29/04/2017

La féminité comme argument électoral

Vous avez déja tout lu là-dessus et je ne vais pas vous le répéter, le programme du Front National est le moins féministe qui soit. Cela n'empêche pas Marine Le Pen de jouer à fond la carte de la féminité. son affiche de campagne pour le 2eme tour des élections présidentielles est remarquable en ce sens. 

A plus d'un titre.

Certes les graphistes semblent avoir un peu forcé sur photoshop en la rajeunissant et en la mincissant de façon trop visible. N'empêche que c'est une affiche particulièrement pensée.

Son argument principal : la féminité.

La difficulté pour une femme politique est toujours de donner une impression suffisante d'autorité, ce qui n'est pas accordé facilement aux femmes, sans avoir l'air d'en faire trop, ce qui leur est toujours reproché. En 2007, Ségolène Royal n'avait pas bien réussi à se sortir de ce dilemme, au grand plaisir de Nicolas Sarkozy qui n'avait pas manqué, lors du débat télévisé,  de railler sa perte de calme lorsqu'elle avait joué la colère. 

Son affiche de campagne du 2nd tour marque bien cette difficulté. Le choix avait été fait d'une sobriété extrême. Mais n'est-elle pas trop souriante ? Ne l'est-elle pas trop  et fait elle assez présidente ? 

Marine Le Pen n'a pas ce problème, en plus d'incarner un parti autoritaire, elle bénéficie d'une voix grave et d' un charisme certain qui ne mettent guère en doute son autorité. Et c'est même plutôt l'inverse, être une femme lui permet d'adoucir le parti dont son père avait fait un repoussoir pour la majorité des français. Comme chacun sait les femmes sont plus douces et moins dangereuses que les hommes.

C'est donc cette carte qui est jouée à fond sur cette affiche. Visage grave, à peine souriant mais plus doux que dure et surtout une posture qui ne pourrait en aucun cas être celle d'un homme politique .

Des inspirations présidentielles

Habituellement les portraits des candidats sont des gros plan ou des plans américains (coupé à mi-cuisse) , il est rare qu'il descendent en dessous. On peut d'ailleurs noter que les plans américains sont plutôt utilisés pour les portraits des Présidents élus que pour ceux des candidats. Cette affiche est déja presque celle d'une élue.

L'autre aspect qui est censé la rendre présidentiable est cette bibliothèque derrière elle. Moins formelle que celle de l'Elysée, mais qui la rappelle nettement.

Mais il ne suffit pas d'être une femme pour avoir l'air féminine, il faut également respecter certains codes. Ce qu'elle fait ici. Par sa tenue, une jupe, qui dévoile un genou. Selon un tweet  d'Alex Sulzer, journaliste politique à l'Express, "Montrer la cuisse de Marine a été discuté. C'est un parti pris assumé et un message subliminal par rapport à l'islam", dit-on dans le staff", dont acte, mais c'est surtout une belle affirmation du fait qu'elle est une femme car aucun homme ne pourrait faire la même chose.

La posture également est très inhabituelle. Le fait d'être assise de façon assez détendue,  sur un bureau, et surtout la façon de croiser les mains. En cherchant j'ai trouvé un autre portrait officiel avec un homme politique qui croise les mains ( ce qui ne signifie évidemment pas qu'il n'y en pas d'autre) mais la posture globale est beaucoup plus rigide. Croiser les mains, comme croiser les jambes en s'asseyant, sont des attitudes des femmes, pas des hommes.

ou pas...

J'ai cherché si d'autres sources d'inspirations avaient été uilisées, notamment dans les séries qui décrivent le monde politique. 

Ce n'est pas chez Borgen dont les affiches montrent plutôt comment une femme doit s'aguerrir dans un monde d'homme

Par contre, il y a cette photo de Claire Underwood (que j'adore évidemment comme tous les fans de la série) , dans House of Cards. 

13/04/2017

Pas de statut pour la première dame ?

Le pure player Cheek magazine a publié un article prônant la fin du statut de première dame. C'est que les français ne sont pas insensibles au sujet. On pourrait d'ailleurs parler des conjoints hommes ou femmes, mais pour l'instant le cas "homme" ne s'est pas présenté.

Rappelons que, justement, aucun statut n'existe et que chacune, depuis Yvonne De Gaulle, s'est débrouillée comme elle a pu pour continuer à exister. Cheek magazine en conclut  qu'elle ne sert à rien concrètement. "… Si ce n’est poser dans les magazines people et serrer des paluches en affichant un sourire radieux. Si, juridiquement, la première dame n’existe pas -elle ne dispose d’aucun statut officiel dans la Constitution-, elle coûte pourtant cher à la France".

Plus loin "Venue tout droit de la monarchie, la première dame symbolise à elle seule tout le sexisme de notre société, remplissant tour à tour les rôles de mère, d’épouse et de femme-objet. Pour celle dont la fonction principale est de poser à côté de son président de mari, c’est l’apparence qui prime. Elle doit être belle, bien habillée, élégante, classe, forte et douce à la fois. En somme, elle doit représenter la France sans avoir l’air d’une Marianne aux sein nus, mais plutôt d’une Marie fidèle et sage. Le président l’affiche comme étant le gage de son inévitable hétérosexualité et de sa prétendue fidélité. Bref, la première dame est sans doute l’un des concepts les plus conservateurs de la Ve République."

Je trouve que c'est aller un peu vite en besogne et faire ce qui s'appelle jeter le bébé avec l'eau du bain.

Des femmes objets ?

Bernadette Chirac, Valérie Trierweiller, Carla Bruni des femmes objets ? Sérieusement ? 
Certes elle accompagne son mari, mais François Hollande a prouvé que cela n'avait rien d'obligatoire et que tout le monde s'accommodait très bien de le voir seul. Sauf les journalistes en mal de scoop.  Je suis même assez convaincue que la France s'habituerait assez facilement à un Président ou une Présidente homosexuel-le.

On s'attend, il est vrai, lorsqu'elle est présente, à ce qu'elle assume dignement la fonction et soit plutôt élégante. D'autant plus que Paris, capitale de la mode, a une réputation à tenir. On attend d'ailleurs la même chose du Président mais on se soucie moins de sa beauté. Remarquons que ce serait l'inverse dans le cas d'une femme présidente, c'est encore de son physique à elle que l'on se préoccuperait le plus. Ce n'est donc pas spécifique à la fonction.

De toute façon, hormis peut être Carla Bruni et Valérie Trierweiller,  elles n'ont généralement guère surjoué le glamour.

Des mères et des épouses ?

A moins de remettre en cause l'un des fondements de notre société, ce que l'on pourrait faire mais ce n'est pas ici l'objet, acceptons de considérer le fait que ces premières dames ont choisi de vivre en couple avec un homme.

Toute proportion gardée, parmi les questions qui se posent à eux, il y a donc la même que celle qui se pose à tous les couples :  comment concilier vie privée, vie affective et vie professionnelle ?

Multipliée par 1000.

Comment conserver une vie privée lorsqu'il faut vivre dans un palais plein de monde, lorsque l'un est en permanence surbooké, dérangé à tout moment, et dont les déplacements sont innombrables ? Et d'autant plus, bien sûr, si des enfants sont là (je veux dire avant qu'ils n'aient l'âge d'être attachés parlementaires), ils ont droit à la présence de leur père. C'était le cas de Nicolas Sarkozy, et même de François Mitterand avec Mazarine, ce serait celui de Benoit Hamon si il était élu.

Quel modèle pour les français ? celui d'un sacrifice obligatoire de toute vie familiale pour qui veut réussir, avoir du pouvoir ? On ne s'étonnera pas après cela que les cadres qui demandent à faire des heures raisonnables dans leurs entreprises ne soient pas bien considérés. L'exemple venant d'en haut il serait au contraire beaucoup plus intéressant de montrer qu'un bon équilibre doit être recherché. Ce qu'ont semblé réussir, dans un contexte différent les Obama. 

