Olympe et le plafond de verre

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

jeudi 16 février 2017

Communautés d'agglomerations ou le contournement de parité

Ces photos sont celles qu'on trouve sur google en cherchant qui sont les présidents et vice-président des communautés d'agglomération. Je ne vais pas faire de statistiques elles sont suffisamment éloquentes.

Elles sont surtout la preuve que sans lois spécifiques la parité est inateignable et que le législateur doit en permanence faire preuve de vigilance, car ceux que l'on sort par la porte entrent par la fenêtre.

Non parité des élus

Les communautés d'agglomération sont des regroupements de communes qui ont compétence pour intervenir dans de nombreux domaines. Leur nombre a été multiplié par 2 en 15 ans.  Elles sont dirigées par un conseil communautaire composé des conseillers municipaux des communes membres.

Depuis 2014 chaque commune est représentée au conseil communautaire par un nombre de représentants tenant compte de sa population

  • commune de moins de 1000 habitants : les représentants de la commune au conseil communautaire sont les membres du conseil municipal désignés dans l'ordre du tableau. Il n'y a donc pas d'élection directe de leurs représentants au conseil de l'intercommunalité dont elles sont membres, mais, en fonction du nombre de représentants attribués à la commune, le maire, des maires-adjoints et éventuellement des conseillers municipaux sont de droit membres du conseil communautaire 
  • commune de plus de 1 000 habitants : les conseillers communautaires sont élus lors des élections municipales, en même temps et sur la même liste de candidats que les conseillers municipaux. Les bulletins de vote de ces communes comprennent, dans leur partie gauche, la liste des candidats au conseil municipal, et, dans la partie droite, la liste des candidats au conseil communautaire

    On voit tout de suite que les représentants des communes de moins de 1000 habitants sont de fait majoritairement des hommes puisque ce sont eux qui sont le plus souvent en tête de leur liste. 

Non parité des exécutifs

Mais ce n'est pas tout. Les conseils désignent ensuite leur exécutif, c'est à dire un bureau composé d'un président et plusieurs vice-présidents. Rappelons qu'après les premières lois sur la parité des conseils locaux (municipaux, régionaux) qui prévoyaient un nombre égal d'hommes et de femmes il a fallu préciser dans la loi que les listes devaient être établies selon le principe dit "chabada", c'est à dire alterner les 2. Sinon les hommes étaient placés en début de liste et les femmes après. Il a ensuite fallu, en 2007, qu'une loi supplémentaire impose également l'alternance dans les listes pour l'élection de l'exécutif   (tous les détails sur ces lois  ici) sinon ceux-ci comprenaient peu de femmes .
Mais les conseils communautaires semblent avoir été oubliés. Alors, même dans de grosses agglomérations,  on reste vraiment loin de la parité.  Voici quelques exemples, ceux sont ceux qui me sont tombés sous la souris, vous n'aurez pas de mal à en trouver d'autres, à commencer par celui de votre ville certainement. Je doute qu'il y ait beaucoup d'exeptions.  ParisOrléans , Montreuil , Lyon , Saint Etienne
Chassez le naturel....

samedi 11 février 2017

Incidence des vêtements sur la vie des enfants

En une image, quelques détails auxquels on ne prête pas attention mais qui ne sont pas sans conséquences. Ils ont une incidence sur le temps nécessaire à l'habillage et sur la façon dont ils favorisent l'activité physique.

dimanche 5 février 2017

Pénelope ou le repos du guerrier

Le plus incroyable est que le prénom de madame Fillon soit Pénélope, une héroïne qui attend toute sa vie le retour de son époux à la maison et dont le travail est inutile puisqu'elle défait la nuit ce qu'elle a fait le jour.

Toute cette histoire a le mérite mettre en lumière la façon dont notre système politique répartit les tâches, c'est à dire à peu près comme dans les années 50. 

