Olympe et le plafond de verre

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jeudi 30 août 2018

Décryptage ONPG de l'échange entre MArlène Schiappa et JC Van Damme

A voir sur ce blog de Rhétorique

mercredi 29 août 2018

La masculinité hégémonique

Je vous ai parlé du post cast "Les couilles sur la table" que je vous recommande chaudement. 

Aujourd'hui je veux parler de l'épisode du 24 mai sur le thème "Pourquoi le sport reste encore un truc de mecs". Victoire Tuaillon y a invité Thierry Terret qui est historien du sport, auteur d'un monumental ouvrage Sport et genre (4 volumes) et coordinateur d'un livre collectif  Sport, genre et vulnérabilité au XXe siècle En réponse aux questions de Victoire Tuaillon sur la présence massive des hommes dans tout ce qui tourne autour du sport il développe longuement le concept de masculinité hégémonique. Il le fait de façon très éclairante.


Le sport est une invention masculine, créée pour développer la sociabilité masculine. Il a été pensé par des hommes, pour des hommes et l'arrivée des femmes n'a pas suffi à en modifier les fondements. Parce que, pour commencer, le sport est un spectacle or les femmes doivent rester discrètes, voire cachées, dans leur univers, elles n'ont pas à investir  l'espace public. Par ailleurs le sport est étroitement associé à la compétition,  celle-ci es l'apanage de  la virilité. Aujourd'hui encore les femmes font du sport mais participent beaucoup moins souvent à des compétitions. 

Sport = masculin = violence = exploits

Mais surtout le sport participe à la construction du modèle de masculinité hégémonique. Celle qui représente l'idéal vers lequel les hommes doivent tendre. Elle varie selon les époques et les lieux mais chaque société construit sa propre norme et tous doivent s'y soumettre. 

Toujours la violence est associée au masculin et le sport est une forme de violence. Envers les autres, mais aussi envers soi-même puisqu'il s'agit de se dépasser, de résister à la douleur. Le sport permet la reconnaissance de l'excellence masculine par la démonstration de sa force, son abnégation, son courage. Toutes qualités qui permettent d'évaluer la virilité. L'exploit sportif est également associée l'exploit sexuel. Il est sous entendu le sportif bénéficie d'une grande puissance sexuelle, d'où la distribution massive de préservatifs lors des grands évènements sportifs.

La maitrise technologique, le sens de la stratégie font également partie de la sémantique sportive et renvoie au masculin. Et l'analyse du vocabulaire employé par les commentateurs sportifs montre à quel point ces caractéristiques : souffrance, dépassement de soi, stratégie sont soulignés pour les sportifs, mais pas pour les sportives. 

De plus le sport ne se joue pas que sur le terrain, il est aussi constitué de tout un environnement qui encourage l'entre-soi masculin et valorise les caractéristiques de cette masculinté hégémonique : vestiaires, 3eme mi-temps, chansons paillardes, référence aux femmes comme à des trophées. 

Or, si ce modèle exclut, de fait, les femmes, il exclut également tous les hommes qui s'éloignent de cette norme. Les terrains de sports restent encore des lieux où les insultes de tarlouzes ou PD sont fréquents.  Il y a donc bien des victimes masculines de cette hégémonie. Les homosexuels en premier lieu, mais aussi tous ceux qui ne sont pas forts, rapides, habiles avec un ballon, qui préfèrent des activités différentes, plus calmes ou contemplatives. Dès la maternelle et le début de la socialisation les petits garçons sont sommés de se mesurer à ces normes. Ceux qui n'y arrivent pas, où qui n'aiment pas ces jeux, ou qui aiment le rose et le disent, ou qui préfèrent jouer avec les filles sont exclus ou moqués. Ce sont de grandes souffrances qui sont ainsi engendrées, souffrances qui peuvent perdurer la vie entière. 

Thierry Terret est cependant assez optimiste car plusieurs études montrent que la tendance est à plus  d'égalite et moins de discrimination

Si vous êtes un homme 

Si vous êtes un homme, et là c'est moi qui poursuis la réflexion, si vous voulez sortir de ce piège comment faire ? 

Pas facile j'en conviens, et beaucoup plus compliqué que porter des chaussures à talon rouge un jour dans l'année en criant qu'on est féministe (d'opérette) !

