05/04/2020

Les femmes au front les hommes dans les QG

Hier j'ai retweeté et publié sur facebook cette photo récupérée sur twitter car on n'y voit pas de femme. Je crois que c'est un article de Paris Match mais je n'en suis pas certaine. Gros succés d'ailleurs, mon post facebook a été partagé plus de 100 fois.

Plus tard dans la journée quelqu'un a twetté une photo de la même réunion prise d'un autre point de vue en pestant contre le magazine qui aurait manipulé l'info. Effectivement on y voit 5 ou 6 femmes.

Moins de 1/4 de femmes 

Du coup je suis allée voir ce qu'était ce conseil de guerre et de qui il était composé. 

C'est la réunion de 2 comités.

Le conseil scientifique dont on a beaucoup entendu parler. Composé de 11 éminents experts : 9 hommes et 2 femmes.

Le deuxième comité est le Comité analyse, recherche et expertise (CARE) crée le 24 mars 2020 et composé de 12 personnalités scientifiques et médecins, dont 4 femmes. Notons cependant que 2 personnes, un homme et une femme font partie des 2 comités.

Au total nous avons donc 21 personnes, dont 5 femmes.

Qui le Président rencontre-t-il ? 

Mais en cherchant sur le site de l'Elysée j'ai fait des copies des dernières photos publiées. On est bien d'accord que les premières lignes sont très majoritairement des femmes : infirmières, aides soignantes, caissières  mais ce n'est pas elles que rencontrent le  chef de l'Etat, même quand il se rend dans un hopital. Je vous laisse compter. Et il me semble qu'après cette période l'indignation ne suffira plus.

 

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03/04/2020

La répartition du patrimoine au sein des familles

C'est un livre sorti début mars, Le genre du capital  Comment la famille reproduit les inégalités de Céline BESSIÈRE et Sibylle GOLLAC

Ces 2 sociologues ont analysé comment le patrimoine se distribuait lors de 2 moments clés de la vie des familles : les spérarations et les décés. 

A l'occasion de ces évènements importants les femmes sont souvent lésées, au profit de frères considérés comme "meilleurs héritiers" ou de maris plus riches qu'elles. Quand on parle inégalité de richesse entre hommes et femmes, on pense d’abord aux écarts de salaires  entre les deux sexes. Mais les inégalités de richesse en fonction du genre ne se limitent pas au marché du travail et à la question des salaires, elles sont aussi présentes dans l'intimité des familles.

Pour ce faire les autrices ont interrogé des notaires, des avocat-e-s et même assisté à des rendez-vous avec des familles. Elles ont exploité  une base de données judiciaire construite à partir d’un échantillon aléatoire de 3 000 décisions rendues dans sept TGI et de 1 000 décisions rendues dans deux cours d’appel en 2013.

Les successions

En théorie, c'est simple et équitable, il suffit d'établir la liste des biens qui composent le patrimoine familial de les évaluer et les diviser ensuite en parts égales. La réalité est un peu différente, car certains biens sont plus structurants : comme des entreprises familiales ou des maisons de famille, et les conserver amène davantage de profit, pécunier ou symbolique. Or ces biens structurants sont le plus souvent attribués au fils, et souvent l'ainé. Pour cela on peut les sous-évaluer pour arriver à une égalité formelle, mais qui n'est que d'apparence.  Pour l’héritage, mieux vaut donc être un fils qu’une fille. Les chercheuses démontrent en effet que des "arrangements économiques sexistes" privilégient les garçons, et ce malgré un droit de succession égalitaire.

Lorsqu'ils s'agit d'entreprises  on considère encore souvent que les hommes sont plus aptes à gérer ces biens, ou qu'ils sont plus solides financièrement car leurs revenus par ailleurs sont plus élevés. 

Ces inégalités concernent bien sûr surtout les familles les plus riches. Plus le niveau de richesse est élevé, plus il bénéficie aux hommes. 

Les séparations

La situation est encore pire pour les séparations et divorces. Ce n'est pas un scopp, les femmes ont une baisse immédiate de niveau de vie, suite à une séparation conjugale. En France, c'est à peu près -20% pour les femmes, alors que le niveau de vie des hommes se maintient à l'identique.

Mais l'inégalité apparait aussi dans la répartition du patrimoine commun. Lorsque le couple est propriétaire d'une maison c'est plus souvent l'homme qui la garde, alors que les femmes ont beaucoup plus souvent la charge des enfants. 

Lorsque les couples sont mariés ils le font plus nombreux que par le passé à choisir le régime de la séparation des biens, et comme les revenus des hommes sont encore plus élevés que ceux des femmes ce sont eux les bénéficiaires des biens acquis, grâce à leurs revenus certes, mais aussi grâce au travail et à l'investissemnt personnel des deux époux. 

 

Notaires et avocats se plient sans barguiner aux voeux des familles qui ce sont mises d'accord au préalable.

Le mécanisme utilisé est le suivant  Les femmes travaillent les hommes accumulenta href="laviedesidees.fr/Celine-Bessiere-Sibylle-Gollac-genre-capital.html">Les femmes travaillent les hommes accumulent Christian Baudelot

"Les professions d’avocats et de juges des affaires familiales se sont fortement féminisées au cours de quarante dernières années, celles de notaires aussi : deux notaires salariés sur trois sont des femmes. Et pourtant, ces professionnels du droit favorisent, et souvent inconsciemment, les hommes au détriment des femmes. Les deux sociologues ont identifié une pratique professionnelle commune aux notaires et aux juges des affaires familiales qui y contribue, la comptabilité inversée. En cas de séparation, de divorce, ou de succession après décès, on procède à un inventaire des biens et à une estimation de leur valeur. Le plus logique est alors d’additionner les valeurs des biens inventoriés et de diviser la somme par le nombre d’ayants droit, afin de distribuer une part égale à chacun des conjoints ou des héritiers. Céline Bessière et Sibylle Gollac montrent comment, dans les faits, l’ordre de ces opérations est inversé. Le notaire commence par établir un consensus entre les parties sur le résultat final, c’est-à-dire sur la répartition des biens et les compensations qu’elles impliquent. Ce n’est qu’après l’obtention de ce consensus qu’on procède, à l’ombre du marché et du fisc, aux opérations d’évaluation de chaque bien. La valeur d’une maison ou d’un appartement peut alors varier selon qu’un accord se dessine pour le vendre ou que l’une des personnes apparentées cherche au contraire à se le voir attribuer. Dans le premier cas, tout le monde a intérêt à ce que l’évaluation soit la plus haute possible. Dans le second, l’apparenté visant le bien a tout intérêt à ce que l’estimation soit la plus basse possible afin de racheter au moindre prix leur part aux autres. Lesquels ont au contraire tout intérêt à une estimation maximale pour toucher des soultes plus élevées. Le notaire, qui se définit souvent comme un médecin du patrimoine et un garant de la paix des familles, joue un rôle déterminant dans l’obtention de ce consensus à partir de constructions d’équivalence et d’ « arrangements patrimoniaux ». Or ces comptabilités inversées contribuent au creusement des inégalités de richesse entre les hommes et les femmes."

30/03/2020

L'école confinée

En période exceptionnelle on peut faire des billets de blogs hors sujet. Même Caroline de Haas tweete et poste sur facebook l'organisation quotidienne de sa vie à la maison avec ses enfants.

De mon côté je ne vois plus trop quoi dire qui ne soit pas déja écrit par tous les médias sur le fait que les femmes sont en première ligne aussi bien à la maison qu'au travail. Il faudra s'en rappeler quand tout ça sera fini.

Je trouve par contre que ce confinement nous amène à regarder autrement et à examiner sous des angles différents ce que nous n'interrogions plus depuis longtemps.

Et parmi les choses qui me frappent il y a la réaction de beaucoup de parents, sur facebook, sur les blogs ou dans la presse qui craquent de devoir accompagner l'enseignement scolaire de leurs enfants. Je ne suis pas concernée, mes enfants ont tous passé l'âge de l'école et sont entrés, ou en passe d'entrer, dans la vie active. J'en ai 5, qui font tous aujourd'hui des métiers qui sont des métiers qu'ils ont choisis et non pas des boulots par défaut. J'ai donc une expérience dans le domaine. Par ailleurs, étant coach et psychologue je reçois des enfants, des collégiens surtout et je vois bien que les résultats scolaires font partie des sujets qui comptent.

Dans les premiers jours j'ai lu qu'on allait s'apercevoir que le métier de prof était complémtmeent ringard et pourrait avantageusement être remplacé par des cours en ligne. Idée corroborée par le fait qu'ont été mis immédiatement en avant des sites de l'éducation nationale mais aussi du CNAM ou des éditeurs de livres scolaires. Comme si tout était déja prêt et n'attendait que le moment opportun pour une diffusion massive. J'ai entendu dire que les supermarchés étaient en rupture de stock de ramettes de papier car toutes les familles impriment massivement les cours et exercices. Et c'est vrai qu'en allant faire mes courses samedi j'ai vu une énorme pile de ramettes en tête de gondole, ce qui n'est pas du tout habituelle en cette période l'année.

Passons sur les plantages des premiers jours, assez normal lorsqu'un site démultiplie de façon considérable et brutale sont audience.

Après 15 jours beaucoup de parents semblent désabusés et surtout épuisés et ont préféré lâcher du lest. Fini les 2H de cours avec 1/2H de pause. Beaucoup on décidé de lâcher du lest et se rendent compte qu'il est plus important de conserver une athmospère sereine à la maison. Ce qui n'est déja pas si facile.

A quoi sert l'école ?

Notre modèle a été conçu au 19eme siècle et semble n'avoir guère évolué. Rappelons tout d'abord que l'éducation en France est obligatoire pour tous les enfants. Elle se veut égalitaire, même si c'est avec beaucoup de difficultés. Fréquemment sont mis en oeuvre des dispositifs visant à compenser les inégalités sociales, mais les résultats ne sont jamais à la hauteur des espérances. Car la réussite scolaire est très fortement corrélée au niveau socio-culturelle des familles et tout particulièrement au niveau d'études de la mère (preuve si il en était besoin que ce sont majoritairement les mères qui font faire les devoirs).

Father and son reading book and having fun while spending time together at home

Or, quoi de plus inégalitaire que faire l'école à la maison, même encadrés par des enseignants ? Qui peut croire que tous les enfants vont retourner à l'école en ayant écouté les mêmes cours et fait les mêmes exercices ? Seuls ceux qui sont dans de bonnes conditions matérielles : c'est à dire un lieu tranquille, un ordinateur disponible, une connexion wifi potable ( ce qui et loin d'être toujours le cas dans certaines campagnes) et dont les parents sont à la fois suffisamment disponibles, ne travaillent pas et ne sont pas malades  et eux-mêmes en capacité de comprendre ce que demande l'enseignant ou de compléter les explications si nécessaires (vous pouvez expliquer le théorème de Thalès ?). Ceux aussi qui comptent sur l'école et ses diplômes pour procurer un bon statut à leurs enfants, ce à quoi des franges entières de la population ont depuis longtemps renoncé. Et tous ceux qui sont dans des filières professionnelles, dont les stages pratiques ont été interrompus, ne porront pas apprendre les mêmes choses  à distance. Qui d'ailleurs s'est préoccupé de la façon dont vont être attribués les diplomes de CAP ? Je n'ai rien lu là-dessus.

