Olympe et le plafond de verre

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Recherche - parasite

mardi 7 mai 2019

Le manque de charisme de Nathalie Loiseau

Le premier ministre a participé ce matin  à un meeting pour les élections européennes et les médias titrent sur le soutien qu'il apporte à sa tête de liste, qui en aurait bien besoin selon eux.

C'est que le manque de charisme de Nathalie Loiseau apparait aujourd'hui comme un problème dans cette campagne. La question se pose alors : comment une personne aussi brillante, ayant réussi une très belle carrière et que tous ceux qui ont travaillé avec elle décrivent comme une bonne manageuse d'équipe, peut-elle s'avérer aussi fade en tant que personnalité politique ?

Je ne reviendrai pas sur ses propos ou son action. Cette campagne manque certainement de souffle, et elle a mal géré les accusations qui ont été faites à son encontre. Mais si il suffisait de ressortir des histoires vielles de 30 ans pour dézinguer quelq'un en politique ça se saurait.

Non, elle manque de charisme parce qu'elle n'a visiblement jamais travaillé, ou mal, son langage non-verbal . Ses compétences et sa forte légitimité suffisait peut-être à faire d'elle une leadeuse dans son milieu de fonctionnaires. C'est bien différent lorsqu'il s'agit de s'adresser au peuple.

Regardons y de plus près.

Sa posture

La première chose qui saute aux yeux et qu'elle ne se tient pas droite. Elle n'est pas très grande, et il est vrai que la taille est toujours un avantage. Un avantage dont bénéficient évidemment plus souvent les hommes. Il n'est pas confortable de devoir s'adresser  à ses interlocuteurs en levant la tête. Mais ce n'est pas suffisant, Martine Aubry n'est pas grande et on ne peut pas dire qu'elle manque de charisme, Tyrion Lannister non plus. De plus, cet inconvénient disparait lorsqu'on parle du haut d'une tribune, ce n'est donc pas une explication suffisante.

En fait, et on le voit nettement sur les photos, elle a toujours les épaules et  la tête légèrement penchées en avant. Ce qui ne donne pas du tout l'impression d'une personne bien ancrée, à laquelle on pourrait s'accrocher.

De plus, lorsqu'elle parle, il arrive fréquemment qu'elle penche la tête sur le coté. Un geste éminemment féminin, qui est perçu comme un signe de sollicitude, ou une tentative de séduction. Pas forcément adapté dans ce contexte. 

Son regard

2eme point très important. Son regard ne se fixe pas sur ses auditeurs. 

Quand elle parle, que ce soit à un journaliste ou à une salle, ses yeux sont focalisés sur un point lointain. On le voit nettement sur cette vidéo d'un échange avec des journalistes, ou cette  autre d'un discours de campagne . En fait elle est concentrée sur  l'intérieur d'elle-même. Or, ce qu'on appelle "la présence" se situe en priorité dans le regard, une personne nous semble présente si on ressent qu'elle prend en compte notre propre existence. Il est vrai que c'est beaucoup plus difficile pour ceux qui sont introvertis, ce qui est probablement le cas de Nathalie Loiseau.

Ses mouvements 

3eme élément.  Ses mouvements parasites.

Elle en a plein. Ils sont assez discrets mais suffisants pour là encore ne pas donner une bonne impression d'ancrage. Bien entendu un orateur peu bouger, mais ses mouvements doivent accompagner son discours et donner le sentiment qu'il est bien avec son corps. Ce n'est pas du tout le cas de ses mouvements, qui sont erratiques voire désordonnés et traduisent plutôt son léger malaise. Ce sont des micro-mouvements des épaules ou de la tête, et surtout des balancements, signes de réassurance. Vous pouvez le voir dans les vidéos précédentes, ou dans cet interview de Jean-Pierre Elkabach, qui est plutôt sympa avec elle. On entend d'ailleurs très nettement dans celle-ci que sa voix est mal placée, beaucoup trop haute. Son discours se veut ferme, mais sa voix n'est pas du tout aussi assurée que son propos.

Ses mimiques

En coaching on appelle ça de l'auto-sabotage : elle termine souvent ses phrases par un sourire. Celui-ci est généralement interprété comme une atténuation du propos. Ce que confirme le fait qu'en même temps elle descend la tonalité.