Vous vous souvenez peut être aussi de l'engouement qu'avait suscité en 2000 l'idée que Tony Blair pourrait prendre un congé parental à la naissance de son 4eme enfant. Ce qu'il n'a malheureusement pas fait.

Et sa vie à elle ?

Comme dans de nombreux couples se pose aussi la question de la gestion des doubles carrières. Ce n'est jamais simple lorsque celles-ci sont très prenantes, mais ça l'est encore moins lorsque tout ce que fait l'un est évalué à l'aune des fonctions de l'autre

Plusieurs choix semblent envisageables mais il semble bien que pour l'instant aucune solution vraiment satisfaisante n'ait été trouvée.

Elle peut décider de se consacrer entièrement à la carrière de son mari.

Ce qui présente quand même l'avantage d'approcher les arcanes du pouvoir et de vivre, même si c'est indirectement, des moments exceptionnels. D'en retirer aussi quelques honneurs. Mais ce sera toujours un second rôle, guère valorisé, avec le risque  de se faire traiter "d'objet sexuel" et de parasite couteux. 
Il faudrait pourtant reconnaitre que Cécilia et Carla Bruni ont largement contribué à l'ascension et à l'image de Nicolas Sarkozy, que Valérie Trierweiler a été longtemps le principal soutien de François Hollande en qui personne d'autre ne croyait, et que, d'après ce que l'on en sait, Emmanuel Macron n'en serait pas là sans son épouse.
Au final, le risque est toujours le même pour les femmes qui renoncent à leur propre parcours : celui de se retrouver sans rien en cas de séparation. Mais, à la différence de toutes les autres, elles peuvent toujours écrire un livre.
C'est aussi ce qu'est en train de payer Pénélope Fillon qui a accepté de n'exister qu'à travers l'activité de son mari (ce qui n'excuse pas d'éventuelles malversations)

Elle peut  choisir de conserver son propre cap.

C'est le choix qu'à fait l'épouse de Benoit Hamon. On ne voit pas effectivement pourquoi elle renoncerait à son métier si celui-ci lui convient. Mais, et c'est la principale raison pour laquelle un statut de conjoint est nécessaire, on lui reprochera à un moment ou à un autre de profiter de la situation de son mari : soit à l'occasion d'une nomination ou d'une promotion, soit parce qu'elle sera détentrice d'informations confidentielles.  Il faut donc lister ce qui est possible et ce qui ne l'est pas afin de prévenir les conflits d'intérêt et les suspicions de passe droit. Valérie Trierweiler a été en grande partie empêchée de poursuivre son métier de journaliste politique. On comprend qu'elle en ait conçu de l'aigreur.
 

Elle peut se consacrer à de grandes causes

Comme Danielle Mitterand et sa fondation ou Bernadette Chirac et les pièces jaunes. Encore faut-il qu'elle y trouve un intérêt.  Michèle Obama avait certainement les compétences et le charisme  nécessaire pour des missions d'une envergure plus grande que la lutte contre l'obésité.

Elle peut  vouloir être ignorée en tant que femme de

Cela ne semble possible que dans le cas d'un couple non marié, mais il est très intéressant d'observer que François Hollande a à peu près réussi, malgré les difficultés, à conserver une grande discrétion sur ces relations avec Julie Gayet. C'était également le cas de François Mitterand dans sa relation avec Anne Pingeot, mais pour d'autres raisons.

En résumé

Il  ne me semble pas juste de maintenir ce non dit pudique sur la première dame, ou le premier homme, et faire comme si elle n'existait pas, au motif qu'elle n'a pas de statut. Parce que elle existe quand même .

31/03/2017

Les jeux traditionnels des cours de récréation

Je continue ma série de dessins sur ce qui se passe à l'école. Ils sont réunis sur Pinterest 

30/03/2017

Leur corps expliqué aux enfants

L'une des polémiques du jour sur twitter concerne un livre qui vient d'être publié avec pour auteurs Laure Monloubou dessinatrice, et Michel Cymes  le docteur bien connu qui passe à la télé.

Les pages concernant les organes reproducteurs sont critiquées et je trouve qu'il y a de quoi. J'ai, sur ma page facebook, partagé un statut, qui décrit très bien le problème mais il a eu assez peu d'écho ; mystère des algorithmes. Je prends donc le temps d'en faire un vrai billet car je trouve qu'il y a de quoi, d'autant plus que sur twitter Michel Cymes lui-même a refusé d'aborder sérieusement la question traitant avec mépris celles qui l'interpellaient. 

 

Je précise que j'ai repris les photos trouvée sur facebook et twitter n'ayant pas ce livre en ma possession (et pas l'intention de l'acheter)

Je rappelle que le titre de cet ouvrage est "Leur corps expliqué aux enfants"

En gros les filles n'ont pas d'organes reproducteurs puisque la zézette se réduit à la seule fonction urinaire. Il n'est même pas fait mention de l'utérus.  

Voici la description qui figure en dessous de l'image du garçon.

Le zizi, ou pénis comme disent les adultes, ne se trouvent que chez les hommes, petits et grands. Il est relié aux testicules qui produisent les spermatozoïdes qui serviront à faire des bébés plus tard. Les testicules ne supportant pas la chaleur sont placés en dehors du corps. Le pénis est aussi relié à la vessie qui est la poche contenant le pipi. Le pipi passe par un tuyau, l'urêtre, et sort par un petit trou situé au bout du gland. Certains glands sont recouvert par de la peau. C'est le prépuce. D'autres zizis n'ont plus cette peau. Avec ou sans cette peau le zizi fait pipi, c'est le plus important.
Parfois le zizi devient dur et pourtant il n'y a pas d'os., C'est parce qu'il se remplit de sang. C'est très bien cela prouve qu'on est en bonne santé.

Voici celle qui figure en dessous de l'image de la fille.

Quand on est un garçon on a un zizi et quand on est une fille on a une zézette, ou cocotte ou minou.

Remarquez déja qu'on ne sait pas comment les adultes nomment cette partie du corps.

C'est par là qu'on fait pipi. Personne ne doit toucher à la zézette d'une petite fille ou le zizi d'un petit garçon, sauf papa ou maman pour les laver si ils ne peuvent pas le faire tous seuls.

Et c'est tout ! 

Une petite fille qui aurait la curiosité de comprendre sa vulve avec cette description pourrait en conclure logiquement que le vagin sert à faire pipi puisque la sortie de l'urètre n'est guère perceptible. 

Sur  la page suivante le sexe du petit garçon est détaillé, ce qui n'est pas le cas pour la fille a qui on explique qu'elle doit s'essuyer correctement les fesses pour ne pas attraper de maladies.

On en est donc encore là en 2017

Et c'est regrettable que cela provienne de l'ouvrage de quelqu'un d'influent.

Les garçons ont un pénis qui est décrit et expliqué. Les filles n'ont rien d'autre qu'un orifice qui sert à faire pipi. On croirait du Freud . Depuis quelques temps la description et le fonctionnement du clitoris ont fait l'objet de nombreux articles. Mais on s'aperçoit que, bien en amont, le mot vulve semble un gros mot et que la description de celle-ci est sans objet, puisque invisible.

Serais-je malade docteur Cyme ? 

14/03/2017

Comment éviter de se fâcher avec la terre entière en devenant parent ?

C'est sur twitter que j'ai commencé à discuter avec Béatrice Kammerer. Elle est une participante active du blog collectif  Les vendredis intellos et Présidente de l'association du même nom. Il s'agit de partager des lectures sur l'éducation, la parentalité et plus généralement l'enfance. Un blog qui remplace les polémiques par des réflexions argumentées. Pour l'avoir rencontrée depuis IRL, je confirme que c'est une intello.

