04/09/2018

Poker : jouer avec les stéréotypes

Je vous conseille la lecture de cet article du New-York Times (il est en anglais)

Maria Konnikova est doctrice en psychologie expérimentale (oui, je féminise les mots de façon à ce ce que cela s'entende, ce qui n'est pas le cas de docteure, et je trouve que doctoresse n'et pas fluide ).
Elle a décidé, dans le cadre de ses travaux, d'étudier le poker et a appris pour cela à jouer, pour de vrai. Elle n'y connaissait absolument rien, a pris une année sabbatique pour se former et jouer de façon intensive et elle a mis à peine un an pour gagner 200 000 $.
Son doctorat portait sur la confiance excessive et la prise de décision risquée. Elle explique dans cet interview qu'elle s'intéresse à la façon dont les gens prennent des décisions, et pour elle le poker était un bon exemple de décisions dans lesquelles la chance intervient mais aussi les compétences.
Elle voulait savoir si les personnes ayant une haute confiance en soi prenaient de meilleures décisions dans des conditions risquées. Habituellement, les personnes ayant une bonne confiance en elles font beaucoup mieux que les personnes en ayant peu. Mais c'est moins le cas  dans des environnements imprévisibles comme les jeux, car ces personnes peuvent être trop confiantes et ne prennent pas assez en compte les aléas externes.

En ce qui la concerne, et c'est pour cela que je vous en parle, elle a rapidement su que la première chose que les joueurs remarquaient était son genre. Et qu'ils lui appliquaient tous les stéréotypes habituels. Et quand elle a compris comment ces joueurs voyaient les femmes, elle a su comment jouer contre eux. Et elle a gagné !

Elle explique que
"Il y a des hommes qui préfèrent mourir plutôt que d'être bluffés par une femme. Ils ne se coucheront jamais avec moi parce que c'est un affront à leur masculinité. Je ne les bluffe jamais. Je sais que peu importe la force de ma main, ils vont toujours m'appeler parce qu'ils ne peuvent tout simplement pas plier devant une fille."
"D'autres pensent que les femmes sont incapables de bluffer. Ils pensent que si je parie vraiment avec agressivité, cela signifie que j'ai une main incroyablement forte. Je bluffe ces gens tout le temps"
Elle dit aussi qu'elle a été pas mal harcelée car certains hommes n'acceptent pas qu'une femme s'assoie à une table de poker. Elle a eu sa revanche quand elle a ramassé leurs jetons.

30/08/2018

Décryptage ONPG de l'échange entre MArlène Schiappa et JC Van Damme

A voir sur ce blog de Rhétorique

29/08/2018

La masculinité hégémonique

Je vous ai parlé du post cast "Les couilles sur la table" que je vous recommande chaudement. 

Aujourd'hui je veux parler de l'épisode du 24 mai sur le thème "Pourquoi le sport reste encore un truc de mecs". Victoire Tuaillon y a invité Thierry Terret qui est historien du sport, auteur d'un monumental ouvrage Sport et genre (4 volumes) et coordinateur d'un livre collectif  Sport, genre et vulnérabilité au XXe siècle En réponse aux questions de Victoire Tuaillon sur la présence massive des hommes dans tout ce qui tourne autour du sport il développe longuement le concept de masculinité hégémonique. Il le fait de façon très éclairante.


Le sport est une invention masculine, créée pour développer la sociabilité masculine. Il a été pensé par des hommes, pour des hommes et l'arrivée des femmes n'a pas suffi à en modifier les fondements. Parce que, pour commencer, le sport est un spectacle or les femmes doivent rester discrètes, voire cachées, dans leur univers, elles n'ont pas à investir  l'espace public. Par ailleurs le sport est étroitement associé à la compétition,  celle-ci es l'apanage de  la virilité. Aujourd'hui encore les femmes font du sport mais participent beaucoup moins souvent à des compétitions. 

Sport = masculin = violence = exploits

Mais surtout le sport participe à la construction du modèle de masculinité hégémonique. Celle qui représente l'idéal vers lequel les hommes doivent tendre. Elle varie selon les époques et les lieux mais chaque société construit sa propre norme et tous doivent s'y soumettre. 

Toujours la violence est associée au masculin et le sport est une forme de violence. Envers les autres, mais aussi envers soi-même puisqu'il s'agit de se dépasser, de résister à la douleur. Le sport permet la reconnaissance de l'excellence masculine par la démonstration de sa force, son abnégation, son courage. Toutes qualités qui permettent d'évaluer la virilité. L'exploit sportif est également associée l'exploit sexuel. Il est sous entendu le sportif bénéficie d'une grande puissance sexuelle, d'où la distribution massive de préservatifs lors des grands évènements sportifs.

La maitrise technologique, le sens de la stratégie font également partie de la sémantique sportive et renvoie au masculin. Et l'analyse du vocabulaire employé par les commentateurs sportifs montre à quel point ces caractéristiques : souffrance, dépassement de soi, stratégie sont soulignés pour les sportifs, mais pas pour les sportives. 

De plus le sport ne se joue pas que sur le terrain, il est aussi constitué de tout un environnement qui encourage l'entre-soi masculin et valorise les caractéristiques de cette masculinté hégémonique : vestiaires, 3eme mi-temps, chansons paillardes, référence aux femmes comme à des trophées. 

Or, si ce modèle exclut, de fait, les femmes, il exclut également tous les hommes qui s'éloignent de cette norme. Les terrains de sports restent encore des lieux où les insultes de tarlouzes ou PD sont fréquents.  Il y a donc bien des victimes masculines de cette hégémonie. Les homosexuels en premier lieu, mais aussi tous ceux qui ne sont pas forts, rapides, habiles avec un ballon, qui préfèrent des activités différentes, plus calmes ou contemplatives. Dès la maternelle et le début de la socialisation les petits garçons sont sommés de se mesurer à ces normes. Ceux qui n'y arrivent pas, où qui n'aiment pas ces jeux, ou qui aiment le rose et le disent, ou qui préfèrent jouer avec les filles sont exclus ou moqués. Ce sont de grandes souffrances qui sont ainsi engendrées, souffrances qui peuvent perdurer la vie entière. 

Thierry Terret est cependant assez optimiste car plusieurs études montrent que la tendance est à plus  d'égalite et moins de discrimination

Si vous êtes un homme 

Si vous êtes un homme, et là c'est moi qui poursuis la réflexion, si vous voulez sortir de ce piège comment faire ? 

Pas facile j'en conviens, et beaucoup plus compliqué que porter des chaussures à talon rouge un jour dans l'année en criant qu'on est féministe (d'opérette) !

Les questions que vous pouvez vous poser vous renvoient à l'image que vous avez de vous-même et que les autres ont de vous. 

Vous pouvez vous demander 

1/ en quoi vous contribuez à faire perdurer ce modèle ? En vous y  conformant, en le valorisant, en le proposant à vos garçons ?

2/ comment y résister ?  Et là je suppose que l'inconfort et la peur vous gagnent. Bien sûr vous n'allez pas arrêter de faire du sport, d'être la personne sur qui on compte, celle qui ne pleure jamais . Mais alors ? 

22/08/2018

Pratiquez un sport de combat

Si vous me suivez sur ma page facebook, vous avez certainement remarqué que je partageais régulièrement des évènements de type stages de self-défense. C'est que je suis de plus en plus convaincue que si des hommes agressent physiquement des femmes c'est parce qu'ils pensent, et le plus souvent à raison, qu'elles ne sauront pas se défendre correctement et même qu'elles n'essaieront pas.

Et si les femmes ne se défendent pas c'est 

1/ parce qu'elles ne savent pas comment faire, 

2/ parce qu'elles craignent que cela soit encore pire, en quoi elles n'ont pas tort. On l'a vue récemment avec cette vidéo d'un homme qui frappe une femme en plein Paris, devant témoins, parce qu'elle s'est permise de répondre à ses propos injurieux. 

La supériorité physique masculine est considérée comme incontestable.

Or, si les hommes sont généralement plus grands, plus lourds et plus musclés que les femmes ce n'est pas toujours le cas. Et surtout cela n'est pas suffisant pour qu'ils l'emportent systématiquement, d'autant plus que les femmes ont davantage de résistance notamment en situations extrêmes. Et l'histoire est pleine de combattants à priori plus faibles qui ont fini par l'emporter par l'intelligence, la ruse ou leur détermination.

En fait, si les hommes se sentent tellement sûres d'eux pour attaquer une femme c'est qu'ils ont la certitude que non seulement ils sont plus forts, mais qu'elle n'opposera qu'une faible résistance, voire pas de résistance du tout. Car eux se sont entrainés à la bagarre depuis toujours, eux ont appris que s'affirmer, gagner, faisait partie de leur identité. Non seulement les filles n'apprennent pas à se battre, car ce n'est pas très féminin, mais elles apprennent que, quoi qu'elles fassent elles n'y arriveront pas, et qu'il est préférable de renoncer avant que cela ne tourne mal.