Les hommes politiques (je parle ici de ceux qui ont des mandats importants) ont besoin d'une femme, pour leur image et pour gérer leur foyer

Une épouse pour l'image

Avoir une famille unie serait un gage de bonne santé mentale. Celle-ci doit remplir plusieurs critères : l'épouse doit être belle, distinguée, fidèle et dévouée, les enfants doivent être nombreux et bien propres. On sait que plus les hommes ont des postes élevés, plus ils ont d'enfants. C'est évidemment l'inverse pour les femmes.

Slate. Sept 2014 : Avoir un enfant est bon pour votre carrière (si vous êtes un hommes)


Comme le dit lui-même François Fillon "Pour bien gouverner il faut être équilibré". L'idée est de démontrer qu'il est capable de créer autour de lui le monde rêvé qu'il promet par sa politique et qu'il n'a pas l'esprit perturbé par des problèmes domestiques qui l'empêcheraient de se consacrer à sa mission.

Pourtant, les français, à la différence des américains sont tolérants sur le sujet. 

Une épouse pour gérer le quotidien

La valeur travail est l'un des thèmes centraux de cette campagne. Le problème est que nous utilisons le même mot pour décrire des activités très différentes. 

Travailler ce peut être porter des parpaings toute le journée, être assise devant une caisse au supermarché, enchainer des réunions, lire ou écrire des rapports ou serrer des mains en mangeant des petits fours. 

L'engagement physique et intellectuel n'est pas le même, l'ennui et la fatigue non plus. Or tous ceux qui prennent la parole et qui organisent la société ne connaissent  le travail que dans ce qu'il a de plus épanouissant et gratifiant. Alors bien sûr ils ne comptent pas leurs heures et passent beaucoup de temps loin de la maison. C'est d'autant plus facile qu'ils ne prennent pas les transports en commun comme tous le monde. A la rigueur le train mais avec un chauffeur qui les attends à l'arrivée. Personnellement je suis bien convaincue que beaucoup de choses iraient mieux si on supprimait toutes les voitures de fonction et chauffeurs de nos élus. 

Ils ont donc besoin que quelqu'un assure la logistique du foyer, parce que même pour ceux qui ont du personnel il faut qu'une personne manage l'ensemble et assure une présence affective auprès des enfants lorsqu'il y en a (voir plus haut). Une étude récente montrait que la plupart des hommes qui réussissent une carrière ont une femmes qui a  renoncé à ses propres ambitions. 

Libération nov 2014. Beaucoup de hauts fonctionnaires doivent leur carrière à une femme exeptionnelle
Il faut d'ailleurs reconnaitre que François Hollande a fonctionné un peu différemment. Ségolène Royal, la mère de ses enfants, n'a pas eu à renoncer à sa carrière. Ensuite, il a vraisemblablement souhaité que Valérie Trierweiler puisse continuer sa propre carrière de journaliste, ce qui n'a pas été possible, d'autant plus que la dame elle même semblait avoir la prétention de jouer un rôle de première dame, qui n'existe pas en France. Enfin il assume le fait de ne pas disposer présentement d'un foyer "équilibré".

Une épouse comme havre de paix

Une expression française parle de la femme comme "le repos du guerrier", cela sous entend d'une part qu'elle se doit de créer un cadre agréable et serein (permettant notamment un délassement d'ordre sexuel, mais pas que), d'autre part que l'homme est, en dehors de la maison, un guerrier.

Et c'est bien là qu'est le problème. La politique est considérée comme une guerre, mais entendons nous bien c'est d'une guerre d'égos qu'il s'agit plus que d'une guerre contre la pollution ou la pauvreté ou ce genre de choses. C'est aussi ce qui explique cette nécessité d'être toujours sur le pont, présent partout, participer à toutes les décisions. Le risque étant que quelqu'un d'autre occupe le terrain et prenne la bonne place.

Pour résister à une telle tension, ces héros ont besoin d'une personne compréhensive et qui ne rajoute pas des problèmes supplémentaires (pas comme une Valérie Trierweiler par exemple).