Elle vient de sortir un livre et m'a accordé un entretien. J'en suis pas peu fière car demain  c'est au micro de france-inter qu'elle cause dans La tête au carré.

1/ Que est le sujet de ton livre ?

Le projet du livre, c'est de tenter de populariser les savoirs en éducation et parentalité d'une manière aussi accessible, ludique mais aussi rigoureuse qu'on pourrait le faire dans d'autres domaines scientifiques où la vulgarisation est une habitude plus ancrée. Cela implique de rompre avec le ton infantilisant et injonctif qu'on retrouve souvent dans les livres destinés aux parents, pour viser plutôt le renforcement du pouvoir d'agir. Le but est que chacun puisse faire de manière éclairée les choix qui lui semblent justes compte tenu de son histoire, sa famille, son enfant.

J'ai donc choisi de partir des "questions qui fâchent", celles qui s'étalent dans les magazines spécialisés, dans les émissions de télévision ou qui alimentent les conflits entre amis et en famille. L'idée n'est pas de dire qui a "raison" ou "tort" mais d'adopter une posture de déconstruction : pourquoi ces questions sont-elles si épidermiques ? Dans quelle filiation d'idées peut-on les replacer? Quels sont les arguments en présence? Quels groupes d'influence les soutiennent? Et quels modèles, représentations, enjeux sont-ils sous tendus? 

2/ est ce qu'il s'adresse davantage aux mères ?

 Clairement, non. L'objectif de ce livre est non seulement de revendiquer haut et fort que la parentalité et l'éducation concernent autant les pères que les mères, mais plus encore que ce sont d'abord et surtout des questions de société. Cela correspond d'ailleurs à deux réalités qu'on oublie trop souvent.

La première, c'est qu'il faut tout un village pour élever un enfant (et à ce titre, les acteurs éducatifs sont bien plus divers que les "parents" au sens strict de l'Etat civil!). Et la seconde, c'est que le regard que pose une société sur sa jeunesse influe bien au delà des bornes de cet âge: par exemple, les normes liées à la procréation s'exercent sur toutes et tous, parents ou non; de même que notre façon d'appréhender l'autonomie de l'enfant, ses apprentissages, l'affirmation de ses goûts et de ses idées en disent long sur les normes, les peurs, les rapports de domination, les espoirs de notre société. 

3/ peux ton dire que c'est un livre féministe ?

Oui! En tout cas, c'est une préoccupation qui a été continue tout au long de l'écriture. Il y a tout d'abord l'attention que nous avons portée dans nos formulations à inclure pères et mères, à rester vigilantes face aux normes hétérosexuelles et conjugales qui sont souvent très présentes dans les écrits liés à la parentalité, à limiter les formulations au masculin-générique, à féminiser les titres professionnels, ainsi qu'à choisir des exemples concrets qui éviteraient de renforcer les stéréotypes de genre.

Et puis il y a surtout les éléments de savoir que nous avons abordés tout au long de cet ouvrage et qui nous semblent des sujets majeurs du féminisme: histoire de l'avortement et de la contraception, histoire des féminismes, accouchement respecté et violences obstétricales, "instinct" paternel et maternel,inégalités professionnelles et domestiques, lutte contre les stéréotypes de genre dans l'éducation, etc.

02/03/2017

Égalité filles garçons à l'école. Comportement 1.


La semaine dernière le haut conseil à l'égalité a rendu publique un énième rapport sur la nécessité d'engager un plan d'action visant à ce que les garçons et les filles soient traitées de façons égales et équitables à l'école. Car il y a plusieurs dizaines d'années que l'on sait que les enseignants n'interragissent pas de la même façon avec les filles et les garçons, où que les interactions entre les élèves reproduisent les stéréotypes.
Rapport du haut conseil à l'égalité pour la formation des enseignants
A peu près au même moment une revue scientifique a publié une étude montrant que dès âge de 6 ans les filles  considèrent que l'intelligence est une qualité masculine.
Comment les complexes viennent aux filles

On ne compte plus les rapports et circulaires sur le sujet émis par le ministère de l'éducation nationale. Vous en trouverez la liste dans ce rapport de 2013. On y voit la preuve d'un adage connu, rien de tel pour enterrer un problème que de créer une commission ou faire un rapport. 

Bref, il semble que les choses ont peu évolué. 

J'ai donc décidé d'apporter à mon tour ma contribution. Au fil des semaines je me lance dans la diffusion d'une série de croquis expliquant un par un tous ces mécanismes.
COmme j'ai peur que tout cela ne soit pas bien lisible sur le blog j'ai créé un tableau sur Pinterest. il est ICI


26/02/2017

Comment est traité le thème du viol au cinéma

ATTENTION, ce billet spoile 4 films

Ces derniers mois j'ai vu plusieurs films qui ont pour thème, direct ou indirect, des viols et j'ai pu voir qu'il y a différentes façon de le faire, qui ne sont pas anodines évidemment.  

L'un est réalisé par un homme ELLE de Paul Verhoeven , 2 autres par des femmes Voir du pays de Delphine et Muriel Coulin, Les Innocentes de Anne Fontaine,  et j'ajoute Déesses indiennes en colère de Pan Nalin, qui est un homme. Autant le dire d'emblée la façon dont le film de Verhoeven aborde le sujet est très différente des autres films cités, et me pose problème. 

Montrer ?

Il n'y a que dans Elle que l'acte sexuel soit montré, avec complaisance et à plusieurs reprises alors qu'il est extrêmement violent. Une image fugace permet de deviner ce qui se passe dans Voir du pays. Aucune scène de sexe dans les 2 autres films, le spectateur n'en a pas besoin pour savoir.

Pulsion individuelle ou transgression collective ?

Dans ELLE le violeur obéit à des pulsions dont on ne connait d'ailleurs pas la raison. C'est comme ça et ce n'est la faute de personne. Le reste du temps il est un mari respectueux et un voisin serviable. Dans les autres films le viol est un phénomène de groupe. Des situations où les règles de la société peuvent être transgressées car le contexte les a délitées. Et chaque fois pour les hommes il s'agit, plus que de satisfaire un besoin sexuel, d'asseoir leur pouvoir et de vérifier leur puissance : les militaires en repos en Crète ne supportent pas que leurs collègues femmes flirtent avec des étrangers, les jeunes indiens ne supportent pas qu'un groupe de jeunes femmes s'amusent seules, quand aux soldats des innocentes ils font ce que font les soldats qui conquièrent un territoire ils violent les femmes et disséminent leurs gènes.


Que fait la société ?

Si Michèle portait plainte dans ELLE nul doute que la police rechercherait, arrêterait et condamnerait le coupable. Dans les autres films la société regarde ailleurs et les victimes doivent se débrouiller pour gérer la situation. Dans tous les cas elles sont fortement pénalisées et toute leur vie en est changée sans que personne ne s'en préoccupe. Dans Voir du pays Aurore décide de quitter l'armée, sans même savoir ce qu'elle va faire et personne ne cherchera à connaitre les motifs de sa décision


La position de victimes

ELLE adopte un point de vue psychanalytique, non seulement Michèle ne porte pas plainte mais elle succombe au charme de son voisin, et après avoir découvert qu'il était son agresseur elle continue à se retrouver seule avec lui. Elle a une histoire personnelle très lourde et c'est comme si elle avait besoin d'expier quelque chose qu'elle n'a pas fait (en gros). Les innocentes annonce clairement dans son titre que les religieuses n'ont rien fait d'autre qu'être là et sans défense. Le sujet des 2 autres films n'est pas le viol mais plutôt ce que la société des hommes fait aux femmes, en général et pas seulement du point de vue du sexe , et comment elles essayent de s'en dépétrer, de faire avec, de lutter contre comme elles peuvent.

