Olympe et le plafond de verre

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mardi 14 mars 2017

Comment éviter de se fâcher avec la terre entière en devenant parent ?

C'est sur twitter que j'ai commencé à discuter avec Béatrice Kammerer. Elle est une participante active du blog collectif  Les vendredis intellos et Présidente de l'association du même nom. Il s'agit de partager des lectures sur l'éducation, la parentalité et plus généralement l'enfance. Un blog qui remplace les polémiques par des réflexions argumentées. Pour l'avoir rencontrée depuis IRL, je confirme que c'est une intello.

Elle vient de sortir un livre et m'a accordé un entretien. J'en suis pas peu fière car demain  c'est au micro de france-inter qu'elle cause dans La tête au carré.

1/ Que est le sujet de ton livre ?

Le projet du livre, c'est de tenter de populariser les savoirs en éducation et parentalité d'une manière aussi accessible, ludique mais aussi rigoureuse qu'on pourrait le faire dans d'autres domaines scientifiques où la vulgarisation est une habitude plus ancrée. Cela implique de rompre avec le ton infantilisant et injonctif qu'on retrouve souvent dans les livres destinés aux parents, pour viser plutôt le renforcement du pouvoir d'agir. Le but est que chacun puisse faire de manière éclairée les choix qui lui semblent justes compte tenu de son histoire, sa famille, son enfant.

J'ai donc choisi de partir des "questions qui fâchent", celles qui s'étalent dans les magazines spécialisés, dans les émissions de télévision ou qui alimentent les conflits entre amis et en famille. L'idée n'est pas de dire qui a "raison" ou "tort" mais d'adopter une posture de déconstruction : pourquoi ces questions sont-elles si épidermiques ? Dans quelle filiation d'idées peut-on les replacer? Quels sont les arguments en présence? Quels groupes d'influence les soutiennent? Et quels modèles, représentations, enjeux sont-ils sous tendus? 

2/ est ce qu'il s'adresse davantage aux mères ?

 Clairement, non. L'objectif de ce livre est non seulement de revendiquer haut et fort que la parentalité et l'éducation concernent autant les pères que les mères, mais plus encore que ce sont d'abord et surtout des questions de société. Cela correspond d'ailleurs à deux réalités qu'on oublie trop souvent.

La première, c'est qu'il faut tout un village pour élever un enfant (et à ce titre, les acteurs éducatifs sont bien plus divers que les "parents" au sens strict de l'Etat civil!). Et la seconde, c'est que le regard que pose une société sur sa jeunesse influe bien au delà des bornes de cet âge: par exemple, les normes liées à la procréation s'exercent sur toutes et tous, parents ou non; de même que notre façon d'appréhender l'autonomie de l'enfant, ses apprentissages, l'affirmation de ses goûts et de ses idées en disent long sur les normes, les peurs, les rapports de domination, les espoirs de notre société. 

3/ peux ton dire que c'est un livre féministe ?

Oui! En tout cas, c'est une préoccupation qui a été continue tout au long de l'écriture. Il y a tout d'abord l'attention que nous avons portée dans nos formulations à inclure pères et mères, à rester vigilantes face aux normes hétérosexuelles et conjugales qui sont souvent très présentes dans les écrits liés à la parentalité, à limiter les formulations au masculin-générique, à féminiser les titres professionnels, ainsi qu'à choisir des exemples concrets qui éviteraient de renforcer les stéréotypes de genre.

Et puis il y a surtout les éléments de savoir que nous avons abordés tout au long de cet ouvrage et qui nous semblent des sujets majeurs du féminisme: histoire de l'avortement et de la contraception, histoire des féminismes, accouchement respecté et violences obstétricales, "instinct" paternel et maternel,inégalités professionnelles et domestiques, lutte contre les stéréotypes de genre dans l'éducation, etc.

jeudi 2 mars 2017

Égalité filles garçons à l'école. Comportement 1.


