03/01/2017

Les gouvernements Fillon étaient-ils paritaires ?

Sur le site de campagne de François Fillon on  trouve une rubrique spécifique pour les femmes "les femmes avec Fillon", (mais bien entendu, pas de rubrique "les hommes avec Fillon" car les hommes ne sont pas une catégorie, ils sont la société). Il est proposé de créeer des comités de femmes et un ensemble de mesures sont répertoriées dans un document "Pour la liberté des femmes". 

Aujourd'hui je ne parlerai que de la 1er page.  François Fillon a, parait il "une vision sur les enjeux fondamentaux des femmes d’aujourd’hui et son programme en faveur des femmes le démontre. Parce qu’il a souvent manifesté l’importance qu’il accorde aux femmes dans la société."

Parfait,  mais je m'étonne de lire que "pour la première fois en 2007, il a constitué un gouvernement paritaire". Parce que ce n'est vraiment pas le souvenir que j'en ai.

Facile à vérifier, wikipédia est très complet sur le sujet

Lors de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait annoncé un objectif de parité dans ses gouvernements.

Dans le 1er gouvernement Fillon il y a 7 femmes sur 15 ministres (soit presque 50%.  YES !) mais en fait 37% de femmes seulement au total car les 4 secrétaires d'Etat sont des hommes.

Ce premier gouvernement n'a duré qu'1 mois. Ensuite c'est un peu difficile à suivre car il y a eu de nombreux changements. Disons que lors de l'annonce du 2nd gouvernement, la répartition reste assez semblable 8 hommes ministres, 7 femmes mais 12 hommes pour 4 femmes secrétaires d'Etat.

Et les choses ne sont pas allées en s'arrangeant puisqu'en 2010, le dernier gouvernement Fillon comprenait toujours à peu près la même proportion de femmes, mais de postes ministériels elles ont basculé vers des secrétariats d'état. Bref, cela s'est dégradé au fil du temps.

On peut donc en conclure que François Fillon a une vision très approximative de la parité.... ou  une très mauvaise mémoire. 

02/01/2017

2017 Olympe, le retour ?

J'avais ouvert ce blog en février 2008. Il a été pour moi le début d'une belle aventure, avec notamment la publication d'un livre, l'écriture d'un webdoc "l'école du genre" qui tourne bien, notamment cette vidéo , de nombreuses conférences, mais le blog lui-même a fini par s'user. Mon dernier billet date du 26 octobre 2015, je n'en ai pas fait en 2016. Je continue cependant à partager des articles que je trouve intéressants sur une page facebook.

C'est que la question de l'égalité hommes/femmes est désormais fréquemment traitée et relayée sur le web. Le féminisme est très présent, à travers de nombreux blogs, pages ou comptes facebook et les médias qui ont bien observé que le sujet constituait un appeau à clics multiplient les articles . Je ne voyais plus trop l'intérêt d'apporter ma contribution, ni de répéter ce que d'autres ont déja écrit, souvent mieux que je ne saurais le faire. 

D'autant plus que ce qui ressort vraiment  des réseaux sociaux c'est l'indignation. Or j'ai plutôt l'impression qu'on en crève de l'indignation, rien de plus facile que de s'indigner et surtout de la faire savoir, sans même toujours chercher à connaitre la réalité des faits d'ailleurs. Il suffit de liker, partager, signer. ça ne peut pas faire de mal (cela restant à prouver) et on se donne bonne conscience. 

Mais la campagne électorale qui s'annonce suscite, contrairement à ce qui semblait se dessiner il y a encore quelques mois, de nombreux échanges, tout le monde a un avis sur tout. Au cours des mois qui viennent tous les problèmes de sociétés vont être discutés à l'aune des propositions des candidats. Ce serait dommage de ne pas en profiter pour y mettre son grain de sel.

Je n'ai aucune illusion quand aux candidats qui vont se présenter, et je ne crois pas en une personne providentielle  qui règlerait tous les problèmes par la grâce de ses seuls capacités. Je pense par contre qu'il faut profiter de ce moment pour faire avancer des réflexions, obtenir des engagements et des promesses. 

Le groupe de blogueurs  dont je faisais partie il y a quelques années se réunit très prochainement (Kremlin des Blogs pour ceux qui s'en souviennent) je suppose que nous allons discuter de la façon dont nous pourrions apporter nos contributions à cette campagne. Le fait que nous n'ayons pas tous les mêmes idées n'a aucune importance. Ce qui compte c'est de participer.  Et pour être complète je peux dire que si je sais pour qui je ne voterai pas, je ne sais pas encore pour qui je voterai.

En attendant je nous souhaite bien sûr une bonne année.

26/10/2015

Tampontax, ce qui ne passe pas

Le refus par l'Assemblée nationale, dans la nuit du 14 au 15 octobre 2015,  de considérer  les produits de protections féminines comme des biens de première nécessité et de les faire bénéficier d’une TVA de 5,5% à la place des 20% actuellement appliqués, a fait beaucoup de bruit. C'est le moins que l'on puisse dire ; partie de twitter et facebook l'indignation s'est rapidement étendue, bien au delà des cercles féministes qui, depuis plusieurs mois se sont mobilisés pour supprimer cette "tampontax". (La pétition du collectif Georgettesand est ICI, sur Influencia une analyse des tweets sur le sujet par une experte)

Rappel des faits

Rue89 avait calculé que les protections périodiques coutent 104€ par an à une femme.  C'est donc d'une économie annuelle de 15€ que représenterait cette baisse de 15% de TVA.
Vu du coté gouvernementale ce serait un manque à gagner de 55 millions. C'est ce qu'a indiqué  Christian Eckert, secrétaire d’Etat au Budget dont l'argumentaire, pour le moins maladroit, a considérablement contribué au buzz.

Il a rappelé  que  « le taux normal de la TVA, c’est 20 % ». Et qu’il y a « des règles communautaires, qui interdisent de mettre des taux réduits sur n’importe quel produit ». 

Il a considéré que « les produits d’hygiène ne sont pas exactement des produits de première nécessité »

Il a rapproché  le débat sur la « taxe tampon » de celui sur « les parcs d’attraction et l’entrée des grottes ».

Enfin, il a osé une comparaison avec des articles destinés aux hommes. "Il y a beaucoup de produits d'hygiène qui concernent plutôt les hommes et dont le taux de TVA est à 20%, comme les mousses à raser spéciales hommes".  

Plus tard, il a aggravé son cas en faisant état de  l'intimité des femmes de sa vie « J’ai une femme et trois filles, donc un environnement qui connaît le sujet.  J’aime bien faire les courses le samedi, je connais la taille, la typologie et la couleur pour chacune d’entre elles, poursuit-il. Je sais que pour l’une, c’est avec applicateur, pour l’autre XXL etc. Je suis vraiment le dernier à pouvoir être taxé de propos ignorants sur le sujet ! Ce n’est pas très juste. ». Ce n'est pas sans rappeler les propos de Gérard Longuet pour se défendre face à une intervention de la La Barbe "J'ai une femme, 4 filles, une mère et quand j'ai un chien c'est une chienne."