Les questions que vous pouvez vous poser vous renvoient à l'image que vous avez de vous-même et que les autres ont de vous. 

Vous pouvez vous demander 

1/ en quoi vous contribuez à faire perdurer ce modèle ? En vous y  conformant, en le valorisant, en le proposant à vos garçons ?

2/ comment y résister ?  Et là je suppose que l'inconfort et la peur vous gagnent. Bien sûr vous n'allez pas arrêter de faire du sport, d'être la personne sur qui on compte, celle qui ne pleure jamais . Mais alors ? 

mercredi 22 août 2018

Pratiquez un sport de combat

Si vous me suivez sur ma page facebook, vous avez certainement remarqué que je partageais régulièrement des évènements de type stages de self-défense. C'est que je suis de plus en plus convaincue que si des hommes agressent physiquement des femmes c'est parce qu'ils pensent, et le plus souvent à raison, qu'elles ne sauront pas se défendre correctement et même qu'elles n'essaieront pas.

Et si les femmes ne se défendent pas c'est 

1/ parce qu'elles ne savent pas comment faire, 

2/ parce qu'elles craignent que cela soit encore pire, en quoi elles n'ont pas tort. On l'a vue récemment avec cette vidéo d'un homme qui frappe une femme en plein Paris, devant témoins, parce qu'elle s'est permise de répondre à ses propos injurieux. 

La supériorité physique masculine est considérée comme incontestable.

Or, si les hommes sont généralement plus grands, plus lourds et plus musclés que les femmes ce n'est pas toujours le cas. Et surtout cela n'est pas suffisant pour qu'ils l'emportent systématiquement, d'autant plus que les femmes ont davantage de résistance notamment en situations extrêmes. Et l'histoire est pleine de combattants à priori plus faibles qui ont fini par l'emporter par l'intelligence, la ruse ou leur détermination.

En fait, si les hommes se sentent tellement sûres d'eux pour attaquer une femme c'est qu'ils ont la certitude que non seulement ils sont plus forts, mais qu'elle n'opposera qu'une faible résistance, voire pas de résistance du tout. Car eux se sont entrainés à la bagarre depuis toujours, eux ont appris que s'affirmer, gagner, faisait partie de leur identité. Non seulement les filles n'apprennent pas à se battre, car ce n'est pas très féminin, mais elles apprennent que, quoi qu'elles fassent elles n'y arriveront pas, et qu'il est préférable de renoncer avant que cela ne tourne mal.

Beaucoup de jeux, notamment  adolescents reposent sur des confrontations physiques au cours desquels les garçons se mettent à plusieurs pour, par exemple, mettre une fille à l'eau. C'est drôle, ça permet de se toucher, mais une fille qui résisterait vraiment serait vite cataloguée comme une pimbêche avec laquelle il n'est pas drôle de jouer. Les filles apprennent ainsi qu'il est préférable, voire inutile de se rebeller. L'inverse peut se produire, mais si le garçon réussit à résister et ne pas aller à l'eau ce sera plutôt à son honneur.

Alors certes le mieux serait que les hommes n'agressent pas les femmes, mais si on peut y travailler, il me parait prudent de se protéger et de leur montrer que nous ne sommes pas un sexe faible comme la société s'emploie à le croire. 

L'importance de s'entrainer

Bref ! je suis désormais certaine, et ça n'a pas toujours été le cas, que les filles et les femmes doivent apprendre à se battre. Il n'est pas question de se lancer à corps perdu dans un combat dangereux en cas d'agression mais déja d'avoir une attitude qui pourra surprendre l'agresseur qui ne s'y attend pas et l'inciter à chercher une proie plus facile. Il s'agit pour cela d'acquérir quelques réflexes utiles. 

J'ai essayé pas mal de choses et personnellement ce que je trouve de plus efficace est le Krav-Maga. Malheureusement il n'y a pas de cours là où j'habite, mais j'ai fait 2 stages et je compte bien continuer. Je me suis aussi mise au Karaté, qui est un sport très différent et beaucoup moins opérationnel mais dont la pratique repose également sur la répétition sans fin des mêmes mouvements jusqu'à ce qu'ils deviennent des réflexes. C'est long !