Solution individuelle ou collective

Dans ELLE Michèle tient à gérer le problème seule et c'est tout juste si elle en parle à son entourage. Dans voir du pays les 3 filles sont ensembles mais chacune se retrouve face à son avenir et choisit ensuite sa propre voie, dans les Innoncentes ou les déesses la situation devient gérable lorsque le groupe adopte une réaction collective. A ce moment là les femmes reprennent leur vie en main et deviennent puissantes.



Pour conclure je dois dire que, si j'adore Isabelle Huppert et que je trouve son Cesar mérité, si je reconnais que l'intrigue de ELLE est plutôt bien ficelée et le film bien maitrisé et peux justifier un César je m'étonne du peu d'articles quand au sujet du film lui-même. Et je sais qu'il faut davantage de femmes réalisatrices pour apporter le point de vue des femmes sur les sujets de société. 


16/02/2017

Communautés d'agglomerations ou le contournement de parité

Ces photos sont celles qu'on trouve sur google en cherchant qui sont les présidents et vice-président des communautés d'agglomération. Je ne vais pas faire de statistiques elles sont suffisamment éloquentes.

Elles sont surtout la preuve que sans lois spécifiques la parité est inateignable et que le législateur doit en permanence faire preuve de vigilance, car ceux que l'on sort par la porte entrent par la fenêtre.

Non parité des élus

Les communautés d'agglomération sont des regroupements de communes qui ont compétence pour intervenir dans de nombreux domaines. Leur nombre a été multiplié par 2 en 15 ans.  Elles sont dirigées par un conseil communautaire composé des conseillers municipaux des communes membres.

Depuis 2014 chaque commune est représentée au conseil communautaire par un nombre de représentants tenant compte de sa population

  • commune de moins de 1000 habitants : les représentants de la commune au conseil communautaire sont les membres du conseil municipal désignés dans l'ordre du tableau. Il n'y a donc pas d'élection directe de leurs représentants au conseil de l'intercommunalité dont elles sont membres, mais, en fonction du nombre de représentants attribués à la commune, le maire, des maires-adjoints et éventuellement des conseillers municipaux sont de droit membres du conseil communautaire 
  • commune de plus de 1 000 habitants : les conseillers communautaires sont élus lors des élections municipales, en même temps et sur la même liste de candidats que les conseillers municipaux. Les bulletins de vote de ces communes comprennent, dans leur partie gauche, la liste des candidats au conseil municipal, et, dans la partie droite, la liste des candidats au conseil communautaire

    On voit tout de suite que les représentants des communes de moins de 1000 habitants sont de fait majoritairement des hommes puisque ce sont eux qui sont le plus souvent en tête de leur liste. 

Non parité des exécutifs

Mais ce n'est pas tout. Les conseils désignent ensuite leur exécutif, c'est à dire un bureau composé d'un président et plusieurs vice-présidents. Rappelons qu'après les premières lois sur la parité des conseils locaux (municipaux, régionaux) qui prévoyaient un nombre égal d'hommes et de femmes il a fallu préciser dans la loi que les listes devaient être établies selon le principe dit "chabada", c'est à dire alterner les 2. Sinon les hommes étaient placés en début de liste et les femmes après. Il a ensuite fallu, en 2007, qu'une loi supplémentaire impose également l'alternance dans les listes pour l'élection de l'exécutif   (tous les détails sur ces lois  ici) sinon ceux-ci comprenaient peu de femmes .
Mais les conseils communautaires semblent avoir été oubliés. Alors, même dans de grosses agglomérations,  on reste vraiment loin de la parité.  Voici quelques exemples, ceux sont ceux qui me sont tombés sous la souris, vous n'aurez pas de mal à en trouver d'autres, à commencer par celui de votre ville certainement. Je doute qu'il y ait beaucoup d'exeptions.  ParisOrléans , Montreuil , Lyon , Saint Etienne
Chassez le naturel....

11/02/2017

Incidence des vêtements sur la vie des enfants

En une image, quelques détails auxquels on ne prête pas attention mais qui ne sont pas sans conséquences. Ils ont une incidence sur le temps nécessaire à l'habillage et sur la façon dont ils favorisent l'activité physique.

05/02/2017

Pénelope ou le repos du guerrier

Le plus incroyable est que le prénom de madame Fillon soit Pénélope, une héroïne qui attend toute sa vie le retour de son époux à la maison et dont le travail est inutile puisqu'elle défait la nuit ce qu'elle a fait le jour.

Toute cette histoire a le mérite mettre en lumière la façon dont notre système politique répartit les tâches, c'est à dire à peu près comme dans les années 50. 

Les hommes politiques (je parle ici de ceux qui ont des mandats importants) ont besoin d'une femme, pour leur image et pour gérer leur foyer

Une épouse pour l'image

Avoir une famille unie serait un gage de bonne santé mentale. Celle-ci doit remplir plusieurs critères : l'épouse doit être belle, distinguée, fidèle et dévouée, les enfants doivent être nombreux et bien propres. On sait que plus les hommes ont des postes élevés, plus ils ont d'enfants. C'est évidemment l'inverse pour les femmes.

Slate. Sept 2014 : Avoir un enfant est bon pour votre carrière (si vous êtes un hommes)


Comme le dit lui-même François Fillon "Pour bien gouverner il faut être équilibré". L'idée est de démontrer qu'il est capable de créer autour de lui le monde rêvé qu'il promet par sa politique et qu'il n'a pas l'esprit perturbé par des problèmes domestiques qui l'empêcheraient de se consacrer à sa mission.

Pourtant, les français, à la différence des américains sont tolérants sur le sujet. 

Une épouse pour gérer le quotidien

La valeur travail est l'un des thèmes centraux de cette campagne. Le problème est que nous utilisons le même mot pour décrire des activités très différentes. 

Travailler ce peut être porter des parpaings toute le journée, être assise devant une caisse au supermarché, enchainer des réunions, lire ou écrire des rapports ou serrer des mains en mangeant des petits fours. 

L'engagement physique et intellectuel n'est pas le même, l'ennui et la fatigue non plus. Or tous ceux qui prennent la parole et qui organisent la société ne connaissent  le travail que dans ce qu'il a de plus épanouissant et gratifiant. Alors bien sûr ils ne comptent pas leurs heures et passent beaucoup de temps loin de la maison. C'est d'autant plus facile qu'ils ne prennent pas les transports en commun comme tous le monde. A la rigueur le train mais avec un chauffeur qui les attends à l'arrivée. Personnellement je suis bien convaincue que beaucoup de choses iraient mieux si on supprimait toutes les voitures de fonction et chauffeurs de nos élus. 

Ils ont donc besoin que quelqu'un assure la logistique du foyer, parce que même pour ceux qui ont du personnel il faut qu'une personne manage l'ensemble et assure une présence affective auprès des enfants lorsqu'il y en a (voir plus haut). Une étude récente montrait que la plupart des hommes qui réussissent une carrière ont une femmes qui a  renoncé à ses propres ambitions. 

Libération nov 2014. Beaucoup de hauts fonctionnaires doivent leur carrière à une femme exeptionnelle
Il faut d'ailleurs reconnaitre que François Hollande a fonctionné un peu différemment. Ségolène Royal, la mère de ses enfants, n'a pas eu à renoncer à sa carrière. Ensuite, il a vraisemblablement souhaité que Valérie Trierweiler puisse continuer sa propre carrière de journaliste, ce qui n'a pas été possible, d'autant plus que la dame elle même semblait avoir la prétention de jouer un rôle de première dame, qui n'existe pas en France. Enfin il assume le fait de ne pas disposer présentement d'un foyer "équilibré".