Ce qui ne passe pas :

La mise en évidence de nombreuses incohérences, et d'injustice dans la TVA

On peut comprendre que 55 millions ce n'est pas une paille, mais dans ce cas, et de très nombreux internautes l'ont souligné, comment justifier qu'en 2015 les produits d'hygiène ne soient pas considérés comme de première nécessité ? comment expliquer que le chocolat, le foie gras, les sodas, les magazines, les billets d'entrée au zoo et au cirque bénéficient de taux privilégiés  (le détail par Les décodeurs) ?
A l'évidence il y aurait du ménage à faire dans les taux de TVA, qui nous concernent tous quotidiennement.

Le fait que des hommes prennent des décisions sur un  sujet qui ne concerne que les femmes

L'Assemblée nationale est composée de 73% d'hommes, qui ne sont forcément pas concernés.  C'est probablement ce qui a le plus suscité la colère des internautes. Les propos du secrétaire d'Etat sont apparus comme méprisant envers les femmes ; rappeler à cette occasion un débat plus ancien concernant les parcs d'attraction et les entrées de grottes  (abstenons nous d'une psychanalyse sauvage) c'est  renvoyer  un sujet féminin vers le domaine du ludique, du pas sérieux. Enfin, oser comparer tampons et serviettes avec la mousse à raser c'est, au mieux faire preuve de mauvaise foi, au pire ne vraiment rien imaginer de ce que vivent les femmes chaque mois. 

Ce que ce buzz démontre : 

Il n'est pas qu'anecdotique, il met en évidence, à mon avis, 2 évolutions importantes 

1/ Le fait que la légitimité du Parlement soit de plus en plus contestée.

 Il est évident dans ce cas que, même si des femmes ont voté contre l'amendement, qu'une majorité d'hommes ne peut pas se prononcer en bonne connaissance de cause, et en toute objectivité sur un sujet qui ne les concerne pas. L'erreur, grossière, étant, d'avoir osé le ramener à quelque chose qu'ils connaissent : la mousse à raser. Comme si il y s'agissait d'une guerre des sexes.
On peut remarquer que la représentativité des élus, dont le profil sociologique est trop homogène, est de plus en plus souvent discutée, mais en l'occurence il s'agit dans ce cas de  50% de la population qui ne se sent pas prise en compte.

2/ Le fait que les femmes revendiquent désormais d'être prises en compte dans leur différence

Jusqu'à une période récente, les femmes, qui essayaient d'investir le monde du travail, s'employaient à faire oublier qu'elles étaient des femmes. En adoptant des codes masculins, en se débrouillant pour ne pas poser de questions avec leurs problèmes spécifiques, au premier rang desquelles figurent la grossesse et la conciliation vie privée/vie professionnelle. Impensable donc d'évoquer leurs règles, elles se contentaient de se réjouir qu'on ne les obligent plus à s'enfermer sous prétexte qu'elles feraient tourner la mayonnaise ou rater les négociations. Ce qui est encore le cas dans une grande partie du monde.
Il semble que cela soit terminé, les femmes revendiquent ce qui ne doit plus être considéré comme une faiblesse ou une tare honteuse mais comme une contrainte spécifique qu'elles ont à gérer. Et elles trouveraient normal que la société, ou plutôt les 50% de la population qui n'a pas de règles,  reconnaisse cela.
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Notons qu'une décision de ce type a été prise au Canada, et appliquée au Québec depuis le 1er juillet.  

Les photos viennent de la page Facebook de l'association Osez le Féminisme du Doubs, très active sur le sujet, et très en colère car la mairie de Montbéliard a interdit l'un de leurs évènements.

Au cas, peu probable où vous ne les auriez pas encore vues les vidéos de Klaire et de Sophia Aram

12/10/2015

Comment les hommes peuvent-ils prendre les femmes ?

François Fillon vient de donner sa vision du sexe.  Il prend les femmes. 

Si on y réfléchit bien cette expression est curieuse car il me semble que si l'un des partenaires est "pris" lors d'un acte hétérosexuel, ce serait plutôt l'homme. Je ne vais pas vous faire un dessin.

Prendre, dans ce sens signifie, définition trouvée dans un lexique : Soumettre, conquérir. Prendre une forteresse, une place forte. La capitale a été prise. Prendre un navire à l'abordage. Spécialt. Prendre une femme, la posséder. Prendre une femme de force, la violer.

Ce n'est probablement pas un hasard si le paragraphe se termine sur la viol car dans "prendre" il y a l'idée de "se servir".

C'est bien la conquête qu'a voulu évoquer François Fillon. Très valorisante pour le conquérant, elle fait fi du choix actif de la femme qui n'a qu'à se laisser conquérir. On dit alors qu'elle "cède", ou, dans le cas contraire "qu'elle se refuse" (alors qu'il serait plus juste grammaticalement parlant de dire qu'elle refuse). Surtout, l'idée d'être "prise" sous entend que la conquête y perd quelque chose.  

Quoi ?

Son corps ? comme le suggère cet article à propos d'une hôtesse de l'air "Elle offrait son corps en plein vol depuis 2 ans". Drôle de cadeau puisque la suite de l'article nous apprend qu'elle empochait 1 800 € pour cela. Et nous avons tout lieu de penser qu'elle est encore en possession de son corps, qui n'a donc pas été offert en réalité.

Quoi donc alors ? 

Son honneur ? Apparemment c'est cela. dans notre inconscient collectif traine l'idée qu'une femme "prise" est déshonorée, et sa famille avec. Peut importe d'ailleurs qu'elle ait choisi ou subi et Lucrèce qui préfère se suicider après avoir été violée reste une héroine. C'était en 500.

Mais en 2015, en France, on peut entendre une journaliste du Figaro  interviewant une jeune femme ayant échappé à Daech, lui demander pudiquement, en parlant de ses compagnes de captivité (à 3'15) "certaines n'ont pas pu empêcher d'être déshonorées par les djihadistes". Euphémisme mal venu pour parler de viols et de tortures.

Alors, si tout  l'objet des campagnes des associations féministes consiste à essayer que  la honte change de camp, il serait probablement utile de commencer par ce que les hommes ne se glorifient plus de prendre une femme

Image : l'une des multiples illustrations de l'enlèvement des Sabines. 

08/10/2015

La guerre n'a pas un visage de femme

Billet du 16 mars 2011 remis à l'ordre du jour puisque je suis très contente d'apprendre qu'elle vient de recevoir le prix Nobel de littérature 

Dans le fil des nouvelles, J'ai un peu de mal à m'intéresser ces jours-ci à autre chose que l'actualité internationale. 

Alors j'ai ressorti de ma bibliothèque, ce livre déja ancien de Svetlana Alexievitch " La supplication : chronique du monde après l'Apocalypse". L'auteure donne la parole à des personnes qui vivaient à Tchernobyl ou qui ont eu quelque chose à voir avec l'évènement (notamment les familles des liquidateurs). C'est un livre bouleversant et terrifiant. 

A coté il y avait cet autre livre "La guerre n'a pas un visage de femmes" et je me suis souvenu combien il m'avait marquée quand je l'ai lu (je vais vite le relire).