J'aime beaucoup l'état d'esprit de ces sports. Chacun fait à son niveau et les plus aguerris, loin d'étaler leur supériorité, prennent soin des débutants en se mettant à leur portée.

Pas besoin d'être une grande sportive puisque, par définition, la self défense concerne tout le monde. Dans un stage de Krav maga d'environ 60 participants comme celui que j'ai fait il y a des gens de tous les âges et un peu plus d'hommes mais on n'est pas loin de la parité.

Krav Maga Women protect associaton

J'y ai aussi rencontré des personnes qui ont créée une association Krav-Maga Women protect Charity Association dont le but est de développer les pratiques de self défense auprès des jeunes filles en Inde, pays où les agressions sexuelles sont très fréquentes. L'association enseigne les techniques à des femmes des RED BRIGADES, qui transmettent ensuite ce savoir aux jeunes filles.

Ils voudraient également  développer cet enseignement auprès des fillettes en France.

Vous pouvez adhérer ou les soutenir

lundi 13 août 2018

La Une de l'OBS : Etre un homme après #METOO

Si vous n'étiez pas en vacances, loin d'internet, vous avez forcément vu passer cette couverture de l'Obs qui a donné lieu à de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Toutes très négatives.

Si je prends la peine de revenir là dessus c'est que moi je la trouve plutôt interessante.

Que vois-je sur cette photo ?

Un homme, jeune, plutôt beau, torse nu et qui semble bien fichu mais sa position ne cherche pas à mettre en valeur ses muscles et il ne la ramène pas. Il a le regard un peu perdu, pas vraiment triste,  perplexe plutôt. D'après le titre il s'interroge sur ce qu'est "être un homme" de nos jours.
Il est dans une cuisine, qui n'est pas la place habituelle dans laquelle on place les hommes. Le bouquet de fleurs fanées nous donne des indications sur ce qui a pu se passer. Ce qui vient à l'esprit le plus logiquement est que ce bouquet de roses rouges était destiné à une femme, femme absente depuis un certain temps. Et comme il est un homme il ne s'est pas préocuppé du bouquet, ne serait ce que pour le mettre à la poubelle.  Pourtant la cuisine est bien rangée, la vaisselle ne traine pas. On peut donc en déduire qu'il se débrouille. Le chien a cependant l'air un peu inquiet, va-t-il assurer ?

Tout le monde a vu dans cette photo l'idée que l'homme dont la femme s'émancipe se retrouve perdu et que son air, et surtout celui du chien, le montre comme quelqu'un qui se sent victime.

Ce n'est pas du tout ce que j'y vois. Je trouve au contraire que cette couverture est le signe, qu'enfin, la lame de fond féministe de ces dernières années va peut-être arriver à toucher les hommes. Parce que pour l'instant ils sont les grands absents du changement en cours. 

Quel est son problème ?

Il m'arrive fréquemment de donner des conférences, ou de faire des formations sur le thème du plafond de verre et des mécanismes psychosociaux qui maintiennent les inégalités. Toujours, vraiment toujours, il n'y a  qu'une proportion infime d'hommes; de l'ordre de 5 hommes dans une salle de 100 personnes, et il n'est pas rare qu'il n'y en ait pas du tout. Et je ne parle pas des formations, j'ai déja raconté comment j'ai essayé de mettre en place une formation "travailler en mixité" dans laquelle je souhaitais réunir un nombre équivalent d'hommes et de femmes. Cette formation ne s'est pas faite car AUCUN hommes ne s'y est inscrit.

Pourtant, si les femmes, qui ont bien compris désormais qu'elles devaient changer leurs rapports avec les hommes si elles voulaient moins de violences et plus d'égalité, ont concrètement modifié leurs comportements ces dernières années, il reste à ce que les hommes changent les leurs. D'un point de vue systémiques si les femmes changent il va bien falloir qu'ils changent aussi, mais ça risque d'être encore long ! Or, changer une situation qui vous avantage est évidemment une démarche difficile. C'est pourquoi je trouve que l'expression de l'homme sur la photo est tout à fait adaptée. Il comprend qu'un bouquet de fleurs de temps en temps ne suffit plus, et la question fondamentale qui se pose à lui désormais est celle de son propre comportement. Mais quand l'essence de sa personnalité a été construite sur une certaine idée de la virilité qui consiste à prouver en permanence sa puissance : physique, financière, morale, sexuelle sur quoi la refonder ?