Une épouse comme havre de paix

Une expression française parle de la femme comme "le repos du guerrier", cela sous entend d'une part qu'elle se doit de créer un cadre agréable et serein (permettant notamment un délassement d'ordre sexuel, mais pas que), d'autre part que l'homme est, en dehors de la maison, un guerrier.

Et c'est bien là qu'est le problème. La politique est considérée comme une guerre, mais entendons nous bien c'est d'une guerre d'égos qu'il s'agit plus que d'une guerre contre la pollution ou la pauvreté ou ce genre de choses. C'est aussi ce qui explique cette nécessité d'être toujours sur le pont, présent partout, participer à toutes les décisions. Le risque étant que quelqu'un d'autre occupe le terrain et prenne la bonne place.

Pour résister à une telle tension, ces héros ont besoin d'une personne compréhensive et qui ne rajoute pas des problèmes supplémentaires (pas comme une Valérie Trierweiler par exemple).

En résumé, la femme et la famille idéales pour nos hommes politiques c'est à peu près ça

30/01/2017

Parité pour les législatives. Pourquoi si peu de femmes ?

Vous l'avez peut-être vu, Emmanuel Macron cherche des femmes qui veuillent se présenter aux élections législatives sous sa bannière.

La semaine dernière il a ouvert les candidatures et sollicité la société civile. Hier il a lancé un appel aux femmes car elles ne représentent, pour l'instant que 15% des candidatures, ce qui est vraiment peu. 

Je ne roule pour personne, mais pour la première fois  il semble que ces élections permettront, à condition bien entendu qu'Emmanuel Macron soit élu, de renouveler enfin le personnel politique de ce pays et d'améliorer la représentation féminine. Il insiste sur le renouvellement et la parité et semble déterminé à tenir ce cap. C'est possible pour lui car le mouvement "En marche !" n'a pas d'élus à replacer, de militants dévoués à qui l'on a promis un siège, ni de susceptibilités à ménager. On n'est pas prêtes de retrouver pareille occasion, c'est donc le moment si cela vous dit un tant soit peu de tenter votre chance. GO !

Mais pourquoi si peu de femmes ?

C'est sans surprises ;  les raisons sont connues et Emmanuel Macron en fait lui même l'analyse dans la vidéo.

1/ Les femmes se sentent moins légitimes pour de tels postes qui, dans l'imaginaire collectif sont masculins  (pour connaitre l'imaginaire collectif fermez les yeux et pensez à un député. Vous comprenez en même temps l'importance de la féminisation des titres). Elles imaginent qu'être députée nécessitent des compétences techniques qu'elles n'ont pas. C'est la même raison qui fait que l'Assemblée nationale ne compte que très peu d'ouvriers ou de caissières. Pourtant les femmes sont aujourd'hui plus diplômées que les hommes.

2/ Les femmes ont a coeur de concilier leur vie professionnelle et leur vie privée et rechignent à passer trop de temps loin de leur famille, notamment lorsqu'elles ont des enfants. D'autant plus qu'on ne manquera pas de les culpabiliser sur le fait qu'elles les abandonnent. Ce que personne n'a jamais reproché à un homme. C'était l'un des thèmes majeurs des campagnes anti-suffragettes du 20me siècle et il en reste quelque chose.  (vous pouvez retrouver d'autres affiches sur les suffragettes dans mon pinterest ) . Or une campagne électorale nécessite le sacrifice de ces soirées et week end pendant plusieurs mois, ensuite le job se tient en partie à Paris et nécessite de nombreux déplacements. 

3/ Elles constatent que la politique est un monde violent et n'ont pas envie de prendre des coups, et encore moins d'en donner. D'autant plus qu'elles ont plus à perdre en terme de réputation ou d'image personnelle que les hommes. D'une part elles savent que si leur vie privée est étalée il ne leur sera rien pardonné et que les attaques pourront descendre sous la ceinture, d'autre part, à la différence d'un homme qui gagne en prestige et en séduction lorsqu'il a du pouvoir, les femmes apparaissent dans ce cas comme trop autoritaires et moins féminines. C'était l'autre argument  des  anti-suffragettes. 

Que faire ?

Si Emmanuel Macron  veut davantage de candidatures il a raison de lancer, très tôt, cet appel mais il peut aussi se poser quelques questions sur la façon dont son mouvement accueille les femmes et la place qu'il leur donne dès à présent.

Pour suivre la campagne des présidentielles je me suis abonnée aux pages facebook de plusieurs candidats ainsi qu'à leurs newsletters. Pour ce mouvement j'ai donc reçu des informations et des invitations à plusieurs réunions ou meeting. voici ce que j'ai pu observer.

1/ Les réunions à 19H30 c'est no way pour toutes les mères de famille. C'est l'heure de pointe , celle où tout se télescope. Il est donc important de réfléchir aux dates et heures des réunions. 

2/j'ai compris qu'une équipe de campagne avait été désignée dans mon secteur. Elle est composée de 3 hommes, alors que la photo de la réunion montre qu'il y avait des femmes présentent. Je veux bien supposer qu'elles n'étaient pas candidates, mais pourquoi ? (la réponse est ci-dessus). Il n'y a pas de mystère, le plafond de verre est en réalité un escalier glissant et si on ne veille pas à ce que la parité soit respectée à tous les niveaux il est bien évident qu'on ne retrouvera que des hommes au sommet. 

3/ sur le site national il y a la photo de 11 délégués dont je ne connais pas le rôle mais qui semblent importants. 5 femmes, 6 hommes disons que c'est paritaire, mais on a l'impression qu'il y a une hiérarchie puisque le classement n'est pas fait par ordre alphabétique. Je ne pense pas que ce soit un hasard si ce sont 2 hommes qui semblent préeminer .  Les autres femmes sont dans la ligne du bas.

4/ Enfin, il est prévu que les candidatures aux législatives seront examinées par une commission nationale en charge des investitures composée de 9 membres. Je n'ai pas trouvé la composition de cette commission qui n'est peut-être pas encore constituée. Il va de soi qu'elle devra être paritaire (oui, je sais 9 est un chiffre impair).

23/01/2017

L'heure des mamans

Depuis quelques années, sous l'impulsion de chercheurs et d'associations dynamiques comme Genre et ville, se développe une réflexion, tout à fait inexistante auparavant, sur l'utilisation de l'espace public.

Sans surprise on s'aperçoit que, non seulement ces espaces sont davantage conçus pour les hommes, mais qu'une grande partie des financements publics, notamment ceux des collectivités locales, leurs sont destinés. 

Aujourd'hui de nombreuses municipalités s'en préoccupent. C'est le cas de la ville de Paris qui a rédigé un guide sur ce sujet et veille désormais à inclure cette problématique dans ses travaux.

(pour aller plus loin, cet article du Monde "Les femmes à la reconquête de l'espace public")

Mais il est une situation que je n'ai encore vue traitée nulle part, celle de la sortie des écoles.

Les parents qui attendent leurs enfants sont très majoritairement des femmes. Or, rien n'est prévu pour elles. C'est à dire qu'il y a très rarement un espace qui leur permette d'attendre dans de bonnes conditions. Lorsque le portail donne directement sur la rue des barrières empêchent les enfants de sortir en courant, mais le trottoir n'est pas toujours suffisamment large pour que les parents y stationnent confortablement et ils attendent dans des conditions de sécurité minimales.

Et bien sûr, même lorsque l'espace serait suffisant, rien n'est jamais pensé pour que ce lieu d'attente soit un espace convivial alors que c'est par définition un lieu de rencontre. Il n'y a par exemple jamais de bancs. 

On pourrait aussi imaginer que les parents entrent dans l'école, mais c'est une autre histoire.