La semaine dernière le haut conseil à l'égalité a rendu publique un énième rapport sur la nécessité d'engager un plan d'action visant à ce que les garçons et les filles soient traitées de façons égales et équitables à l'école. Car il y a plusieurs dizaines d'années que l'on sait que les enseignants n'interragissent pas de la même façon avec les filles et les garçons, où que les interactions entre les élèves reproduisent les stéréotypes.
Rapport du haut conseil à l'égalité pour la formation des enseignants
A peu près au même moment une revue scientifique a publié une étude montrant que dès âge de 6 ans les filles  considèrent que l'intelligence est une qualité masculine.
Comment les complexes viennent aux filles

On ne compte plus les rapports et circulaires sur le sujet émis par le ministère de l'éducation nationale. Vous en trouverez la liste dans ce rapport de 2013. On y voit la preuve d'un adage connu, rien de tel pour enterrer un problème que de créer une commission ou faire un rapport. 

Bref, il semble que les choses ont peu évolué. 

J'ai donc décidé d'apporter à mon tour ma contribution. Au fil des semaines je me lance dans la diffusion d'une série de croquis expliquant un par un tous ces mécanismes.
COmme j'ai peur que tout cela ne soit pas bien lisible sur le blog j'ai créé un tableau sur Pinterest. il est ICI


dimanche 26 février 2017

Comment est traité le thème du viol au cinéma

ATTENTION, ce billet spoile 4 films

Ces derniers mois j'ai vu plusieurs films qui ont pour thème, direct ou indirect, des viols et j'ai pu voir qu'il y a différentes façon de le faire, qui ne sont pas anodines évidemment.  

L'un est réalisé par un homme ELLE de Paul Verhoeven , 2 autres par des femmes Voir du pays de Delphine et Muriel Coulin, Les Innocentes de Anne Fontaine,  et j'ajoute Déesses indiennes en colère de Pan Nalin, qui est un homme. Autant le dire d'emblée la façon dont le film de Verhoeven aborde le sujet est très différente des autres films cités, et me pose problème. 

Montrer ?

Il n'y a que dans Elle que l'acte sexuel soit montré, avec complaisance et à plusieurs reprises alors qu'il est extrêmement violent. Une image fugace permet de deviner ce qui se passe dans Voir du pays. Aucune scène de sexe dans les 2 autres films, le spectateur n'en a pas besoin pour savoir.

Pulsion individuelle ou transgression collective ?

Dans ELLE le violeur obéit à des pulsions dont on ne connait d'ailleurs pas la raison. C'est comme ça et ce n'est la faute de personne. Le reste du temps il est un mari respectueux et un voisin serviable. Dans les autres films le viol est un phénomène de groupe. Des situations où les règles de la société peuvent être transgressées car le contexte les a délitées. Et chaque fois pour les hommes il s'agit, plus que de satisfaire un besoin sexuel, d'asseoir leur pouvoir et de vérifier leur puissance : les militaires en repos en Crète ne supportent pas que leurs collègues femmes flirtent avec des étrangers, les jeunes indiens ne supportent pas qu'un groupe de jeunes femmes s'amusent seules, quand aux soldats des innocentes ils font ce que font les soldats qui conquièrent un territoire ils violent les femmes et disséminent leurs gènes.


Que fait la société ?

Si Michèle portait plainte dans ELLE nul doute que la police rechercherait, arrêterait et condamnerait le coupable. Dans les autres films la société regarde ailleurs et les victimes doivent se débrouiller pour gérer la situation. Dans tous les cas elles sont fortement pénalisées et toute leur vie en est changée sans que personne ne s'en préoccupe. Dans Voir du pays Aurore décide de quitter l'armée, sans même savoir ce qu'elle va faire et personne ne cherchera à connaitre les motifs de sa décision


La position de victimes

ELLE adopte un point de vue psychanalytique, non seulement Michèle ne porte pas plainte mais elle succombe au charme de son voisin, et après avoir découvert qu'il était son agresseur elle continue à se retrouver seule avec lui. Elle a une histoire personnelle très lourde et c'est comme si elle avait besoin d'expier quelque chose qu'elle n'a pas fait (en gros). Les innocentes annonce clairement dans son titre que les religieuses n'ont rien fait d'autre qu'être là et sans défense. Le sujet des 2 autres films n'est pas le viol mais plutôt ce que la société des hommes fait aux femmes, en général et pas seulement du point de vue du sexe , et comment elles essayent de s'en dépétrer, de faire avec, de lutter contre comme elles peuvent.