En résumé, la femme et la famille idéales pour nos hommes politiques c'est à peu près ça

lundi 30 janvier 2017

Parité pour les législatives. Pourquoi si peu de femmes ?

Vous l'avez peut-être vu, Emmanuel Macron cherche des femmes qui veuillent se présenter aux élections législatives sous sa bannière.

La semaine dernière il a ouvert les candidatures et sollicité la société civile. Hier il a lancé un appel aux femmes car elles ne représentent, pour l'instant que 15% des candidatures, ce qui est vraiment peu. 

Je ne roule pour personne, mais pour la première fois  il semble que ces élections permettront, à condition bien entendu qu'Emmanuel Macron soit élu, de renouveler enfin le personnel politique de ce pays et d'améliorer la représentation féminine. Il insiste sur le renouvellement et la parité et semble déterminé à tenir ce cap. C'est possible pour lui car le mouvement "En marche !" n'a pas d'élus à replacer, de militants dévoués à qui l'on a promis un siège, ni de susceptibilités à ménager. On n'est pas prêtes de retrouver pareille occasion, c'est donc le moment si cela vous dit un tant soit peu de tenter votre chance. GO !

Mais pourquoi si peu de femmes ?

C'est sans surprises ;  les raisons sont connues et Emmanuel Macron en fait lui même l'analyse dans la vidéo.

1/ Les femmes se sentent moins légitimes pour de tels postes qui, dans l'imaginaire collectif sont masculins  (pour connaitre l'imaginaire collectif fermez les yeux et pensez à un député. Vous comprenez en même temps l'importance de la féminisation des titres). Elles imaginent qu'être députée nécessitent des compétences techniques qu'elles n'ont pas. C'est la même raison qui fait que l'Assemblée nationale ne compte que très peu d'ouvriers ou de caissières. Pourtant les femmes sont aujourd'hui plus diplômées que les hommes.

2/ Les femmes ont a coeur de concilier leur vie professionnelle et leur vie privée et rechignent à passer trop de temps loin de leur famille, notamment lorsqu'elles ont des enfants. D'autant plus qu'on ne manquera pas de les culpabiliser sur le fait qu'elles les abandonnent. Ce que personne n'a jamais reproché à un homme. C'était l'un des thèmes majeurs des campagnes anti-suffragettes du 20me siècle et il en reste quelque chose.  (vous pouvez retrouver d'autres affiches sur les suffragettes dans mon pinterest ) . Or une campagne électorale nécessite le sacrifice de ces soirées et week end pendant plusieurs mois, ensuite le job se tient en partie à Paris et nécessite de nombreux déplacements. 

3/ Elles constatent que la politique est un monde violent et n'ont pas envie de prendre des coups, et encore moins d'en donner. D'autant plus qu'elles ont plus à perdre en terme de réputation ou d'image personnelle que les hommes. D'une part elles savent que si leur vie privée est étalée il ne leur sera rien pardonné et que les attaques pourront descendre sous la ceinture, d'autre part, à la différence d'un homme qui gagne en prestige et en séduction lorsqu'il a du pouvoir, les femmes apparaissent dans ce cas comme trop autoritaires et moins féminines. C'était l'autre argument  des  anti-suffragettes. 

Que faire ?

Si Emmanuel Macron  veut davantage de candidatures il a raison de lancer, très tôt, cet appel mais il peut aussi se poser quelques questions sur la façon dont son mouvement accueille les femmes et la place qu'il leur donne dès à présent.

Pour suivre la campagne des présidentielles je me suis abonnée aux pages facebook de plusieurs candidats ainsi qu'à leurs newsletters. Pour ce mouvement j'ai donc reçu des informations et des invitations à plusieurs réunions ou meeting. voici ce que j'ai pu observer.

1/ Les réunions à 19H30 c'est no way pour toutes les mères de famille. C'est l'heure de pointe , celle où tout se télescope. Il est donc important de réfléchir aux dates et heures des réunions. 