Il y a effectivement de quoi être perplexe.

Des articles décevants

Les 3 articles à l'intérieur du magazine sont par contre assez loin de remplir la promesse de la couverture et de nous apporter véritablement matière à réflexion.

Le premier article, très interessant au demeurant est celui d'un journaliste qui a infiltré un stage "Aventure initiatique des nouveaux guerriers". Un stage entre développement personnel et camp scout des années 50. Il s'agit pour les participants de se reconnecter avec leurs émotions, mais aussi de vérifier leur virilité, notamment en restant nus une partie du temps. Une expérience qui permet probablement de comparer les anatomies et de se situer les uns par rapport aux autres. Rien de nouveau sous le soleil.

Le problème de ce stage réside surtout dans le fait de renouer avec cette camaraderie masculine, que les hommes expérimentent déja souvent : dans les vestiaires des stades ou les soirées professionnelles sans femmes, qui restent encore fréquentes. On peut aussi y voir une nostalgie du service militaire, qui permettait de se situer en tant qu'homme. ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le mot Guerriers est dans l'intitulé du stage.

Le second article "Comment élever un garçon ?" pose correctement la problématique mais se contente de recenser des articles  sur le sujet sans approfondir quoi que ce soit. Il n'a donc pas beaucoup d'intérêt. Il y a bien 8 conseils pour les parents, mais pour qui a déja un peu réfléchi à la question il n'y a pas grand chose à en apprendre.

Le 3eme enfin est consternant, l'autrice est une sociologue qui décrit les Incels, ces hommes qui se sentent exclus par les femmes, qu'ils n'arrivent évidemment pas à séduire. Au point de perpétuer des massacres. Le problème est qu'elle semble comprendre leur point de vue et les difficultés relationnelles qu'ils énoncent. Son papier se termine même par une menace qui enjoint aux femmes de prendre en compte le phénomène.

Un sujet qui prend de l'ampleur

En fait, la Une de l'Obs est une preuve supplémentaire que ce thème est en train d'émerger. Pour l'instant, si vous voulez de vraies réflexions,  c'est plutôt du coté de l'audio qu'il faut chercher pour avoir des réflexions de qualité. Des émissions de radios de plus en plus nombreuses parlent de masculinité. 

Il y a eu ces derniers mois de nombreuses émissions sur le thème de la virilité, j'y vois un signe qu'effectivement les choses bougent et c'est bien

jeudi 12 octobre 2017

Cantat, ce héros romantique

La publication d'un interview de Bertand Cantat, dans lequel il parle de sa vie, puisqu'il a la chance d'être en vie, et sa photo en couverture des inrocks illustre à la perfection l'une des raisons pour lesquelles le nombre de femmes tuées par leurs conjoints, 123 en 2016, ne diminue pas. Rappelons également que, cette même année, 36 enfants ont été tués par leur père.

En France, lorsqu'une personne est condamnée par un tribunal et fait de la prison, il lui est généralement très difficile de se réinsérer. Difficile de trouver un travail, difficile de reconstituer un réseau social car si sa famille peut le soutenir, ce qui est loin d'être toujours le cas, et quelques amis lui rester fidèles, la plupart de ses anciennes connaissances vont plus ou moins l'éviter. C'est que d'une part perdure une certaine méfiance, d'autre part il n'est guère valorisant d'avoir pour ami un délinquant. Le risque étant en effet de se retrouver assimilé à lui.

On le regrette, tout le monde peut en effet commettre des erreurs et a le droit de reprendre une vie normale après "avoir payé sa dette à la société". Mais il s'agit d'une forme de contrôle social : si certains peuvent être indifférents au fait d'aller en prison, l'idée de susciter l'opprobre, pour soi et sa famille, est dissuasive pour quiconque n'est pas complètement asocial.

Un crime excusé et peu stigmatisant

Mais les hommes qui ont tué leur conjointe, la plupart du temps parce qu'elle menaçait de les quitter, ne sont pas regardés de la même façon que les autres criminels. On parle de crime passionnel, avec l'idée  que si ils ont tués c'est parceque leur passion les a submergés et rendu fous. Ce qui apparait comme une motivation extérieure à eux, rendant même la victime coupable d'avoir suscité un trop grand amour.