Solution individuelle ou collective

Dans ELLE Michèle tient à gérer le problème seule et c'est tout juste si elle en parle à son entourage. Dans voir du pays les 3 filles sont ensembles mais chacune se retrouve face à son avenir et choisit ensuite sa propre voie, dans les Innoncentes ou les déesses la situation devient gérable lorsque le groupe adopte une réaction collective. A ce moment là les femmes reprennent leur vie en main et deviennent puissantes.



Pour conclure je dois dire que, si j'adore Isabelle Huppert et que je trouve son Cesar mérité, si je reconnais que l'intrigue de ELLE est plutôt bien ficelée et le film bien maitrisé et peux justifier un César je m'étonne du peu d'articles quand au sujet du film lui-même. Et je sais qu'il faut davantage de femmes réalisatrices pour apporter le point de vue des femmes sur les sujets de société. 


jeudi 16 février 2017

Communautés d'agglomerations ou le contournement de parité

Ces photos sont celles qu'on trouve sur google en cherchant qui sont les présidents et vice-président des communautés d'agglomération. Je ne vais pas faire de statistiques elles sont suffisamment éloquentes.

Elles sont surtout la preuve que sans lois spécifiques la parité est inateignable et que le législateur doit en permanence faire preuve de vigilance, car ceux que l'on sort par la porte entrent par la fenêtre.

Non parité des élus

Les communautés d'agglomération sont des regroupements de communes qui ont compétence pour intervenir dans de nombreux domaines. Leur nombre a été multiplié par 2 en 15 ans.  Elles sont dirigées par un conseil communautaire composé des conseillers municipaux des communes membres.

Depuis 2014 chaque commune est représentée au conseil communautaire par un nombre de représentants tenant compte de sa population

  • commune de moins de 1000 habitants : les représentants de la commune au conseil communautaire sont les membres du conseil municipal désignés dans l'ordre du tableau. Il n'y a donc pas d'élection directe de leurs représentants au conseil de l'intercommunalité dont elles sont membres, mais, en fonction du nombre de représentants attribués à la commune, le maire, des maires-adjoints et éventuellement des conseillers municipaux sont de droit membres du conseil communautaire 
  • commune de plus de 1 000 habitants : les conseillers communautaires sont élus lors des élections municipales, en même temps et sur la même liste de candidats que les conseillers municipaux. Les bulletins de vote de ces communes comprennent, dans leur partie gauche, la liste des candidats au conseil municipal, et, dans la partie droite, la liste des candidats au conseil communautaire

    On voit tout de suite que les représentants des communes de moins de 1000 habitants sont de fait majoritairement des hommes puisque ce sont eux qui sont le plus souvent en tête de leur liste. 

Non parité des exécutifs

Mais ce n'est pas tout. Les conseils désignent ensuite leur exécutif, c'est à dire un bureau composé d'un président et plusieurs vice-présidents. Rappelons qu'après les premières lois sur la parité des conseils locaux (municipaux, régionaux) qui prévoyaient un nombre égal d'hommes et de femmes il a fallu préciser dans la loi que les listes devaient être établies selon le principe dit "chabada", c'est à dire alterner les 2. Sinon les hommes étaient placés en début de liste et les femmes après. Il a ensuite fallu, en 2007, qu'une loi supplémentaire impose également l'alternance dans les listes pour l'élection de l'exécutif   (tous les détails sur ces lois  ici) sinon ceux-ci comprenaient peu de femmes .
Mais les conseils communautaires semblent avoir été oubliés. Alors, même dans de grosses agglomérations,  on reste vraiment loin de la parité.  Voici quelques exemples, ceux sont ceux qui me sont tombés sous la souris, vous n'aurez pas de mal à en trouver d'autres, à commencer par celui de votre ville certainement. Je doute qu'il y ait beaucoup d'exeptions.  ParisOrléans , Montreuil , Lyon , Saint Etienne
Chassez le naturel....

samedi 11 février 2017

Incidence des vêtements sur la vie des enfants

En une image, quelques détails auxquels on ne prête pas attention mais qui ne sont pas sans conséquences. Ils ont une incidence sur le temps nécessaire à l'habillage et sur la façon dont ils favorisent l'activité physique.

dimanche 5 février 2017

Pénelope ou le repos du guerrier

Le plus incroyable est que le prénom de madame Fillon soit Pénélope, une héroïne qui attend toute sa vie le retour de son époux à la maison et dont le travail est inutile puisqu'elle défait la nuit ce qu'elle a fait le jour.