18/01/2017

L'incidence du genre au concours d'entrée d'une grande école

L’EN3S (école nationale supérieure de sécurité sociale) consacre le dernier numéro de sa revue Regards à l’égalité femmes/hommes. Il est disponible dans son intégralité sur le site de l’école.

Des expert-es y analysent les incidences de la protection sociale (maladie, famille, retraite) en terme d’égalité femmes/hommes. Et comme il s’agit de l'école qui forme les cadres dirigeants de la sécu plusieurs articles sont consacrés à la situation au sein de cette institution. Sans surprise, comme partout ailleurs, les graphiques montrent que l’escalier hiérarchique y est glissant pour les femmes.

Les profils des lauréats du concours d'entrée

Il existe différentes possibilités pour intégrer cette école. L’une de ces voies est celle du concours et, bien que les promotions y soient paritaires depuis 2000, la direction de l’école s’est interrogée sur une éventuelle incidence du genre lors des épreuves orales. Elle a menée pour cela une étude dont je ne connais pas d’équivalent et qui montre effectivement quelques différences    (à lire page 167 et suivantes)

Depuis une dizaine d’année les élèves se prêtent à un test de personnalité bien connu (SOSIE) en entrée de scolarité. L’outil SOSIE très répandu dans le domaine des ressources humaines évalue les traits de personnalité autour de neuf items et l'EN3S a demandé au  cabinet METOD une analyse des scores de 657 anciens élèves. Ce qui constitue un échantillon  respectable.

Aucune différence n’est observée sur 4 items, mais des différences significatives apparaissent sur 4 autres. (aucune indication n’est donnée quant au 9eme item sur la  persévérance).

L’une des hypothèses avancée pour expliquer de telles différences est celle d’un questionnement par les membres du jury lors des épreuves orales du concours d'entrée qui serait différent selon que le candidat est un homme ou une femme. 

Ces résultats tendraient à montrer que le jury est  influencé, comme nous le sommes tous, par des représentations mentales stéréotypées : on sait par exemple que montrer trop d’ascendant pour une femme la fait vite cataloguer comme trop arrogante, rigide etc , mais qu’il cherche également à les corriger, en faisant attention par exmple à recruter des hommes attentifs aux autres, ce qui est une qualité plutôt attribuée aux femmes.

Les perspectives ouvertes par cette étude

Ce qui est sûr c’est que cette étude ouvre une voie vraiment interessante qui mérite d'être développée.

D'autant plus qu'elle apporte quelques embryons de réponses à une autre question souvent posée  mais qui n'a encore guère reçue de réponses sérieuses : les femmes qui ont des responsabilité de management se comportent-elles différemment des hommes ? On peut lire beaucoup d'articles sur ce thème vendeur : les femmes seraient plus à l'écoute, plus centrées sur la tache, mais personne n'en sait rien. La plupart du temps ces articles sont basés, au mieux sur des questionnaires à grande échelle, au pire sur des micro-trottoirs et leurs conclusions ne font que révéler et conforter les stéréotypes 

03/01/2017

Les gouvernements Fillon étaient-ils paritaires ?

Sur le site de campagne de François Fillon on  trouve une rubrique spécifique pour les femmes "les femmes avec Fillon", (mais bien entendu, pas de rubrique "les hommes avec Fillon" car les hommes ne sont pas une catégorie, ils sont la société). Il est proposé de créeer des comités de femmes et un ensemble de mesures sont répertoriées dans un document "Pour la liberté des femmes". 

Aujourd'hui je ne parlerai que de la 1er page.  François Fillon a, parait il "une vision sur les enjeux fondamentaux des femmes d’aujourd’hui et son programme en faveur des femmes le démontre. Parce qu’il a souvent manifesté l’importance qu’il accorde aux femmes dans la société."

Parfait,  mais je m'étonne de lire que "pour la première fois en 2007, il a constitué un gouvernement paritaire". Parce que ce n'est vraiment pas le souvenir que j'en ai.

Facile à vérifier, wikipédia est très complet sur le sujet

Lors de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait annoncé un objectif de parité dans ses gouvernements.

Dans le 1er gouvernement Fillon il y a 7 femmes sur 15 ministres (soit presque 50%.  YES !) mais en fait 37% de femmes seulement au total car les 4 secrétaires d'Etat sont des hommes.

Ce premier gouvernement n'a duré qu'1 mois. Ensuite c'est un peu difficile à suivre car il y a eu de nombreux changements. Disons que lors de l'annonce du 2nd gouvernement, la répartition reste assez semblable 8 hommes ministres, 7 femmes mais 12 hommes pour 4 femmes secrétaires d'Etat.

Et les choses ne sont pas allées en s'arrangeant puisqu'en 2010, le dernier gouvernement Fillon comprenait toujours à peu près la même proportion de femmes, mais de postes ministériels elles ont basculé vers des secrétariats d'état. Bref, cela s'est dégradé au fil du temps.

On peut donc en conclure que François Fillon a une vision très approximative de la parité.... ou  une très mauvaise mémoire. 

02/01/2017

2017 Olympe, le retour ?

J'avais ouvert ce blog en février 2008. Il a été pour moi le début d'une belle aventure, avec notamment la publication d'un livre, l'écriture d'un webdoc "l'école du genre" qui tourne bien, notamment cette vidéo , de nombreuses conférences, mais le blog lui-même a fini par s'user. Mon dernier billet date du 26 octobre 2015, je n'en ai pas fait en 2016. Je continue cependant à partager des articles que je trouve intéressants sur une page facebook.

C'est que la question de l'égalité hommes/femmes est désormais fréquemment traitée et relayée sur le web. Le féminisme est très présent, à travers de nombreux blogs, pages ou comptes facebook et les médias qui ont bien observé que le sujet constituait un appeau à clics multiplient les articles . Je ne voyais plus trop l'intérêt d'apporter ma contribution, ni de répéter ce que d'autres ont déja écrit, souvent mieux que je ne saurais le faire. 

D'autant plus que ce qui ressort vraiment  des réseaux sociaux c'est l'indignation. Or j'ai plutôt l'impression qu'on en crève de l'indignation, rien de plus facile que de s'indigner et surtout de la faire savoir, sans même toujours chercher à connaitre la réalité des faits d'ailleurs. Il suffit de liker, partager, signer. ça ne peut pas faire de mal (cela restant à prouver) et on se donne bonne conscience. 

Mais la campagne électorale qui s'annonce suscite, contrairement à ce qui semblait se dessiner il y a encore quelques mois, de nombreux échanges, tout le monde a un avis sur tout. Au cours des mois qui viennent tous les problèmes de sociétés vont être discutés à l'aune des propositions des candidats. Ce serait dommage de ne pas en profiter pour y mettre son grain de sel.

Je n'ai aucune illusion quand aux candidats qui vont se présenter, et je ne crois pas en une personne providentielle  qui règlerait tous les problèmes par la grâce de ses seuls capacités. Je pense par contre qu'il faut profiter de ce moment pour faire avancer des réflexions, obtenir des engagements et des promesses. 

Le groupe de blogueurs  dont je faisais partie il y a quelques années se réunit très prochainement (Kremlin des Blogs pour ceux qui s'en souviennent) je suppose que nous allons discuter de la façon dont nous pourrions apporter nos contributions à cette campagne. Le fait que nous n'ayons pas tous les mêmes idées n'a aucune importance. Ce qui compte c'est de participer.  Et pour être complète je peux dire que si je sais pour qui je ne voterai pas, je ne sais pas encore pour qui je voterai.

En attendant je nous souhaite bien sûr une bonne année.