Beaucoup de jeux, notamment  adolescents reposent sur des confrontations physiques au cours desquels les garçons se mettent à plusieurs pour, par exemple, mettre une fille à l'eau. C'est drôle, ça permet de se toucher, mais une fille qui résisterait vraiment serait vite cataloguée comme une pimbêche avec laquelle il n'est pas drôle de jouer. Les filles apprennent ainsi qu'il est préférable, voire inutile de se rebeller. L'inverse peut se produire, mais si le garçon réussit à résister et ne pas aller à l'eau ce sera plutôt à son honneur.

Alors certes le mieux serait que les hommes n'agressent pas les femmes, mais si on peut y travailler, il me parait prudent de se protéger et de leur montrer que nous ne sommes pas un sexe faible comme la société s'emploie à le croire. 

L'importance de s'entrainer

Bref ! je suis désormais certaine, et ça n'a pas toujours été le cas, que les filles et les femmes doivent apprendre à se battre. Il n'est pas question de se lancer à corps perdu dans un combat dangereux en cas d'agression mais déja d'avoir une attitude qui pourra surprendre l'agresseur qui ne s'y attend pas et l'inciter à chercher une proie plus facile. Il s'agit pour cela d'acquérir quelques réflexes utiles. 

J'ai essayé pas mal de choses et personnellement ce que je trouve de plus efficace est le Krav-Maga. Malheureusement il n'y a pas de cours là où j'habite, mais j'ai fait 2 stages et je compte bien continuer. Je me suis aussi mise au Karaté, qui est un sport très différent et beaucoup moins opérationnel mais dont la pratique repose également sur la répétition sans fin des mêmes mouvements jusqu'à ce qu'ils deviennent des réflexes. C'est long !

J'aime beaucoup l'état d'esprit de ces sports. Chacun fait à son niveau et les plus aguerris, loin d'étaler leur supériorité, prennent soin des débutants en se mettant à leur portée.

Pas besoin d'être une grande sportive puisque, par définition, la self défense concerne tout le monde. Dans un stage de Krav maga d'environ 60 participants comme celui que j'ai fait il y a des gens de tous les âges et un peu plus d'hommes mais on n'est pas loin de la parité.

Krav Maga Women protect associaton

J'y ai aussi rencontré des personnes qui ont créée une association Krav-Maga Women protect Charity Association dont le but est de développer les pratiques de self défense auprès des jeunes filles en Inde, pays où les agressions sexuelles sont très fréquentes. L'association enseigne les techniques à des femmes des RED BRIGADES, qui transmettent ensuite ce savoir aux jeunes filles.

Ils voudraient également  développer cet enseignement auprès des fillettes en France.

Vous pouvez adhérer ou les soutenir

13/08/2018

La Une de l'OBS : Etre un homme après #METOO

Si vous n'étiez pas en vacances, loin d'internet, vous avez forcément vu passer cette couverture de l'Obs qui a donné lieu à de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Toutes très négatives.

Si je prends la peine de revenir là dessus c'est que moi je la trouve plutôt interessante.

Que vois-je sur cette photo ?

Un homme, jeune, plutôt beau, torse nu et qui semble bien fichu mais sa position ne cherche pas à mettre en valeur ses muscles et il ne la ramène pas. Il a le regard un peu perdu, pas vraiment triste,  perplexe plutôt. D'après le titre il s'interroge sur ce qu'est "être un homme" de nos jours.
Il est dans une cuisine, qui n'est pas la place habituelle dans laquelle on place les hommes. Le bouquet de fleurs fanées nous donne des indications sur ce qui a pu se passer. Ce qui vient à l'esprit le plus logiquement est que ce bouquet de roses rouges était destiné à une femme, femme absente depuis un certain temps. Et comme il est un homme il ne s'est pas préocuppé du bouquet, ne serait ce que pour le mettre à la poubelle.  Pourtant la cuisine est bien rangée, la vaisselle ne traine pas. On peut donc en déduire qu'il se débrouille. Le chien a cependant l'air un peu inquiet, va-t-il assurer ?

Tout le monde a vu dans cette photo l'idée que l'homme dont la femme s'émancipe se retrouve perdu et que son air, et surtout celui du chien, le montre comme quelqu'un qui se sent victime.

Ce n'est pas du tout ce que j'y vois. Je trouve au contraire que cette couverture est le signe, qu'enfin, la lame de fond féministe de ces dernières années va peut-être arriver à toucher les hommes. Parce que pour l'instant ils sont les grands absents du changement en cours. 

Quel est son problème ?

Il m'arrive fréquemment de donner des conférences, ou de faire des formations sur le thème du plafond de verre et des mécanismes psychosociaux qui maintiennent les inégalités. Toujours, vraiment toujours, il n'y a  qu'une proportion infime d'hommes; de l'ordre de 5 hommes dans une salle de 100 personnes, et il n'est pas rare qu'il n'y en ait pas du tout. Et je ne parle pas des formations, j'ai déja raconté comment j'ai essayé de mettre en place une formation "travailler en mixité" dans laquelle je souhaitais réunir un nombre équivalent d'hommes et de femmes. Cette formation ne s'est pas faite car AUCUN hommes ne s'y est inscrit.

Pourtant, si les femmes, qui ont bien compris désormais qu'elles devaient changer leurs rapports avec les hommes si elles voulaient moins de violences et plus d'égalité, ont concrètement modifié leurs comportements ces dernières années, il reste à ce que les hommes changent les leurs. D'un point de vue systémiques si les femmes changent il va bien falloir qu'ils changent aussi, mais ça risque d'être encore long ! Or, changer une situation qui vous avantage est évidemment une démarche difficile. C'est pourquoi je trouve que l'expression de l'homme sur la photo est tout à fait adaptée. Il comprend qu'un bouquet de fleurs de temps en temps ne suffit plus, et la question fondamentale qui se pose à lui désormais est celle de son propre comportement. Mais quand l'essence de sa personnalité a été construite sur une certaine idée de la virilité qui consiste à prouver en permanence sa puissance : physique, financière, morale, sexuelle sur quoi la refonder ?

Il y a effectivement de quoi être perplexe.

Des articles décevants

Les 3 articles à l'intérieur du magazine sont par contre assez loin de remplir la promesse de la couverture et de nous apporter véritablement matière à réflexion.

Le premier article, très interessant au demeurant est celui d'un journaliste qui a infiltré un stage "Aventure initiatique des nouveaux guerriers". Un stage entre développement personnel et camp scout des années 50. Il s'agit pour les participants de se reconnecter avec leurs émotions, mais aussi de vérifier leur virilité, notamment en restant nus une partie du temps. Une expérience qui permet probablement de comparer les anatomies et de se situer les uns par rapport aux autres. Rien de nouveau sous le soleil.

Le problème de ce stage réside surtout dans le fait de renouer avec cette camaraderie masculine, que les hommes expérimentent déja souvent : dans les vestiaires des stades ou les soirées professionnelles sans femmes, qui restent encore fréquentes. On peut aussi y voir une nostalgie du service militaire, qui permettait de se situer en tant qu'homme. ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le mot Guerriers est dans l'intitulé du stage.

Le second article "Comment élever un garçon ?" pose correctement la problématique mais se contente de recenser des articles  sur le sujet sans approfondir quoi que ce soit. Il n'a donc pas beaucoup d'intérêt. Il y a bien 8 conseils pour les parents, mais pour qui a déja un peu réfléchi à la question il n'y a pas grand chose à en apprendre.

Le 3eme enfin est consternant, l'autrice est une sociologue qui décrit les Incels, ces hommes qui se sentent exclus par les femmes, qu'ils n'arrivent évidemment pas à séduire. Au point de perpétuer des massacres. Le problème est qu'elle semble comprendre leur point de vue et les difficultés relationnelles qu'ils énoncent. Son papier se termine même par une menace qui enjoint aux femmes de prendre en compte le phénomène.

Un sujet qui prend de l'ampleur

En fait, la Une de l'Obs est une preuve supplémentaire que ce thème est en train d'émerger. Pour l'instant, si vous voulez de vraies réflexions,  c'est plutôt du coté de l'audio qu'il faut chercher pour avoir des réflexions de qualité. Des émissions de radios de plus en plus nombreuses parlent de masculinité. 