Près d'1 million de femmes ont servi dans l'armée soviétique qui se voulait égalitaire. L'auteure  a écouté celles qui ont bien voulu se confier à elle. Loin de la glorification héroïque ce sont les récits de personnes dont la vie a été bouleversée par la seconde guerre mondiale.

Des anecdotes souvent tragiques, quelquefois drôles de combats, de meurtres, de lessives, d'amitiés celles de soldats comme les autres. Mais aussi de femmes dans un monde d'hommes ce qui complique généralement les choses, mais peut quelquefois les faciliter.

Svetlana Alexievitch écrit des recueils de témoignages. Des gens qui aspiraient à une vie banale se sont retrouvés dans la tourmente d'une Histoire qui les a dépassés. Tout l'art de l'auteure est dans le choix des récits. Un choix forcément partiel et partial. Mais foncièrement humain.

26/09/2015

Des liens pour le week end #9

1/ La honteuse histoire de la mortalité maternelle. Où comment les hommes médecins ont aggravé la mortalité maternelle lorsqu'ils se sont intéressés à l'accouchement, et combien il a fallut de temps pour y remédier .

2/ un magnifique blog, très documenté sur l'histoire de la mode enfantine. Je l'ai trouvé en cherchant comment étaient arrivés le rose et le bleu . Devinez donc où sont les filles où sont les garçons sur ce tableau de Phillipe de Champagne (1649)

3/ Il faut sauver les super héroïnes.  Une réflexion sur le sujet : la féminisation du héros n'est pas forcément créatrice d’équité. Car la plupart des super héroïnes possèdent des pouvoirs relevant de la sorcellerie ou de la magie, elles sont souvent plus enclines à se battre corps et âme pour l'amour, la défense de leur enfant plutôt que pour sauver la planète, défendre la justice....

4/ Une conférence TEDX très pédagogique de Anne-Cecil Mailfert  'les blagues sexistes, ça tue" qui explique pourquoi il n'y a pas de sujets mineurs 

5/ Sinon il parait que le calendrier Pirelli va changer.

Si vous ne le faites pas déja vous pouvez me suivre sur twitter, mais autant vous le dire, je n'y parle pas que de féminisme  @olymple (avec un l)

23/09/2015

L'homme est il un loup pour l'homme ?

J'ai lu avec intérêt ce petit opuscule de Ouishare, l'un de ces nombreux mouvements qui oeuvrent pour l'émergence d'une société plus collaborative. On en pense ce que l'on veut mais on ne peut ignorer ce foisonnement d'idées et d'initiatives.

Je voudrais ici revenir sur quelques réflexions du texte introductif, pas de rapport apparent avec le sujet hommes/femmes, mais je trouve qu'il y en a un.

Enfant, l'auteur a pris conscience à l'occasion d'un entrainement sportif, qu'il n'avait pas l'esprit de compétition et se sentait mal avec l'idée de devoir  écraser son adversaire comme le lui enjoignaient les adultes présents.

Il s'interroge depuis. D'où nous vient cette idée que l'humain serait universellement guidé par l'avidité, l'égoïsme et la passion de dominer ?

D'où nous vient  ce jugement négatif sur la nature humaine dont il découlerait   que  "sans la menace de se retrouver à la rue et d'y mourir de faim, et sans la carotte que constitue pour tout un chacun 3 yachts, 12 villas et un compte aux Caïmans, personne ne ferait rien " ?

Selon lui c'est du côté de la pensée libérale qu'il faut chercher. Elle qui postule qu'il faut compter sur la somme des égoïsmes individuels pour atteindre le bien commun, et  que les acteurs économiques se comportent de façon rationelle guidés par leur intérêt propre. 

Hobbes, fût l'un des premiers rompt avec la vision d'Aristote qui définissait l'homme (avec un petit h) comme un animal politique, naturellement social. Car, selon lui, et à l'inverse de ce que pense Aristote l'homme, à l'état naturel, vit dans un état de précarité permanent qui l'oblige à assurer sa survie par tous les moyens. Dans cette optique "la société n'est plus envisagée comme un prolongement de l'humanité, mais au contraire, comme une réaction contre ses tendances naturelles" . Sans une société organisée nous nous entre-tuerions.

L'un des corollaire important de ce postulat est que la hiérarchie est la seule chose qui nous sépare du chaos.

Or, si aujourd'hui les hiérarchies sont censées être  méritocratiques, et non plus héréditaires, elles n'en restent pas moins fondées sur une contradiction. En effet, certains  doivent surmonter leurs bas instincts pour se constituer en élites éclairées, capables de guider la collectivité. mais en même temps ils doivent être suffisamment compétitifs pour emporter la lutte acharnée vers le sommet des pyramides. 

Comment être à la fois coopératifs et compétitifs ?

Cela est contradictoire et notre système aboutit à ce que "nous obéissions à ceux qui savent suivre les penchants que tous les autres sont censés réprimer : égoïsme, course aux honneurs et aux distinctions, avidité, sens de la compétition,"

Une vision très critique donc et l'objet du livre est d'explorer comment, grâce notamment à Internet, la collaboration peut prendre le pas.

Le rapport avec l'égalité des sexes ?

Il est dans notre vision du monde et de la compétition.

On sait que la socialisation des fillettes les entraîne beaucoup moins à la compétition et à l'affrontement direct que celle des garçons. Que c'est l'une des raisons qui les limitent ensuite dans leurs progressions hiérarchiques, puisqu'elles  sont mal à l'aise avec l'idée de devoir battre des adversaires.

On sait également, et je ne suis pas dans le stéréotype en disant cela, car de nombreuses études le démontrent, que hommes et femmes n'utilisent pas les mêmes systèmes de valeur. Les femmes se définissent plus souvent dans un contexte de relations humaines et se jugent plus en fonction de leurs capacités à prendre soin des autres.

J'avais déja abordé ces sujets dans un billet de 2012 "Les femmes sont elles plus morales que les hommes ?' qui était le titre d'un dossier de la Philosophie Magazine.

La question aujourd'hui est de savoir comment redonner de la valeur à des comportements qui soient autre chose que de la compétition alors qu'une prime , de fait, est donné, à celui qui joue ce jeu là. 

30/08/2015

Les règles : un sujet tabou ?

Je suis un peu agacée de lire à tout bout de champ que les règles sont un sujet tabou, sous entendu "Il n'y a que nous qui osons vous en parler vraiment".

En réalité, vous l'avez probablement remarqué autant que moi, le sujet des règles marche bien sur le web. Les articles qui en parlent doivent certainement faire beaucoup de clics, mais, la vraie raison est que les produits d'hygiène féminine représentent  un enjeu économique de 423 millions d'Euros

D'où l'intérêt du sujet !  D'autant plus que c'est un marché qui perd mécaniquement chaque année des consommatrices en raison du vieillissement de la population. Fort heureusement pour les marques, le marché de l'incontinence prend le relais, mais c'est un autre sujet.