Dans le respect de cette égalité, une hypothèse pourrait être de ne rien faire, ou presque, puisque toute la cohorte des enfants et jeunes gens de 3 à 18 ans est concernée. Quelle importance si ils arrivent tous en fin de cursus avec quelques mois d'école en moins ?  On entend dire que les diplômes de 2020 seront dévalorisés, et on pense notamment aux futurs bacheliers qui ne savent pas encore quel genre d'épreuves ils vont subir cette année. On a toujours entendu dire que le bac de 1968 ne valait rien. Rétrospectivement il semble que ce n'était pas si grave et que pour les jeunes de cette époque il y eut mêmes de belles opportunités. Lisez pour vous rassurez cet article du monde sur le destin inespéré des miraculés de 68.

L'école a une autre fonction, tout aussi importante, qui est de sociabiliser les enfants. Ils se trouvent en relation avec des adultes et surtout des enfants de leur âge et doivent apprendre à nouer des relations. Ce qui est loin d'être toujours facile. C'est probablement ce qui manque le plus aux enfants aujourdhui, ces relations. Heureusement il leur reste le téléphone et les réseaux sociaux, au moins pour les plus grands. Mais ce n'est pas pareil. Les adultes aussi découvrent que ce qui leur manque le plus dans leur travail ce sont les collègues. Et les cours à distance ne pallie que très sommairement. 

Qu'est ce qu'apprendre ?

L'action d'apprendre se fait en plusieurs temps : on découvre quelque chose, on l'expérimente, on le répète, on le répète, on le répète, sinon on l'oublie. Il est important par exemple que les petits ne perdent pas leurs acquis encore fragiles, mais il est important aussi qu'ils associent ces apprentissages à du plaisir. Si les moments scolaires à la maison deviennent un pensum qui rebute toute la famille il ne leur en restera qu'un rejet de ces moments là et ça n'aidera pas lorsqu'ils retourneront à l'école. 

A chaque classe correspondent des apprentissages clés : au CP par exemple il importe que les enfants n'oublient pas les bases de lecture et d'écriture et de les faire  lire tous les jours. Mais en profiter en pour le faire avec histoires qu'ils aiment (il y en a plein en libre accès en ce moment) et si c'est vous qui lisez ça compte car le plaisir est essentiel dans l'apprentissage. En 6eme regardez avec eux des films en Anglais sous-titrés. Vous pouvez même choisir ceux qu'il connait déja par coeur, juste pour entendre le son de la langue. 

Nous avons encore en tête le modèle du 19eme siècle d'un apprentissage descendant : le professeur diffuse les connaissances que les élèves doivent retenir et utiliser. Depuis presque 2 siècles les choses ont quand même évolué. L'enseignement est de plus en plus souvent interactif et coopératif. On entend beaucoup parler de méthodes d'éducations actives, de pégagogie Freinet et de méthode Montessori. Le label Montessori est déposé et la méthode verouillée mais les principes de bases en sont de laisser les enfants choisir ce qu'ils veulent apprendre, partir à la recherche de ce qui va les aider, qui peut être des personnes, des livres, des sites, des objets et ensuite d'expérimenter. Evidemment l'expérimentation ne vas pas être des plus faciles si vous êtes confinés en appartement mais il reste beaucoup d'objets à manipuler surtout pour les plus petits et si vous avez un jardin ou une terrasse extérieure les possibilité sont déja énormes. C'est le moment de partager vos compétences et vos passions : la cuisine, la musique, le tricot, le bricolage tout ce que vous ne prenez pas trop le temps de faire avec eux. Pour les plus grand ça peut aussi être le moment de comprendre comment fonctionne notre système de santé ou l'économie mondiale. Jamais nous n'avions eu autant de cas pratique sous les yeux. Ce qui compte c'est de développer leur cuirosité et des les laisser suivre leur parcours. . 

L'autonomie

C'est le maitre mot : votre enfant doit être autonome. A partir de quand ? Le plus tôt possible vous dit-on ? C'est probablement le cas disons à partir de la 3eme. 

Si il ne l'est pas, il n'y a aucune chance qu'il le devienne si vous êtes sur son dos et si vous lisez avec lui toutes les fiches envoyées par l'enseignant et tous les exercices. C'est nécessaire pour les plus petits mais ensuite l'effet est inverse. Il est préfèrable de passer des contrats avec lui : qu'est ce qu'il veut faire aujourd'hui, cette semaine. De quoi dispose-t-il ? A quel moment pouvez vous l'aider ? Sachant que l'aide ne peut consister qu'e 1/ répondre à des questions précises 2/ faire réciter 3/ corriger les exercices ? quel résultat lui permettra de savoir qu'il a fini (avoir terminé 4 exercices, pouvoir réciter sa poésire, faire une dictée avec moins de X fautes etc) ? Ces objectifs mesurables sont importants car ils permettent de donner une fin et de pouvoir passer ensuite à autre chose de plus rigolo.

 

Tout le monde a peur

Vouloir reproduire l'école à distance dans les conditions actuelles et sans préparation est une illusion. On comprends bien le ministre de l'éducation nationale qui craint de perdre le contrôle de la situation : des profs qui ne travailleraient plus et des familles qui se rendraient compte que l'école peut s'organiser autrement. Tout le monde a peur : les profs de se voir supplanter par du e-learning, mais il semblerait bien que ce soit l'inverse qui se passe,  les parents que leurs enfants soient pénalisés à vie par cette période, que ses camarades les distancent et qu'ils se retrouve largués (je caricature à peine) et les enfants qui absorbent le stress environnant et subissent la pression des parents pour faire quelque chose de normale et qui apparait comme essentiel.

Mais l'intéret de cette parenthèse dans nos vies est justement de se demander ce qui est essentiel.  

13/03/2020

Qui va garder les enfants ?

La crise que nous vivons va révéler beaucoup de nos disfonctionnement. Entre autres le fait que certaines des tâches les plus essentielles d'une société moderne sont bien davantage exécutées par  les femmes. 

2 décisions vont se téléscoper.

D'une part les parents qui n'ont pas de solution de garde pour leurs enfants alors que l'école est fermée pourront utiliser un dispositif d'absence exceptionnel : un seul des 2 parents, ce qui est logique. Mais il y a fort à parier que ce sont plus souvent des femmes qui vont utiliser ce dispositif. Ce sera déja le cas pour les familles monoparentales, mais les autres jongleront entre les calculs économiques, comme pour un congé parental il est préférable pour ne pas diminuer trop le niveau de vie de la famille que ce soit celui, ou celle qui gagne le moins qui s'arrête et les contraintes professionnelles. Or on sait que les employeurs comprennent plus facilement qu'une femme s'absente pour raisons familiales. 

Par ailleurs le fait de considérer que les parents qui travaillent à la maison pourront facilement s'occuper de leurs enfants démontre une réelle méconnaissance de ce que signifie s'occuper d'enfants. A partir d'un certain âge on peut espérer des moments de calmes, mais si on veut limiter les écrans et les aider à suivre leurs cours à distance où à faire leurs devoirs ce ne 'est pas compatible avec une activité professionnelle. Si ils sont très jeunes c'est impossible. Mais comme chacun sait le travail domestique est gratuit et tout ce qui est gratuit n'a pas de valeur dans un bilan comptable.

Mais dans le même temps on demande à tous les personnels soignants de se mobiliser car nous avons tous extrêmement besoin d'eux.  Le revirement de notre Président à cet égard serait savoureux si la situation n'était pas aussi grave. Après les avoir été autant maltraités depuis des années voilà qu'il s'aperçoit que notre Etat-Providence a quelqu'interêt

Or le personnel soignant est très féminisé. 

72,9% de femmes parmi les professionnels de santé

Le chiffre est celui de la DRESS, il  date de 2005 car je n'en ai pas trouvé de plus récent. De toute façon il n'a certainement pas évolué vers davantage de parité.

On peut voir sur le tableau ci-dessous qu'il n'y a que parmi les médecins, dentistes, opticiens, masseurs et audioprothesistes qu'elles n'étaient pas largement majoritaires. Et pour ce qui est des médecins leur part a considérablement augmentée.

C'est aussi le cas de tout ce qui concerne la santé ou les activités de soins aux personnes agées. Dans les EPHAD le personnel est massivement féminin, les rares hommes se trouvent dans les fonctions administratives, et notamment de direction ou sont médecins, quelquefois infirmiers. Les soins quotidiens sont assurés par des femmes. Il faut dire que les résidents sont aussi très majoritairement des femmes. C'est également le cas des assistantes ménagères ou assistantes de vie qui aident les personnes à domicile.

A la guerre comme à la guerre

Les femmes ne pourront pas être au four et au moulin et  on peut espérer que les conjoints de toutes ces professionnelles vont naturellement prendre leur place, toute leur place, à la maison. Et s'apercevoir qu'ils y arrivent très bien. Un peu comme les femmes ont investi tous les secteurs de l'économie pendant la 1ere guerre mondiale. 

13/02/2020

Idée pour Anne Hidalgo : la gare routière de Bercy

Anne Hidalgo a présenté son programme pour la prochaine mandature. 

Il y a dedans des propositions pour l'égalité femmes/hommes. 

Plusieurs concernent la gestion des espaces publics. Elle prévoit d'intégrer le guide "Genre et espace public" à tous les projets d'aménagement de la ville. 

Soi-disant qu'un travail a été fait pour que l'aménagement des places parisiennes tiennent compte de la place et du point de vue des femmes. Mon conseil serait d'intégrer dans les groupes de réflexion des femmes âgées ou des mères, parce que quand je vois combien il est difficile de circuler dans Paris avec une simple valise à roulettes je préfère ne pas imaginer ce que c'est avec une poussette ou un fauteuil roulant. 

Mais aujourd'hui je voudrais attirer son attention sur l'un des endroits de la capitale qui ne respecte pas du tout les normes Genre et Ville. La gare routière de Bercy. Avec la multiplication des trajets en cars cette gare est désormais très fréquentée. Rien qu'en l'approchant on voit que le car est un mode de transports de pauvres. Toutes les gares routières européennes que je connais sont mieux agencées (et je voyage beaucoup).

Comme quelques images valent mieux qu'un long discours  . Il y a juste devant l'entrée de la gare un petit parc d'agrès qu'il faut contourner (drôle d'idée déja d'avoir relégué cet espace sportif à cet endroit). Et je n'y ai JAMAIS  vu de filles. (cliquez sur l'image pour mieux voir)

10/02/2020

Vêtements et politique

Avant de commencer la lecture : j'ai crée une newsletter hebdomadaire (en principe) qui reprend les billets du blog mais aussi les liens que je poste quotidiennement sur facebook en rapport avec le sujet de l'galité femmes/hommes. Pour ne rien manquer, pour ne plus dépendre des algorithmes de facebook abonnez vous

Cela fait très très longtemps que j'ai commencé à rédiger un billet sur les vêtements des femmes et hommes politiques. Je me décide en tombant aujourd'hui sur cet article de Courrier International "Sexisme :au Parlement britannique, le scandale de l'épaule dénudée". En bref une robe laissait voir l'épaule d'une députée.

 

Comme d'habitude le débat fait rage, notamment sur twitter. Notons quand même au passage que depuis cette robe est en rupture de stock, preuve qu'elle a été regardée de près.