2/j'ai compris qu'une équipe de campagne avait été désignée dans mon secteur. Elle est composée de 3 hommes, alors que la photo de la réunion montre qu'il y avait des femmes présentent. Je veux bien supposer qu'elles n'étaient pas candidates, mais pourquoi ? (la réponse est ci-dessus). Il n'y a pas de mystère, le plafond de verre est en réalité un escalier glissant et si on ne veille pas à ce que la parité soit respectée à tous les niveaux il est bien évident qu'on ne retrouvera que des hommes au sommet. 

3/ sur le site national il y a la photo de 11 délégués dont je ne connais pas le rôle mais qui semblent importants. 5 femmes, 6 hommes disons que c'est paritaire, mais on a l'impression qu'il y a une hiérarchie puisque le classement n'est pas fait par ordre alphabétique. Je ne pense pas que ce soit un hasard si ce sont 2 hommes qui semblent préeminer .  Les autres femmes sont dans la ligne du bas.

4/ Enfin, il est prévu que les candidatures aux législatives seront examinées par une commission nationale en charge des investitures composée de 9 membres. Je n'ai pas trouvé la composition de cette commission qui n'est peut-être pas encore constituée. Il va de soi qu'elle devra être paritaire (oui, je sais 9 est un chiffre impair).

lundi 23 janvier 2017

L'heure des mamans

Depuis quelques années, sous l'impulsion de chercheurs et d'associations dynamiques comme Genre et ville, se développe une réflexion, tout à fait inexistante auparavant, sur l'utilisation de l'espace public.

Sans surprise on s'aperçoit que, non seulement ces espaces sont davantage conçus pour les hommes, mais qu'une grande partie des financements publics, notamment ceux des collectivités locales, leurs sont destinés. 

Aujourd'hui de nombreuses municipalités s'en préoccupent. C'est le cas de la ville de Paris qui a rédigé un guide sur ce sujet et veille désormais à inclure cette problématique dans ses travaux.

(pour aller plus loin, cet article du Monde "Les femmes à la reconquête de l'espace public")

Mais il est une situation que je n'ai encore vue traitée nulle part, celle de la sortie des écoles.

Les parents qui attendent leurs enfants sont très majoritairement des femmes. Or, rien n'est prévu pour elles. C'est à dire qu'il y a très rarement un espace qui leur permette d'attendre dans de bonnes conditions. Lorsque le portail donne directement sur la rue des barrières empêchent les enfants de sortir en courant, mais le trottoir n'est pas toujours suffisamment large pour que les parents y stationnent confortablement et ils attendent dans des conditions de sécurité minimales.

Et bien sûr, même lorsque l'espace serait suffisant, rien n'est jamais pensé pour que ce lieu d'attente soit un espace convivial alors que c'est par définition un lieu de rencontre. Il n'y a par exemple jamais de bancs. 

On pourrait aussi imaginer que les parents entrent dans l'école, mais c'est une autre histoire.

mercredi 18 janvier 2017

L'incidence du genre au concours d'entrée d'une grande école

L’EN3S (école nationale supérieure de sécurité sociale) consacre le dernier numéro de sa revue Regards à l’égalité femmes/hommes. Il est disponible dans son intégralité sur le site de l’école.

Des expert-es y analysent les incidences de la protection sociale (maladie, famille, retraite) en terme d’égalité femmes/hommes. Et comme il s’agit de l'école qui forme les cadres dirigeants de la sécu plusieurs articles sont consacrés à la situation au sein de cette institution. Sans surprise, comme partout ailleurs, les graphiques montrent que l’escalier hiérarchique y est glissant pour les femmes.

