste à savoir ce qui se serait passé si elle avait été un homme dont la femme occupait un poste gênant (aucun exemple ne me vient mais si vous en avez je suis preneuse).

Des postes masculins et féminins

Si ce gouvernement est paritaire depuis le début, l'attribution des postes est loin de l'être. Il y a déja plusieurs décennies que les ministres de la solidarité sont des femmes. La première fut Simone Veil nommée par Valérie Giscard d'Estaing en 1974, François Mitterand dès son élection choisit une femme Nicole Questiaux, puis Georgina Dufoy. Passons sur les "juppettes" qui ne sont restées que quelques mois. Il y a eu ensuite Martine Aubry, Elisabeth Guigou. Avant Agnès Buzyn le poste avait été occupé par Roselyne Bachelot puis Marisol Touraine.

Comme chacun sait la santé, la solidarité sont des sujets plutôt féminins.

Si on fait la même recherche pour le poste de ministre de l'économie on ne trouve qu'une femme : Christine Lagarde en 2007. Comme chacun sait l'économie est les finances sont des sujets masculins. Et comme chacun sait on attribue plus de valeur au masculin qu'au féminin. Donc une femme ministre de la solidarité n'a donc pas exactement la même valeur symbolique qu'un homme ministre de l'économie.

Etre écoutée

Dans ses propos du 16 mars, une chose m'a frappée. Elle dit : "Je pense que j’ai vu la première ce qui se passait en Chine : le 20 décembre, un blog anglophone détaillait des pneumopathies étranges. J’ai alerté le directeur général de la santé. Le 11 janvier, j’ai envoyé un message au président sur la situation. Le 30 janvier, j’ai averti Edouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. Je rongeais mon frein »,

Elle a alerté tout le monde. Déja je trouve curieux qu'elle alerte le directeur de la santé, il me semble que cela aurait du être l'inverse, mais je m'interroge surtout sur le fait que ses alertes n'ont pas suscité la moindre réaction. Elles ont été réelles puisque E Macron lui-même a confirmé ses dires. "On comprend que quelque chose de grave se passe en Chine, au début du mois de janvier, mais on n'en connaît pas la nature. Quand je dis 'on', je parle d'Agnès Buzyn, qui voit tout de suite le risque, car elle a une expertise sur le sujet."

Mais alors pourquoi ne la prenait-on pas au sérieux ?

On peut se poser la même question en regardant ce reportage de l'une de ses visites dans un hopital. Personne ne tient compte de ce qu'elle dit.

Il faut dire qu'elle parle d'une voix douce et qu'elle ne montre aucun signe d'autorité. D'ailleurs lorsqu'on cherche des vidéos la montrant on tombe sur une très grande majorité de vidéos relatant ses visites dans des hopitaux, et c'est plutôt la médecin qui apparait, pleine de sollicitude pour les patients.

Par contre lorsque des soignantes critiquent la gestion de l'hopital  elle répond d'une moue méprisante et bien peu ministérielle, le genre de geste qui peut faire s'effondrer toute impression de leadership.

Enfin on trouve de nombreuses photos de ses larmes : lors de la passation de pouvoir du Ministère à Olivier Veran et lors de ce fameux entretien. On peut comparer avec les images de Benjamain Griveaux dans une situation extrêmement pénible, certes on peut voir qu'il est défait lorsqu'il annonce son retrait de la course à la Mairie de Paris, mais pas de larmes et aucune autre image  sur google affichant des émotions.

Il est vraisemblable que lorsqu'on fera le bilan de l'action ministérielle d'Agnès Buzyn on n'y trouvera pas de grandes actions politiques. Et je ne parle pas du bilan catastrophique des derniers mois. Il me semble surtout que ce qui lui a manqué c'est un sens politique et la volonté de peser sur des décisions qui semblent avoir été prises plus haut. Le fait d'être une femme n'aide pas mais n'explique pas tout. 

 

21/04/2020

Devez-vous vraiment remplacer l'école ?