Parmi les stratégies marketing il y a le développement du protège slip, qui s'utilise hors périodes de règles et surtout la communication en direction des très jeunes filles, communication qui passe par les réseaux sociaux et des campagnes qui essaient d'être virales. D'autant plus que, je l'ai appris en écrivant ce billet, "les plus jeunes consomment davantage de serviettes “maxi” pour s’assurer d’être bien protégées. Cette génération n’a pas connu les inconvénients des serviettes épaisses et le confort apporté par les serviettes ultra-fines. Il faut donc les rassurer sur le fait qu’elles sont bien protégées avec des serviettes fines".

C'est bien à elles que s'adresse  Always,  avec ses super vidéos  sur ce que signifie être une fille. Il n'y est pas question de produits, il faut juste que les consommatrices entendent et retiennent le nom de la marque. On en redemande , et elles ont réellement bien buzzé.

Idem pour celle-ci sur une jeune fille qui fête ses premières règles  ou découvre le sujet en colonie de vacances (2eme vidéo du même article).

Outre la concurrence que se font entre elles les marques, il y a la concurrence que l'on pourrait qualifier d'alternative. En effet,  les femmes peuvent adopter d'autres solutions .

La coupe menstruelle, 

Peu d'inconvénients, peu chère elle a pourtant  du mal à s'imposer. Rue89 s'était demandé pourquoi elle n'était pas vendue en supermarché. Concurrence trop vive, vu que son prix est dérisoire comparé à ce que coutent tampons et serviettes ?

Le free flow instinct

ll existe  un mouvement pour la suppression de toute protection et le contrôle du flux sanguin par la femme. Ca semble quand même assez difficile à gérer mais je suis toute prête à croire que c'est possible.  Ce qui me frappe c'est que l'on a pas tardé à voir des articles pseudoscientifiques expliquer combien cela pouvait être grave. Grave parce qu'il s'agirait d'une contrainte supplémentaire pour les femmes (argument ressorti chaque fois que des femmes veulent se débrouiller seules) et surtout ce serait dangereux !  

La suppression des règles

Rien de plus facile de nos jours, avec un DIU (dispositif intra utérien), un implant ou en adaptant la prise de pilule. Mais là encore les articles sur le sujet nous mettent en garde contre les risques de cancer et de thrombose qui en découleraient.  Une gynécologue a pris sa plume pour rétablir la vérité, ce n'est pas dangereux. 

A mon avis le problème vient aussi de la façon dont les choses sont présentées. Quand un article est titré "Elles arrêtent leurs règles pour améliorer leur vie professionnelle" il sous entend une sorte d'incompatibilité entre les 2. D'un coté le biologique (fatalité !)  et de l'autre la vie professionnelle. Alors qu'il n'y a en réalité aucun antagonisme. Avoir ses règles n'empêche pas la vie professionnelle, mais avoir envie de vivre plus confortablement cette période est un souhait facile à satisfaire, qui ne mérite guère plus d'attention que vouloir prendre un café pour être mieux réveillé, prendre un aspirine parce qu'on a un léger mal de tête ou acheter des pantalons en lycra parce qu'ils permettent d'être plus libre dans ses mouvements.

Des vidéos virales et commerciales ?

La plupart des vidéos ou articles sur le sujet insistent sur le fait que les règles sont un tabou dont on ne parle pas, mais que "ce n'est pas sale" et qu'il faut briser ce tabou.

Une campagne (vidéo)  de l'association PlanUK proposant de poster sur twitter une photo de soi avec un tampon avec #justatampon. Il s'agissait de montrer que "c'est un produit du quotidien banal" mais surtout d'envoyer un texto à 3£. L'argent récolté devant servir à l'achat de serviettes hygiéniques en Ouganda.

Une vidéo virale "Quand les hommes rencontrent un tampon. Pour briser le tabou des règles".  Des hommes sont censés essayer de comprendre pour la première fois de leur vie comment fonctionne un tampon à applicateur. Je ne sais pas où ils les ont trouvés mais ces hommes  ne sont jamais entrés dans la salle de bain d'un appartement ou vit une femme. Ils n'ont pas de soeurs, de mères ou d'amies ? Je ferai bien l'hypothèse qu'il s'agit plutôt d'une pub déguisée pour montrer les nouveaux applicateurs en plastique et leur capacité d'absorption encore plus performante (oh my God ! comme ils disent tous). Car si vous avez lu les premiers articles que j'ai mis en liens vous avez compris que le remplacement des applicateurs en carton fait partie des stratégies marketing.

Les règles sont elles encore un sujet tabou ?

Montrer les fluides corporelles ?

Certes on peut reprocher aux campagnes de publicité pour les protections hygiéniques de préférer filmer des liquides bleuatres plutôt que du sang, mais il est bien rare que les fluides corporelles, quels qu'ils soient, soient montrés. Avez vous déja vu des filets de morves dans les pubs pour des mouchoirs ? des préservatifs pleins ? Quand aux déodorants il y a longtemps qu'ils ne montrent plus les auréoles sous les aisselles.

Je ne suis pas sûre que le traitement des règles soit très différent de ce point de vue.  

Vous pouvez cependant lire ce billet d'une artiste qui a réalisé des photos de taches de sang sur ses vêtements  Elle a constaté que les gens" sont outrés quand quelqu'un parle ouvertement de saignements provenant d'une partie de notre anatomie censée nous appartenir" alors que, d'après elle "La même comparaison peut être faite entre les excréments et l'urine, à la seule différence que ces deux substances n'ont pas la même influence négative sur nos vies sexuelles que les règles. On ne nous dit pas qu'on est malade. On ne nous dit pas qu'on est sale. Ça ne nous empêche pas de sortir de chez nous, d'aller à l'école ou de nous rendre dans notre lieu de culte. Ces excrétions ne nous remplissent pas de honte ou de peur à chaque fois que nous nous levons de notre chaise en nous demandant si ça fuit, et si c'est le cas, comment les personnes aux alentours nous percevront."  Son argument est tout à fait fallacieux, puisque les adultes en bonne santé ne craignent habituellement pas en se levant d'une chaise de l'avoir tachée d'urine ou de selles et si c'est le cas je doute qu'ils ne s'en inquiètent pas.

Mais il est vrai  que la peur d'une fuite et d'une tache de sang sur ses vêtements est beaucoup plus stressante que le non évènement qu'elle représente en réalité.

Les règles preuves d'impureté ?

Une autre artiste a réalisé des photos qui reprennent des expressions utilisées pour désigner les règles. (C'est de là que vient celle qui illustre ce billet). Voici ce qu'elle en dit "les règles sont aujourd'hui un espace très secret dans lequel peuvent se développer des angoisses et des difficultés. L'origine de cette problématique est largement liée aux aux lois religieuses. Dans l’Ancien Testament, le Lévitique pose la loi de l’impureté féminine. La femme réglée doit être mise à l’écart et ne doit souiller ni l’homme, ni son environnement. Ce texte fait partie des bases de notre civilisation.".

L'idée que nous pouvons faire tourner une mayonnaise stagne peut être encore dans notre inconscient collectif, comme le prouvait en 2010 ce  billet, d'une française qui s'était demandé si elle pouvait entrer dans un temple interdit aux femmes ayant leurs menstrues au motif qu'elles sont impures.