 

Il y a ceux qui estime que cette robe ne constituait pas une tenue adéquate et ceux qui y voient une preuve de sexisme ordinaire.

Mon avis est que la question est mal posée.

Certes traiter cette députée de trainée ou de salope comme l'ont fait certains est sexiste, en plus d'être ordurier. Mais a-t-on déja vu un député britannique se présenter au Parlement avec une épaule dénudée ? J'en doute et il est bien certain que si cela arrivait personne  ne resterait indifférent. Je ne parle pas d'un costume historique ou symbolique, les députés écossais peuvent venir en jupe, mais plutôt d'une chemise négligemment ouverte.

La question qu'on devrait se poser est la suivante : Pourquoi les hommes acceptent-ils d'être presque toujours en uniforme ?

On voit régulièrement des esclandres qui rappellent aux femmes de pouvoir qu'elles ne sont pas libres de faire ce qu'elles veulent. Et comme ces esclandres ne concernent jamais, ou quasiment jamais, les hommes on en conclut, un peu hâtivement que les hommes sont libres EUX ! et ne subissent pas les mêmes contraintes.

Grave méprise. 

Voici une série de photos, prise à peu près au hasard sur google. On voit tout de suite que ces messieurs n'ont aucun choix, même leurs cravates sont toutes identiques. C'est d'ailleurs l'une des raisons des prix aberrants de certaines montres, seule façon pour eux de se distinguer. 

Et lorsqu'on aperçoit quelques couleurs elles sont toutes dues à des tenues féminines. 

Une autre question est  de savoir si cette diversité des tenues pour les femmes constitue une libération ou au contraire un avantage supplémentaire. 

Pour elle il s'agit d'une liberté effectivement obtenue de haute lutte. On se rappelle de toutes les fois où des députées ont du affronter les huissiers de l'assemblée nationale qui voulait leur en interdire l'entrée au motif qu'elles étaient en pantalon ou à l'inverse les lazzies de leurs collègues pour une robe trop colorée. 

Mais il ne faut pas croire que personne ne s'intéresse aux habits des hommes et qu'ils font ce qu'ils veulent. Rappelez-vous,  la dernière fois qu'un député français a essayé de faire autrement, c'est récent, ça s'est mal terminé pour lui.  François Ruffin, en se présentant à l'Assemblé nationale avec un maillot de joueur de foot  a été pécuniairement sanctionné et des précisions sur la tenue vestimentaire autorisée ont été ajoutées au règlement intérieur. On ne plaisante pas avec ces choses là. 

Réglement intérieur :  la tenue vestimentaire adoptée par les députés dans l’hémicycle doit rester neutre et s’apparenter à une tenue de ville. Elle ne saurait être le prétexte à la manifestation de l’expression d’une quelconque opinion : est ainsi notamment prohibé le port de tout signe religieux ostensible, d’un uniforme, de logos ou messages commerciaux ou de slogans de nature politique.

A westminster la règle est, pour l'instant car ça risque de changer avec cette histoire, "une tenue simple et professionnelle"

Reste à savoir ce qu'est une tenue neutre ou simple et professionnelle. Je me demande aussi si François Ruffin pourrait siéger avec un maillot vert sans sigles. Qu'est ce qui posait le plus problème : le maillot ou les mentions écrites dessus ?

Je me suis souvent demandé pourquoi les hommes ne se rebellaient pas contre ces contraintes vestimentaires qui leur sont imposées. Une cravate qui serre le cou, des chaussettes dans des mocassins fermés, une chemise et même une veste qui le laissent pas voir le moindre bout de peau du torse voila qui ne doit pas être très agréable, notamment lorsqu'il fait chaud.  C'est pourtant le lot de tout mâle occidental ayant pour outil de travail un stylo et un téléphone.

C'est que face aux inconvénients et au manque de confort  il y a de gros avantages :

- le premier est qu'il permet de savoir à quel catégorie on appartient, et de le montrer

- le second est qu'il n'occasionne pas de perte de temps. Il évite de s'inquiéter un matin parce qu'on ne sait pas quoi mettre :  2 ou 3 tenues identiques qu'on alterne et c'est tout.

- le troisième avantage et qui n'est pas des moindres est qu'il ne permet pas de commentaires. Que dire sur ces costumes foncés tous identiques ? Cela permet de s'intéresser aux propos plutôt qu'à l'apparence. 

La démonstration est flagrante dans un tout autre domaine, celui du cinéma. Comme à chaque évènement mondain on a eu droit lors des Golden Globe Awards à de nombreux articles sur les plus belles tenues de stars, ou les plus ratées. Et comme à chaque évènement j'ai vu passer des tweets de féministes qui se plaignaient qu'on ne s'intéresse qu'aux tenues des actrices, et pas à celles des acteurs. Preuve du sexisme des photographes et des médias.

La raison en est plutôt à mon avis dans le fait qu'il n'y a pas grand chose, à commenter, ni même à montrer du coté des hommes qui sont tous habillés pareils. Alors qu'il y a tellement de diversités chez les femmes.

Mais pourquoi les femmes politiques mettent-elles autant d'énergie à résister en ne rentrant pas dans le carcan costume-cravate ?

Il semblerait plus simple de résoudre le dilemme en adoptant le costume/cravate. C'est un peu ce qu'a fait Angela Merkel qui porte toujours le même type de veste, mais pas noire et sans cravate. Et il se trouve encore des gens pour commenter preuve que le problème n'est que partiellement résolu et qu'on trouvera toujours quelque chose à dire sur les femmes : si ce ne sont pas les vêtement ce sera la coiffure ou le maquillage. Faudrait-il aller jusqu'à adopter toutes une coupe de cheveux minimaliste et supprimer le maquillage ? 
On peut y voir une forme de résistance : même celles qui n'aiment pas jouer avec les codes de la féminité, celles qui se fichent de leur apparence n'ont pas envie de rentrer dans cet accoutrement si inconfortable. En même temps, si les hommes acceptent, un peu contraints et forcés quand même, cette différence de tenue des femmes c'est que ça reste pour eux la preuve justement qu'elles sont différentes et qu'elles ne jouent pas vraiment dans la même cour. Ce n'est pas un hasard si celles qui sont arrivées aux plus haut comme Thérésa May ou Christine Lagarde porte presque exclusivement des tailleurs : de couleur certes mais c'est ce qui se rapproche le plus du costume masculin.

Prochain billet sur le sujet : les tenues de Sibeth Ndiaye qui a le courage, quoi qu'on pense de la personne, de faire exploser tous les codes. 

27/01/2020

Série : les illustratrices du 20eme siècle. Rose O'Neill

Rose O'Neill, illustratrice, sculptrice, romancière, poétesse (USA 1874 - 1944)

J'ai fait plusieurs salons du livre ces derniers temps. Le prochain ce sera évidemment le Festival de la BD à Angoulêmen vous pourrez nous y retrouver avec Myriam. Nous serons à l'espace FAMILI'BULLE sur le Champ de MARS.

On fait dans ces salons des rencontres merveilleuses. A Paris en décembre je partageais une table avec CARALI qui a dessiné pour Pif Gadget, Hara-Kiri, Pilote, L'Écho des savanes, Fluide glacial, Charlie Hebdo, SINE Hebdo. Autant vous dire que je ne me suis pas ennuyée.
A la table en face il y avait Renaud BOUET, que je ne connaissais pas et dont les illustrations sont magnifiques. Vous pouvez en voir quelques unes sur son site. Nous sommes restés en contact et j'ai pu voir qu'il fait chaque jour sur facebook un post présentant une illustratrice. Le paradoxe est que leurs dessins sont souvent connus, et même reconnus mais on a oublié les autrices.

Comme ça m'intéressait évidemment beaucoup il a accepté de me rédiger une série d'articles pour présenter ces créatrices.

Voici la première. Vous connaissez forcément les KEEPWIES, mais savez vous qu'ils sont l'oeuvre de Rose O'NEILL ?

La première femme dessinatrice de BD

Rose O'Neill est la seconde d'une fratrie de sept enfants. Alors qu'elle a trois ans, ses parents Patrick et Alice décident de quitter la Pennsylvanie et leur cottage pour une ferme "idéalisée" au Nebraska. Ils ont lu Thoreau et son "Walden ou la vie dans les bois" et se font une idée romantique d'une vie en harmonie avec la nature. Malheureusement, de la vision fantasmée à la réalité, la différence est grande  et pour les O'Neill qui n'ont aucune expérience de la vie à la campagne (Patrick O'Neill est à la base libraire et galeriste). Ils déménageront une vingtaine de fois durant l'enfance de Rose.

C'est pendant cette période mouvementée que la jeune fille développe une grande aptitude au dessin. Elle s'inspire notamment des illustrations figurant dans les livres de la bibliothèque familiale. Elle remporte à 13 ans un prix organisé par le journal Omaha Herald.

A 19 ans elle se rend à New York pour y chercher du travail en tant qu'illustratrice, "chaperonnée" dans ses démarches par des religieuses, les Soeurs de St Régis. Elle est embauchée par le journal satyrique (et très masculin) Puck et devient ainsi la première femme à collaborer à cette revue. Elle travaille également pour Colliers, Truth, Life ou Harpers et achète un manoir, "Booniebrook" dans les collines du Missouri. Elle est à ce moment le seul soutien financier de sa grande famille.

Après un premier mariage désastreux (son époux, Gray Latham, dilapide tout l'argent qu'elle gagne) , Rose épouse Harry Leon Wilson, le directeur littéraire de Puck. Ils voyagent beaucoup, notamment en Europe. Ce second mariage, comme le premier, ne durera pas plus de cinq ans.

En 1906 Rose est élue à la Société des Beaux-Arts de Paris. Elle y impressionne Auguste Rodin.

Les KWEPIES


En 1909 paraissent ses premiers comics strips mettant en scène les "Kwepies". Les Kwepies sont de petites créatures féériques à l'allure de bébés joufflus, et dont la préoccupation est le bonheur des gens. Pour les créer, Rose s'est inspirée à la fois du Petit Peuple du folklore irlandais (les origines de ses parents) et du Cupidon de la mythologie romaine.

Le succès est immédiat et très vite, la fabrication de produits dérivés en biscuit de porcelaine est lancée, tout d'abord en Allemagne. Viendront ensuite les versions celluloïd (Japon) et plastique des poupées; Rose (assistée de sa soeur Callista) se retrouve à la tête d'un empire.

Dans le même temps, beaucoup de femmes, notamment des artistes, tentent de s'affranchir de certains stéréotypes, comme celui qui veut que l'art féminin soit inférieur ou purement décoratif. Rose et sa soeur mettent leur notoriété au service de la cause du droit des femmes et militent activement au sein du mouvement "New woman".

Les années qui suivent voient l'émergence de la photographie, qui supplante peu à peu l'illustration dans les magazines. Les Kewpies passent de mode , d'autant qu'un nouveau personnage dessiné fait son apparition: Mickey.

Rose O'Neill s'éteint en 1944. Ses funérailles seront civiles.

En 1967 le Rose O'Neill Club est créé et devient bientôt une fondation internationale. Le manoir Bonniebrook est restauré, un musée inauguré, et un festival annuel, le Kewpiesta y est organisé.