Il y a eu ces derniers mois de nombreuses émissions sur le thème de la virilité, j'y vois un signe qu'effectivement les choses bougent et c'est bien

12/10/2017

Cantat, ce héros romantique

La publication d'un interview de Bertand Cantat, dans lequel il parle de sa vie, puisqu'il a la chance d'être en vie, et sa photo en couverture des inrocks illustre à la perfection l'une des raisons pour lesquelles le nombre de femmes tuées par leurs conjoints, 123 en 2016, ne diminue pas. Rappelons également que, cette même année, 36 enfants ont été tués par leur père.

En France, lorsqu'une personne est condamnée par un tribunal et fait de la prison, il lui est généralement très difficile de se réinsérer. Difficile de trouver un travail, difficile de reconstituer un réseau social car si sa famille peut le soutenir, ce qui est loin d'être toujours le cas, et quelques amis lui rester fidèles, la plupart de ses anciennes connaissances vont plus ou moins l'éviter. C'est que d'une part perdure une certaine méfiance, d'autre part il n'est guère valorisant d'avoir pour ami un délinquant. Le risque étant en effet de se retrouver assimilé à lui.

On le regrette, tout le monde peut en effet commettre des erreurs et a le droit de reprendre une vie normale après "avoir payé sa dette à la société". Mais il s'agit d'une forme de contrôle social : si certains peuvent être indifférents au fait d'aller en prison, l'idée de susciter l'opprobre, pour soi et sa famille, est dissuasive pour quiconque n'est pas complètement asocial.

Un crime excusé et peu stigmatisant

Mais les hommes qui ont tué leur conjointe, la plupart du temps parce qu'elle menaçait de les quitter, ne sont pas regardés de la même façon que les autres criminels. On parle de crime passionnel, avec l'idée  que si ils ont tués c'est parceque leur passion les a submergés et rendu fous. Ce qui apparait comme une motivation extérieure à eux, rendant même la victime coupable d'avoir suscité un trop grand amour.

En plus ils n'apparaissent pas comme dangereux pour les autres personnes, il suffit de ne pas entrer en relation amoureuse avec eux. Et, avant de se trouver soi-même confrontées à des violences conjugales, toutes les femmes pensent qu'elles ne peuvent aimer que des hommes "biens" et qu'elles ne risquent donc rien.

Tout cela fait  que ces tueurs, une fois sortis de prison, ne sont pas mis au ban de la société comme d'autres criminels. La menace de stigmatisation sociale n'est pas aussi opérante. Elle l'est d'autant moins lorsque ces hommes ont un statut social élevé et de l'argent, ce qui facilite évidemment leur retour dans la société.

Un crime qui n'est pas pris au sérieux

 Ces crimes ne sont pas traités par les médias comme les autres crimes. Au lieu de montrer la violence, le sang, les larmes les journalistes insistent plus souvent sur la motivation futile du criminel et des détails tellement sordides qu'ils en deviennent cocasses

- un homme tue sa femme et la jette dans une poubelle

- un américain tue sa femme parcequ'elle se moquait de lui 

- un homme tue sa femme à coup de robinet

etc, etc. vous pouvez lire ces titres tous les 3 jours.

Il y a là une façon de mettre de la distance entre l'horreur de la réalité, qui n'intéresse pas les médias, et le lecteur qui ne voit qu'un fait divers insolite sans faire le lien avec un phénomène de société. Pourtant, cette femme pourrait être sa fille, son amie, sa voisine mais il ne fait pas le rapprochement puisque l'homme qui a tué est un monsieur tout le monde qui a juste eu la malchance d'être d'être devenu fou d'amour. 

Il y a déja plusieurs années que les mouvements féministes tirent la sonnette d'alarme et demandent aux médias de parler autrement de ces crimes. Sans grand succès. 

Un criminel devenu héros romantique

Mais il y a pire, c'est que l'assassin peut devenir dans l'imaginaire collectif un héros de tragédie, ce n'est pas un hasard si le terme "drame passionnel" est utilisé quasi systématiquement.  Si cet homme est dépassé par ses passions c'est d'abord parce qu'il s'agit d'un être dont la passion déborde la raison. Ce qui constitue l'un des ressort essentiel de toute littérature. 

Un héros qui a été souvent chanté par les poètes.

Je l'aimais tant que pour la garder 
Je l'ai tuée je ne suis qu'un fou 
Un fou d'amour, un pauvre fou 
Qui meurt d'amour


Quand en plus cet homme est un artiste reconnu, et talentueux il faut bien le dire, le tableau est complet. Il entre directement dans la catégorie des artistes maudits. Ceux dont l'inspiration vient du coté sombre de l'âme
On peut noter, et cela fait froid dans le dos, que NOIR DESIR annonçait d'emblée ce coté obscur de sa création artistique. La question se pose alors : sans cette noirceur cet artiste  serait-il l'artiste qu'il est ? Marie Trintignant, sacrifiée sur l'autel du génie !  
Offrir la possibilité à Bertrand Cantat de parler de lui, de sa vision de la vie, de sa trop grande sensibilité, de ses souffrances intimes, c'est contribuer à l'édification de ce modèle de héros romantique.

Pas vraiment dissuassif pour tous les hommes qui se sentent humiliés et dépossédés par le comportement de leur femme. Certains peuvent  préférer passer pour un maudit que pour un homme quitté. Ils sont déjà plus de 100 dans ce cas cette année .

27/06/2017

Un homme au perchoir

Contrairement à ce qui avait été promis, après un homme 1er ministre, un homme chef de groupe à l'Assemblée, voici qu'un autre homme est élu au perchoir.

C'est donc pour François de Rugy qu'ont majoritairement voté ses 301 camarades ayant pris part au scrutin.

Christophe Castaner a indiqué que les députés La république en marche n'avaient pas de consignes, et que c'est un groupe composé à 48% de femmes qui a très largement choisi François de Rugy. C'est un fait démocratique, a-t-il dit. Comme si l'exécutif n'intervenait en rien dans le fonctionnement du groupe. Et d'embrayer sur les prochaines désignations à la Présidence des commissions, qui vont être paritaires. On aura donc peut-être des miettes. 

Nous pouvons tirer quelques enseignements de cette élection.

1er enseignement :  Des députées qui croient que la parité est acquise parce qu'elles sont là

Cette assemblée n'a guère de conscience féministe, sans quoi le fait d'élire une femme leur serait apparu comme primordial, car ça l'était. C'est particulièrement inquiétant de la part d'une génération nouvelle, qui a l'air de croire que l'égalité se fait toute seule, comme par magie. Comme si il n'avait pas fallu lutter pied à pied pour en arriver à 38% de femmes à l'Assemblée.

2eme enseignement : L'égalité oui, mais pas au point de se sacrifier

La parité implique que les hommes laissent des places. C'est bien là que le bât blesse. François de Rugy, qui vient du groupe Europe-Ecologie-Les verts, le plus respectueux jusqu'à présent de la parité, n'était certes pas décidé à laisser sa place à une femme pour appliquer les engagements du candidat Macron. Il avait pourtant tenu quelques propos remarqués lors du débat pour les primaire auquel il a participé, qu'il entendait favoriser l'égalité hommes/femmes et même proposé " qu’il y ait une action de groupe poussée par le défenseur des droits pour que lorsque des femmes dans une ou plusieurs entreprises se sentent victimes d’une inégalité salariale, elles puissent agir en justice de ce point de vue là"

Pour les autres,

3eme enseignement : Comment faire du vieux avec du neuf

Ces nouveaux députés, qui se sont fait élire sur un projet de renouvellement de la vie politique, à qui les électeurs ont fait confiance, malgré leur inexpérience,  ont peur et ont besoin de se rassurer en mettant à leur tête des gens plus expérimentés. C'est l'argument principal qui est donné dans les articles de presse, tant pour l'élection de Richard Ferrand que pour celle de François de Rugy. 

Le monde : "Au sein du groupe majoritaire, composé en grande partie de novices, la candidature de François de Rugy est apparue comme un gage de sécurité pour occuper ce poste aussi prestigieux que stratégique. Alors que l'exécutif communiquait sur sa volonté d'installer une femme à la présidence de l'Assemblée, sa connaissance du fonctionnement de l'Assemblée semble avoir été un facteur décisif". 

Les échos, à propos de Richard Ferrand : " Marie Lebec pointant sa connaissance de la vie parlementaire utile pour encadrer moult novices"

Pas très enthousiasmant pour la suite

4eme enseignement : Femmes, soyez sur la photo ! 

Parmi les députés macronistes, deux femmes avaient pourtant postulé, Sophie Errante et Brigitte Bourguignon. François de Rugy a obtenu 153 voix, contre 59 voix pour Sophie Errante et 54 pour Brigitte Bourguignon. Le quatrième candidat, a obtenu 32 voix.