26/10/2015

Tampontax, ce qui ne passe pas

Le refus par l'Assemblée nationale, dans la nuit du 14 au 15 octobre 2015,  de considérer  les produits de protections féminines comme des biens de première nécessité et de les faire bénéficier d’une TVA de 5,5% à la place des 20% actuellement appliqués, a fait beaucoup de bruit. C'est le moins que l'on puisse dire ; partie de twitter et facebook l'indignation s'est rapidement étendue, bien au delà des cercles féministes qui, depuis plusieurs mois se sont mobilisés pour supprimer cette "tampontax". (La pétition du collectif Georgettesand est ICI, sur Influencia une analyse des tweets sur le sujet par une experte)

Rappel des faits

Rue89 avait calculé que les protections périodiques coutent 104€ par an à une femme.  C'est donc d'une économie annuelle de 15€ que représenterait cette baisse de 15% de TVA.
Vu du coté gouvernementale ce serait un manque à gagner de 55 millions. C'est ce qu'a indiqué  Christian Eckert, secrétaire d’Etat au Budget dont l'argumentaire, pour le moins maladroit, a considérablement contribué au buzz.

Il a rappelé  que  « le taux normal de la TVA, c’est 20 % ». Et qu’il y a « des règles communautaires, qui interdisent de mettre des taux réduits sur n’importe quel produit ». 

Il a considéré que « les produits d’hygiène ne sont pas exactement des produits de première nécessité »

Il a rapproché  le débat sur la « taxe tampon » de celui sur « les parcs d’attraction et l’entrée des grottes ».

Enfin, il a osé une comparaison avec des articles destinés aux hommes. "Il y a beaucoup de produits d'hygiène qui concernent plutôt les hommes et dont le taux de TVA est à 20%, comme les mousses à raser spéciales hommes".  

Plus tard, il a aggravé son cas en faisant état de  l'intimité des femmes de sa vie « J’ai une femme et trois filles, donc un environnement qui connaît le sujet.  J’aime bien faire les courses le samedi, je connais la taille, la typologie et la couleur pour chacune d’entre elles, poursuit-il. Je sais que pour l’une, c’est avec applicateur, pour l’autre XXL etc. Je suis vraiment le dernier à pouvoir être taxé de propos ignorants sur le sujet ! Ce n’est pas très juste. ». Ce n'est pas sans rappeler les propos de Gérard Longuet pour se défendre face à une intervention de la La Barbe "J'ai une femme, 4 filles, une mère et quand j'ai un chien c'est une chienne."

Ce qui ne passe pas :

La mise en évidence de nombreuses incohérences, et d'injustice dans la TVA

On peut comprendre que 55 millions ce n'est pas une paille, mais dans ce cas, et de très nombreux internautes l'ont souligné, comment justifier qu'en 2015 les produits d'hygiène ne soient pas considérés comme de première nécessité ? comment expliquer que le chocolat, le foie gras, les sodas, les magazines, les billets d'entrée au zoo et au cirque bénéficient de taux privilégiés  (le détail par Les décodeurs) ?
A l'évidence il y aurait du ménage à faire dans les taux de TVA, qui nous concernent tous quotidiennement.

Le fait que des hommes prennent des décisions sur un  sujet qui ne concerne que les femmes

L'Assemblée nationale est composée de 73% d'hommes, qui ne sont forcément pas concernés.  C'est probablement ce qui a le plus suscité la colère des internautes. Les propos du secrétaire d'Etat sont apparus comme méprisant envers les femmes ; rappeler à cette occasion un débat plus ancien concernant les parcs d'attraction et les entrées de grottes  (abstenons nous d'une psychanalyse sauvage) c'est  renvoyer  un sujet féminin vers le domaine du ludique, du pas sérieux. Enfin, oser comparer tampons et serviettes avec la mousse à raser c'est, au mieux faire preuve de mauvaise foi, au pire ne vraiment rien imaginer de ce que vivent les femmes chaque mois. 

Ce que ce buzz démontre : 

Il n'est pas qu'anecdotique, il met en évidence, à mon avis, 2 évolutions importantes 

1/ Le fait que la légitimité du Parlement soit de plus en plus contestée.

 Il est évident dans ce cas que, même si des femmes ont voté contre l'amendement, qu'une majorité d'hommes ne peut pas se prononcer en bonne connaissance de cause, et en toute objectivité sur un sujet qui ne les concerne pas. L'erreur, grossière, étant, d'avoir osé le ramener à quelque chose qu'ils connaissent : la mousse à raser. Comme si il y s'agissait d'une guerre des sexes.
On peut remarquer que la représentativité des élus, dont le profil sociologique est trop homogène, est de plus en plus souvent discutée, mais en l'occurence il s'agit dans ce cas de  50% de la population qui ne se sent pas prise en compte.

2/ Le fait que les femmes revendiquent désormais d'être prises en compte dans leur différence

Jusqu'à une période récente, les femmes, qui essayaient d'investir le monde du travail, s'employaient à faire oublier qu'elles étaient des femmes. En adoptant des codes masculins, en se débrouillant pour ne pas poser de questions avec leurs problèmes spécifiques, au premier rang desquelles figurent la grossesse et la conciliation vie privée/vie professionnelle. Impensable donc d'évoquer leurs règles, elles se contentaient de se réjouir qu'on ne les obligent plus à s'enfermer sous prétexte qu'elles feraient tourner la mayonnaise ou rater les négociations. Ce qui est encore le cas dans une grande partie du monde.
Il semble que cela soit terminé, les femmes revendiquent ce qui ne doit plus être considéré comme une faiblesse ou une tare honteuse mais comme une contrainte spécifique qu'elles ont à gérer. Et elles trouveraient normal que la société, ou plutôt les 50% de la population qui n'a pas de règles,  reconnaisse cela.
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Notons qu'une décision de ce type a été prise au Canada, et appliquée au Québec depuis le 1er juillet.  

Les photos viennent de la page Facebook de l'association Osez le Féminisme du Doubs, très active sur le sujet, et très en colère car la mairie de Montbéliard a interdit l'un de leurs évènements.

Au cas, peu probable où vous ne les auriez pas encore vues les vidéos de Klaire et de Sophia Aram

12/10/2015

Comment les hommes peuvent-ils prendre les femmes ?

François Fillon vient de donner sa vision du sexe.  Il prend les femmes. 

Si on y réfléchit bien cette expression est curieuse car il me semble que si l'un des partenaires est "pris" lors d'un acte hétérosexuel, ce serait plutôt l'homme. Je ne vais pas vous faire un dessin.

Prendre, dans ce sens signifie, définition trouvée dans un lexique : Soumettre, conquérir. Prendre une forteresse, une place forte. La capitale a été prise. Prendre un navire à l'abordage. Spécialt. Prendre une femme, la posséder. Prendre une femme de force, la violer.

Ce n'est probablement pas un hasard si le paragraphe se termine sur la viol car dans "prendre" il y a l'idée de "se servir".

C'est bien la conquête qu'a voulu évoquer François Fillon. Très valorisante pour le conquérant, elle fait fi du choix actif de la femme qui n'a qu'à se laisser conquérir. On dit alors qu'elle "cède", ou, dans le cas contraire "qu'elle se refuse" (alors qu'il serait plus juste grammaticalement parlant de dire qu'elle refuse). Surtout, l'idée d'être "prise" sous entend que la conquête y perd quelque chose.  

Quoi ?

Son corps ? comme le suggère cet article à propos d'une hôtesse de l'air "Elle offrait son corps en plein vol depuis 2 ans". Drôle de cadeau puisque la suite de l'article nous apprend qu'elle empochait 1 800 € pour cela. Et nous avons tout lieu de penser qu'elle est encore en possession de son corps, qui n'a donc pas été offert en réalité.

Quoi donc alors ? 

Son honneur ? Apparemment c'est cela. dans notre inconscient collectif traine l'idée qu'une femme "prise" est déshonorée, et sa famille avec. Peut importe d'ailleurs qu'elle ait choisi ou subi et Lucrèce qui préfère se suicider après avoir été violée reste une héroine. C'était en 500.