Les règles preuves de notre fragilité ?

Et même si aujourd'hui les jeunes filles sont correctement informées, qu'on ne les empêche plus de prendre une douche, d'aller à la piscine ou de faire une mayonnaise, le discours dominant dans les médias, celui auquel il faut prêter attention est celui qui tend, justement, à présenter les règles comme un problème général des femmes qu'il faudrait mieux prendre en compte. 

2 choses invitent à la méfiance   : 

1/ pour la plupart des femmes, et le plus souvent (car cela peut varier au cours d'une vie) il n'y a pas de problème. Elles gèrent les désagréments et cela ne les limite en rien. Exit le discours qui tend à protéger les femmes contre leurs sautes d'humeur ou leur état de faiblesse périodique. Nous ne sommes pas de petites choses fragiles parceque nous perdons ainsi du sang.

Je remets d'ailleurs le lien vers ce billet (en anglais) qui explique que si les hommes avaient leurs règles, mais pas les femmes, on ne manquerait pas de considérer cela comme une preuve qu'ils peuvent seuls exercer certaines fonctions. Comment en effet pouvoir être soldat, politicien, dirigeant sans être habitué à verser son sang tous les mois, sans avoir prouvé que l'on était capable de résister à cette blessure majeure ? Ce serait  également une preuve de pureté puisqu'ainsi le sang est renouvellé régulièrement, et on se demanderait même comment avoir le sens de l'espace, du temps et des mathématiques sans ce don qui permet de connaitre le rythme de l'Univers.

2/ les vraies souffrances, celles qui méritent d'être prise en charge, et pour commencer d'être prises en considération, sont noyées dans le magma "des trucs de femmes", des "c'est normal d'avoir mal ç'est le lot de toutes les femmes" etc. C'est ainsi que l'on commence tout juste à entendre parler d'une maladie difficile comme l'endométriose (mais il y en a d'autres) qui semblait se réduire il y a encore peu à des règles plus abondantes et longues et des douleurs plus importantes. Je vous conseille le billet de Chouyo sur ce sujet. 

Ce n'est pas non plus une raison pour taxer plus 

 Pour finir, sachez qu'il existe  un mouvement pour demander que ces produits soient taxés comme des produits de première nécessité (ce qu'ils sont en effet)

La pétition est ici.  Cette campagne est internationale et le Canada a déja modifié les taxes en ce sens, l'Australie devrait le faire bientôt. 

21/08/2015

15 photos qui montrent que l'accolade en politique est un art compliqué

Le diable se cache dans les détails.

J'ai été surprise il y a quelques semaines en voyant passer cette photo sur twitter.

Et en fouillant un peu j'en ai trouvé d'autres.

A priori rien à dire, ce sont des photos sympathiques qui montrent que Anne Hidalgo sait entretenir des relations chaleureuses et détendues avec toutes sortes de personnalités.

Sauf que ces photos ne respectent pas l'une des règles essentielles des relations politiques qui est celle de l'égalité et la réciprocité.

Les protocoles diplomatiques décrivent avec beaucoup de soin la façon dont les personnes doivent s'approcher et se situer les unes par rapport aux autres. Certes, il ne s'agit pas ici de rencontres très protocolaires, mais le geste d'enlacer quelqu'un par les épaules, qui est un geste familier et plutôt tendre entre deux personnes proches, apparait  comme protecteur. Mme Hidalgo a-t-elle besoin d'être réconfortée ou protégée ?

On ne trouve guère de telles photos sur le web.

Celle-ci (ci-dessous) est une exception notable, mais justifiée par un contexte exceptionnel de grande émotion puisqu'elle a été prise le 11 janvier 2015 et permet de démontrer que Mme Merkel et M Hollande partagent cette émotion.

 

Celle-ci se positionne également dans un registre différent. Le baiser sur le front cherche à prouver qu'il s'agit plus d'amitié que de politique. Notons qu'une telle photo serait plus difficilement envisageable entre 2 hommes politiques.

 

La plupart des photos montrent, au contraire, combien les personnalités prennent soin de respecter la réciprocité. 

Tu me touches, je te touche ! Tu me passes la main dans le dos, je te passe la main dans le dos !
 


Quelques dérogations sont admises.

Dans un contexte collectif et détendu
Lorsque l'un des protagonistes est récipiendaire de l'autre
Exemple : Vladimir Poutine qui vient de décorer  JC Killy

Ou Barack Obama qui remercie Bill Clinton de son soutien en 2012

Lorsque que quelqu'un apporte son soutien inconditionnel 
Cette photo est l'aboutissement d'une conférence de presse commune (visible ICI), elle montre le soutien du puissant Président des USA  à la cheffe de l'opposition Birmane. 
 
 
 
 
 
Il faut également distinguer les gestes de la vie des poses destinées à figurer sur des photos, officielles ou non. 
Comme par exemple ce  geste de soutien  de la part de Mr Cazeneuve envers Manuel Valls qui vient de faire un discours à l'assemblée. 

Ce n'est pas une question de taille

On pourrait arguer que Mme Hidalgo étant plus petite que ses hôtes, il est assez naturel que leur bras se positionne à hauteur de ses épaules. Mme Hidalgo mesurerait (info trouvé sur le net) 1m63,  Nicolas Sarkozy mesure 1,68, c'est un peu plus mais nombre de ses interlocuteurs sont plus grands que lui, imagine-t-on qu'ils le prendraient par le cou ?  
Martine Aubry est probablement plus petite que Anne Hidalgo, pourtant les photos que l'on trouve d'elle montre qu'elle s'applique à respecter cette règle.

Si vous connaissez d'autres photos, qui infirmeraient ou confirmeraient ce billet, je suis preneuse.

 

14/07/2015

Les hommes de Jean Paul Goude pour Galeries Lafayette

Ce billet est la suite du précédent 

Les affiches avec des hommes sont beaucoup moins nombreuses, probablement parce que, de façon générale, la publicité des Galeries Lafayette cible d'abord les femmes.

La principale différence vient de ce que les images avec des femmes sont toujours réalisées avec des mannequins, que celles-ci soient connues et identifiées (Laetitia Casta le plus souvent mais aussi Inés de la Fressange, ou Naomi Campbell, la seule exception étant Mia Frey) ou inconnues alors que les hommes sont toujours identifiés et ne sont pas mannequins professionnels. 

Du coup, ils ne sont pas là d'abord pour leur esthétique mais bien pour ce qu'ils représentent et ils peuvent être mis en scène dans des activités ou des situations personnalisées et valorisantes. Jamais aucun n'est montré se contentant de poser sans rien faire ou dans une situation improbable style porter la tour Eiffel. Un grand classique dans la façon de considérer les hommes et les femmes : eux pour ce qu'ils font, elles, pour ce qu'elles montrent

Le titre dans ce cas est toujours "L'homme" et non pas "Les arts de la table" ou "Les maillots de bain".  