Sophie Errante et Brigitte Bourguignon ne sont pas des novices, c'est leur deuxième mandat et on peut penser qu'elles en savent suffisamment sur le fonctionnement de l'Assemblée pour occuper le perchoir. Même si François de Rugy a l'avantage d'avoir été vice président. Elles présentent surtout l'inconvénient d'être de parfaites inconnues. Ce qui n'est pas le cas de François de Rugy qui a été candidat à la primaire de la gauche. Un moment certainement pénible, mais payant.

On sait que la politique est un monde difficile, où il faut savoir prendre des risques et des coups. Je ne saurais trop conseiller aux nouvelles députées de veiller à se montrer, ce qui signifie s'exposer aux regards.

2 articles, lus aujourd'hui m'y incitent

Celui-ci de 20 minutes, qui interroge 5 nouveaux députés, avec photos. La journaliste aurait-elle fait preuve de sexisme ? Possible mais je parierais bien que lorsqu'elle a cherché des députés à interviewer, ce sont des hommes qui se sont présentés en premier. Une belle brochette dont on va commencer à connaitre les visages

Et la photo de l'article du Monde, déja cité, je la trouve très parlante

21/06/2017

Censure d'une photo de Simone de Beauvoir nue ?

Une comédienne, dont je n'avais jamais entendu parler, a publié un coup de gueule sur facebook qui a été partagé plus de 100 000 fois. Selon elle l'affiche de son prochain spectacle a été censurée par JC Decaux, les colonnes Morris et le métro parisien. 

Dans un texte violent elle dénonce qu' "Aujourd'hui, en 2017, en France, on censure une photographie d'art, avec un cul innocent, sous prétexte que... que quoi en, en fait ? Qu'un corps de femme c'est sale ? Qu'un corps, tout court, c'est sale ? "

En réalité

Jean-claude Decaux dément avoir censuré cette affiche  et précise qu'ils ont préféré demander l'avis de l'ARPP (Autorité de régulation professionnelle de la publicité). Les annonceurs ont raison d'être prudents car cette photo a déja été publiée en 2008 et à donné lieu à une vive polémique. Les Chiennes de garde avaient manifesté devant le siège du nouvel obs aux cris de "On veut voir les fesses de Jean Daniel"

A l'époque les arguments étaient à peu près inverses de ceux qui sont avancés par Camille Lockhart, il s'agissait de "protester contre l'utilisation du corps de la philosophe pour célébrer sa pensée."

Certes le contexte  est un peu différent puisqu'il s'agit de promouvoir un spectacle sur les correspondances amoureuses de Simone de Beauvoir.

Un bon coup de pub

Pour ma part, cette tribune me parait surtout un coup de pub bien joué puisque tout le monde a désormais entendu parler de ce spectacle, mais je doute que faire un buzz à propos de ses "belles fesses charnues" soit un hommage digne de cette femme de lettres, philosophe engagée. 

J'en profite pour remettre ce texte de Simone de Beauvoir paru dans Le Monde en 1983 : La femme, la pub et la haine

14/06/2017

Sport : comment nier l'effort et les performances

En ce moment dans le métro de Paris, des affiches pour un évènement important.

On pourrait se réjouir de voir qu'une athlète féminine y figure en bonne place.

Mais en fait non, car cette seule image est un condensé de la manière sexiste dont sont traitées les sportives. 

Pour commencer, 4 hommes, 1 femme, cela s'appelle le syndrome de la schtroumpfette. Une seule femme les représente toutes, de façon univoque. 

Et tandis que  hommes sont tous montrés en pleine action, avec les différentes émotions que celle-ci suscite chez eux : la concentration, la joie, la souffrance de l'effort, elle ne fait que présenter sa plastique irréprochable et apparait davantage comme mannequin, que comme athlète de haut niveau.

13/06/2017

Sport : comment rendre les femmes invisibles

C'est simple, en ne les montrant pas. 

Le 10 juin Jelena Ostapenko a gagné Roland Garros, et comme je ne suis pas le sport j'ai même eu du mal à trouver qui avait gagné chez les femmes.

La couverture de l'Equipe le 11, n'y fait pas la moindre allusion, comme si cela n'intéressait personne.

A comparer avec celle du 12. Certes Rafael Nadal a réussit un grand exploit, mais quand même 

24/05/2017

La parité n'était qu'une promesse (billet pessimiste)

Après seulement 2 semaines on peut voir que l'égalité femmes/hommes ne sera certainement pas l'un des grand objectifs de ce quinquennat contrairement  ce qui avait été promis. 

La photo officielle (celle qui est sur le site du gouvernement) annonce déja le programme. Si vous arrivez à la voir Marlène Schiappa est tout en haut, cachée derrière sa collègue de l'enseignement supérieur et de la recherche.  Il est clair que les femmes ne sont pas devant.

Les directeurs de cabinet viennent d'être nommés ou sont en cours de l'être. J'ai fait un petit tableau en indiquant, pour ceux dont j'ai trouvé le nom, il en manque encore quelques uns, leur genre. La réalité est implacable, pour l'instant ont été nommés 15 hommes et 3 femmes.

Inutile d'épiloguer, personne n'a porté attention au respect de la parité à ce niveau. Je n'ai pas poursuivi le tableau avec les adjoints et les membres des cabinets, qui seront limités à 10 pour les ministres, 8 pour les ministres délégués et 5 pour les secrétaires d'Etat, mais je suis bien certaine qu'il y aura une très grande majorité d'hommes. C'est déja le cas dans celui d'Emmanuel Macron.

21/05/2017

Des hordes de harceleurs à Paris ? Quand le féminisme arrange les politiques

Vous l'avez forcément lu ou entendu des quartiers du nord de Paris autour des secteurs La Chapelle et Pajol seraient interdits aux femmes qui y subissent harcèlements et insultes

L'article est ici.

Pompiers pyromanes

Je suis prête à m'insurger contre tout ce qui entrave la liberté de circuler des femmes, à fortiori dans mon pays. Lorsqu'avait éclaté l'affaire des agressions sexuelles à Cologne je m'étais élevée sur ma page Facebook contre les propos de certaines associations féministes qui relativisaient l'évènement au motif que dénoncer de tels actes commis par des étrangers relevait du racisme. Il fallait savoir ce qui s'était vraiment passé. Il me semble d'ailleurs qu'on ne le sait toujours pas très bien.

Mais pour ce qui est de Paris, il se trouve que c'est un quartier dans lequel j'ai passé suffisamment de temps, surtout le soir, souvent jusqu'à l'heure du dernier métro, pour avoir mon propre avis et si je ne prétends pas avoir autant de légitimité que les riveraines il me semble que la problématique mérite autre chose que des articles qui se recopient les uns les autres. 
Je ne m 'y suis jamais sentie plus en insécurité qu'ailleurs dans Paris, je fais attention à mon sac et mon téléphone comme d'habitude, je n'y ai jamais subi de propos mysogines ou sexistes et je n'ai jamais eu d'appréhension à entrer dans un restaurant ou un café. Il faut dire que je ne n'ai ni 20 ans ni 80 ans et ne suis donc pas une cible particulière, mais je suis bien une femme. 

C'est un quartier extrêmement cosmopolite, mais cela ne date pas d'hier. Les épiceries sont presque toutes arabes ou africaines. C'est un quartier où à l'évidence les trafics sont nombreux et où on vous propose tous les 50 mètres des objets ou produits d'origine douteuse. Mais cela ne date pas d'hier non plus, et personne ne semble s'en être préoccupé jusqu'à présent. C'est un quartier phagocyté et pollué par une circulation difficile, qui mériterait certainement d'être repensée.

Ce qui est plus récent, mais ne date pas d'hier non plus, c'est que depuis 2 ans environ, ce quartier est le lieu ou se regroupent les exilés en provenance notamment d'Afrique subsaharienne , Soudan, Érythrée, d'Afghanistan et d'Irak.

Il est rageant de constater que depuis des mois de nombreuses associations et collectifs de riverains dénoncent une situation indécente sans grands échos et qu'il faille utiliser l'argument de victimisation des femmes pour que la toile, les médias et les politiques s'enflamment. Madame Hidalgo déclare sans honte que "la ville et la préfecture ont identifié cette problématique depuis plusieurs semaines", qu'elle a entendu ce cri d'alarme et espère des premiers résultats dès les prochains jours. On devrait s'en réjouir, si on y croyait. Car elle sait parfaitement ce qui se passe dans ce quartier non pas depuis plusieurs semaines mais depuis plusieurs mois et que ce ne sont pas quelques mesurettes, ni rondes de polices, déja très nombreuses sur le secteur qui résoudront des problématiques bien plus profondes. 

Tout le monde a une solution simple à proposer, pour Malek Boutih par exemple il suffit de "dégager tous les gens qui emmerdent les femmes.. d'une manière ou d'une autre". 