Mais en 2015, en France, on peut entendre une journaliste du Figaro  interviewant une jeune femme ayant échappé à Daech, lui demander pudiquement, en parlant de ses compagnes de captivité (à 3'15) "certaines n'ont pas pu empêcher d'être déshonorées par les djihadistes". Euphémisme mal venu pour parler de viols et de tortures.

Alors, si tout  l'objet des campagnes des associations féministes consiste à essayer que  la honte change de camp, il serait probablement utile de commencer par ce que les hommes ne se glorifient plus de prendre une femme

Image : l'une des multiples illustrations de l'enlèvement des Sabines. 

08/10/2015

La guerre n'a pas un visage de femme

Billet du 16 mars 2011 remis à l'ordre du jour puisque je suis très contente d'apprendre qu'elle vient de recevoir le prix Nobel de littérature 

Dans le fil des nouvelles, J'ai un peu de mal à m'intéresser ces jours-ci à autre chose que l'actualité internationale. 

Alors j'ai ressorti de ma bibliothèque, ce livre déja ancien de Svetlana Alexievitch " La supplication : chronique du monde après l'Apocalypse". L'auteure donne la parole à des personnes qui vivaient à Tchernobyl ou qui ont eu quelque chose à voir avec l'évènement (notamment les familles des liquidateurs). C'est un livre bouleversant et terrifiant. 

A coté il y avait cet autre livre "La guerre n'a pas un visage de femmes" et je me suis souvenu combien il m'avait marquée quand je l'ai lu (je vais vite le relire).

Près d'1 million de femmes ont servi dans l'armée soviétique qui se voulait égalitaire. L'auteure  a écouté celles qui ont bien voulu se confier à elle. Loin de la glorification héroïque ce sont les récits de personnes dont la vie a été bouleversée par la seconde guerre mondiale.

Des anecdotes souvent tragiques, quelquefois drôles de combats, de meurtres, de lessives, d'amitiés celles de soldats comme les autres. Mais aussi de femmes dans un monde d'hommes ce qui complique généralement les choses, mais peut quelquefois les faciliter.

Svetlana Alexievitch écrit des recueils de témoignages. Des gens qui aspiraient à une vie banale se sont retrouvés dans la tourmente d'une Histoire qui les a dépassés. Tout l'art de l'auteure est dans le choix des récits. Un choix forcément partiel et partial. Mais foncièrement humain.

26/09/2015

Des liens pour le week end #9

1/ La honteuse histoire de la mortalité maternelle. Où comment les hommes médecins ont aggravé la mortalité maternelle lorsqu'ils se sont intéressés à l'accouchement, et combien il a fallut de temps pour y remédier .

2/ un magnifique blog, très documenté sur l'histoire de la mode enfantine. Je l'ai trouvé en cherchant comment étaient arrivés le rose et le bleu . Devinez donc où sont les filles où sont les garçons sur ce tableau de Phillipe de Champagne (1649)

3/ Il faut sauver les super héroïnes.  Une réflexion sur le sujet : la féminisation du héros n'est pas forcément créatrice d’équité. Car la plupart des super héroïnes possèdent des pouvoirs relevant de la sorcellerie ou de la magie, elles sont souvent plus enclines à se battre corps et âme pour l'amour, la défense de leur enfant plutôt que pour sauver la planète, défendre la justice....

4/ Une conférence TEDX très pédagogique de Anne-Cecil Mailfert  'les blagues sexistes, ça tue" qui explique pourquoi il n'y a pas de sujets mineurs 

5/ Sinon il parait que le calendrier Pirelli va changer.

Si vous ne le faites pas déja vous pouvez me suivre sur twitter, mais autant vous le dire, je n'y parle pas que de féminisme  @olymple (avec un l)

23/09/2015

L'homme est il un loup pour l'homme ?

J'ai lu avec intérêt ce petit opuscule de Ouishare, l'un de ces nombreux mouvements qui oeuvrent pour l'émergence d'une société plus collaborative. On en pense ce que l'on veut mais on ne peut ignorer ce foisonnement d'idées et d'initiatives.

Je voudrais ici revenir sur quelques réflexions du texte introductif, pas de rapport apparent avec le sujet hommes/femmes, mais je trouve qu'il y en a un.

Enfant, l'auteur a pris conscience à l'occasion d'un entrainement sportif, qu'il n'avait pas l'esprit de compétition et se sentait mal avec l'idée de devoir  écraser son adversaire comme le lui enjoignaient les adultes présents.

Il s'interroge depuis. D'où nous vient cette idée que l'humain serait universellement guidé par l'avidité, l'égoïsme et la passion de dominer ?

D'où nous vient  ce jugement négatif sur la nature humaine dont il découlerait   que  "sans la menace de se retrouver à la rue et d'y mourir de faim, et sans la carotte que constitue pour tout un chacun 3 yachts, 12 villas et un compte aux Caïmans, personne ne ferait rien " ?

Selon lui c'est du côté de la pensée libérale qu'il faut chercher. Elle qui postule qu'il faut compter sur la somme des égoïsmes individuels pour atteindre le bien commun, et  que les acteurs économiques se comportent de façon rationelle guidés par leur intérêt propre. 

Hobbes, fût l'un des premiers rompt avec la vision d'Aristote qui définissait l'homme (avec un petit h) comme un animal politique, naturellement social. Car, selon lui, et à l'inverse de ce que pense Aristote l'homme, à l'état naturel, vit dans un état de précarité permanent qui l'oblige à assurer sa survie par tous les moyens. Dans cette optique "la société n'est plus envisagée comme un prolongement de l'humanité, mais au contraire, comme une réaction contre ses tendances naturelles" . Sans une société organisée nous nous entre-tuerions.

L'un des corollaire important de ce postulat est que la hiérarchie est la seule chose qui nous sépare du chaos.

Or, si aujourd'hui les hiérarchies sont censées être  méritocratiques, et non plus héréditaires, elles n'en restent pas moins fondées sur une contradiction. En effet, certains  doivent surmonter leurs bas instincts pour se constituer en élites éclairées, capables de guider la collectivité. mais en même temps ils doivent être suffisamment compétitifs pour emporter la lutte acharnée vers le sommet des pyramides. 

Comment être à la fois coopératifs et compétitifs ?

Cela est contradictoire et notre système aboutit à ce que "nous obéissions à ceux qui savent suivre les penchants que tous les autres sont censés réprimer : égoïsme, course aux honneurs et aux distinctions, avidité, sens de la compétition,"

Une vision très critique donc et l'objet du livre est d'explorer comment, grâce notamment à Internet, la collaboration peut prendre le pas.

Le rapport avec l'égalité des sexes ?

Il est dans notre vision du monde et de la compétition.

On sait que la socialisation des fillettes les entraîne beaucoup moins à la compétition et à l'affrontement direct que celle des garçons. Que c'est l'une des raisons qui les limitent ensuite dans leurs progressions hiérarchiques, puisqu'elles  sont mal à l'aise avec l'idée de devoir battre des adversaires.

On sait également, et je ne suis pas dans le stéréotype en disant cela, car de nombreuses études le démontrent, que hommes et femmes n'utilisent pas les mêmes systèmes de valeur. Les femmes se définissent plus souvent dans un contexte de relations humaines et se jugent plus en fonction de leurs capacités à prendre soin des autres.

J'avais déja abordé ces sujets dans un billet de 2012 "Les femmes sont elles plus morales que les hommes ?' qui était le titre d'un dossier de la Philosophie Magazine.

La question aujourd'hui est de savoir comment redonner de la valeur à des comportements qui soient autre chose que de la compétition alors qu'une prime , de fait, est donné, à celui qui joue ce jeu là. 

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