Les profils des lauréats du concours d'entrée

Il existe différentes possibilités pour intégrer cette école. L’une de ces voies est celle du concours et, bien que les promotions y soient paritaires depuis 2000, la direction de l’école s’est interrogée sur une éventuelle incidence du genre lors des épreuves orales. Elle a menée pour cela une étude dont je ne connais pas d’équivalent et qui montre effectivement quelques différences    (à lire page 167 et suivantes)

Depuis une dizaine d’année les élèves se prêtent à un test de personnalité bien connu (SOSIE) en entrée de scolarité. L’outil SOSIE très répandu dans le domaine des ressources humaines évalue les traits de personnalité autour de neuf items et l'EN3S a demandé au  cabinet METOD une analyse des scores de 657 anciens élèves. Ce qui constitue un échantillon  respectable.

Aucune différence n’est observée sur 4 items, mais des différences significatives apparaissent sur 4 autres. (aucune indication n’est donnée quant au 9eme item sur la  persévérance).

L’une des hypothèses avancée pour expliquer de telles différences est celle d’un questionnement par les membres du jury lors des épreuves orales du concours d'entrée qui serait différent selon que le candidat est un homme ou une femme. 

Ces résultats tendraient à montrer que le jury est  influencé, comme nous le sommes tous, par des représentations mentales stéréotypées : on sait par exemple que montrer trop d’ascendant pour une femme la fait vite cataloguer comme trop arrogante, rigide etc , mais qu’il cherche également à les corriger, en faisant attention par exmple à recruter des hommes attentifs aux autres, ce qui est une qualité plutôt attribuée aux femmes.

Les perspectives ouvertes par cette étude

Ce qui est sûr c’est que cette étude ouvre une voie vraiment interessante qui mérite d'être développée.

D'autant plus qu'elle apporte quelques embryons de réponses à une autre question souvent posée  mais qui n'a encore guère reçue de réponses sérieuses : les femmes qui ont des responsabilité de management se comportent-elles différemment des hommes ? On peut lire beaucoup d'articles sur ce thème vendeur : les femmes seraient plus à l'écoute, plus centrées sur la tache, mais personne n'en sait rien. La plupart du temps ces articles sont basés, au mieux sur des questionnaires à grande échelle, au pire sur des micro-trottoirs et leurs conclusions ne font que révéler et conforter les stéréotypes 

mardi 3 janvier 2017

Les gouvernements Fillon étaient-ils paritaires ?

Sur le site de campagne de François Fillon on  trouve une rubrique spécifique pour les femmes "les femmes avec Fillon", (mais bien entendu, pas de rubrique "les hommes avec Fillon" car les hommes ne sont pas une catégorie, ils sont la société). Il est proposé de créeer des comités de femmes et un ensemble de mesures sont répertoriées dans un document "Pour la liberté des femmes". 

Aujourd'hui je ne parlerai que de la 1er page.  François Fillon a, parait il "une vision sur les enjeux fondamentaux des femmes d’aujourd’hui et son programme en faveur des femmes le démontre. Parce qu’il a souvent manifesté l’importance qu’il accorde aux femmes dans la société."

Parfait,  mais je m'étonne de lire que "pour la première fois en 2007, il a constitué un gouvernement paritaire". Parce que ce n'est vraiment pas le souvenir que j'en ai.

Facile à vérifier, wikipédia est très complet sur le sujet

Lors de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait annoncé un objectif de parité dans ses gouvernements.

Dans le 1er gouvernement Fillon il y a 7 femmes sur 15 ministres (soit presque 50%.  YES !) mais en fait 37% de femmes seulement au total car les 4 secrétaires d'Etat sont des hommes.

Ce premier gouvernement n'a duré qu'1 mois. Ensuite c'est un peu difficile à suivre car il y a eu de nombreux changements. Disons que lors de l'annonce du 2nd gouvernement, la répartition reste assez semblable 8 hommes ministres, 7 femmes mais 12 hommes pour 4 femmes secrétaires d'Etat.

Et les choses ne sont pas allées en s'arrangeant puisqu'en 2010, le dernier gouvernement Fillon comprenait toujours à peu près la même proportion de femmes, mais de postes ministériels elles ont basculé vers des secrétariats d'état. Bref, cela s'est dégradé au fil du temps.