Bref, en période de campagne électorale il suffisait aux pompiers pyromanes de lancer une petite allumette pour obtenir un bel incendie.

La Secrétaire d'Etat à l'égalité est évidemment interpellée, j'ai lu sur twitter qu'elle recevrait une association qui lutte contre le harcèlement et je trouve insensé (c'est à dire que cela n'a pas de sens) que ce soit elle qui récupère une problématique qui relève en réalité des ministères de l'intérieur, de l'Europe et des affaires étrangères ainsi que de la Mairie de Paris.

Des hordes d'agresseurs ?

Il importe, pour commencer, de distinguer les différents types d'hommes présents en ces lieux. Il y parmi eux un certains nombres de malfrats, dealers, proxénètes, passeurs qu'il convient de traiter selon la loi. Mais la grandes majorités sont en réalité des exilés qui se regroupent dans ce quartier, n'ont rien d'autre à y faire qu'attendre et ne sont pas une horde de violeurs potentiels comme on essaye de nous le faire croire.

Personnellement j'ai commencé à m'intéresser à ce qui se passait dans ce quartier un soir, glacial, de mars 2016, quand descendant à la station Stalingrad j'ai vu une centaine d'hommes, allongés sur des cartons. Certains n'avaient même pas de sac de couchage alors qu'il gelait. J'ai du me pincer pour être certaine que j'étais bien à Paris et au 21eme siècle.

Par la suite j'ai suivi, de près ou de loin les multiples cycles : créations d'un camp, toujours dans ce même secteur, évacuation par les forces de polices quand le camp dépassait les 1000 personnes, période de flottement pendant lesquels les gens se dispersaient dans différents endroits, puis re-création d'un camp etc... la dernière évacuation, d'un camp à Porte de La Chapelle, date de la semaine dernière car la structure d'accueil de la mairie de paris est notoirement insuffisante.

Alors oui il y a en permanence des groupes, importants, d'hommes qui traînent dans ce quartier et c'est effectivement assez dérangeant de passer au milieu pour une femme. Alors oui il y a de la violence et de nombreuses bagarres entre les communautés. Ces gens font la queue pour manger ce que des associations ou des bénévoles leur apportent, pour avoir des vêtements ou un savon. Mais, non, la très grande majorité d'entre eux n'ont rien d'agressif et sont même, pour peu qu'on veuille bien les regarder comme des êtres humains, plutôt enclin à la conversation car ils sont complètement dépendants des personnes de bonnes volontés qui les aident comme elles peuvent et leur en sont plutôt reconnaissants. 

Il y a même de vrais endroits de convivialité, à la rotonde de Stalingrad par exemple ou des bénévoles dispensent chaque jour des cours de français à de nombreux élèves assidus. 

A lire :  Chaque soir je suis prof de français bénévole pour les réfugiés

Pourquoi ce quartier ?

Ce quartier présente plusieurs caractéristiques. tout d'abord il est près de la gare de l'Est ou arrivaient ceux qui avaient emprunté la route des balkans  et près de la gare du Nord d'où partaient ceux qui voulaient aller en Angleterre.

Une autre raison est que se trouve à proximité, à Jaurès, la plate forme par laquelle doivent passer tous ceux qui veulent demander l'asile en France à partir de l'ile de France. Or, celle-ci, dont la gestion a été confiée à une association France Terre d'Asile, a pour tache d'accorder des RDV avec la Préfecture, mais elle le fait avec parcimonie sur instruction même de la préfecture qui peut ainsi produire des statistiques respectant le délai de 10 jours fixé par la loi . Résultat il y a en permanence sur le trottoir des personnes qui attendent plusieurs jours, dorment, se lavent sur place et passer devant eux est une expérience que je conseille à tous les parisiens. On peut avoir peur, on se demande surtout comment une grande puissance mondiale peut en arriver là.

Enfin, ce quartier a, de par sa composition cosmopolite, un seuil de tolérance certainement très élevé. Je serais curieuse de savoir ce qui se passerait si la Mairie osait placer ce genre d'équipements (ci-dessous), en nombre toujours insuffisants qui plus est, dans le 16eme ou le 7eme arrondissements.

Et si aujourd'hui on écoute celles qui se rebiffent les journalistes pourraient aussi s'intéresser à toutes celles et ceux qui, nombreux,  se sont organisés pour distribuer des repas, des savonnettes, des couvertures ou des bouteilles d'eau mais ne font pas le buzz.

Ou sont les femmes ?

Le constat d'aujourd'hui, de tous ces hommes dans la rue pose une question. N'y aurait il que des hommes à quitter des pays en guerre, des dictatures sanguinaires ? Non bien sûr.

Alors où sont les femmes ?

Certes elles sont un peu plus facilement mises à l'abri et il y a en France quelques structures qui s'occupent d'elles en priorité. A Calais un espace leur était réservé, interdit d'accès aux hommes. Certes, lorsqu'elles ont un abri elles y restent car il vaut mieux pour elles ne pas trainer dans la rue.

Mais la dure réalité est que beaucoup d'entre elles ont déja été victimes, avant même d'arriver en France, ou après (!) des réseaux de prostitution.

Les solutions proposées

Demain on va nous annoncer une multiplication des controles de police, alors qu'ils sont déja extrêmement nombreux et visent seulement à empêcher les migrants de rester sur place, ou à harceler les bénévoles qui distribuent de la nourriture.

A plusieurs reprises l'aménagement des trottoirs a été évoqué, ce qui a fait se gausser twitter "comme si les trottoirs étaient responsables". Eh bien oui il y a un problème avec les trottoirs. Car chaque fois qu'un camp a été évacué des grilles ont été disposées pour empêcher un nouveau camp de se reconstituer. Ce qui fait que tous les espaces de ce quartier qui servaient pour les marchés, pour les jeux d'enfants et procuraient un peu de convivialité ont été rendus inutilisables. C'est notamment le cas de tout l'espace situé sous le métro aérien. Ils ne reste plus que les trottoirs pour circuler ceux-ci étant étroits et coincés à coté d'une circulation dense.

Réduire le nombre de migrants dans ce secteur ? Mais c'est comme vider la mer avec une cuillère. Le camp de la porte de la chapelle qui devait résoudre ce problème s'est rapidement révélé sous-dimensionné. Procéder à des évacuations plus régulières ? Probablement, encore faudrait il savoir ce que deviennent réellement les personnes ainsi transférées en Province et de toute façon on constate que de nombreux exilés reviennent à Calais ou à Paris, car ils ont un objectif de regroupement ou se retrouvent trop isolés dans des campagnes où ils peinent à imaginer un avenir .

J'attends de ce gouvernement qu'il prenne enfin la mesure de ce grave problème, qu'il sorte de la réthorique de l'appel d'air qui voudrait que si on accueille trop bien les gens ce sera une incitation à venir pour d'autres. Le seul résultat tangible de cette théorie, vigoureusement défendue par Bernard Cazeneuve, est pour l'instant d'avoir fourni un discours porteur au Front national.

J'attends de ce gouvernement qu'il ramène cette question au coeur de la politique Européenne, et qu'il modifie le positionnement de la France vis à vis de la Grande Bretagne . J'attends de ce gouvernement de ne plus avoir honte lorsque je marche dans les rue du quartier Pajol/ La chapelle. 

(Toutes les photos, prise en 2016 ou 2017, sont les miennes et ne sont pas libre de droits)

08/05/2017

L'arrivée des trentenaires dans les coulisses du pouvoir favorisera la parité (billet optimiste)

Emmanuel Macron a annoncé qu'il serait vigilant sur l'égalité hommes/femmes et que ce serait même l'une des priorités de son action. Et l'on peut compter sur Marlène Schiappa référente En marche sur l'égalité pour faire avancer ce sujet, d'une part elle connait parfaitement toutes ces questions et les enjeux qu'elles recouvrent, d'autre part elle a  toujours démontré un dynamisme assez exceptionnel.

Je reviendrai ultérieurement sur LE sujet qui n'a pas été, à mon avis suffisamment pris en compte dans cette campagne, qui est celui de la dévalorisation des métiers typiquement féminins, et notamment tous ceux qui relèvent du soin. 

Il est par contre un domaine pour lequel cette élection devrait apporter, presque incidemment, une nette amélioration c'est celui de la parité pour de nombreux postes,  pour peu qu'il y soit prêté attention.