Toute cette histoire a le mérite mettre en lumière la façon dont notre système politique répartit les tâches, c'est à dire à peu près comme dans les années 50. 

Les hommes politiques (je parle ici de ceux qui ont des mandats importants) ont besoin d'une femme, pour leur image et pour gérer leur foyer

Une épouse pour l'image

Avoir une famille unie serait un gage de bonne santé mentale. Celle-ci doit remplir plusieurs critères : l'épouse doit être belle, distinguée, fidèle et dévouée, les enfants doivent être nombreux et bien propres. On sait que plus les hommes ont des postes élevés, plus ils ont d'enfants. C'est évidemment l'inverse pour les femmes.

Slate. Sept 2014 : Avoir un enfant est bon pour votre carrière (si vous êtes un hommes)


Comme le dit lui-même François Fillon "Pour bien gouverner il faut être équilibré". L'idée est de démontrer qu'il est capable de créer autour de lui le monde rêvé qu'il promet par sa politique et qu'il n'a pas l'esprit perturbé par des problèmes domestiques qui l'empêcheraient de se consacrer à sa mission.

Pourtant, les français, à la différence des américains sont tolérants sur le sujet. 

Une épouse pour gérer le quotidien

La valeur travail est l'un des thèmes centraux de cette campagne. Le problème est que nous utilisons le même mot pour décrire des activités très différentes. 

Travailler ce peut être porter des parpaings toute le journée, être assise devant une caisse au supermarché, enchainer des réunions, lire ou écrire des rapports ou serrer des mains en mangeant des petits fours. 

L'engagement physique et intellectuel n'est pas le même, l'ennui et la fatigue non plus. Or tous ceux qui prennent la parole et qui organisent la société ne connaissent  le travail que dans ce qu'il a de plus épanouissant et gratifiant. Alors bien sûr ils ne comptent pas leurs heures et passent beaucoup de temps loin de la maison. C'est d'autant plus facile qu'ils ne prennent pas les transports en commun comme tous le monde. A la rigueur le train mais avec un chauffeur qui les attends à l'arrivée. Personnellement je suis bien convaincue que beaucoup de choses iraient mieux si on supprimait toutes les voitures de fonction et chauffeurs de nos élus. 

Ils ont donc besoin que quelqu'un assure la logistique du foyer, parce que même pour ceux qui ont du personnel il faut qu'une personne manage l'ensemble et assure une présence affective auprès des enfants lorsqu'il y en a (voir plus haut). Une étude récente montrait que la plupart des hommes qui réussissent une carrière ont une femmes qui a  renoncé à ses propres ambitions. 

Libération nov 2014. Beaucoup de hauts fonctionnaires doivent leur carrière à une femme exeptionnelle
Il faut d'ailleurs reconnaitre que François Hollande a fonctionné un peu différemment. Ségolène Royal, la mère de ses enfants, n'a pas eu à renoncer à sa carrière. Ensuite, il a vraisemblablement souhaité que Valérie Trierweiler puisse continuer sa propre carrière de journaliste, ce qui n'a pas été possible, d'autant plus que la dame elle même semblait avoir la prétention de jouer un rôle de première dame, qui n'existe pas en France. Enfin il assume le fait de ne pas disposer présentement d'un foyer "équilibré".

Une épouse comme havre de paix

Une expression française parle de la femme comme "le repos du guerrier", cela sous entend d'une part qu'elle se doit de créer un cadre agréable et serein (permettant notamment un délassement d'ordre sexuel, mais pas que), d'autre part que l'homme est, en dehors de la maison, un guerrier.