On peut voir cependant qu'ils sont de préférence torse nu, ce qui reste assez rare dans la publicité et que leur posture reste, comme pour les images féminines, tout à fait provisoire.

Je n'en ai trouvé qu'une seule qui puisse être mise en parallèle, mais qui n'est guère convaincante

D'autres images nous donnent des indications sur la façon dont Jean Paul Goude envisage les relations hommes/femmes (sur ces affiches pour les galeries Lafayette, dans la vie je ne sais pas). 

Il s'amuse à inverser les codes, avec brio évidement, mais au final cela donne de grands enfants qui aiment bien qu'on s'occupe d'eux.

Et des fantasmes dans lesquels, bien que les femmes leur fassent un peu peur, ils assument !!

Une postion légèrement victimaire

Plus d'images ICI et ICI 

11/07/2015

L'été vit plus fort. La vieille campagne de pub des Galeries Lafayette

C'est l'un des buzz de la semaine, la secrétaire d'Etat aux droits des femmes s'est émue de la dernière campagne de pub des Galeries Lafayette.

Sauf que, cette image revient chaque année, depuis au moins l'année 2007. On en trouve la preuve sur de nombreux comptes flickr et sur des blogs, quelques uns soulignent son aspect esthétique, d'autres demandent son retrait . Quelqu'un avait même lancé une pétition en 2014 .

Cette image est de Jean Paul Goude, photographe, auquel les Galeries Lafayette faisaient appel depuis 2001. Cette collaboration est, depuis peu, terminée.

Plus récemment, c'est lui qui a réalisé les photos de Kim Kardashian qui ont, évidemment, fait le tour du web. L'une de ces photos n'était pourtant qu'une nouvelle version d'un  cliché de la mannequin Carolina Beaumont, édité dans le livre "Jungle Fever" en 1976 (!). 

Il est également l'auteur de photos très célèbres de Grace Jones (qui fut son épouse)

 (vous pouvez lire à propos de ces photos cet article de NOFI "les femmes noires ne sont-elles que des fesses ?")

Il ne vous aura pas échappé que toutes ces photos se ressemblent.

Qu'est ce que la persistance de ces images disent de nous ?

Plus que la nudité que l'on reproche à cette photo, qui est pour une fois en rapport avec le produit vendu, je m'interroge sur la puissance de telles images.

40 ans que Jean Paul Goude tient le haut de l'affiche sans même se renouveler, 15 ans que les Galeries Lafayette utilisent ses clichés, certains, comme celui-ci étant repris années après années. 

On  suppose que ces images sont  conformes à celle  que l'enseigne souhaite véhiculer.

Qu'y voit-on ? Plus que des femmes ce sont des statues. Des corps  parfaits, mais surtout figés, dans une posture qui ne peut, en réalité être tenue plus de quelques minutes, voire secondes. 

A l'occasion d'une exposition,  consacrée à JP Goude, le sociologue Edgar Morin disait de lui qu"'il sculpte une statue à partir de la femme qu’il épouse. Mais il en fait plus qu’une statue de chair douée d’âme, il en fait un être mythique où se transfigure la substance vivante en créature de rêve et de légende. Ainsi Goude transforme et transfigure ses fantasmes,qui tournent autour du même trou noir de la Beauté féminine : il les transfigure en mythe ». 

L'un des mécanismes utilisé par les publicitaires consistent à nous faire rêver notre vie. Si j'achète tel produit ma vie ressemblera à ça (ce qu'ils nous montrent). Peut être que cette image nous permet de faire le lien entre les maillots de bain vendus par les Galeries Lafayette et le corps auquel ressemblera le notre dès que nous aurons perdus comme prévu, quelques kilos. 

Mais cela ne fonctionne pas avec ces autres visuels, à moins que vous n'ayez des envies d'accordéon ou de chapeau ridicule.

Plus vraisemblablement, ces publicités nous décrivent un monde idéal et parfait, mais qu'il ne s'agit pas de prendre au sérieux puisqu'il est irréel, dont nous pourrons récupérer quelques miettes. Il ne faut pas oublier non plus qu'elles ciblent principalement les touristes étrangers déja convaincus que Paris est So chic. 

C'est plutôt lorsqu'il met en scène les hommes, que Jean Paul Goude nous indique comment il perçoit les femmes.

C'est ce que nous verrons dans le prochain billet (pas dans 6 mois cette fois, promis)

19/03/2015

Les femmes sont elles plus bavardes que les hommes ?

Ce dessin date de 2007, je ne suis pas certaine qu'il passerait aujourd'hui

L'idée que "Les femmes sont plus bavardes que les hommes » est un stéréotype particulièrement prégnant, qui se révèle tout à fait faux dans la plupart des cas.

La façon dont les uns et les autres communiquent et interagissent par la parole a fait l’objet de très nombreuses études

Pour commencer disons qu'il a été confirmé de nombreuses fois que les femmes et les hommes ne parlent pas de la même chose.

Dans la vie quotidienne, les hommes parlent davantage du travail, de sport, de mécanique automobile, de bricolage, de politique, de voitures ou de motos. Les femmes privilégient les sujets portant sur les relations et les gens, la famille, les enfants, l’amitié, le ménage, les vêtements et la cuisine. Cela explique certainement en partie pourquoi, dans les assemblées mixtes, hommes et femmes se retrouvent souvent en groupes séparés. Notons aussi que les femmes prononcent moins d’injures ou de « gros mots », pour avoir entendu dans leur enfance que « ce n’est pas joli dans la bouche d’une petite fille ».

Pour ce qui est du temps de parole

Les études analysant le déroulement de conversations enregistrées font apparaître que lorsqu’un groupe est mixte, la répartition du temps de parole est plus favorable aux hommes. Ils prennent la parole plus souvent et la gardent plus longtemps. Ils interrompent les femmes plus qu’elles ne les interrompent. Leurs propos chevauchent plus souvent ceux d’un autre interlocuteur et ces chevauchements sont  plus souvent « réussis », c’est-à-dire que les hommes en question parviennent ainsi à conserver la parole.

Il a de surcroit été montré que les personnes d’un statut supérieur interrompent davantage les autres dans les assemblées, mais qu’un homme de statut inférieur peut interrompre une femme, même si elle est d’un statut plus élevé, et lui reprendre ainsi la parole.

Plusieurs explications peuvent être envisagées

- les hommes dominent et ne se privent pas d'utiliser l'avantage qui leur est ainsi conféré

- les hommes et les femmes ne conçoivent pas la conversation de la même façon. Pour un homme interrompre quelqu’un, rebondir sur ce qu’il dit démontre de l’intérêt pour ses propos et le fait que les femmes les interrompent moins peut être interprété par eux comme un signe de moindre intérêt . Pour les femmes montrer de l'intérêt sa fait d'abord en écoutant et elles sont plus attentives à l'échange d'arguments. Or le fait qu’elles les laissent parler indique peut-être pour eux qu’elles n’ont rien à dire.

Il est également une question qui joue dans le cadre professionnel : les femmes ont davantage le souci du temps et estiment que redire quelque chose qui a déja été dit, ou rebondir juste pour se faire remarquer, rallonge inutilement le temps de réunion. 