L'élection d'Emanuel Macron est peut être avant tout le coup de force d'une génération, éduquée, ouverte sur le monde, se sentant  européenne et parlant anglais, à l'aise avec le numérique et comprenant tout ce qu'il change en bien et en mal. Une génération ne supportant plus que le pouvoir soit confisqué par des sexagénaires peut disposés à le lâcher autrement qu'au compte-gouttes, des sexas qui fonctionnent avec des idées qui datent au mieux de 68 et des règles dignes de la 4eme république. A la différence de la génération précédente, celle des jeunes quinquas, qui attendent depuis des années en acceptant tant bien que mal ces règles, et qui viennent peut-être bien de voir passer leur tour, la génération Macron a bousculé le jeu et rebat les cartes.

De nombreux changements devraient donc être opérés dans les équipes ministérielles, à l'assemblée (aidés en cela par la loi de non cumul qui entre en vigueur dans un silence étonnant) ou  dans les états-majors locaux. 

Dans cette génération nouvelle les garçons et les filles devraient donc, logiquement, à condition que ceux qui les nomment y prennent garde, se retrouver en parité. Pas seulement au gouvernement comme annoncé, mais à tous les niveaux, dans les cabinets, les commissions, les groupes de travail etc.

Car il est évident qu'il est désormais trop tard pour les générations précédentes dans lesquelles les femmes sont trop peu nombreuses à être parvenus à des postes élevés. On le voit bien lorsque les commentateurs essayent de deviner la composition du futur gouvernement, les noms masculins se bousculent ce qui est loin d'être le cas pour les femmes, notamment lorsque l'on souhaite qu'elles aient déja une expérience politique confirmée. 

Il conviendra ensuite de veiller à ce que ces jeunes progressent équitablement dans leurs carrières, sans que les femmes ne se trouvent pénalisées par leur vie conjugale, leurs maternités ou une moindre reconnaissance. 

On peut cependant être assez confiant dans la mesure où tout le travail des mouvements féministes depuis 6 ou 7 ans a considérablement préparé ce terrain, notamment auprès des trentenaires qui ont conscience des pièges qui les attendent.

      Photo : ENA Promotion Leopold Sedar Senghor 2004.  On ne parle aujourd'hui que de garçons dans cet article de l'obs

29/04/2017

La féminité comme argument électoral

Vous avez déja tout lu là-dessus et je ne vais pas vous le répéter, le programme du Front National est le moins féministe qui soit. Cela n'empêche pas Marine Le Pen de jouer à fond la carte de la féminité. son affiche de campagne pour le 2eme tour des élections présidentielles est remarquable en ce sens. 

A plus d'un titre.

Certes les graphistes semblent avoir un peu forcé sur photoshop en la rajeunissant et en la mincissant de façon trop visible. N'empêche que c'est une affiche particulièrement pensée.

Son argument principal : la féminité.

La difficulté pour une femme politique est toujours de donner une impression suffisante d'autorité, ce qui n'est pas accordé facilement aux femmes, sans avoir l'air d'en faire trop, ce qui leur est toujours reproché. En 2007, Ségolène Royal n'avait pas bien réussi à se sortir de ce dilemme, au grand plaisir de Nicolas Sarkozy qui n'avait pas manqué, lors du débat télévisé,  de railler sa perte de calme lorsqu'elle avait joué la colère. 

Son affiche de campagne du 2nd tour marque bien cette difficulté. Le choix avait été fait d'une sobriété extrême. Mais n'est-elle pas trop souriante ? Ne l'est-elle pas trop  et fait elle assez présidente ? 

Marine Le Pen n'a pas ce problème, en plus d'incarner un parti autoritaire, elle bénéficie d'une voix grave et d' un charisme certain qui ne mettent guère en doute son autorité. Et c'est même plutôt l'inverse, être une femme lui permet d'adoucir le parti dont son père avait fait un repoussoir pour la majorité des français. Comme chacun sait les femmes sont plus douces et moins dangereuses que les hommes.

C'est donc cette carte qui est jouée à fond sur cette affiche. Visage grave, à peine souriant mais plus doux que dure et surtout une posture qui ne pourrait en aucun cas être celle d'un homme politique .

Des inspirations présidentielles

Habituellement les portraits des candidats sont des gros plan ou des plans américains (coupé à mi-cuisse) , il est rare qu'il descendent en dessous. On peut d'ailleurs noter que les plans américains sont plutôt utilisés pour les portraits des Présidents élus que pour ceux des candidats. Cette affiche est déja presque celle d'une élue.

L'autre aspect qui est censé la rendre présidentiable est cette bibliothèque derrière elle. Moins formelle que celle de l'Elysée, mais qui la rappelle nettement.

Mais il ne suffit pas d'être une femme pour avoir l'air féminine, il faut également respecter certains codes. Ce qu'elle fait ici. Par sa tenue, une jupe, qui dévoile un genou. Selon un tweet  d'Alex Sulzer, journaliste politique à l'Express, "Montrer la cuisse de Marine a été discuté. C'est un parti pris assumé et un message subliminal par rapport à l'islam", dit-on dans le staff", dont acte, mais c'est surtout une belle affirmation du fait qu'elle est une femme car aucun homme ne pourrait faire la même chose.

La posture également est très inhabituelle. Le fait d'être assise de façon assez détendue,  sur un bureau, et surtout la façon de croiser les mains. En cherchant j'ai trouvé un autre portrait officiel avec un homme politique qui croise les mains ( ce qui ne signifie évidemment pas qu'il n'y en pas d'autre) mais la posture globale est beaucoup plus rigide. Croiser les mains, comme croiser les jambes en s'asseyant, sont des attitudes des femmes, pas des hommes.

ou pas...

J'ai cherché si d'autres sources d'inspirations avaient été uilisées, notamment dans les séries qui décrivent le monde politique. 

Ce n'est pas chez Borgen dont les affiches montrent plutôt comment une femme doit s'aguerrir dans un monde d'homme

Par contre, il y a cette photo de Claire Underwood (que j'adore évidemment comme tous les fans de la série) , dans House of Cards. 

13/04/2017

Pas de statut pour la première dame ?

Le pure player Cheek magazine a publié un article prônant la fin du statut de première dame. C'est que les français ne sont pas insensibles au sujet. On pourrait d'ailleurs parler des conjoints hommes ou femmes, mais pour l'instant le cas "homme" ne s'est pas présenté.

Rappelons que, justement, aucun statut n'existe et que chacune, depuis Yvonne De Gaulle, s'est débrouillée comme elle a pu pour continuer à exister. Cheek magazine en conclut  qu'elle ne sert à rien concrètement. "… Si ce n’est poser dans les magazines people et serrer des paluches en affichant un sourire radieux. Si, juridiquement, la première dame n’existe pas -elle ne dispose d’aucun statut officiel dans la Constitution-, elle coûte pourtant cher à la France".

Plus loin "Venue tout droit de la monarchie, la première dame symbolise à elle seule tout le sexisme de notre société, remplissant tour à tour les rôles de mère, d’épouse et de femme-objet. Pour celle dont la fonction principale est de poser à côté de son président de mari, c’est l’apparence qui prime. Elle doit être belle, bien habillée, élégante, classe, forte et douce à la fois. En somme, elle doit représenter la France sans avoir l’air d’une Marianne aux sein nus, mais plutôt d’une Marie fidèle et sage. Le président l’affiche comme étant le gage de son inévitable hétérosexualité et de sa prétendue fidélité. Bref, la première dame est sans doute l’un des concepts les plus conservateurs de la Ve République."

Je trouve que c'est aller un peu vite en besogne et faire ce qui s'appelle jeter le bébé avec l'eau du bain.

Des femmes objets ?

Bernadette Chirac, Valérie Trierweiller, Carla Bruni des femmes objets ? Sérieusement ? 
Certes elle accompagne son mari, mais François Hollande a prouvé que cela n'avait rien d'obligatoire et que tout le monde s'accommodait très bien de le voir seul. Sauf les journalistes en mal de scoop.  Je suis même assez convaincue que la France s'habituerait assez facilement à un Président ou une Présidente homosexuel-le.

On s'attend, il est vrai, lorsqu'elle est présente, à ce qu'elle assume dignement la fonction et soit plutôt élégante. D'autant plus que Paris, capitale de la mode, a une réputation à tenir. On attend d'ailleurs la même chose du Président mais on se soucie moins de sa beauté. Remarquons que ce serait l'inverse dans le cas d'une femme présidente, c'est encore de son physique à elle que l'on se préoccuperait le plus. Ce n'est donc pas spécifique à la fonction.

De toute façon, hormis peut être Carla Bruni et Valérie Trierweiller,  elles n'ont généralement guère surjoué le glamour.

Des mères et des épouses ?

A moins de remettre en cause l'un des fondements de notre société, ce que l'on pourrait faire mais ce n'est pas ici l'objet, acceptons de considérer le fait que ces premières dames ont choisi de vivre en couple avec un homme.