On peut donc en conclure que François Fillon a une vision très approximative de la parité.... ou  une très mauvaise mémoire. 

lundi 2 janvier 2017

2017 Olympe, le retour ?

J'avais ouvert ce blog en février 2008. Il a été pour moi le début d'une belle aventure, avec notamment la publication d'un livre, l'écriture d'un webdoc "l'école du genre" qui tourne bien, notamment cette vidéo , de nombreuses conférences, mais le blog lui-même a fini par s'user. Mon dernier billet date du 26 octobre 2015, je n'en ai pas fait en 2016. Je continue cependant à partager des articles que je trouve intéressants sur une page facebook.

C'est que la question de l'égalité hommes/femmes est désormais fréquemment traitée et relayée sur le web. Le féminisme est très présent, à travers de nombreux blogs, pages ou comptes facebook et les médias qui ont bien observé que le sujet constituait un appeau à clics multiplient les articles . Je ne voyais plus trop l'intérêt d'apporter ma contribution, ni de répéter ce que d'autres ont déja écrit, souvent mieux que je ne saurais le faire. 

D'autant plus que ce qui ressort vraiment  des réseaux sociaux c'est l'indignation. Or j'ai plutôt l'impression qu'on en crève de l'indignation, rien de plus facile que de s'indigner et surtout de la faire savoir, sans même toujours chercher à connaitre la réalité des faits d'ailleurs. Il suffit de liker, partager, signer. ça ne peut pas faire de mal (cela restant à prouver) et on se donne bonne conscience. 

Mais la campagne électorale qui s'annonce suscite, contrairement à ce qui semblait se dessiner il y a encore quelques mois, de nombreux échanges, tout le monde a un avis sur tout. Au cours des mois qui viennent tous les problèmes de sociétés vont être discutés à l'aune des propositions des candidats. Ce serait dommage de ne pas en profiter pour y mettre son grain de sel.

Je n'ai aucune illusion quand aux candidats qui vont se présenter, et je ne crois pas en une personne providentielle  qui règlerait tous les problèmes par la grâce de ses seuls capacités. Je pense par contre qu'il faut profiter de ce moment pour faire avancer des réflexions, obtenir des engagements et des promesses. 

Le groupe de blogueurs  dont je faisais partie il y a quelques années se réunit très prochainement (Kremlin des Blogs pour ceux qui s'en souviennent) je suppose que nous allons discuter de la façon dont nous pourrions apporter nos contributions à cette campagne. Le fait que nous n'ayons pas tous les mêmes idées n'a aucune importance. Ce qui compte c'est de participer.  Et pour être complète je peux dire que si je sais pour qui je ne voterai pas, je ne sais pas encore pour qui je voterai.

En attendant je nous souhaite bien sûr une bonne année.

lundi 26 octobre 2015

Tampontax, ce qui ne passe pas

Le refus par l'Assemblée nationale, dans la nuit du 14 au 15 octobre 2015,  de considérer  les produits de protections féminines comme des biens de première nécessité et de les faire bénéficier d’une TVA de 5,5% à la place des 20% actuellement appliqués, a fait beaucoup de bruit. C'est le moins que l'on puisse dire ; partie de twitter et facebook l'indignation s'est rapidement étendue, bien au delà des cercles féministes qui, depuis plusieurs mois se sont mobilisés pour supprimer cette "tampontax". (La pétition du collectif Georgettesand est ICI, sur Influencia une analyse des tweets sur le sujet par une experte)

Rappel des faits

Rue89 avait calculé que les protections périodiques coutent 104€ par an à une femme.  C'est donc d'une économie annuelle de 15€ que représenterait cette baisse de 15% de TVA.
Vu du coté gouvernementale ce serait un manque à gagner de 55 millions. C'est ce qu'a indiqué  Christian Eckert, secrétaire d’Etat au Budget dont l'argumentaire, pour le moins maladroit, a considérablement contribué au buzz.