Lorsque la parole est équitablement répartie

Lorsque l'on décompte le temps de parole en s'assurant qu'il soit équitablement réparti et que l'on interroge ensuite des observateurs ils ont le sentiment que les femmes ont été plus bavardes. CQFD !

08/12/2014

Monarchies héréditaires

'avais été étonnée de ne pas lire grand chose lors du couronnement du Roi d'Espagne sur le fait qu'étant le plus jeune des 3 enfants du précédent monarque il ne devait son titre qu'au fait d'être un garçon. 

On pouvait, il est vrai,  admettre que depuis sa plus tendre enfance il avait été préparé à cette fonction, ce qui n'avait pas été le cas de ses soeurs. Difficile dans ces conditions de tout remettre en cause à 45 ans. 

J'ai d'ailleurs trouvé des articles évoquant un possible changement de loi, notamment lors de la naissance de la seconde fille de Felipe. Je ne sais pas si cela a abouti.

Même chose pour Albert de Monaco, puisque sa Soeur Caroline est l'ainée.

Mais j'ai eu l'impression de tomber dans une faille temporelle en lisant cet interview donné par Albert de Monaco à Paris Match, qui l'interrogeait sur le sort de ses jumeaux à naitre. Il a déclaré sans rire "En cas de jumelles ou de jumeaux, ce sera la première ou le premier qui verra le jour. Dans le cas d'un garçon et d'une fille, ce sera le garçon. Dans le cas de jumelles, et si un garçon venait agrandir notre famille par la suite, c'est à lui que reviendrait le titre de prince héréditaire».

Voilà ! Mais Monaco n'est évidemment pas un modèle, ni un enjeu fondamental pour l'Europe. La grande Bretagne avait réglé la question au moment de  la naissance du petit Georges , comme cela avait déja été le cas en Belgique, au Danemark et en Suède. 

Notez qu'Albert prend la peine de préciser que l'ainé sera le premier à voir le jour.  C'est que la presse people, toujours à la recherche d'informations croustillantes et de scoop pour tenir en haleine ses lecteurs, s'était interrogée là dessus cet été. Il y a encore des gens pour croire que l'ainé de jumeaux est le second né. Croyance qui provient de représentations proprement moyenâgeuses : le premier bébé conçu serait le premier à s'accrocher dans l'utérus et prendrait la bonne place du fond ! ou alors que le premier entré (sous forme de spermatozoide donc) serait logiquement au fond du réceptacle. Il y a des journalistes, et des journaux comme Le Point pour faire un article à partir de telles inepties. Stéphane Bern avait été appelé à la rescousse et rappelé qu'il s'agissait d'une tradition pas d'une obligation. Il parait  même que les médecins du rocher préfèraient ne pas se prononcer. 

Je ne veux pas discuter ici du bien fondé des monarchies héréditaires. Mais je ne vais pas résister au plaisir d'évoquer cette très récente découverte : l'analyse de l'ADN de Richard III d'angleterre , dont les ossements ont été retrouvés en 2012, a montré que l'actuelle reine n'était pas l'une  de ses descendante directe. Concrètement ;"entre l'époque de Richard III et la notre, l'une des femmes de la famille a choisi pour son enfant un père qui n'était pas son époux" .

On comprend pourquoi tant de précautions sont nécessaires pour contrôler les femmes...

07/12/2014

Paris des femmes

En 2012 3 femmes du monde de la culture Véronique Olmi, Michèle Fitoussi, Anne Rottenberg ont  décidé de permettre à des femmes autrices de voir leur travail mis en scène.

Parce que personne ne sera surpris d'apprendre que 85% des pièces jouées en France sont écrites par des hommes.

Depuis, chaque année, elles proposent un thème, "la vie mode d'emploi " en 2014,  "le meilleur des mondes" pour cette 4eme édition. 

9 autrices sont sollicitées pour écrire un texte dont elles sont assurées qu'il sera joué, ce qui est rare . Les consignes sont minimalistes : chaque pièce doit durer 30mn, pas plus de 3 personnages, ni décors, ni accessoires. 

Il se trouve par contre que les metteurs en scène sont des hommes, l'objectif pour les créatrices de l'évènement étant de focaliser l'action sur les autrices.

Il est d'ailleurs intéressant de noter que lors de la présentation du programme 2015, à laquelle j'avais été invitée, la féminisation du terme "auteur" a fait l'objet d'une discussion. Le choix a été fait de retenir celui d'"auteure" car le mot "autrice" est souvent accusé d'écorcher les oreilles, alors qu'il semblerait plus conforme aux règles du français. On peut pourtant noter que "spectatrice", "actrice", "lectrice" ou "réalisatrice" ne posent aucun problème. C'est que "autrice" a aussi une connotation militante féministe. Ce n'est certainement pas un hasard. 

Donc, si vous aimez le théâtre, et si vous habitez Paris, car pour l'instant ces spectacles ne sont joués qu'une seule fois, au Théatre des Mathurins, ce qui est bien dommage, vous pouvez réserver vos soirées des 9/10/11 janvier 2015 . Plus d'infos sur le site Paris des femmes

29/11/2014

De la facilité d'être serein quand on est du bon côté

Il y a quelques semaines 140 députés ont interpellé le Président de l'Assemblée suite à la sanction infligée par Mme Mazetier à un collègue qui s'obstinait à l'appeler "Madame Le président" .

Je ne vais pas revenir ici sur la question du langage, mais sur l'impression générale que cherche à donner cette lettre. Le vocabulaire utilisé oppose en effet le "ridicule" de cette affaire "risible" à la "sérénité", "la bonne entente" et le "respect mutuel" dont a besoin l'Assemblée pour ses débats.

Une expérience simple, récemment remise au gout du jour sur Le démotivateur, m'a parue tout à fait en rapport avec cette histoire. 

L'expérience

Une fois les élèves assis à leur place, le professeur pose une corbeille juste devant le tableau et demande à chacun d'y lancer une boule de papier. Il pourrait proposer que cet exercice soit noté.

Evidemment, ceux qui sont assis au premier rang, juste en face de la corbeille sont largement avantagés.

En conséquence, plus les élèves sont mal placés, plus ils doivent se lever, se déhancher, s'agiter pour mieux viser.

Et plus ils protestent et se plaignent de l'injustice de l'exercice, car ceux du 1er rang, même si ils s'en rendent compte, mesurent assez mal la difficulté rencontrée par leurs camarades.

Il est bien plus facile de rester calme et serein lorsqu'on est en position de réussir et, pour en revenir à l'Assemblée (ou à tout autre lieu) il est bien plus facile d'évoquer la sérénité et le respect mutuel  lorsqu'on se sait légitime, et considéré comme tel, que lorsqu'on se sent sans cesse remis-e en question et dans l'obligation permanente de se justifier.