J'ai terminé ma dernière newsletter (vous pouvez vous y abonner ICI ) par cette phrase 

" J'écrirais bien quelque chose sur l'école à la maison qui occupent les parents mais je ne suis plus concernée. Mon avis étant qu'en cette période le plus important est de se créer des souvenirs de famille agréables. L'école, c'est à l'école. "

qui n'a pas vraiment de rapport avec l'égalité hommes/femmes mais  j'ai reçu au moins 20 mails qui me remerciaient de ça.  Je vais donc expliquer plus longuement ma façon de voir les choses. Ce n'est que mon avis, mais d'une part je suis psychologue, d'autre part j'ai 5 enfants, qui ne sont plus des enfants, et qui ont tous une profession choisie avec le coeur et dans laquelle ils s'épanouissent et jamais, jamais, je ne leur ai donné des devoirs supplémentaires. Passé le CE1 la règle était qu'ils se débrouillaient pour faire leur devoir mais pouvait me demander si nécessaire (ce qui était rare). 

Creuser les inégalités 

Certains parents ne peuvent pas soutenir leurs enfants dans cette tâche : parceque l'appartement est trop petit, parce qu'ils n'ont pas le matériel, ou pas une bonne connexion ou parce qu'ils n'ont pas les connaissances nécessaires. A la rentrée prochaine ceux qui n'auront pas suivi le programme seront en difficulté par rapport à ceux qui auront tout fait.  C'est profondément injuste.

J'ai lu nombre de fois que les parents avaient peur que leur enfant "perde leur année". Mais perdre quoi ? Tous les enfants d'âges scolaires sont aujourd'hui logés à la même enseigne. Cela ne concerne pas que votre enfant ni même une tranche d'âge, cela concerne toute une génération. L'éducation nationale va évidemment devoir y réfléchir et adapter les cursus : soit en allégeant certains programmes, soit en accélérant, soit en diminuant les congés, bref ce n'est pas à vous de gérer un problème sociétal de façon individuelle. 

A quoi sert l'école ?

Elle apprend des bases indispensables aux enfants : lire, écrire, compter mais aussi comprendre le monde dans lequel ils vivent. Mais les enfants n'apprennent pas qu'à l'école et ils n'apprennent pas que de façon didactique. Ils apprennent aussi en regardant, en expérimentant, en jouant, en révant. Donc en n'allant pas à l'école il y a certains savoirs qu'ils n'acquiereront pas, enfin pas maintenant, mais le temps passé à la maison n'est pas du temps perdu. C'est au contraire l'occasion de prendre le temps de découvrir d'autres choses.

L'école est aussi, et surtout un lieu de socialisation primordial, et c'est certainement ce qui manque le plus à votre enfants, comme à vous d'ailleurs : les jeux avec des amis de son âge. Fort heureusement il y a skype, zoom et les autres.

Mais alors que faire ? 

Evidemment la problématique n'est pas la même pour des lycéens proches du bac ou des enfants de maternelle. En principe les lycéens sont autonomes, si vous devez encore être sur leur dos pour qu'ils travaillent ça ne date pas du confinement et le problème est ailleurs.

La  seule chose, à mon avis, qui soit indispensable concerne les CP et CE1. A cette période de l'année en principe ils savent lire mais c'est une compétence qui est encore fragile et nécessite un long entrainement. Donc oui, il faut les faire lire et écrire un peu tous les jours. Pour les autres classes vous pouvez bien sûr suivre les consignes des enseignants, à condition que cela ne prennent pas plusieurs heures par jour ou ne génère des conflits avec votre enfant.

Le principal, pour vous et pour eux et de bien vivre cette période. Pensez à ce qu'il gardera comme souvenir du confinement quand il sera adulte : un cauchemar qu'il voudra à tout prix éviter de revivre ou une belle parenthèse, des vacances à la maison avec un ou des parents toujours présent et facilement disponible. Un moment où vous avez eu le temps de partager avec lui vos passions ou d'en découvrir d'autres ensemble. (Pour quelques idées vous pouvez aller sur le site de Ciloubidouille mais il y en a évidemment beaucoup d'autres). 

Evidemment ne les laissez pas trop longtemps devant la télé ou la tablette. Ce qui ne veut pas dire jamais, vous aussi vous avez besoin de souffler.

Et l'image qu'ils en garderont dépendra plus de l'état émotionnel dans lequel vous serez tous que des activités pratiquées. Si vous êtes stressés, inquiets et que les cours tournent au conflit ils seront stressés, inquiets et en colère.

Crédit photo : PEXELS

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