Sources

Quelques sites internet pour celles et ceux qui veulent approfondir le sujet:

discoveringroseoneill.blogspot.com

missouriwomen.org/exhibits/missouri-women-talk-suffrage/

Illustrationhistory.org/artists/rose-oneill

Livres:

The art of Rose O'Neill

Titans and kewpies

The story of Rose O'Neill

22/01/2020

Journée internationale sport féminin : l'évolution des affiches

Quand j'ai vu que le 24 serait la journée internationale du sport féminin je me suis dit que c'était l'occasion de regarder si les affiches avaient évolué.

En 2011 je m'amusais beaucoup à rechercher des affiches toutes plus sexistes les unes que les autres. On avait l'impression que les responsables avaient peur d'effrayer les femmes, et les hommes, si ils montraient de l'action, de la force, de la sueur. en conséquence leur comm s'évertuait à montrer que même en faisant du foot, du rugby ou du golf les jeunes filles resteraient  féminines. 

Et comment montre-t-on qu'une femme en est bien une ? en lui faisant porter des talons aiguilles dans un environnement rose bonbon.

ça donnait donc ça : 

Et bien je dois dire que oui les choses ont considérablement progressé. Certes, il y a certainement plus de rose que la moyenne sur les affiches sportives, mais plus personne n'hésite à montrer des femmes dans le feu de l'action, avec des tenues appropriées. 

La seule que j'ai trouvé avec des talons hauts concerne un évènement dans un stade que je connais bien :((

05/01/2020

Réforme des retraites : le cas des pensions de reversion

On a beaucoup entendu que la réforme des retraites pénaliserait les femmes bénéficiaires d'une pension de réversion. Notamment parce qu'elle ne serait plus versée en cas de divorce.

Loin de moi l'idée de défendre cette réforme contre laquelle j'ai manifesté le 5 décembre, mais le sujet de la réversion est d'une complexité qui mérite autre chose que des conclusions à l'emporte-pièce.

Toutes les données et arguments de ce billet proviennent de cette étude ou de celle-ci. Les 2 ont été présentées lors du récent colloque du COR sur le thème des femmes et de la retraite.

88% des bénéficiaires sont des femmes

4,4 millions de personnes bénéficient d'une pension de ce type. Pour 1,1 million d’entre elles la pension de réversion constitue l’unique pension de retraite et 88% des bénéficiaires sont des femmes.

Plusieurs raisons à cela
- les femmes et les hommes des générations actuellement à la retraite ont connues des vies professionnelles très inégales : moindre activité pour les femmes et moindres revenus. Ces inégalités se reproduisent logiquement dans le calcul de la retraite.

- les femmes vivent plus longtemps que les hommes, et elles sont, dans la majorité des couples, plus jeunes que leur mari . Il y a donc davantage de veuves que de veufs.

On doit cependant noter, et c'est heureux que le nombre de bénéficiaires baisse au fil des générations en lien avec la réduction des écarts d’espérance de vie entre hommes et femmes, la baisse des mariage et la croissance des droits directs des femmes.

Des règles multiples et différentes selon les régimes

La pension de réversion, a pour objectif de couvrir le risque veuvage. Ce risque peut être défini comme la baisse du niveau de vie suite au décès du conjoint. Dans le système actuel, la réversion maintient, en moyenne, le niveau de vie au décès du conjoint. Mais les règles sont très hétérogènes selon les régimes et ne sont pas concernés que les veufs ou veuves mais aussi les conjoint.e.s de précédentes unions.
Pour les salariés la pension de réversion de base est soumise aux conditions suivantes

- avoir été marié au défunt
- avoir au moins 55 ans
- des conditions de ressources. 21 112€ annuel pour une personne seule, 33 779€ si le veuf ou la veuve vit à nouveau en couple.

Mais les régimes complémentaires ARRCO-AGIRC ne suivent pas les mêmes règles et n'acceptent pas le remariage. On peut donc trouver des cas où la personne veuve soit ne va toucher que la pension de réversion de base (équivalente au minimum vieillesse), soit ne va pas officialiser sa nouvelle union. Le tableau ci-dessous montre également que le régime de la fonction publique applique des règles différentes, et c'est aussi le cas d'autres régimes.


 

Il y a donc bien besoin de remettre des règles claires dans cette prestation qui s'est construite au fil du temps et qui n'est plus adaptée à la société d'aujourd'hui.

Des évolutions de la société à prendre en compte

La question de l'âge

Pour ce qui est des conditions d'âge, on peut considérer que lorsqu'il n'y en a pas, comme c'est le cas de la fonction publique, la pension de réversion se substitue en réalité à ce qui dans d'autres régimes est une prévoyance décès. Il conviendrait donc, d'après les rapports cités, de clarifier ces instruments.

Par contre la remise en cause du droit ouvert à 55 ans, qui fait couler beaucoup d'encre, relève d'une autre logique. A cet âge une personne est censée vivre avec des revenus d'actifs que ce soit ceux de son travail ou du chômage. Mais on sait pertinemment que si elle n'a pas d'activité professionnelle au moment du décès de son conjoint, il y a bien peu de chance qu'elle trouve un emploi à 55 ans ou plus.

La question des mariages et remariages

  • - La pension de réversion ne bénéficie qu'aux conjoints mariés. Le PACS est trop récent pour concerner beaucoup de couples en âge d'être à la retraite, mais ce moment viendra et il faudra bien s'en occuper.

  • - Les divorces, et les remariages qui s'ensuivent, sont de plus en plus nombreux et des situation de mariages multiples associées à de revenus non linéaires ne sont pas prises en compte.

Avant 1978, le conjoint divorcé perdait tout droit à réversion. En 1978 a été décidé que le bénéfice de la pension de réversion serait étendu à l’ex-conjoint. Si le conjoint décédé a été marié plusieurs fois, le montant de la pension de réversion est partagé entre les différents conjoints et ex-conjoints, au prorata de la durée de chaque mariage rapportée à la durée de la totalité des mariages. Ce système a une logique, mais le choix est cornélien.

  • Le dernier conjoint est assurément en difficulté si la personne décédée est celle qui assurait la plus grande part des revenus du ménage et une fraction seulement de la pension de réversion risque d'être insuffisante pour un niveau de vie décent.

  • Les conjoints précédents ont, du moins on l'espère pour eux si le divorce est ancien, probablement trouvé d'autres revenus et sembleraient ne pas avoir à compter sur la pension de réversion d'une personne avec laquelle ils n'ont peut-être même plus de contacts. Mais lors de son arrivée à la retraite il arrive qu'une  femme se retrouve avec une petite pension car, et c'est un cas fréquent, elle n'a pas travaillé plusieurs années pour élever ses enfants ou accompagner la carrière de son mari. Après le divorce elle a pu reprendre une activité et percevoir des revenus propres, mais la liquidation de sa pension lui rappellera ses choix de vie antérieurs.

Dans ces conditions comment partager équitablement ?

La question se complique encore en cas de remariage du conjoint vivant. Si on considère que la pension de réversion est un droit acquis du fait de la vie commune le remariage n'a pas à entrer en ligne de compte, si la réversion a pour but de garantir le niveau de vie du ou des conjoints survivants alors il faut considérer que le remariage apporte des revenus supplémentaires.

Le rapport de l'Institut des Politiques Publiques suggère une solution novatrice de partage des droits, rendue possible par le système des points. Cela consisterait à cumuler les points acquis par les conjoints durant leur période de vie commune et de leur attribuer les droits 50/50. En cas de divorce il deviendrait facile de calculer ce qui revient à chacun des conjoints ou ex conjoints. Les questions restent cependant entières en cas de contrat de mariage spécifique et cette solution ne résout pas les situations de pauvreté puisqu'une personne mariée depuis peu mais ne travaillant pas ou n'étant pas remariée ne toucherait qu'une petite partie de la reversion. Elle pourrait par contre avoir droit au minimum vieillesse. 

02/12/2019

Les mères et la retraite

La totalité des infos sur la réforme proviennent du site gouvernementale de consultation citoyenne sur les retraites. Ce sont donc des informations de première main et fiables.

Un fort impact pour tous

Chaque fois qu'une réforme des retraites est envisagée, la situation des mères de famille fait l'objet d'une attention particulière. On avait déja eu chaud en 2009, après une décision de la Cour de Cassation qui estimait que le fait de réserver l'attribution de trimestres supplémentaires aux femmes était discriminatoire. Il avait fallu une mobilisation importante pour que le gouvernement de l'époque trouve une solution. J'en avais fait plusieurs billets.

On sait que les inégalités hommes/femmes perdurent à la retraite : les retraites des femmes sont inférieures de 42% à celles des hommes et 70% des bénéficiaires du minimum retraite sont des femmes. C'est la suite logique des différences de carrière et inégalités de salaires.

Aujourd'hui le sujet des retraites revient dans l'actualité brûlante, c'est l'une des raisons de la grève annoncée pour le 5 décembre. Cette réforme des retraites touchera toutes les personnes nées après 1963. Elle est particulièrement pénalisante pour les plus âgés qui ont déja fait des calculs et anticipé à quel moment ils pensaient partir. La retraite apparait comme la carotte qu'on agite devant l'âne, plus il avance plus elle recule. Mais je ne parlerai ici que de ce qui concerne les femmes et tout particulièrement les mères. Car le législateur a toujours reconnu que devenir mère pénalisait fortement les femmes, qui sont amenées pour beaucoup à diminuer leur activité professionnelles et/ou sont limitées dans leur carrière du seul fait d'avoir des enfants (la fameuse question, que les employeurs ne doivent plus poser en entretien de recrutement "Vous allez faire comment avec vos enfants ? "). Plus les femmes ont d'enfants plus elles réduisent leur activité. Cet effet n'existe pas pour les hommes.

Un think thank, car l'Institut de la protection sociale n'a aucun caractère officiel contrairement à ce que laisserait entendre son titre, a publié un rapport affirmant que les mères de famille seront perdantes avec cette réforme. Mais le le sujet est complexe et bien difficile à comprendre. Vous pouvez trouver des articles qui en parlent ici ou ici.

Je vais donc essayer d'expliquer en quoi elles seront pénalisées, car elles le seront, en perdant des avantages qui compensaient leurs préjudices.

Pourtant le gouvernement tente de justifier sa réforme par plus d'égalité . Sibeth N'daye fait clairement du féminisme washing en déclarant "Je ne peux pas accepter qu'une femme qui est à la tête d'une famille monoparentale, qui travaille à temps partiel par exemple dans la grande distribution, se retrouve sur un rond-point parce qu'elle n'arrive pas à finir la fin du mois (...). Et je ne peux pas accepter que ce soit cette même femme qui soit fortement pénalisée et qui ait une chance sur cinq à la fin de sa vie de se retrouver à travailler jusqu'à 67 ans parce qu'elle n'a pas accumulé assez de trimestres, assez de droits à la retraite...Cette réforme est une réponse à la crise des gilets jaunes".

Elle a raison pour ce qui est de l'injustice, mais elle se trompe (euphémisme ?) si elle pense vraiment que ce sera mieux pour ces femmes.

Un régime unique ?