On peut même y voir un léger syndrôme de la bonne élève, ce qui serait un comble pour une ex directrice de l'ENA

Sur le même sujet  Anne Hidalgo et l'art de l'accolade

jeudi 13 avril 2017

Pas de statut pour la première dame ?

Le pure player Cheek magazine a publié un article prônant la fin du statut de première dame. C'est que les français ne sont pas insensibles au sujet. On pourrait d'ailleurs parler des conjoints hommes ou femmes, mais pour l'instant le cas "homme" ne s'est pas présenté.

Rappelons que, justement, aucun statut n'existe et que chacune, depuis Yvonne De Gaulle, s'est débrouillée comme elle a pu pour continuer à exister. Cheek magazine en conclut  qu'elle ne sert à rien concrètement. "… Si ce n’est poser dans les magazines people et serrer des paluches en affichant un sourire radieux. Si, juridiquement, la première dame n’existe pas -elle ne dispose d’aucun statut officiel dans la Constitution-, elle coûte pourtant cher à la France".

Plus loin "Venue tout droit de la monarchie, la première dame symbolise à elle seule tout le sexisme de notre société, remplissant tour à tour les rôles de mère, d’épouse et de femme-objet. Pour celle dont la fonction principale est de poser à côté de son président de mari, c’est l’apparence qui prime. Elle doit être belle, bien habillée, élégante, classe, forte et douce à la fois. En somme, elle doit représenter la France sans avoir l’air d’une Marianne aux sein nus, mais plutôt d’une Marie fidèle et sage. Le président l’affiche comme étant le gage de son inévitable hétérosexualité et de sa prétendue fidélité. Bref, la première dame est sans doute l’un des concepts les plus conservateurs de la Ve République."

Je trouve que c'est aller un peu vite en besogne et faire ce qui s'appelle jeter le bébé avec l'eau du bain.

Des femmes objets ?

Bernadette Chirac, Valérie Trierweiller, Carla Bruni des femmes objets ? Sérieusement ? 
Certes elle accompagne son mari, mais François Hollande a prouvé que cela n'avait rien d'obligatoire et que tout le monde s'accommodait très bien de le voir seul. Sauf les journalistes en mal de scoop.  Je suis même assez convaincue que la France s'habituerait assez facilement à un Président ou une Présidente homosexuel-le.

On s'attend, il est vrai, lorsqu'elle est présente, à ce qu'elle assume dignement la fonction et soit plutôt élégante. D'autant plus que Paris, capitale de la mode, a une réputation à tenir. On attend d'ailleurs la même chose du Président mais on se soucie moins de sa beauté. Remarquons que ce serait l'inverse dans le cas d'une femme présidente, c'est encore de son physique à elle que l'on se préoccuperait le plus. Ce n'est donc pas spécifique à la fonction.

De toute façon, hormis peut être Carla Bruni et Valérie Trierweiller,  elles n'ont généralement guère surjoué le glamour.

Des mères et des épouses ?

A moins de remettre en cause l'un des fondements de notre société, ce que l'on pourrait faire mais ce n'est pas ici l'objet, acceptons de considérer le fait que ces premières dames ont choisi de vivre en couple avec un homme.

Toute proportion gardée, parmi les questions qui se posent à eux, il y a donc la même que celle qui se pose à tous les couples :  comment concilier vie privée, vie affective et vie professionnelle ?

Multipliée par 1000.

Comment conserver une vie privée lorsqu'il faut vivre dans un palais plein de monde, lorsque l'un est en permanence surbooké, dérangé à tout moment, et dont les déplacements sont innombrables ? Et d'autant plus, bien sûr, si des enfants sont là (je veux dire avant qu'ils n'aient l'âge d'être attachés parlementaires), ils ont droit à la présence de leur père. C'était le cas de Nicolas Sarkozy, et même de François Mitterand avec Mazarine, ce serait celui de Benoit Hamon si il était élu.

Quel modèle pour les français ? celui d'un sacrifice obligatoire de toute vie familiale pour qui veut réussir, avoir du pouvoir ? On ne s'étonnera pas après cela que les cadres qui demandent à faire des heures raisonnables dans leurs entreprises ne soient pas bien considérés. L'exemple venant d'en haut il serait au contraire beaucoup plus intéressant de montrer qu'un bon équilibre doit être recherché. Ce qu'ont semblé réussir, dans un contexte différent les Obama. 