Il a rappelé  que  « le taux normal de la TVA, c’est 20 % ». Et qu’il y a « des règles communautaires, qui interdisent de mettre des taux réduits sur n’importe quel produit ». 

Il a considéré que « les produits d’hygiène ne sont pas exactement des produits de première nécessité »

Il a rapproché  le débat sur la « taxe tampon » de celui sur « les parcs d’attraction et l’entrée des grottes ».

Enfin, il a osé une comparaison avec des articles destinés aux hommes. "Il y a beaucoup de produits d'hygiène qui concernent plutôt les hommes et dont le taux de TVA est à 20%, comme les mousses à raser spéciales hommes".  

Plus tard, il a aggravé son cas en faisant état de  l'intimité des femmes de sa vie « J’ai une femme et trois filles, donc un environnement qui connaît le sujet.  J’aime bien faire les courses le samedi, je connais la taille, la typologie et la couleur pour chacune d’entre elles, poursuit-il. Je sais que pour l’une, c’est avec applicateur, pour l’autre XXL etc. Je suis vraiment le dernier à pouvoir être taxé de propos ignorants sur le sujet ! Ce n’est pas très juste. ». Ce n'est pas sans rappeler les propos de Gérard Longuet pour se défendre face à une intervention de la La Barbe "J'ai une femme, 4 filles, une mère et quand j'ai un chien c'est une chienne."

Ce qui ne passe pas :

La mise en évidence de nombreuses incohérences, et d'injustice dans la TVA

On peut comprendre que 55 millions ce n'est pas une paille, mais dans ce cas, et de très nombreux internautes l'ont souligné, comment justifier qu'en 2015 les produits d'hygiène ne soient pas considérés comme de première nécessité ? comment expliquer que le chocolat, le foie gras, les sodas, les magazines, les billets d'entrée au zoo et au cirque bénéficient de taux privilégiés  (le détail par Les décodeurs) ?
A l'évidence il y aurait du ménage à faire dans les taux de TVA, qui nous concernent tous quotidiennement.

Le fait que des hommes prennent des décisions sur un  sujet qui ne concerne que les femmes

L'Assemblée nationale est composée de 73% d'hommes, qui ne sont forcément pas concernés.  C'est probablement ce qui a le plus suscité la colère des internautes. Les propos du secrétaire d'Etat sont apparus comme méprisant envers les femmes ; rappeler à cette occasion un débat plus ancien concernant les parcs d'attraction et les entrées de grottes  (abstenons nous d'une psychanalyse sauvage) c'est  renvoyer  un sujet féminin vers le domaine du ludique, du pas sérieux. Enfin, oser comparer tampons et serviettes avec la mousse à raser c'est, au mieux faire preuve de mauvaise foi, au pire ne vraiment rien imaginer de ce que vivent les femmes chaque mois. 

Ce que ce buzz démontre : 

Il n'est pas qu'anecdotique, il met en évidence, à mon avis, 2 évolutions importantes 

1/ Le fait que la légitimité du Parlement soit de plus en plus contestée.

 Il est évident dans ce cas que, même si des femmes ont voté contre l'amendement, qu'une majorité d'hommes ne peut pas se prononcer en bonne connaissance de cause, et en toute objectivité sur un sujet qui ne les concerne pas. L'erreur, grossière, étant, d'avoir osé le ramener à quelque chose qu'ils connaissent : la mousse à raser. Comme si il y s'agissait d'une guerre des sexes.
On peut remarquer que la représentativité des élus, dont le profil sociologique est trop homogène, est de plus en plus souvent discutée, mais en l'occurence il s'agit dans ce cas de  50% de la population qui ne se sent pas prise en compte.