Et c'est bien là qu'est le problème. La politique est considérée comme une guerre, mais entendons nous bien c'est d'une guerre d'égos qu'il s'agit plus que d'une guerre contre la pollution ou la pauvreté ou ce genre de choses. C'est aussi ce qui explique cette nécessité d'être toujours sur le pont, présent partout, participer à toutes les décisions. Le risque étant que quelqu'un d'autre occupe le terrain et prenne la bonne place.

Pour résister à une telle tension, ces héros ont besoin d'une personne compréhensive et qui ne rajoute pas des problèmes supplémentaires (pas comme une Valérie Trierweiler par exemple).

En résumé, la femme et la famille idéales pour nos hommes politiques c'est à peu près ça

lundi 30 janvier 2017

Parité pour les législatives. Pourquoi si peu de femmes ?

Vous l'avez peut-être vu, Emmanuel Macron cherche des femmes qui veuillent se présenter aux élections législatives sous sa bannière.

La semaine dernière il a ouvert les candidatures et sollicité la société civile. Hier il a lancé un appel aux femmes car elles ne représentent, pour l'instant que 15% des candidatures, ce qui est vraiment peu. 

Je ne roule pour personne, mais pour la première fois  il semble que ces élections permettront, à condition bien entendu qu'Emmanuel Macron soit élu, de renouveler enfin le personnel politique de ce pays et d'améliorer la représentation féminine. Il insiste sur le renouvellement et la parité et semble déterminé à tenir ce cap. C'est possible pour lui car le mouvement "En marche !" n'a pas d'élus à replacer, de militants dévoués à qui l'on a promis un siège, ni de susceptibilités à ménager. On n'est pas prêtes de retrouver pareille occasion, c'est donc le moment si cela vous dit un tant soit peu de tenter votre chance. GO !

Mais pourquoi si peu de femmes ?

C'est sans surprises ;  les raisons sont connues et Emmanuel Macron en fait lui même l'analyse dans la vidéo.

1/ Les femmes se sentent moins légitimes pour de tels postes qui, dans l'imaginaire collectif sont masculins  (pour connaitre l'imaginaire collectif fermez les yeux et pensez à un député. Vous comprenez en même temps l'importance de la féminisation des titres). Elles imaginent qu'être députée nécessitent des compétences techniques qu'elles n'ont pas. C'est la même raison qui fait que l'Assemblée nationale ne compte que très peu d'ouvriers ou de caissières. Pourtant les femmes sont aujourd'hui plus diplômées que les hommes.

2/ Les femmes ont a coeur de concilier leur vie professionnelle et leur vie privée et rechignent à passer trop de temps loin de leur famille, notamment lorsqu'elles ont des enfants. D'autant plus qu'on ne manquera pas de les culpabiliser sur le fait qu'elles les abandonnent. Ce que personne n'a jamais reproché à un homme. C'était l'un des thèmes majeurs des campagnes anti-suffragettes du 20me siècle et il en reste quelque chose.  (vous pouvez retrouver d'autres affiches sur les suffragettes dans mon pinterest ) . Or une campagne électorale nécessite le sacrifice de ces soirées et week end pendant plusieurs mois, ensuite le job se tient en partie à Paris et nécessite de nombreux déplacements. 

3/ Elles constatent que la politique est un monde violent et n'ont pas envie de prendre des coups, et encore moins d'en donner. D'autant plus qu'elles ont plus à perdre en terme de réputation ou d'image personnelle que les hommes. D'une part elles savent que si leur vie privée est étalée il ne leur sera rien pardonné et que les attaques pourront descendre sous la ceinture, d'autre part, à la différence d'un homme qui gagne en prestige et en séduction lorsqu'il a du pouvoir, les femmes apparaissent dans ce cas comme trop autoritaires et moins féminines. C'était l'autre argument  des  anti-suffragettes. 

Que faire ?

Si Emmanuel Macron  veut davantage de candidatures il a raison de lancer, très tôt, cet appel mais il peut aussi se poser quelques questions sur la façon dont son mouvement accueille les femmes et la place qu'il leur donne dès à présent.

Pour suivre la campagne des présidentielles je me suis abonnée aux pages facebook de plusieurs candidats ainsi qu'à leurs newsletters. Pour ce mouvement j'ai donc reçu des informations et des invitations à plusieurs réunions ou meeting. voici ce que j'ai pu observer.