Toute la communication officielle tourne autour des inégalités engendrées par l'existence de 42 régimes de retraites. Il est évident que certains régimes sont plus favorables que d'autres, mais aussi que des professions, dont le régime est excédentaire cotisent pour d'autres, et se verront spoliées en cas de suppression de leur régime. Ces organisations sont le fruit d'une longue histoire de plus d'un siècle. Depuis des années les gouvernements successifs ont essayé de supprimer des régimes, et s'y sont cassés les dents. On se souvient d'Alain Juppé , obligé, en 1995, de quitter son poste alors qu'il était "droit dans ses bottes". 

Mais l'objectif principal est surtout de diminuer la charge que représente les pensions alors que le système tourne à fond puisque les générations du baby-boom d'après-guerre ont commencé, depuis quelques années déja, a quitter la vie active. Or, il n'y a que 2 façons de diminuer cette charge : baisser le montant des pensions ou retarder leur versement. La baisse du montant se fait par une valorisation axée sur l'inflation, ou sur les salaires ainsi que par le mode de calcul : on peut retenir comme base les 10 meilleurs années ou, les dernières années, ou les 25 meilleures, ou changer radicalement le mode de calcul, le résultat sera sensiblement différent.

Un calcul par points

La difficulté principale pour estimer ce que seront les retraites dans les années à venir vient de cette modification du mode de calcul.

Le système par point est déja celui des régimes complémentaires ARRCO et AGIRC, il n'a donc rien de novateur et ne pose pas de difficultés particulières d'un point de vue technique. Chaque fois que l'assuré gagne de l'argent il cotise et se voit crédité d'un certain nombre de points. Le moment venu la multiplication des points acquis par la valeur du point donne le montant de la retraite. Inutile d'en attendre un miracle. Le système présente surtout l'avantage de ne pas permettre la comparaison avant/après et de rendre très facile l'ajustement de la charge globale des retraites : il suffit de modifier la valeur du point.

Mais en touchant aux règles qui régissent les régimes de base, qui ne sont pas la part la plus importante de leur pension pour nombres de personnes, et notamment pour ceux du régime des salariés, on touche aussi aux règles qui autorisent à prendre sa retraite. Il ne sera plus question de trimestres mais d'âge et de nombres de points.

Quelles sont les incidences concrètes ?

On trouve des informations assez claires sur ce qui est envisagé concernant les femmes regroupées sur cette infographie future systeme universel : lutter contre les inégalités femmes-hommes à la retraite  dont sont issues toutes les images ci-dessous

Proposition 1 : Augmenter le minimum retraite.

Qui concerne donc 70% de femmes.
Voila une bonne mesure que l'on ne peut qu'approuver. Mais ça restera très insuffisant pour financer l'EPHAD ou l'aide à domicile le moment venu. Même avec les aides APA, 1 000€ ne permettent pas de financer un placement en EPHAD. Or, si l'on a en tête l'image de retraités souriants et actifs qui profitent de leur temps libres et bénéficient d'un bon niveau de vie, il en est tout autrement lorsque qu'arrive la grande vieillesse et la nécessité d'aides multiples pour tous les gestes de la vie quotidienne.

Proposition 2 : un pourcentage supplémentaire en fonction du nombre d'enfants

Actuellement les parents qui ont élevé 3 enfants bénéficient d'un bonus de 10% chacun.

La réforme prévoit un bonus dès le 1er enfant pour le porter à 15% pour 3 enfants. Le document précise qu'il pourra être partagé ou attribué au choix " le plus souvent la mère".

Cela représente effectivement une augmentation pour les parents de 1 ou 2 enfants. Par contre la perte est sensible pour les parents de 3 enfants qui bénéficient actuellement de 10% pour le père ET 10% pour la mère

Et l'idée que ce sera le plus souvent la mère qui bénéficiera de cette augmentation est fausse : les couples non séparés qui savent faire une règle de 3 comprendront vite qu'il est plus judicieux d'appliquer ce pourcentage sur la retraite la plus élevée, donc le plus souvent celle de l'homme. Or, statistiquement la femme a des chances de vivre plus longtemps, cela semble donc un mauvais calcul à terme.

Et pour ce qui est des couples séparés comment se fera la répartition ? Devront ils se mettre d'accord ? Les pères qui n'auront pas versé la pension pour leurs enfants pourront ils réclamer leur part ? Prises de têtes en vue.

L'étude de l'IPS citée en début de ce billet s'est attaché à faire des simulations sur différentes bases de revenus. Elle montre que si le gain est minime pour les familles de 1 et 2 enfants la perte est très importante pour celles de 3 enfants (hommes et femmes).

Proposition 3 : la prise en compte du nombre d'enfants dans les droits

C'est sur ce point que les mères, un peu les pères, sont pénalisés, et elles le sont de façon importante.

Actuellement chaque enfant donne droit, pour les salariés du régime général, à 8 trimestres, qui peuvent, depuis la loi de 2010 être répartis entre le père et la mère, 4 trimestres restant dans tous les cas à la mère pour compensation de la grossesse et du congé maternité. Pour demander à bénéficier de la retraite il faut aujourd'hui (régime général) avoir 62 ans et cotisé entre 161 et 172 trimestres selon son année de naissance. Cette règle permet à nombre de femmes d'avoir les trimestres requis.

L'infographie officielle indique que les droits acquis au titre du congé maternité ne donnent pas lieu à une augmentation de la retraite. C'est exact mais ce n'est pas une bonne façon de présenter les choses dans la mesure où, pour la plupart des régimes, le calcul est effectué sur les meilleurs années. Par ailleurs, les grandes entreprises maintiennent les salaires pendant le congé maternité, les femmes ne sont donc pas pénalisées du point de vue des cotisations retraites.

La compensation porte surtout sur l'ouverture du droit, c'est à dire pour toutes les femmes qui ont des trous dans leur carrière, parce qu'elles ont eu des enfants, parce qu'elles sont restés au chômage plus longtemps . Et l'infographie du gouvernement nous indique qu'aujourd'hui, pour bénéficier d'une retraite à taux plein, une femme sur 5 doit attendre 67 ans, car les carrières ne sont pas complètes et elles n'ont pas assez de trimestres. Certes, mais combien peuvent partir à 62 ans grâce justement à ces trimestres enfants ? Probablement plus d'une sur 5. Celles-là, qui pouvaient espérer partir à 62 ans vont devoir attendre 64.

L'age de départ restera fixé à 62 ans , pour la génération 63, et un âge de taux plein sera calculé. Il sera au démarrage de 64 ans, c'est à dire que toute personne pourra partir à 64 et bénéficier de tous ses droits acquis, sans décote. Mais cet âge pourra varier. c'est écrit en toutes lettres   "L’âge du taux plein sera un levier de pilotage du système de retraite. Son évolution devra tenir compte de l’évolution de l’espérance de vie au fil des générations."


 

Proposition 3 : compenser les périodes de congés maternité par des points

Les périodes de congé maternité donneront lieu à acquisition de points au 1er jour d’arrêt sur la base du revenu de l’année précédente. Les congés maternité seront donc pris en compte comme des périodes travaillées. 
Le congé maternité dure 16 semaines  soit l'équivalent en gros de 4 mois, 26 semaines, soit 6 mois à partir du 3eme enfant et 34 semaines en cas de grossesse gémellaire.

Actuellement chaque enfant donne droit à 8 trimestres, qui s'ajoutent aux trimestres cotisés lorsque l'entreprise maintient le salaire, ce qui est le cas dans toutes les grosses entreprises, mais pas dans les petites ou pour d'autres régimes comme ceux des indépendants et professions libérales.Ce qui est effectivement inéquitable. Mais toutes les femmes perçoivent pendant leur congé maternité actuellement des indemnités journalières, qui donne droit à des trimestres qui sont dit validés et les IJ sont prises en comptes dans le calcul du salaire de référence avec une majoration de 25%.

Le gain en terme de points sera donc, pour les salariées, loin de compenser le recul de l'âge.

Bien sûr plus les femmes sont  proches de l'âge de la retraite plus elles sont pénalisées car elles ont cotisées et reçu des estimations de leurs caisses de retraites qui seront remises en cause. 

28/11/2019

Christine Villemin

J'ai regardé sur Netflix un documentaire sur l'assassinat du petit Grégory Villemin. 

Constitué de nombreuses images d'archives, il interviewe longuement des acteurs de premier plan : policiers, gendarmes, journalistes, avocats et même greffière du second juge. 

Ces personnes racontent comment elles ont vécu cette période, mais elles en parlent avec le recul des 35 années écoulées, et en ayant des connaissances qu'elles n'avaient pas sur le moment. Plusieurs donnent leur intime conviction.

Si j'en parle ici c'est que les propos du commissaire de police Jacques Corazzi, en retraite aujourd'hui, sont incroyables.  

Il raconte sa première rencontre avec Christine Villemin qui est à ce moment là soupçonnée par le juge Lambert d'être l'assassin. 9 ans après elle a bénéficié d'un non-lieu pour absence totale de charge.

Lui aussi la soupçonnait, on ne peut pas le lui reprocher,

mais son principal argument pour justifier ses soupçons est qu'elle avait un pull moulant et qu'elle était excitante. 

il dit ceci, et ce sont des propos qu'il tient aujourd'hui, pas en 1986

 "Nous allons visiter les parents. La première fois où je les vois, c'est vrai que, j'ai une double impression,  le couple est là, Jean-Marie Villemin, il est effondré, c'est quelqu'un qui est complètement , comment dire ? on est de tout coeur avec lui. Par contre, avec elle on a moins d'atomes crochus disons, pourquoi ? je sais pas. Elle a une tenue... bon elle est en noir, d'accord,  mais elle a une tenue qui est plaisante, disons. Elle a un pull extrêmement collant, bon dans d'autres circonstances on est  presque là à lui faire la cour. Je me dis "tiens, elle est moins... elle est presque agréable à regarder . hein, je veux dire, pour un homme, je trouve qu'elle est pas mal quoi. Je me dis..moi j'aurais vu quelqu'un d''éplorée, de pas coiffée, d'habillée de manière négligée. C'est pas le cas. Bon ça fait pas un coupable  bien entendu. Mais on a un doute, on a quelque chose qu'on veut élucider. Il y a quelque chose qui c'est passé, parce qu'il ne fait pas oublier que la dernière personne qui a vu Grégory c'est elle."

Plus loin il en remet une couche. Beaucoup de questions  ont été posées à Christine Villemin sur sa vie privée, à la recherche d'un éventuel amant. Cela ne semble pas aberrant toutes les pistes doivent être explorées, mais ce même commissaire estime que face à ces questions,  "'il ne faut pas qu'elle joue la pucelle effarouchée" . Rappelons qu'il parle d'une femme qui a vécu le pire, l'assasinat de son fils, l'emprisonnement de son mari et le harcèlement par toute la presse de France et de Navarre.

Et il explique la fascination du juge Lambert pour Christine Villemin par le fait "qu'elle est agréable, allez disons le mot "excitante", elle est "excitante" et donc je suppose qu'il a eu comme tout le monde quelque chose pour elle".

Le simple fait qu'il ose encore aujourd'hui donner ce point de vue en dit long sur la façon dont certains hommes considèrent qu'ils peuvent porter des jugements sur le corps des femmes. 

Parce que la réalité n'est pas que Christine Villemin était excitante, et vu les circonstances on peut sérieusement douter que c'était son intention, la phrase qui serait correcte est "j'étais excitée en la regardant". Ce n'est pas la même chose, et on voit bien que la responsabilité n'est pas du même coté. 