Vous vous souvenez peut être aussi de l'engouement qu'avait suscité en 2000 l'idée que Tony Blair pourrait prendre un congé parental à la naissance de son 4eme enfant. Ce qu'il n'a malheureusement pas fait.

Et sa vie à elle ?

Comme dans de nombreux couples se pose aussi la question de la gestion des doubles carrières. Ce n'est jamais simple lorsque celles-ci sont très prenantes, mais ça l'est encore moins lorsque tout ce que fait l'un est évalué à l'aune des fonctions de l'autre

Plusieurs choix semblent envisageables mais il semble bien que pour l'instant aucune solution vraiment satisfaisante n'ait été trouvée.

Elle peut décider de se consacrer entièrement à la carrière de son mari.

Ce qui présente quand même l'avantage d'approcher les arcanes du pouvoir et de vivre, même si c'est indirectement, des moments exceptionnels. D'en retirer aussi quelques honneurs. Mais ce sera toujours un second rôle, guère valorisé, avec le risque  de se faire traiter "d'objet sexuel" et de parasite couteux. 
Il faudrait pourtant reconnaitre que Cécilia et Carla Bruni ont largement contribué à l'ascension et à l'image de Nicolas Sarkozy, que Valérie Trierweiler a été longtemps le principal soutien de François Hollande en qui personne d'autre ne croyait, et que, d'après ce que l'on en sait, Emmanuel Macron n'en serait pas là sans son épouse.
Au final, le risque est toujours le même pour les femmes qui renoncent à leur propre parcours : celui de se retrouver sans rien en cas de séparation. Mais, à la différence de toutes les autres, elles peuvent toujours écrire un livre.
C'est aussi ce qu'est en train de payer Pénélope Fillon qui a accepté de n'exister qu'à travers l'activité de son mari (ce qui n'excuse pas d'éventuelles malversations)

Elle peut  choisir de conserver son propre cap.

C'est le choix qu'à fait l'épouse de Benoit Hamon. On ne voit pas effectivement pourquoi elle renoncerait à son métier si celui-ci lui convient. Mais, et c'est la principale raison pour laquelle un statut de conjoint est nécessaire, on lui reprochera à un moment ou à un autre de profiter de la situation de son mari : soit à l'occasion d'une nomination ou d'une promotion, soit parce qu'elle sera détentrice d'informations confidentielles.  Il faut donc lister ce qui est possible et ce qui ne l'est pas afin de prévenir les conflits d'intérêt et les suspicions de passe droit. Valérie Trierweiler a été en grande partie empêchée de poursuivre son métier de journaliste politique. On comprend qu'elle en ait conçu de l'aigreur.
 

Elle peut se consacrer à de grandes causes

Comme Danielle Mitterand et sa fondation ou Bernadette Chirac et les pièces jaunes. Encore faut-il qu'elle y trouve un intérêt.  Michèle Obama avait certainement les compétences et le charisme  nécessaire pour des missions d'une envergure plus grande que la lutte contre l'obésité.

Elle peut  vouloir être ignorée en tant que femme de

Cela ne semble possible que dans le cas d'un couple non marié, mais il est très intéressant d'observer que François Hollande a à peu près réussi, malgré les difficultés, à conserver une grande discrétion sur ces relations avec Julie Gayet. C'était également le cas de François Mitterand dans sa relation avec Anne Pingeot, mais pour d'autres raisons.

En résumé

Il  ne me semble pas juste de maintenir ce non dit pudique sur la première dame, ou le premier homme, et faire comme si elle n'existait pas, au motif qu'elle n'a pas de statut. Parce que elle existe quand même .

jeudi 12 novembre 2009

A quoi servent les hommes ?

A l'issue de la projection du film la domination masculine s'est tenu un débat, de quoi faire plusieurs billets. Etait notamment présente Françoise Héritier.

Françoise Héritier est une anthropologue reconnue, elle a longtemps enseigné au Collège de France.

En quelques minutes elle a fait une synthèse de sa célèbre théorie expliquant pourquoi les hommes ont instauré, dans toutes les sociétés, une domination sur les femmes.

J'ai pris des notes en espérant vous faire un compte rendu clair et fidèle. Succinct bien sûr,  il faut lire Françoise Héritier.