Toute proportion gardée, parmi les questions qui se posent à eux, il y a donc la même que celle qui se pose à tous les couples :  comment concilier vie privée, vie affective et vie professionnelle ?

Multipliée par 1000.

Comment conserver une vie privée lorsqu'il faut vivre dans un palais plein de monde, lorsque l'un est en permanence surbooké, dérangé à tout moment, et dont les déplacements sont innombrables ? Et d'autant plus, bien sûr, si des enfants sont là (je veux dire avant qu'ils n'aient l'âge d'être attachés parlementaires), ils ont droit à la présence de leur père. C'était le cas de Nicolas Sarkozy, et même de François Mitterand avec Mazarine, ce serait celui de Benoit Hamon si il était élu.

Quel modèle pour les français ? celui d'un sacrifice obligatoire de toute vie familiale pour qui veut réussir, avoir du pouvoir ? On ne s'étonnera pas après cela que les cadres qui demandent à faire des heures raisonnables dans leurs entreprises ne soient pas bien considérés. L'exemple venant d'en haut il serait au contraire beaucoup plus intéressant de montrer qu'un bon équilibre doit être recherché. Ce qu'ont semblé réussir, dans un contexte différent les Obama. 

Vous vous souvenez peut être aussi de l'engouement qu'avait suscité en 2000 l'idée que Tony Blair pourrait prendre un congé parental à la naissance de son 4eme enfant. Ce qu'il n'a malheureusement pas fait.

Et sa vie à elle ?

Comme dans de nombreux couples se pose aussi la question de la gestion des doubles carrières. Ce n'est jamais simple lorsque celles-ci sont très prenantes, mais ça l'est encore moins lorsque tout ce que fait l'un est évalué à l'aune des fonctions de l'autre

Plusieurs choix semblent envisageables mais il semble bien que pour l'instant aucune solution vraiment satisfaisante n'ait été trouvée.

Elle peut décider de se consacrer entièrement à la carrière de son mari.

Ce qui présente quand même l'avantage d'approcher les arcanes du pouvoir et de vivre, même si c'est indirectement, des moments exceptionnels. D'en retirer aussi quelques honneurs. Mais ce sera toujours un second rôle, guère valorisé, avec le risque  de se faire traiter "d'objet sexuel" et de parasite couteux. 
Il faudrait pourtant reconnaitre que Cécilia et Carla Bruni ont largement contribué à l'ascension et à l'image de Nicolas Sarkozy, que Valérie Trierweiler a été longtemps le principal soutien de François Hollande en qui personne d'autre ne croyait, et que, d'après ce que l'on en sait, Emmanuel Macron n'en serait pas là sans son épouse.
Au final, le risque est toujours le même pour les femmes qui renoncent à leur propre parcours : celui de se retrouver sans rien en cas de séparation. Mais, à la différence de toutes les autres, elles peuvent toujours écrire un livre.
C'est aussi ce qu'est en train de payer Pénélope Fillon qui a accepté de n'exister qu'à travers l'activité de son mari (ce qui n'excuse pas d'éventuelles malversations)

Elle peut  choisir de conserver son propre cap.

C'est le choix qu'à fait l'épouse de Benoit Hamon. On ne voit pas effectivement pourquoi elle renoncerait à son métier si celui-ci lui convient. Mais, et c'est la principale raison pour laquelle un statut de conjoint est nécessaire, on lui reprochera à un moment ou à un autre de profiter de la situation de son mari : soit à l'occasion d'une nomination ou d'une promotion, soit parce qu'elle sera détentrice d'informations confidentielles.  Il faut donc lister ce qui est possible et ce qui ne l'est pas afin de prévenir les conflits d'intérêt et les suspicions de passe droit. Valérie Trierweiler a été en grande partie empêchée de poursuivre son métier de journaliste politique. On comprend qu'elle en ait conçu de l'aigreur.
 

Elle peut se consacrer à de grandes causes

Comme Danielle Mitterand et sa fondation ou Bernadette Chirac et les pièces jaunes. Encore faut-il qu'elle y trouve un intérêt.  Michèle Obama avait certainement les compétences et le charisme  nécessaire pour des missions d'une envergure plus grande que la lutte contre l'obésité.

Elle peut  vouloir être ignorée en tant que femme de

Cela ne semble possible que dans le cas d'un couple non marié, mais il est très intéressant d'observer que François Hollande a à peu près réussi, malgré les difficultés, à conserver une grande discrétion sur ces relations avec Julie Gayet. C'était également le cas de François Mitterand dans sa relation avec Anne Pingeot, mais pour d'autres raisons.

En résumé

Il  ne me semble pas juste de maintenir ce non dit pudique sur la première dame, ou le premier homme, et faire comme si elle n'existait pas, au motif qu'elle n'a pas de statut. Parce que elle existe quand même .

31/03/2017

Les jeux traditionnels des cours de récréation

Je continue ma série de dessins sur ce qui se passe à l'école. Ils sont réunis sur Pinterest 

30/03/2017

Leur corps expliqué aux enfants

L'une des polémiques du jour sur twitter concerne un livre qui vient d'être publié avec pour auteurs Laure Monloubou dessinatrice, et Michel Cymes  le docteur bien connu qui passe à la télé.

Les pages concernant les organes reproducteurs sont critiquées et je trouve qu'il y a de quoi. J'ai, sur ma page facebook, partagé un statut, qui décrit très bien le problème mais il a eu assez peu d'écho ; mystère des algorithmes. Je prends donc le temps d'en faire un vrai billet car je trouve qu'il y a de quoi, d'autant plus que sur twitter Michel Cymes lui-même a refusé d'aborder sérieusement la question traitant avec mépris celles qui l'interpellaient. 

 

Je précise que j'ai repris les photos trouvée sur facebook et twitter n'ayant pas ce livre en ma possession (et pas l'intention de l'acheter)

Je rappelle que le titre de cet ouvrage est "Leur corps expliqué aux enfants"

En gros les filles n'ont pas d'organes reproducteurs puisque la zézette se réduit à la seule fonction urinaire. Il n'est même pas fait mention de l'utérus.  

Voici la description qui figure en dessous de l'image du garçon.

Le zizi, ou pénis comme disent les adultes, ne se trouvent que chez les hommes, petits et grands. Il est relié aux testicules qui produisent les spermatozoïdes qui serviront à faire des bébés plus tard. Les testicules ne supportant pas la chaleur sont placés en dehors du corps. Le pénis est aussi relié à la vessie qui est la poche contenant le pipi. Le pipi passe par un tuyau, l'urêtre, et sort par un petit trou situé au bout du gland. Certains glands sont recouvert par de la peau. C'est le prépuce. D'autres zizis n'ont plus cette peau. Avec ou sans cette peau le zizi fait pipi, c'est le plus important.
Parfois le zizi devient dur et pourtant il n'y a pas d'os., C'est parce qu'il se remplit de sang. C'est très bien cela prouve qu'on est en bonne santé.

Voici celle qui figure en dessous de l'image de la fille.

Quand on est un garçon on a un zizi et quand on est une fille on a une zézette, ou cocotte ou minou.

Remarquez déja qu'on ne sait pas comment les adultes nomment cette partie du corps.

C'est par là qu'on fait pipi. Personne ne doit toucher à la zézette d'une petite fille ou le zizi d'un petit garçon, sauf papa ou maman pour les laver si ils ne peuvent pas le faire tous seuls.

Et c'est tout ! 

Une petite fille qui aurait la curiosité de comprendre sa vulve avec cette description pourrait en conclure logiquement que le vagin sert à faire pipi puisque la sortie de l'urètre n'est guère perceptible. 

Sur  la page suivante le sexe du petit garçon est détaillé, ce qui n'est pas le cas pour la fille a qui on explique qu'elle doit s'essuyer correctement les fesses pour ne pas attraper de maladies.

On en est donc encore là en 2017

Et c'est regrettable que cela provienne de l'ouvrage de quelqu'un d'influent.

Les garçons ont un pénis qui est décrit et expliqué. Les filles n'ont rien d'autre qu'un orifice qui sert à faire pipi. On croirait du Freud . Depuis quelques temps la description et le fonctionnement du clitoris ont fait l'objet de nombreux articles. Mais on s'aperçoit que, bien en amont, le mot vulve semble un gros mot et que la description de celle-ci est sans objet, puisque invisible.

Serais-je malade docteur Cyme ? 

14/03/2017

Comment éviter de se fâcher avec la terre entière en devenant parent ?

C'est sur twitter que j'ai commencé à discuter avec Béatrice Kammerer. Elle est une participante active du blog collectif  Les vendredis intellos et Présidente de l'association du même nom. Il s'agit de partager des lectures sur l'éducation, la parentalité et plus généralement l'enfance. Un blog qui remplace les polémiques par des réflexions argumentées. Pour l'avoir rencontrée depuis IRL, je confirme que c'est une intello.