27/11/2019

Partage des tâches

Le contexte

J'ai été invitée par Au.feminin.com et ARIEL, la lessive, à intervenir lors d'une masterclass sur le partage des tâches. Masterclass proposée à des influenceurs Instagram. Etaient très majoritairement présentes, il faut le reconnaitre, des influenceuses. Les hommes étaient invités mais comme c'est toujours le cas pour ce genre d'évènements, ne se sentent pas concernés.

Lorsque  j'ai parlé de cette conférence j'ai entendu "Quoi, tu es féministe et tu vas parler de la lessive ?" Ben..oui. La lessive est une tâche qui n'est ni féministe ni machiste. A moins de modifier nos critères d'hygiène et de présentation sociale, il faut laver le linge. On n'est d'ailleurs pas obligés d'utiliser de la lessive et je connais de plus en plus de familles qui la fabriquent elles-mêmes avec du savon de Marseille et du bicarbonate de soude.

Qu'ARIEL se lance dans des campagne visant au partage de cette activité, me semble plutôt de bonne augure. On a assez reproché aux publicités des lessiviers d'être sexistes et de ne montrer que des femmes dans des positions de ménagères,


les hommes intervenant eux sur la conception du process, en donnant des conseils sur la meilleure façon d'opérer, voire en réalisant les taches de façon magique ( je suis fascinée par le fait que pour eux la lessive est un combat qui consiste à "décoller, pulvériser, illuminer "). 


Si il y a un intérêt commercial à accompagner l'évolution de la société sur le partage des tâches c'est que les mentalités évoluent, car on sait que la publicité ne devance pas ces évolutions et préfère s'appuyer sur les ressorts dont elle sait qu'ils fonctionnent.

Depuis plusieurs années déja les publicités d'ARIEL essayent d'associer les hommes à la lessive, soit en les incluant dans leurs spots. Elle passe désormais la vitesse supérieure avec par exemple ce clip que vous avez certainement vu, qui montre un papa se rendant compte que sa petite fille imite sa mère et semble considérer que la lessive est un travail de femme. 

Quelques unes ; des personnes invitées à la masterclass vont s'y coller de façon concrètes. Pour cela des outils sous forme de tableaux leur ont été fournis. Vous pouvez retrouver tout cela, et les récits de leurs expérimentations sur leurs comptes instagram sous le hashtag #partagedestaches.

Mon topo

On m'avait demandé de décrire quelques uns des mécanismes psycho-sociaux qui sous tendent l'inégale répartition des taches et de la charge mentale, au sein des couples.

1 famille = 1 petite entreprise avec plusieurs chefs de projets

Une chose qu'on n'évoque jamais est le fait qu'un ménage est comme une petite entreprise qui gère des projets. En entreprise, même si d'autres modèles peuvent exister, il y a habituellement un chef de projet qui porte la vision globale de son secteur. C'est l'organisation la plus fréquente. L'un gère ce qui a trait à la voiture, et l'autre ce qui a trait au nettoyage ou aux enfants. Le problème étant que le partage est très déséquilibré et que les femmes se retrouvent avec une quantité bien plus importante de travail domestique.

La question est donc de savoir pourquoi ce sont toujours les femmes qui deviennent chef de projet lessive ou rdv médicaux pour les enfants et les hommes chef de projet voiture ou activités sportives ?

Un imaginaire hérité des siècles passés

En premier lieu,  cette répartition est installée dans notre imaginaire collectif. Jusqu'au début des années 70, le rôle essentiel de l'homme semblait de ramener à la maison des moyens de subsistance, ce qui l'exonérait des travaux domestiques. Tout un imaginaire a été développé sur ce thème depuis la fin du 18eme siècle, avec par exemple ces images d'hommes préhistoriques ramenant de la nourriture pendant que les femmes cuisinaient ou tannaient des peaux. Images dont on sait aujourd'hui qu'elles n'avaient pas de fondements historiques vérifiés.


Ce modèle a été complètement bouleversé par l'arrivée massive des femmes sur le marché de l'emploi, mais les images restent prégnantes et les stéréotypes n'ont pas évolué à la même vitesse.

Et si les hommes ont pu invoquer par le passé la nécessité d'utiliser la force physique pour certaines tâches cet argument n'a plus de validité aujourd'hui, les machines ont remplacé la traction humaine partout où c'est possible (sauf dans le domaine des soins à la personne, domaine massivement féminin).

Mais alors, à partir du moment où l'on prend conscience de ces schémas, pourquoi continuons nous à nous y conformer ?

Pourquoi ne suffit-il pas que les couples lorsqu'ils s'installent décident de tout partager pour le meilleur et pour le pire y compris les tâches domestiques ? En théorie ce n'est quand même pas si compliqué non ? 

C'est qu'en réalité nos comportements sont plus souvent dictés par des émotions ou des ressentis et n'ont pas grand chose de rationnels. 

Sont donc à l'oeuvre : 

Le plaisir de pratiquer certaines activités

Pour la plupart d'entre nous l'enfance reste un vert paradis et nous aimons retrouver les plaisirs que nous avons connus à cette période. Ils sont associés à nos jeux, aux activités pratiquées avec les personnes importantes pour nous. Les filles ont donc reçu des poupées et des aspirateurs miniatures pendant que les garçons recevaient des bulldozers ou des des legos techniques.

Ils ont de plus partagés des moments de jeux et de complicité avec leurs parents, imitant celui auquel ils savent qu'il ou elles doivent ressembler. Et on sait même que les pères jouent plus avec leurs garçons (cet effet n'existe pas pour les mères qui jouent avec filles et garçons).

Le sentiment de compétence

On préfère se lancer dans des activités lorsque l'on sait qu'on est compétent et donc qu'on a des chances de les réussir.

Bien évidemment on se sent plus compétent pour utiliser des objets lorsqu'on les a déja beaucoup manipulé, ne serait ce que sous forme de jouets. C'est même l'une des fonctions du jeu : imiter pour apprendre.

Mais cet effet joue dans l'autre sens, non seulement les hommes ne se sentent pas très compétents pour tout ce qui touche au ménage et encore plus aux enfants mais les femmes elles-mêmes considèrent qu'ils ne le sont pas. Je reste toujours étonnée par toutes ces femmes qui me disent qu'elles préfèrent que leur conjoint ne touche pas à la lessive car il ne saura pas trier le linge, comme si c'était une activité innée qui ne pouvait pas s'apprendre et qui nécessitait un gêne spécifique. 

C'est plus important encore lorsque cela touche aux enfants parce que si on peut prendre le risque de voir son pull préféré décoloré on ne souhaite pas prendre de risque lorsqu'il s'agit du bien être des enfants.

La peur

La peur est probablement notre émotion la plus puissante, et l'une des plus fréquente. Or si sa fonction première est d'assurer notre survie , les peurs sociales prennent une importance démesurée et souvent injustifiée. 
De quoi avons nous peur dans le domaine de l'entretien de la maison  ?
La peur est surtout sur le dos des femmes, les hommes ont peur de ne pas apparaitre suffisamment virils mais de nos jours prendre le balai ou l'aspirateur ne les discréditera plus. C'était le cas par le passé et ça l'est peut-être encore dans certains milieux.
Les femmes par contre ont encore  peur de ne pas apparaitre comme une bonne mairesse de maison, ou une bonne mère. Car la société toute entière considère qu'elles sont responsables de la bonne tenue de la maison. Dans mon livre "Brigitte devient féministe" je raconte comment j'ai pris conscience de cela, alors que je venais de m'installer en couple, une dame qui est passée pour le recensement m'a fait une remarque :

ça marche aussi pour ce qui touche aux enfants. Si une maman amène ses enfants à l'école mal peignés ou habillés à la va-vite on pensera qu'elle n'assure pas vraiment, alors que si un papa fait la même chose on pourra s'extasier sur le fait qu'il s'est finalement débrouillé tout seul. La pression n'est donc pas du tout la même sur les 2 parents.

Alors que faire ?

Evidemment une bonne chose est effectivement de mesurer les écarts, de mettre des plannings sur la porte du frigo et de s'y tenir, mais il convient aussi de réfléchir à notre ressenti par rapport à toutes ces activités. 
Nous n'avons pas tous les mêmes degrés d'exigence. Il importe de se mettre d'accord sur les seuils à respecter et les tâches correspondantes. 
Il importe aussi  que chacun puisse avoir confiance en l'autre. Ce qui signifie par exemple que les hommes doivent s'employer à rassurer leurs compagnes sur leurs capacités domestiques et parentales. C'est quelquefois plus facile de laisser croire qu'on n'a pas le bon chromosome.
Ce billet n'est pas sponsorisé

29/09/2019

Gestion des règles : des années 70 à aujourd'hui

On apprend que la culotte menstruelle séduit de plus en plus les femmes. Je me demande d'ailleurs si ce type d'article ne fait pas partie d'une stratégie commerciale et ne serait pas en réalité du publireportage.

Ce qui est certain c'est que les femmes recherchent des solutions pratiques et écologiques. D'où le succès de la cup.

Mais une question me taraude, comment conserver toute la journée, au fond de son sac,  une serviette sanguinolente ?  On nous dit que leur capacité d'absorption est telle qu'elles peuvent tenir toute la journée.  Je demande à voir.

Dans les années 70 l'arrivée des serviettes jetables est apparue comme un immense progrès, un soulagement même. Il faut dire qu'à l'époque l'écologie n'était pas vraiment une préoccupation pour la plupart des gens.

Elles ont remplacé un système de serviettes éponges fixées par des épingles à nourrice assez peu pratique. Sans compter que ce n'était pas le moment de mettre un pantalon moulant lorsqu'on portait cet attirail.

Myriam, pour le chapitre sur les menstrues de notre livre,  a eu bien du mal à comprendre mes explications mais son schéma est précis .

En place ça donnait quelque chose comme ça .

 

14/09/2019

Festival les autrices

C'est tout le week end aux Grands voisins à Paris

J'y serai demain après-midi pour une table ronde sur le roman graphique, mais dès aujourd'hui le programme est dense

https://www.facebook.com/events/470585750177524/500822090487223/?notif_t=admin_plan_mall_activity&notif_id=1568459641936516

10/09/2019

l'avis de Egalimère sur notre livre

En 2 mots, elle a adoré. OUF !

Le blog de EGALIMERE, Mère active, engagée et passionnée

"Dès le début du récit, Brigitte est intriguée par des petites phrases qu’elle entend. Des phrases telles que “c’est plus facile d’être un garçon”.

Elle se trouve ensuite confrontée à des situations qui lui font prendre conscience des inégalités filles-garçons, notamment via un concours de mathématiques dont elle est exclue.

Brigitte s’interroge sur l’éducation à la sexualité avec des planches illustrées dont le clitoris est le grand absent. Elle découvre les premières règles et les activités sportives interdites. La contraception et l’injonction à rester pure jusqu’au mariage…

Petit à petit, ses questions de petite fille deviennent autant de raison de s’interroger sur la place des hommes et des femmes dans notre société. Sur le rôle social attribué à chacun.e en fonction de son sexe. Les stéréotypes qui persistent et se renforcent parfois. Les inégalités face à l’emploi, à la contraception, à la culture."

 

02/09/2019

Brigitte devient feministe

En vente sur la page des éditions visioning ou sur Amazon.