En plus ils n'apparaissent pas comme dangereux pour les autres personnes, il suffit de ne pas entrer en relation amoureuse avec eux. Et, avant de se trouver soi-même confrontées à des violences conjugales, toutes les femmes pensent qu'elles ne peuvent aimer que des hommes "biens" et qu'elles ne risquent donc rien.

Tout cela fait  que ces tueurs, une fois sortis de prison, ne sont pas mis au ban de la société comme d'autres criminels. La menace de stigmatisation sociale n'est pas aussi opérante. Elle l'est d'autant moins lorsque ces hommes ont un statut social élevé et de l'argent, ce qui facilite évidemment leur retour dans la société.

Un crime qui n'est pas pris au sérieux

 Ces crimes ne sont pas traités par les médias comme les autres crimes. Au lieu de montrer la violence, le sang, les larmes les journalistes insistent plus souvent sur la motivation futile du criminel et des détails tellement sordides qu'ils en deviennent cocasses

- un homme tue sa femme et la jette dans une poubelle

- un américain tue sa femme parcequ'elle se moquait de lui 

- un homme tue sa femme à coup de robinet

etc, etc. vous pouvez lire ces titres tous les 3 jours.

Il y a là une façon de mettre de la distance entre l'horreur de la réalité, qui n'intéresse pas les médias, et le lecteur qui ne voit qu'un fait divers insolite sans faire le lien avec un phénomène de société. Pourtant, cette femme pourrait être sa fille, son amie, sa voisine mais il ne fait pas le rapprochement puisque l'homme qui a tué est un monsieur tout le monde qui a juste eu la malchance d'être d'être devenu fou d'amour. 

Il y a déja plusieurs années que les mouvements féministes tirent la sonnette d'alarme et demandent aux médias de parler autrement de ces crimes. Sans grand succès. 

Un criminel devenu héros romantique

Mais il y a pire, c'est que l'assassin peut devenir dans l'imaginaire collectif un héros de tragédie, ce n'est pas un hasard si le terme "drame passionnel" est utilisé quasi systématiquement.  Si cet homme est dépassé par ses passions c'est d'abord parce qu'il s'agit d'un être dont la passion déborde la raison. Ce qui constitue l'un des ressort essentiel de toute littérature. 

Un héros qui a été souvent chanté par les poètes.

Je l'aimais tant que pour la garder 
Je l'ai tuée je ne suis qu'un fou 
Un fou d'amour, un pauvre fou 
Qui meurt d'amour


Quand en plus cet homme est un artiste reconnu, et talentueux il faut bien le dire, le tableau est complet. Il entre directement dans la catégorie des artistes maudits. Ceux dont l'inspiration vient du coté sombre de l'âme
On peut noter, et cela fait froid dans le dos, que NOIR DESIR annonçait d'emblée ce coté obscur de sa création artistique. La question se pose alors : sans cette noirceur cet artiste  serait-il l'artiste qu'il est ? Marie Trintignant, sacrifiée sur l'autel du génie !  
Offrir la possibilité à Bertrand Cantat de parler de lui, de sa vision de la vie, de sa trop grande sensibilité, de ses souffrances intimes, c'est contribuer à l'édification de ce modèle de héros romantique.

Pas vraiment dissuassif pour tous les hommes qui se sentent humiliés et dépossédés par le comportement de leur femme. Certains peuvent  préférer passer pour un maudit que pour un homme quitté. Ils sont déjà plus de 100 dans ce cas cette année .

mardi 27 juin 2017

Un homme au perchoir

Contrairement à ce qui avait été promis, après un homme 1er ministre, un homme chef de groupe à l'Assemblée, voici qu'un autre homme est élu au perchoir.

C'est donc pour François de Rugy qu'ont majoritairement voté ses 301 camarades ayant pris part au scrutin.

Christophe Castaner a indiqué que les députés La république en marche n'avaient pas de consignes, et que c'est un groupe composé à 48% de femmes qui a très largement choisi François de Rugy. C'est un fait démocratique, a-t-il dit. Comme si l'exécutif n'intervenait en rien dans le fonctionnement du groupe. Et d'embrayer sur les prochaines désignations à la Présidence des commissions, qui vont être paritaires. On aura donc peut-être des miettes. 