Elle vient de sortir un livre et m'a accordé un entretien. J'en suis pas peu fière car demain  c'est au micro de france-inter qu'elle cause dans La tête au carré.

1/ Que est le sujet de ton livre ?

Le projet du livre, c'est de tenter de populariser les savoirs en éducation et parentalité d'une manière aussi accessible, ludique mais aussi rigoureuse qu'on pourrait le faire dans d'autres domaines scientifiques où la vulgarisation est une habitude plus ancrée. Cela implique de rompre avec le ton infantilisant et injonctif qu'on retrouve souvent dans les livres destinés aux parents, pour viser plutôt le renforcement du pouvoir d'agir. Le but est que chacun puisse faire de manière éclairée les choix qui lui semblent justes compte tenu de son histoire, sa famille, son enfant.

J'ai donc choisi de partir des "questions qui fâchent", celles qui s'étalent dans les magazines spécialisés, dans les émissions de télévision ou qui alimentent les conflits entre amis et en famille. L'idée n'est pas de dire qui a "raison" ou "tort" mais d'adopter une posture de déconstruction : pourquoi ces questions sont-elles si épidermiques ? Dans quelle filiation d'idées peut-on les replacer? Quels sont les arguments en présence? Quels groupes d'influence les soutiennent? Et quels modèles, représentations, enjeux sont-ils sous tendus? 

2/ est ce qu'il s'adresse davantage aux mères ?

 Clairement, non. L'objectif de ce livre est non seulement de revendiquer haut et fort que la parentalité et l'éducation concernent autant les pères que les mères, mais plus encore que ce sont d'abord et surtout des questions de société. Cela correspond d'ailleurs à deux réalités qu'on oublie trop souvent.

La première, c'est qu'il faut tout un village pour élever un enfant (et à ce titre, les acteurs éducatifs sont bien plus divers que les "parents" au sens strict de l'Etat civil!). Et la seconde, c'est que le regard que pose une société sur sa jeunesse influe bien au delà des bornes de cet âge: par exemple, les normes liées à la procréation s'exercent sur toutes et tous, parents ou non; de même que notre façon d'appréhender l'autonomie de l'enfant, ses apprentissages, l'affirmation de ses goûts et de ses idées en disent long sur les normes, les peurs, les rapports de domination, les espoirs de notre société. 

3/ peux ton dire que c'est un livre féministe ?

Oui! En tout cas, c'est une préoccupation qui a été continue tout au long de l'écriture. Il y a tout d'abord l'attention que nous avons portée dans nos formulations à inclure pères et mères, à rester vigilantes face aux normes hétérosexuelles et conjugales qui sont souvent très présentes dans les écrits liés à la parentalité, à limiter les formulations au masculin-générique, à féminiser les titres professionnels, ainsi qu'à choisir des exemples concrets qui éviteraient de renforcer les stéréotypes de genre.

Et puis il y a surtout les éléments de savoir que nous avons abordés tout au long de cet ouvrage et qui nous semblent des sujets majeurs du féminisme: histoire de l'avortement et de la contraception, histoire des féminismes, accouchement respecté et violences obstétricales, "instinct" paternel et maternel,inégalités professionnelles et domestiques, lutte contre les stéréotypes de genre dans l'éducation, etc.

02/03/2017

Égalité filles garçons à l'école. Comportement 1.


La semaine dernière le haut conseil à l'égalité a rendu publique un énième rapport sur la nécessité d'engager un plan d'action visant à ce que les garçons et les filles soient traitées de façons égales et équitables à l'école. Car il y a plusieurs dizaines d'années que l'on sait que les enseignants n'interragissent pas de la même façon avec les filles et les garçons, où que les interactions entre les élèves reproduisent les stéréotypes.
Rapport du haut conseil à l'égalité pour la formation des enseignants
A peu près au même moment une revue scientifique a publié une étude montrant que dès âge de 6 ans les filles  considèrent que l'intelligence est une qualité masculine.
Comment les complexes viennent aux filles

On ne compte plus les rapports et circulaires sur le sujet émis par le ministère de l'éducation nationale. Vous en trouverez la liste dans ce rapport de 2013. On y voit la preuve d'un adage connu, rien de tel pour enterrer un problème que de créer une commission ou faire un rapport. 

Bref, il semble que les choses ont peu évolué. 

J'ai donc décidé d'apporter à mon tour ma contribution. Au fil des semaines je me lance dans la diffusion d'une série de croquis expliquant un par un tous ces mécanismes.
COmme j'ai peur que tout cela ne soit pas bien lisible sur le blog j'ai créé un tableau sur Pinterest. il est ICI


26/02/2017

Comment est traité le thème du viol au cinéma

ATTENTION, ce billet spoile 4 films

Ces derniers mois j'ai vu plusieurs films qui ont pour thème, direct ou indirect, des viols et j'ai pu voir qu'il y a différentes façon de le faire, qui ne sont pas anodines évidemment.  

L'un est réalisé par un homme ELLE de Paul Verhoeven , 2 autres par des femmes Voir du pays de Delphine et Muriel Coulin, Les Innocentes de Anne Fontaine,  et j'ajoute Déesses indiennes en colère de Pan Nalin, qui est un homme. Autant le dire d'emblée la façon dont le film de Verhoeven aborde le sujet est très différente des autres films cités, et me pose problème. 

Montrer ?

Il n'y a que dans Elle que l'acte sexuel soit montré, avec complaisance et à plusieurs reprises alors qu'il est extrêmement violent. Une image fugace permet de deviner ce qui se passe dans Voir du pays. Aucune scène de sexe dans les 2 autres films, le spectateur n'en a pas besoin pour savoir.

Pulsion individuelle ou transgression collective ?

Dans ELLE le violeur obéit à des pulsions dont on ne connait d'ailleurs pas la raison. C'est comme ça et ce n'est la faute de personne. Le reste du temps il est un mari respectueux et un voisin serviable. Dans les autres films le viol est un phénomène de groupe. Des situations où les règles de la société peuvent être transgressées car le contexte les a délitées. Et chaque fois pour les hommes il s'agit, plus que de satisfaire un besoin sexuel, d'asseoir leur pouvoir et de vérifier leur puissance : les militaires en repos en Crète ne supportent pas que leurs collègues femmes flirtent avec des étrangers, les jeunes indiens ne supportent pas qu'un groupe de jeunes femmes s'amusent seules, quand aux soldats des innocentes ils font ce que font les soldats qui conquièrent un territoire ils violent les femmes et disséminent leurs gènes.


Que fait la société ?

Si Michèle portait plainte dans ELLE nul doute que la police rechercherait, arrêterait et condamnerait le coupable. Dans les autres films la société regarde ailleurs et les victimes doivent se débrouiller pour gérer la situation. Dans tous les cas elles sont fortement pénalisées et toute leur vie en est changée sans que personne ne s'en préoccupe. Dans Voir du pays Aurore décide de quitter l'armée, sans même savoir ce qu'elle va faire et personne ne cherchera à connaitre les motifs de sa décision


La position de victimes

ELLE adopte un point de vue psychanalytique, non seulement Michèle ne porte pas plainte mais elle succombe au charme de son voisin, et après avoir découvert qu'il était son agresseur elle continue à se retrouver seule avec lui. Elle a une histoire personnelle très lourde et c'est comme si elle avait besoin d'expier quelque chose qu'elle n'a pas fait (en gros). Les innocentes annonce clairement dans son titre que les religieuses n'ont rien fait d'autre qu'être là et sans défense. Le sujet des 2 autres films n'est pas le viol mais plutôt ce que la société des hommes fait aux femmes, en général et pas seulement du point de vue du sexe , et comment elles essayent de s'en dépétrer, de faire avec, de lutter contre comme elles peuvent.

Solution individuelle ou collective

Dans ELLE Michèle tient à gérer le problème seule et c'est tout juste si elle en parle à son entourage. Dans voir du pays les 3 filles sont ensembles mais chacune se retrouve face à son avenir et choisit ensuite sa propre voie, dans les Innoncentes ou les déesses la situation devient gérable lorsque le groupe adopte une réaction collective. A ce moment là les femmes reprennent leur vie en main et deviennent puissantes.



Pour conclure je dois dire que, si j'adore Isabelle Huppert et que je trouve son Cesar mérité, si je reconnais que l'intrigue de ELLE est plutôt bien ficelée et le film bien maitrisé et peux justifier un César je m'étonne du peu d'articles quand au sujet du film lui-même. Et je sais qu'il faut davantage de femmes réalisatrices pour apporter le point de vue des femmes sur les sujets de société. 


- page 3 de 60 -