2/ Le fait que les femmes revendiquent désormais d'être prises en compte dans leur différence

Jusqu'à une période récente, les femmes, qui essayaient d'investir le monde du travail, s'employaient à faire oublier qu'elles étaient des femmes. En adoptant des codes masculins, en se débrouillant pour ne pas poser de questions avec leurs problèmes spécifiques, au premier rang desquelles figurent la grossesse et la conciliation vie privée/vie professionnelle. Impensable donc d'évoquer leurs règles, elles se contentaient de se réjouir qu'on ne les obligent plus à s'enfermer sous prétexte qu'elles feraient tourner la mayonnaise ou rater les négociations. Ce qui est encore le cas dans une grande partie du monde.
Il semble que cela soit terminé, les femmes revendiquent ce qui ne doit plus être considéré comme une faiblesse ou une tare honteuse mais comme une contrainte spécifique qu'elles ont à gérer. Et elles trouveraient normal que la société, ou plutôt les 50% de la population qui n'a pas de règles,  reconnaisse cela.
-----------------

Notons qu'une décision de ce type a été prise au Canada, et appliquée au Québec depuis le 1er juillet.  

Les photos viennent de la page Facebook de l'association Osez le Féminisme du Doubs, très active sur le sujet, et très en colère car la mairie de Montbéliard a interdit l'un de leurs évènements.

Au cas, peu probable où vous ne les auriez pas encore vues les vidéos de Klaire et de Sophia Aram

lundi 12 octobre 2015

Comment les hommes peuvent-ils prendre les femmes ?

François Fillon vient de donner sa vision du sexe.  Il prend les femmes. 

Si on y réfléchit bien cette expression est curieuse car il me semble que si l'un des partenaires est "pris" lors d'un acte hétérosexuel, ce serait plutôt l'homme. Je ne vais pas vous faire un dessin.

Prendre, dans ce sens signifie, définition trouvée dans un lexique : Soumettre, conquérir. Prendre une forteresse, une place forte. La capitale a été prise. Prendre un navire à l'abordage. Spécialt. Prendre une femme, la posséder. Prendre une femme de force, la violer.

Ce n'est probablement pas un hasard si le paragraphe se termine sur la viol car dans "prendre" il y a l'idée de "se servir".

C'est bien la conquête qu'a voulu évoquer François Fillon. Très valorisante pour le conquérant, elle fait fi du choix actif de la femme qui n'a qu'à se laisser conquérir. On dit alors qu'elle "cède", ou, dans le cas contraire "qu'elle se refuse" (alors qu'il serait plus juste grammaticalement parlant de dire qu'elle refuse). Surtout, l'idée d'être "prise" sous entend que la conquête y perd quelque chose.  

Quoi ?

Son corps ? comme le suggère cet article à propos d'une hôtesse de l'air "Elle offrait son corps en plein vol depuis 2 ans". Drôle de cadeau puisque la suite de l'article nous apprend qu'elle empochait 1 800 € pour cela. Et nous avons tout lieu de penser qu'elle est encore en possession de son corps, qui n'a donc pas été offert en réalité.

Quoi donc alors ? 

Son honneur ? Apparemment c'est cela. dans notre inconscient collectif traine l'idée qu'une femme "prise" est déshonorée, et sa famille avec. Peut importe d'ailleurs qu'elle ait choisi ou subi et Lucrèce qui préfère se suicider après avoir été violée reste une héroine. C'était en 500.

Mais en 2015, en France, on peut entendre une journaliste du Figaro  interviewant une jeune femme ayant échappé à Daech, lui demander pudiquement, en parlant de ses compagnes de captivité (à 3'15) "certaines n'ont pas pu empêcher d'être déshonorées par les djihadistes". Euphémisme mal venu pour parler de viols et de tortures.

Alors, si tout  l'objet des campagnes des associations féministes consiste à essayer que  la honte change de camp, il serait probablement utile de commencer par ce que les hommes ne se glorifient plus de prendre une femme

Image : l'une des multiples illustrations de l'enlèvement des Sabines. 

- page 1 de 113