Nous pouvons tirer quelques enseignements de cette élection.

1er enseignement :  Des députées qui croient que la parité est acquise parce qu'elles sont là

Cette assemblée n'a guère de conscience féministe, sans quoi le fait d'élire une femme leur serait apparu comme primordial, car ça l'était. C'est particulièrement inquiétant de la part d'une génération nouvelle, qui a l'air de croire que l'égalité se fait toute seule, comme par magie. Comme si il n'avait pas fallu lutter pied à pied pour en arriver à 38% de femmes à l'Assemblée.

2eme enseignement : L'égalité oui, mais pas au point de se sacrifier

La parité implique que les hommes laissent des places. C'est bien là que le bât blesse. François de Rugy, qui vient du groupe Europe-Ecologie-Les verts, le plus respectueux jusqu'à présent de la parité, n'était certes pas décidé à laisser sa place à une femme pour appliquer les engagements du candidat Macron. Il avait pourtant tenu quelques propos remarqués lors du débat pour les primaire auquel il a participé, qu'il entendait favoriser l'égalité hommes/femmes et même proposé " qu’il y ait une action de groupe poussée par le défenseur des droits pour que lorsque des femmes dans une ou plusieurs entreprises se sentent victimes d’une inégalité salariale, elles puissent agir en justice de ce point de vue là"

Pour les autres,

3eme enseignement : Comment faire du vieux avec du neuf

Ces nouveaux députés, qui se sont fait élire sur un projet de renouvellement de la vie politique, à qui les électeurs ont fait confiance, malgré leur inexpérience,  ont peur et ont besoin de se rassurer en mettant à leur tête des gens plus expérimentés. C'est l'argument principal qui est donné dans les articles de presse, tant pour l'élection de Richard Ferrand que pour celle de François de Rugy. 

Le monde : "Au sein du groupe majoritaire, composé en grande partie de novices, la candidature de François de Rugy est apparue comme un gage de sécurité pour occuper ce poste aussi prestigieux que stratégique. Alors que l'exécutif communiquait sur sa volonté d'installer une femme à la présidence de l'Assemblée, sa connaissance du fonctionnement de l'Assemblée semble avoir été un facteur décisif". 

Les échos, à propos de Richard Ferrand : " Marie Lebec pointant sa connaissance de la vie parlementaire utile pour encadrer moult novices"

Pas très enthousiasmant pour la suite

4eme enseignement : Femmes, soyez sur la photo ! 

Parmi les députés macronistes, deux femmes avaient pourtant postulé, Sophie Errante et Brigitte Bourguignon. François de Rugy a obtenu 153 voix, contre 59 voix pour Sophie Errante et 54 pour Brigitte Bourguignon. Le quatrième candidat, a obtenu 32 voix.

Sophie Errante et Brigitte Bourguignon ne sont pas des novices, c'est leur deuxième mandat et on peut penser qu'elles en savent suffisamment sur le fonctionnement de l'Assemblée pour occuper le perchoir. Même si François de Rugy a l'avantage d'avoir été vice président. Elles présentent surtout l'inconvénient d'être de parfaites inconnues. Ce qui n'est pas le cas de François de Rugy qui a été candidat à la primaire de la gauche. Un moment certainement pénible, mais payant.

On sait que la politique est un monde difficile, où il faut savoir prendre des risques et des coups. Je ne saurais trop conseiller aux nouvelles députées de veiller à se montrer, ce qui signifie s'exposer aux regards.

2 articles, lus aujourd'hui m'y incitent

Celui-ci de 20 minutes, qui interroge 5 nouveaux députés, avec photos. La journaliste aurait-elle fait preuve de sexisme ? Possible mais je parierais bien que lorsqu'elle a cherché des députés à interviewer, ce sont des hommes qui se sont présentés en premier. Une belle brochette dont on va commencer à connaitre les visages

Et la photo de l'article du Monde, déja cité, je la trouve très parlante

mercredi 21 juin 2017

Censure d'une photo de Simone de Beauvoir nue ?