1/ Les réunions à 19H30 c'est no way pour toutes les mères de famille. C'est l'heure de pointe , celle où tout se télescope. Il est donc important de réfléchir aux dates et heures des réunions. 

2/j'ai compris qu'une équipe de campagne avait été désignée dans mon secteur. Elle est composée de 3 hommes, alors que la photo de la réunion montre qu'il y avait des femmes présentent. Je veux bien supposer qu'elles n'étaient pas candidates, mais pourquoi ? (la réponse est ci-dessus). Il n'y a pas de mystère, le plafond de verre est en réalité un escalier glissant et si on ne veille pas à ce que la parité soit respectée à tous les niveaux il est bien évident qu'on ne retrouvera que des hommes au sommet. 

3/ sur le site national il y a la photo de 11 délégués dont je ne connais pas le rôle mais qui semblent importants. 5 femmes, 6 hommes disons que c'est paritaire, mais on a l'impression qu'il y a une hiérarchie puisque le classement n'est pas fait par ordre alphabétique. Je ne pense pas que ce soit un hasard si ce sont 2 hommes qui semblent préeminer .  Les autres femmes sont dans la ligne du bas.

4/ Enfin, il est prévu que les candidatures aux législatives seront examinées par une commission nationale en charge des investitures composée de 9 membres. Je n'ai pas trouvé la composition de cette commission qui n'est peut-être pas encore constituée. Il va de soi qu'elle devra être paritaire (oui, je sais 9 est un chiffre impair).

lundi 23 janvier 2017

L'heure des mamans

Depuis quelques années, sous l'impulsion de chercheurs et d'associations dynamiques comme Genre et ville, se développe une réflexion, tout à fait inexistante auparavant, sur l'utilisation de l'espace public.

Sans surprise on s'aperçoit que, non seulement ces espaces sont davantage conçus pour les hommes, mais qu'une grande partie des financements publics, notamment ceux des collectivités locales, leurs sont destinés. 

Aujourd'hui de nombreuses municipalités s'en préoccupent. C'est le cas de la ville de Paris qui a rédigé un guide sur ce sujet et veille désormais à inclure cette problématique dans ses travaux.

(pour aller plus loin, cet article du Monde "Les femmes à la reconquête de l'espace public")

Mais il est une situation que je n'ai encore vue traitée nulle part, celle de la sortie des écoles.

Les parents qui attendent leurs enfants sont très majoritairement des femmes. Or, rien n'est prévu pour elles. C'est à dire qu'il y a très rarement un espace qui leur permette d'attendre dans de bonnes conditions. Lorsque le portail donne directement sur la rue des barrières empêchent les enfants de sortir en courant, mais le trottoir n'est pas toujours suffisamment large pour que les parents y stationnent confortablement et ils attendent dans des conditions de sécurité minimales.

Et bien sûr, même lorsque l'espace serait suffisant, rien n'est jamais pensé pour que ce lieu d'attente soit un espace convivial alors que c'est par définition un lieu de rencontre. Il n'y a par exemple jamais de bancs. 

On pourrait aussi imaginer que les parents entrent dans l'école, mais c'est une autre histoire.

mercredi 18 janvier 2017

L'incidence du genre au concours d'entrée d'une grande école

L’EN3S (école nationale supérieure de sécurité sociale) consacre le dernier numéro de sa revue Regards à l’égalité femmes/hommes. Il est disponible dans son intégralité sur le site de l’école.

Des expert-es y analysent les incidences de la protection sociale (maladie, famille, retraite) en terme d’égalité femmes/hommes. Et comme il s’agit de l'école qui forme les cadres dirigeants de la sécu plusieurs articles sont consacrés à la situation au sein de cette institution. Sans surprise, comme partout ailleurs, les graphiques montrent que l’escalier hiérarchique y est glissant pour les femmes.