Première recension par Le Monolecte

"Touche après touche, Brigitte Laloupe déroule son parcours de femme, et à travers lui, l’apprentissage raté de la soumission en même temps que le profond désir d’émancipation, c’est-à-dire la naissance d’une conscience féministe. Brigitte devient féministe se déroule comme l’album-souvenir commun à toutes les femmes, déploie pour mieux la critiquer toute la machinerie sociale de la fabrication de la femme, de la construction d’un genre en creux, mais à hauteur de petite fille, nous laissant le soin de raviver nos propres indignations."




05/07/2019

Le livre : Brigitte devient feministe

Il y a longtemps que j'avais ce livre dans la tête. Un livre qui raconterait les petites anecdotes de la vie qui paraissent anodines, qui sont drôles ou tristes, mais qui jour après jour nous construisent.

La difficulté était que je ne le voyais qu'en images. J'ai d'abord essayé avec des photos, mon père en prenait mais pas suffisamment pour illustrer mes récits. J'ai lancé, sans succès, de multiples appels sur facebook,  jusqu'au jour où j'en ai parlé avec Myriam. Nous nous étions rencontrées il y a presque 10 ans à des soirées de blogueurs, blogueuses. Elle avait à l'époque un blog assez actif et très bien écrit. Désormais elle postait ses magnifiques dessins sur facebook et cherchait un scénario pour un atelier auquel elle voulait s'inscrire. je n'ai pas laissé passer une pareille opportunité.

Le miracle est que, en 18 mois, d'une planche on est passé à un livre de 150 pages. J'ai apporté mes textes, elle a fait tout le reste, j'ai donné mon avis, qui se limitait la plupart du temps à trouver que c'était très beau.

Je crois qu'on pourrait écrire un autre livre sur l'alchimie qui se passe entre l'autrice des textes et l'autrice des dessins dans un tel projet. En tout cas pour nous ça a été étonnamment facile. Ce qui ne veut pas dire évidemment qu'il n'y a pas eu de stress ni de tensions. C'est aussi beaucoup beaucoup de travail.

Bref ! notre oeuvre part à l'impression dans quelques jours et il sera en vente, uniquement sur le web, d'ici la rentrée. Vous pouvez le pré-commander ci-dessous.

Il s'agit de la compilation de 24 courts récits. Des souvenirs d'enfance, qui ont un rapport avec le fait d'être une fille.

Si ce livre rencontre suffisamment de succès, c'est à dire si nous arrivons à équilibrer financièrement, la suite parlera de vie professionnelle et de maternité. Toujours avec le même angle .

Je commande ce livre

Journaliste et blogueuses influentes vous pouvez bien sûr me demander un service presse olympeplafonddeverre@yahoo.fr

21/05/2019

Le plafond de verre dans game of thrones

ATTENTION, si vous n'avez pas encore vu les derniers épisodes de Game of thrones ne lisez pas et même ne scrollez pas. 

Je me suis mise à Game of thrones après tout le monde, l'année dernière mais j'ai vite été happée. Depuis quelques semaines, je me réveillais plus tôt le lundi matin pour le plaisir de regarder le nouvel épisode et surtout pour ne pas être spoilée dès que j'ouvrais facebook ou twitter. Maintenant que c'est fini je regarde à nouveau depuis le début, non seulement ce n'est pas gênant de connaitre la fin mais je découvre plein de détails et de personnages auxquels je n'avais pas trop prêté attention alors qu'ils s'avèrent déterminant pour comprendre certains évènements.

Si j'en parle ici c'est que j'ai lu beaucoup d'articles sur le féminisme réel ou supposé de Game of thrones, curieusement par contre je n'ai pas lu grand chose sur la vision de la masculinité proposée.

GOT, une série féministe ?

Alors oui, je ne me souviens pas avoir regardé une série avec autant de femmes puissantes, dont les caractères sont approfondis de façon non caricaturale et qui assument seules leur pouvoir, c'est à dire qu'elles ne sont pas reines dans l'ombre d'un roi. Bien sûr Cersei l'est devenue parce qu'elle a épousé Robert Barathéon mais lorsqu'elle règne elle est désormais seule. Et de toute façon tous les personnages de GOT existent parce qu'ils sont issus d'une famille régnante, peu de roturiers parmi les héros.

La représentation de ces femmes a considérablement évolué au fil des saisons, Dans la première elles étaient toutes sous la coupe de leurs maris, leurs frères, voire leurs fils et leur seul pouvoir, lorsqu'elles en avaient, comme Catherine Stark, était un pouvoir d'influence. Les choses étaient toutes autres dans la dernière saison ou Daneyris, Cersei, Sansa et Arya roulaient pour elles-mêmes et prétendaient au trône après avoir prouvé leurs capacités à régner. 

Jusqu'à la fin j'ai espéré que l'une d'entre elles emporterait le trône de fer. Le choix fait par les scénariste ne m'a pas trop déçue, par contre j'ai révisé avec les toutes dernières images mon jugement sur le féminisme de la série. Le pouvoir et les postes sont redistribués suite à tout ce qui s'est passé et force est de constater qu'on est alors loin de la parité. 

Première séquence, un conseil qui choisit un nouveau roi.

16 personnages dont certains sont carrément inconnus, alors que les 4 (seulement 4 !) femmes présentes  sont elles incontournables.

J'ai réalisé à ce moment que derrière les principales héroïnes il n'y avait que très peu de second rôles féminins. On a vu passer beaucoup de femmes intéressantes, dont l'histoire aurait pu être développée. Elles ont toutes été sacrifiées, assez rapidement pour la plupart. Me viennent à l'esprit, mais il y en a beaucoup d'autres : Olenna Tyrell (ma préférée), Ygrid, Gilly la femme de Sam qui est elle aussi de sang royal rappelons le, Shae la prostituée dont Tyrion tombe amoureux, Osha la sauvageonne qui sauve Bran, et on regrette bien que Lyanna Mormont ait été tuée car elle aurait eu sa place dans cette réunion.

Ce n'est pas le cas pour les hommes, de nombreux personnages qui ne peuvent pas prétendre au trône ont des rôles essentiels pour le développement de l'intrigue et évoluent sur de longues périodes.

Deuxième séquence, le conseil restreint

Quelques minutes après on assiste à une réunion du conseil restreint, sous la direction de Tyrion. Et là, les choses empirent. Un phénomène classique du plafond de verre, plus on se rapproche du pouvoir moins il y a de femmes. 6 personnes en comptant le roi, une seule femme Brienne de Torth, qui à la stature physique d'une homme et porte des habits masculins. Elle ne dépareille donc pas.

Sansa et Arya se sont éloignées d'elles-mêmes. Préférant être les premières en leur propres royaumes que les secondes à Port Réal. Un choix souvent fait par les femmes.

Cette image, à elle seule remet profondément en cause le supposé féminisme de GOT. Les scénaristes en sont d'ailleurs conscients en terminant par un débat sur la nécessité ou pas de réouvrir rapidement les bordels dans une ville complètement dévastée. ça semble être de l'humour, mais ça ne m'a pas fait rire. 

L'image du masculin 

Finalement c'est peut-être dans l'image qu'elle donne de la masculinité que GOT s'avère plus subversif . Le pouvoir suprême, habituellement dévolu à celui qui a emporté toutes les joutes, qui a su asseoir son autorité, donc le plus fort et le plus couillu reviens à un infirme, qui nous a précisé au début de la saison 8 qu'il n'était plus tout à fait un homme, donc impuissant, et un nain. On est loin de la masculinité hégémonique instaurée en modèle dans nos sociétés. Bran ne se préoccupe ni de position sociale, ni de richesse et d'acquisition de biens prestigieux, il ne cherche pas à se faire valoir et a gardé le contact avec ses émotions. Tyrion quant à lui a vécu la plus grande partie de sa vie en étant humilié et méprisé par son père. Il a longtemps cherché à valoriser son égo, mais il a désormais compris que les vraies valeurs sont ailleurs.

Le trône de fer est remplacé par un fauteuil roulant, l'image est forte mais il semble que le nouveau conseil, à commencer par Bran, reproduit en quelques minutes les fonctionnements antérieurs. Dont l'exclusion des femmes du pouvoir,  à mon avis cela augure assez mal de l'avenir de Westeros.

La trajectoire de Jon Snow laisse cependant perplexe. Le trône devrait lui revenir, non seulement il en est l'héritier légitime mais il a toutes les qualités requises pour l'occuper : il est intelligent, courageux, loyal , attentif aux autres et j'en passe. Indéniablement il est le souverain dont les gens de Westeros, enfin ce qu'il en reste, doivent rêver. Alors pourquoi pas lui ? Bien sûr il est contraint de partir, mais cela pourrait s'arranger une fois que Ver Gris qui veut le tuer aura rejoint son île. C'est que Jon Snow ne veut pas du pouvoir. Comme si celui-ci était incompatible avec tant de gentillesse et de souci des autres. 

Il y aurait beaucoup d'autres choses à dire sur l'image des hommes et des femmes dans Game of thrones, notamment sur la façon dont le sexe et les viols sont présentés ou sur l'hystérie supposé des femmes dès qu'elles ont du pouvoir (Cersei, Daenerys) Il y a déja eu beaucoup d'articles sur ces sujets. J'y reviendrai peut-être.

07/05/2019

Le manque de charisme de Nathalie Loiseau

Le premier ministre a participé ce matin  à un meeting pour les élections européennes et les médias titrent sur le soutien qu'il apporte à sa tête de liste, qui en aurait bien besoin selon eux.

C'est que le manque de charisme de Nathalie Loiseau apparait aujourd'hui comme un problème dans cette campagne. La question se pose alors : comment une personne aussi brillante, ayant réussi une très belle carrière et que tous ceux qui ont travaillé avec elle décrivent comme une bonne manageuse d'équipe, peut-elle s'avérer aussi fade en tant que personnalité politique ?

Je ne reviendrai pas sur ses propos ou son action. Cette campagne manque certainement de souffle, et elle a mal géré les accusations qui ont été faites à son encontre. Mais si il suffisait de ressortir des histoires vielles de 30 ans pour dézinguer quelq'un en politique ça se saurait.

Non, elle manque de charisme parce qu'elle n'a visiblement jamais travaillé, ou mal, son langage non-verbal . Ses compétences et sa forte légitimité suffisait peut-être à faire d'elle une leadeuse dans son milieu de fonctionnaires. C'est bien différent lorsqu'il s'agit de s'adresser au peuple.

Regardons y de plus près.

Sa posture

La première chose qui saute aux yeux et qu'elle ne se tient pas droite. Elle n'est pas très grande, et il est vrai que la taille est toujours un avantage. Un avantage dont bénéficient évidemment plus souvent les hommes. Il n'est pas confortable de devoir s'adresser  à ses interlocuteurs en levant la tête. Mais ce n'est pas suffisant, Martine Aubry n'est pas grande et on ne peut pas dire qu'elle manque de charisme, Tyrion Lannister non plus. De plus, cet inconvénient disparait lorsqu'on parle du haut d'une tribune, ce n'est donc pas une explication suffisante.

En fait, et on le voit nettement sur les photos, elle a toujours les épaules et  la tête légèrement penchées en avant. Ce qui ne donne pas du tout l'impression d'une personne bien ancrée, à laquelle on pourrait s'accrocher.