Une comédienne, dont je n'avais jamais entendu parler, a publié un coup de gueule sur facebook qui a été partagé plus de 100 000 fois. Selon elle l'affiche de son prochain spectacle a été censurée par JC Decaux, les colonnes Morris et le métro parisien. 

Dans un texte violent elle dénonce qu' "Aujourd'hui, en 2017, en France, on censure une photographie d'art, avec un cul innocent, sous prétexte que... que quoi en, en fait ? Qu'un corps de femme c'est sale ? Qu'un corps, tout court, c'est sale ? "

En réalité

Jean-claude Decaux dément avoir censuré cette affiche  et précise qu'ils ont préféré demander l'avis de l'ARPP (Autorité de régulation professionnelle de la publicité). Les annonceurs ont raison d'être prudents car cette photo a déja été publiée en 2008 et à donné lieu à une vive polémique. Les Chiennes de garde avaient manifesté devant le siège du nouvel obs aux cris de "On veut voir les fesses de Jean Daniel"

A l'époque les arguments étaient à peu près inverses de ceux qui sont avancés par Camille Lockhart, il s'agissait de "protester contre l'utilisation du corps de la philosophe pour célébrer sa pensée."

Certes le contexte  est un peu différent puisqu'il s'agit de promouvoir un spectacle sur les correspondances amoureuses de Simone de Beauvoir.

Un bon coup de pub

Pour ma part, cette tribune me parait surtout un coup de pub bien joué puisque tout le monde a désormais entendu parler de ce spectacle, mais je doute que faire un buzz à propos de ses "belles fesses charnues" soit un hommage digne de cette femme de lettres, philosophe engagée. 

J'en profite pour remettre ce texte de Simone de Beauvoir paru dans Le Monde en 1983 : La femme, la pub et la haine

mercredi 14 juin 2017

Sport : comment nier l'effort et les performances

En ce moment dans le métro de Paris, des affiches pour un évènement important.

On pourrait se réjouir de voir qu'une athlète féminine y figure en bonne place.

Mais en fait non, car cette seule image est un condensé de la manière sexiste dont sont traitées les sportives. 

Pour commencer, 4 hommes, 1 femme, cela s'appelle le syndrome de la schtroumpfette. Une seule femme les représente toutes, de façon univoque. 

Et tandis que  hommes sont tous montrés en pleine action, avec les différentes émotions que celle-ci suscite chez eux : la concentration, la joie, la souffrance de l'effort, elle ne fait que présenter sa plastique irréprochable et apparait davantage comme mannequin, que comme athlète de haut niveau.

mardi 13 juin 2017

Sport : comment rendre les femmes invisibles

C'est simple, en ne les montrant pas. 

Le 10 juin Jelena Ostapenko a gagné Roland Garros, et comme je ne suis pas le sport j'ai même eu du mal à trouver qui avait gagné chez les femmes.

La couverture de l'Equipe le 11, n'y fait pas la moindre allusion, comme si cela n'intéressait personne.

A comparer avec celle du 12. Certes Rafael Nadal a réussit un grand exploit, mais quand même 

mercredi 24 mai 2017

La parité n'était qu'une promesse (billet pessimiste)

Après seulement 2 semaines on peut voir que l'égalité femmes/hommes ne sera certainement pas l'un des grand objectifs de ce quinquennat contrairement  ce qui avait été promis. 

La photo officielle (celle qui est sur le site du gouvernement) annonce déja le programme. Si vous arrivez à la voir Marlène Schiappa est tout en haut, cachée derrière sa collègue de l'enseignement supérieur et de la recherche.  Il est clair que les femmes ne sont pas devant.

Les directeurs de cabinet viennent d'être nommés ou sont en cours de l'être. J'ai fait un petit tableau en indiquant, pour ceux dont j'ai trouvé le nom, il en manque encore quelques uns, leur genre. La réalité est implacable, pour l'instant ont été nommés 15 hommes et 3 femmes.

Inutile d'épiloguer, personne n'a porté attention au respect de la parité à ce niveau. Je n'ai pas poursuivi le tableau avec les adjoints et les membres des cabinets, qui seront limités à 10 pour les ministres, 8 pour les ministres délégués et 5 pour les secrétaires d'Etat, mais je suis bien certaine qu'il y aura une très grande majorité d'hommes. C'est déja le cas dans celui d'Emmanuel Macron.

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