Donc,

Seules les femmes  font les enfants. Non seulement elles font des enfants pareils à elles; des filles, mais elles font aussi des garçons alors que les hommes sont dans l'incapacité de se reproduire eux mêmes. Et ce serait l'une des peurs fondamentales des hommes : que les femmes arrêtent de mettre au monde des garçons.

Pour maîtriser cette reproduction, il leur a fallu instrumentaliser les femmes.

2 conséquences énormes à ce besoin des hommes de contrôler les femmes :

- les femmes sont devenues une ressource. Pour avoir des fils les hommes s'échangent les femmes

- les femmes ne peuvent pas disposer de leur corps, sinon il n'y aurait aucune possibilité pour les hommes d'être certains de leur paternité et même de s'assurer qu'elles feront des enfants.

Pour les maintenir dominées il convient de les empêcher d'accéder à la culture et bien sûr au pouvoir.

Le plus efficace pour cela est le dénigrement : elles sont trop faibles, trop soumises à leurs états d'âmes, passives etc...

Et il importe de leur dénier toute responsabilité dans la reproduction. Aristote les décrivait comme un réceptacle : une marmite dans laquelle se font les enfants et F Héritier note avec ironie qu'en répondant à un enfant qui demande comment on fait les bébés que "le papa met une petite graine dans le ventre la maman" on ne fait que répéter la théorie d'Aristote. ( dire que mes enfants sont ados et que je ne peux plus refaire leur éducation sur le sujet !).

Depuis la nuit des temps nous reproduisons ce schéma.


Et comme il se trouve que Mathieu Vidart avait invité le lendemain sur France inter 2 biologistes de l'évolution, Tatiana Giraud et Pierre-Henri Gouyon, qui se sont référés à Françoise Héritier, je complète avec leurs propos. Et je jure que je ne fais que recopier ce qu'ont dit ces chercheurs de haut niveau.

Le thème en était "Espèces sexuées et espèces asexuées". Les chercheurs observent de multiples formes de reproduction et cherchent à comprendre comment ces différentes modalités ont été favorisées par la sélection naturelle.

Dans la plupart des espèces sexuées, les femelles assument seules la reproduction et du coup on est en droit de se demander à quoi servent les mâles . La femelle jette la moitié de ses gênes pour mettre ceux du mâle à la place. Or pour les évolutionnistes un individu qui met ses gênes dans un autre et lui laisse faire le travail pour les reproduire est un parasite, donc d'une certaine façon on peut voir les mâles comme des parasites des femelles.

Logiquement ils se demandent  pourquoi les femelles se laissent ainsi parasiter plutôt que de se débrouiller pour faire des petits seules par parthénogenèse (c'est à dire avec leurs seules cellules). D'autant plus qu'en produisant des garçons et des filles, les femelles divisent leur reproduction par 2 à chaque génération puisque seule une moitié de leur descendance procréera à son tour,  en 20 générations des femelles qui ne produiraient que des femelles auraient 1 millions de fois plus de descendants.

On connait la réponse, le mélange diversifie les gènes et permet notamment de mieux lutter contre les virus qui mutent eux à très grande vitesse.

Ils ont également évoqué la différence de taille et le fait que les femmes soient statistiquement plus petites que les hommes.
Habituellement les mâles sont plus grands, plus forts que les femelles dans les espèces où ils doivent combattre des concurrents avant de pouvoir copuler. Ce n'est plus le cas chez les humains. Alors pourquoi les femmes y sont elles plus petites ? D'autant plus qu'on sait que la taille est corrélée avec la largeur du bassin et que la mortalité en couche est bien moindre pour les femmes plus grandes. La sélection aurait donc du  se faire en faveur des femmes grandes.

Pas de réponses mais des hypothèses :

- les hommes préfèrent choisir des femmes plus petites pour mieux les contrôler

- dans toutes les sociétés les hommes ont toujours limité la nourriture des femmes et les femmes grandissant dans un contexte de pénurie plus important ont été sélectionnées pour se suffire de ressources moindres.

Je vous invite à écouter cette émission disponible encore quelques jours sur le site de France inter.

En rapportant tout cela, Je ne cherche pas à démontrer quoi que ce soit et n'y connaissant rien je ne fais que résumer ce que j'ai entendu. Je trouve juste passionnant d'essayer de comprendre comment ont pu s'instaurer nos rapports sociaux.

Pour mieux les déconstruire.