De plus, lorsqu'elle parle, il arrive fréquemment qu'elle penche la tête sur le coté. Un geste éminemment féminin, qui est perçu comme un signe de sollicitude, ou une tentative de séduction. Pas forcément adapté dans ce contexte. 

Son regard

2eme point très important. Son regard ne se fixe pas sur ses auditeurs. 

Quand elle parle, que ce soit à un journaliste ou à une salle, ses yeux sont focalisés sur un point lointain. On le voit nettement sur cette vidéo d'un échange avec des journalistes, ou cette  autre d'un discours de campagne . En fait elle est concentrée sur  l'intérieur d'elle-même. Or, ce qu'on appelle "la présence" se situe en priorité dans le regard, une personne nous semble présente si on ressent qu'elle prend en compte notre propre existence. Il est vrai que c'est beaucoup plus difficile pour ceux qui sont introvertis, ce qui est probablement le cas de Nathalie Loiseau.

Ses mouvements 

3eme élément.  Ses mouvements parasites.

Elle en a plein. Ils sont assez discrets mais suffisants pour là encore ne pas donner une bonne impression d'ancrage. Bien entendu un orateur peu bouger, mais ses mouvements doivent accompagner son discours et donner le sentiment qu'il est bien avec son corps. Ce n'est pas du tout le cas de ses mouvements, qui sont erratiques voire désordonnés et traduisent plutôt son léger malaise. Ce sont des micro-mouvements des épaules ou de la tête, et surtout des balancements, signes de réassurance. Vous pouvez le voir dans les vidéos précédentes, ou dans cet interview de Jean-Pierre Elkabach, qui est plutôt sympa avec elle. On entend d'ailleurs très nettement dans celle-ci que sa voix est mal placée, beaucoup trop haute. Son discours se veut ferme, mais sa voix n'est pas du tout aussi assurée que son propos.

Ses mimiques

En coaching on appelle ça de l'auto-sabotage : elle termine souvent ses phrases par un sourire. Celui-ci est généralement interprété comme une atténuation du propos. Ce que confirme le fait qu'en même temps elle descend la tonalité.

On peut même y voir un léger syndrôme de la bonne élève, ce qui serait un comble pour une ex directrice de l'ENA

Sur le même sujet  Anne Hidalgo et l'art de l'accolade

18/02/2019

L'empire du LOL

Cette histoire de ligue du LOL me parait la preuve qu'on est collectivement en train de devenir fous. Il devient plus qu'urgent de définir des modalités pour nos rapports sociaux qui tiennent compte de l'importance qu'ont pris les réseaux sociaux dans nos vies.

Cet évènement, qui est loin d'être anodin, et qui fait écho à d'autres évènements de l'actualité de ce week-end, est, comme l'on noté de nombreux articles, un reflet de ce qui se passe depuis toujours dans la société : les phénomènes de harcèlement, de meutes et de boys band ne datent pas d'hier. Mais ce qui restait auparavant circonscrit dans un périmètre fermé peut désormais faire le tour du monde en quelques minutes et toucher des personnes qui n'en aurait jamais entendu parler auparavant. 

Et les analyses qui ne font pas l'effort de sérier les problèmes ne font qu'ajouter à la confusion.

Avant de commencer je peux dire que j'étais déja sur twitter en 2009, pas ou peu sur facebook par contre. A cette époque twitter était l'endroit ou se rencontraient les initiés : journalistes, blogueurs, spécialistes du web et quelques marketeurs. J'y ai passé de nombreuses soirées et ce dont je me souviens c'est qu'on rigolait vraiment. Je m'y suis fait beaucoup d'ami-e-s que j'ai fini par rencontrer en vrai et qui le sont restés. 

Je ne peux pas dire que j'ai été victime de harcèlement. Je ne suis pas de la même génération, je ne cherchais pas à me placer ni à trouver du travail. Mais j'ai quand même eu quelques soucis. Notamment avec quelqu'un dont j'ai vu passer le nom ces derniers jours et qui aurait fait l'objet de plaintes. A l'époque ma principale peur, et donc mon talon d'Achille,  était que mon identité ne soit découverte. Je passais déja pour la féministe de service dans mon milieu professionnel et je craignais que la tenue d'un blog ne me fasse définitivement basculer dans la catégorie "hystérique revancharde". Peur parfaitement infondée d'ailleurs car lorsque je suis sortie de l'anonymat, au moment de la parution de mon livre, c'est exactement l'inverse qui s'est passé. J'y ai plutôt gagné en légitimité. Bref, lorsque ce blogueur connu a pris la peine de me consacrer 2 ou 3 billets de suite j'ai fait le dos rond, craignant qu'il ne dévoile mon nom, facile à trouver je suppose pour quelqu'un de motivé, et je l'ai banni de mon fil twitter. Aujourd'hui encore je défollowe systématiquement les personnes qui le retweetent régulièrement.  Il avait donc disparu de mon paysage, et moi du sien. A l'époque les seules à avoir embrayé, visiblement dans le but de fayoter auprès de lui, étaient des femmes.

Quels sont donc  les phénomènes en jeu dans cette histoire ?

Le harcèlement

On parle beaucoup du harcèlement scolaire, mais également du harcèlement dans le cadre professionnel.
On sait que :
  • les garçons harcèlent plus que les filles, ils harcèlent des filles et des garçons. 
  • les filles harcèlent surtout des filles. De fait les filles sont donc plus souvent victimes de harcèlement que les garçons
  • les comportements de harcèlement diminuent avec l'âge
On sait que le harcèlement a à voir avec les système de domination, que les harceleurs s'attaquent à ceux qu'ils perçoivent comme "harcelables" c'est à dire le plus souvent des personnes qui présentent une caractéristiques permettant de les désigner comme "différentes" et, par là, de créer autour d'eux la communauté de ceux qui sont "normaux".  Il s'agit pour le harceleur d'asseoir son positionnement, au détriment de sa victime.
Bien évidemment, dans une société machiste, où les hommes sont habitués à se sentir supérieurs aux femmes, ils peuvent trouver du bénéfice à se comporter ainsi. C'est ce qui est décrit comme le phénomène des boy's club. La sociabilité des hommes est, bien davantage que celle des femmes, construites sur la base de groupes assez homogènes (qui se ressemble s'assemble) mais néanmoins hiérarchisés. 

Mais dire, comme je l'ai lu à maintes reprises que le harcèlement est systémique et que tous les hommes sont des harceleurs cela revient à dédouaner ceux qui le sont.  Or, et c'est également vrai dans les établissements scolaires, tous ne harcèlent pas, heureusement, car ce n'est pas parce que l'organisation sociale induit certains types de comportements que tous s'y adonnent. 

Je connais mon Bourdieu sur le bout des doigts, mais il y a un moment où il faut sortir du déterminisme social pour interroger la responsabilité des gens. On sait aujourd'hui que la fameuse expérience de Stanford qui démontrait que n'importe quel gentil étudiant se transformait  en tortionnaire pour peu que le contexte s'y prête a été menée sans aucune rigueur scientifique et ne peut plus être invoquée comme explication. 

L' effet de meute

Les humains étant des animaux sociaux, être à l'intérieur ou à l'extérieur d'un groupe constitue un enjeu important.  La ligue du LOL semblait un groupe valorisant, permettant même, si j'ai bien compris, de se placer au sein de grandes réactions. Mais pour faire partie d'un groupe, il faut en épouser les normes et s'y comporter de la façon attendue.  Cela semblait d'autant plus facile dans ce cas qu'il s'agissait de faire de bonnes blagues. L'effet de groupe constitue un accélérateur naturel : 
  1. pour en faire partie il faut faire ce que le groupe attend
  2. comme tous les autres le font cela semble normal. 
  3. pour se distinguer, faire figure de leader il faut en faire un peu plus
  4. etc, etc 
Il est bien évident que les réseaux sociaux démultiplient ces effets, par le nombre de personnes potentiellement touchées, mais aussi par la facilité de l'action. Ce n'est pas la même chose d'écrire 140 caractères, tout seul face à son écran, que d'insulter une personne face à face. 

Mais là encore il convient de graduer, entre ceux qui se revendiquent comme leader,  et les cercles concentriques qui gravitent autour : ceux qui participent activement en espérant en tirer un bénéfice, ceux qui soutiennent, en ricanant, ceux qui soutiennent passivement, ceux qui se taisent parce qu'ils craignent de se retrouver à leur tour harcelés, ceux qui tentent de réagir et enfin ceux qui ne se rendent pas compte.

Il est édifiant de lire les excuses de tous ces journalistes brillants, bien éduqués, qui ne sont plus des ados immatures (à moins que...)  car "ils ne se rendaient pas compte de la souffrance de leurs victimes". Ils n'ont donc jamais appris à prêter attention aux autres ?

Choisir le camp du bien

Dans la culture judeo chrétienne le monde est divisé entre le Bien et le Mal, Dieu et le Diable et chaque acte doit pouvoir être rangé d'un coté ou de l'autre.  

Bien entendu chacun prétend se trouver du coté du Bien. La principale fonction de twitter, qui rend ce lieu désormais tellement pénible , semble être d'organiser les batailles. Chaque camp cherche à se compter, à impressionner l'autre par sa puissance et doit convaincre les spectateurs (nombreux sur twitter où très peu de gens sont en réalité actifs) du bien fondé de sa position. 

Le problème étant que le Bien varie souvent en fonction du vent, et que ce qui vous classe aujourd'hui dans le bon camp peut très bien basculer demain. Les aventures de la ligue du LOL en sont un exemple parfait. 

A cela s'ajoute quelque chose qui est propre à notre époque : la valorisation du statut de victime. Il suffirait de démontrer que l'on est victime de quelque chose, ou de quelqu'un pour se retrouver de facto dans le camp du Bien. Comme si le monde était simple et binaire. Les fonctionnement de types victimes/persécuteurs/sauveurs sont pourtant bien connus et qui est victime aujourd'hui peut se retrouver persécuteur demain, indéfiniment, en un mouvement de balancier infernal. Les tombereaux de boues déversés depuis 2 semaines sur les membres de la ligue du LOL ne tarderont probablement pas à les faire apparaitre à leur tour comme des victimes. Le web est plein d'histoires de ce type.

Tout se passe comme si les réseaux sociaux étaient érigés en tribunaux et se chargeaient de dire qui est coupable, innocent, qui doit être condamné et de quelle peine.

Espérons que tout ne soit pas prescrit et que de véritables procés, pourront se tenir. Les coupables et les victimes y ont droit. 

Mais le pire ne serait il pas les décisions prises par les médias, qui ont mis à pied, sans autre forme de procès des journalistes ? Terrorisés de se retrouver à leur tour classés dans le camp du mal. Ils ont ainsi contribué à justifier les accusations et a es désigner à la vindicte populaire.   D'autant plus que l'amalgame a été fait avec une autre affaire : le Huffington post a licencié des journalistes pour avoir insulté des collégues. Dans les 2 cas on retrouve du harcèlement d'hommes journalistes envers des femmes. Mais le Huffington a, en tant qu'employeur, une responsabilité envers ses salariés et doit veiller à contrôler les risques psychosociaux. Très différent donc.

Tout cela m'aura au moins permis de découvrir que Laurent Joffrin qui  se sent meurtri , était au fond un grand féministe !

 

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