Les profils des lauréats du concours d'entrée

Il existe différentes possibilités pour intégrer cette école. L’une de ces voies est celle du concours et, bien que les promotions y soient paritaires depuis 2000, la direction de l’école s’est interrogée sur une éventuelle incidence du genre lors des épreuves orales. Elle a menée pour cela une étude dont je ne connais pas d’équivalent et qui montre effectivement quelques différences    (à lire page 167 et suivantes)

Depuis une dizaine d’année les élèves se prêtent à un test de personnalité bien connu (SOSIE) en entrée de scolarité. L’outil SOSIE très répandu dans le domaine des ressources humaines évalue les traits de personnalité autour de neuf items et l'EN3S a demandé au  cabinet METOD une analyse des scores de 657 anciens élèves. Ce qui constitue un échantillon  respectable.

Aucune différence n’est observée sur 4 items, mais des différences significatives apparaissent sur 4 autres. (aucune indication n’est donnée quant au 9eme item sur la  persévérance).

L’une des hypothèses avancée pour expliquer de telles différences est celle d’un questionnement par les membres du jury lors des épreuves orales du concours d'entrée qui serait différent selon que le candidat est un homme ou une femme. 

Ces résultats tendraient à montrer que le jury est  influencé, comme nous le sommes tous, par des représentations mentales stéréotypées : on sait par exemple que montrer trop d’ascendant pour une femme la fait vite cataloguer comme trop arrogante, rigide etc , mais qu’il cherche également à les corriger, en faisant attention par exmple à recruter des hommes attentifs aux autres, ce qui est une qualité plutôt attribuée aux femmes.

Les perspectives ouvertes par cette étude

Ce qui est sûr c’est que cette étude ouvre une voie vraiment interessante qui mérite d'être développée.

D'autant plus qu'elle apporte quelques embryons de réponses à une autre question souvent posée  mais qui n'a encore guère reçue de réponses sérieuses : les femmes qui ont des responsabilité de management se comportent-elles différemment des hommes ? On peut lire beaucoup d'articles sur ce thème vendeur : les femmes seraient plus à l'écoute, plus centrées sur la tache, mais personne n'en sait rien. La plupart du temps ces articles sont basés, au mieux sur des questionnaires à grande échelle, au pire sur des micro-trottoirs et leurs conclusions ne font que révéler et conforter les stéréotypes 

mardi 3 janvier 2017

Les gouvernements Fillon étaient-ils paritaires ?

Sur le site de campagne de François Fillon on  trouve une rubrique spécifique pour les femmes "les femmes avec Fillon", (mais bien entendu, pas de rubrique "les hommes avec Fillon" car les hommes ne sont pas une catégorie, ils sont la société). Il est proposé de créeer des comités de femmes et un ensemble de mesures sont répertoriées dans un document "Pour la liberté des femmes". 

Aujourd'hui je ne parlerai que de la 1er page.  François Fillon a, parait il "une vision sur les enjeux fondamentaux des femmes d’aujourd’hui et son programme en faveur des femmes le démontre. Parce qu’il a souvent manifesté l’importance qu’il accorde aux femmes dans la société."

Parfait,  mais je m'étonne de lire que "pour la première fois en 2007, il a constitué un gouvernement paritaire". Parce que ce n'est vraiment pas le souvenir que j'en ai.

Facile à vérifier, wikipédia est très complet sur le sujet

Lors de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait annoncé un objectif de parité dans ses gouvernements.

Dans le 1er gouvernement Fillon il y a 7 femmes sur 15 ministres (soit presque 50%.  YES !) mais en fait 37% de femmes seulement au total car les 4 secrétaires d'Etat sont des hommes.

Ce premier gouvernement n'a duré qu'1 mois. Ensuite c'est un peu difficile à suivre car il y a eu de nombreux changements. Disons que lors de l'annonce du 2nd gouvernement, la répartition reste assez semblable 8 hommes ministres, 7 femmes mais 12 hommes pour 4 femmes secrétaires d'Etat.

Et les choses ne sont pas allées en s'arrangeant puisqu'en 2010, le dernier gouvernement Fillon comprenait toujours à peu près la même proportion de femmes, mais de postes ministériels elles ont basculé vers des secrétariats d'état. Bref, cela s'est dégradé au fil du temps.

On peut donc en conclure que François Fillon a une vision très approximative de la parité.... ou  une très mauvaise mémoire. 

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