Bref, et en caricaturant à peine tant cette affaire est exemplaire, on en arrive facilement à considérer comme risibles et ridicules (on pourrait dire féministes hystériques) des femmes qui revendiquent le "respect mutuel" qui ne leur est pas accordé d'emblée

Le dessin a été réalisé spécialement pour mon blog par Sean .  Tous droits réservés

18/11/2014

Monotonie vestimentaire

Les Nouvelles News reviennent sur ce présentateur Australien qui a porté le même costume (enfin on espère qu'il en avait au moins deux identiques)  à l'antenne pendant 1 an sans susciter la moindre remarque. Il voulait ainsi montrer, et ce fut probant, qu'à la différence de ses consœurs dont les tenues ou les coiffures étaient sans cesse commentées, il n'était jugé que sur son travail.

On peut mettre cette histoire en parallèle avec les récents propos du patron de Facebook expliquant son éternelle tenue jean, t-shirt gris et sweat «Je veux simplifier ma vie afin d’avoir le moins de décisions possibles à prendre en dehors de mon service à la communauté».  J'aime assez l'analyse de Slate sur ces propos.

On se demande bien pourquoi les femmes ne font pas la même chose, c'est à dire adopter une tenue neutre pour aller au travail, et s'y tenir. Cela leur éviterait de subir des commentaires et leur épargnerait le soupçon de futilité, puisque pendant qu'elles choisissent le foulard qui ira bien, Mark Zuckerberg est probablement déjà en train de changer le monde.

Oui, mais non. ça ne marcherait pas de toute façon.

1ere raison : les femmes ne peuvent pas impunément se comporter comme les hommes

C'est vrai dan tous les domaines, j'en ai souvent parlé ici, quand un homme tape du poing sur la table on dit qu'il fait preuve d'autorité, si c'est une femme qu'elle perd les nerfs, quand un homme montre une ambition c'est bien légitime une femme est arrogante etc etc.

Alors une femme qui s'habillerait habituellement d'une tenue masculine comme un costume sombre avec cravate, ou d'un jean et t-shirt gris n'échapperait certainement pas aux commentaires sur ses vêtements, et ce ne serait pas à son avantage.  Elle apparaitrait comme peu féminine, rigoriste ou au contraire négligée. On se souvient d'ailleurs qu'il n'y a pas si longtemps que c'est autorisé.

Un bon exemple est celui d'Angela Merkel qui a habilement résolu la question en portant quelque chose qui ressemble à un uniforme masculin : pantalon veste mais sans cravate (faut pas exagérer quand même, la cravate est une représentation trop phallique) et en y mettant de la couleur. 

Eh bien ce choix fait régulièrement l'objet d'articles dans la presse allemande.


veste_merkel.JPG

Et cela fait, en principe, partie des compétences des femmes que de savoir s'habiller et se coiffer,   dans le style adapté aux circonstances. Comme pour les hommes les codes existent, on ne s'habille pas de la même façon si on travaille dans un ministère, dans la pub ou dans une usine, mais ils sont infiniment plus complexes. Tout écart est largement interrogé voire sanctionné : que l'on pense à la robe de Cécile Dufflot ou à la coiffure de NKM .


2eme raison : beaucoup de femmes y tiennent

Les petites filles et les petits garçons n'apprennent pas les mêmes comportements vestimentaires. S'habiller selon les règles de son groupe est un élément de socialisation et nous trouvons du plaisir à partager avec nos pairs des jeux, des conseils, des barrettes ou des billes, nous aimons aussi nous comparer avec eux.p

A l'âge adulte beaucoup de femmes continuent à apprécier les activités qui consistent à soigner son apparence, à jouer avec des vêtements pour affirmer , ou cacher, une personnalité, à essayer de nouvelles coupes ou de nouvelles couleurs.

Pour d'autres c'est une corvée, ou cela les indiffère

3eme raison : c'est une façon de revendiquer sa différence

Les femmes, et c'est très visible chez les femmes politiques, portent de plus en plus des tenues féminines : c'est à dire colorées, avec des chaussures à talons, des styles et des coupes variées. Dans les années 70/80 elles semblaient plutôt vouloir se fondre dans la masse

On pourrait y voir l'équivalent de l'exigence de féminisation des titres et du vocabulaire :  la demande d'être reconnue dans ce qu'elles sont, c'est à dire pas des hommes. 

Et ça c'est un enjeu de taille.

07/11/2014

Et pendant ce temps Simone Veille

J'avais été invitée à l'avant première de cette pièce pièce qui est actuellement jouée à la Comédie Bastille.

Et je dois dire que j'ai beaucoup ri. C'est du café théâtre de bonne facture, féministe militant, vraiment militant, sans prise de tête. 

3 femmes se retrouvent et parlent de leur vie dans les années 50, puis ce sont leurs filles, leurs petites filles .... Un voyage à travers les décennies qui permet de  mesurer les évolutions dans la vie des femmes depuis 60 ans.

Le tout commenté et dirigé  par une maitresse de cérémonie qui semble être une Coluche en jupon et que j'ai trouvée désopilante.

N'attendez pas d'y apprendre avec précision l'histoire du féminisme car certains évènements sont quelque peu amalgamés, mais vous pourrez en ressortir avec le sentiment de participer à une course de relais et d'avoir un témoin à faire passer

MHF aussi a bien aimé

 

Des liens pour le week end #8

Cette semaine, des liens en rapport avec des objets ou des vêtements

- l'histoire des Tampax. Je ne connaissais pas ce blog qui mérite d'atterrir dans votre reader.

- le soutien gorge a officiellement 100 ans

- pourquoi les écossais portent des kilts

- le top de 10 blogs féminsites choisis par le magazine Marie-France . En réalité il y en a désormais beaucoup plus

je vous invite aussi, si vous êtes sur  twitter, à consulter  le hashtag #agressionnondenoncee

 qui a généré depuis mercredi plusieurs milliers de tweets au Canada. Lancé par la Fédération des femmes du Québec il reprend un hashtag en anglais #BeenRapeNeverReported (littéralement avoir été violée et n'avoir jamais dénoncé). Il faisait suite à des plaintes concernant un animateur de radio très connu au Canada et accusé d'avoir violentées plusieurs femmes

Parmi les milliers de témoignage ainsi recueillis celui de la journaliste Michèle OUIMET  est particulièrement fort. Elle y explique non seulement pourquoi elle n'a pas porté plainte, mais aussi,  ce que beaucoup de gens ne comprennent pas,  pourquoi elle ne s'est pas défendue.

Image Eugénia Lolli, trouvée sur La boite verte

06/11/2014

Et si l'artiste, le génie, était une femme ?

Et si Banksy était une femme ? c'est le titre d'un article récent. Banksy est un artiste qui couvre de ses dessins et peintures des espaces divers notamment dans la rue, c'est illégal et il le fait anonymement. Quelques chanceux ont réussi à vendre, très cher, les murs découpés sur lesquelles il avait apposé ses oeuvres.

De nombreuses hypothèses circulent sur son identité, mais il ne s'agit que de spéculations car personne ne peut affirmer l'avoir aperçu. Pourtant, nul ne s'était posé la question de son sexe.  Et c'est bien cela qui est intéressant car cette histoire révèle la façon dont notre jugement est influencé sans que nous nous en rendions compte.

Au départ nous ne savons rien, sinon que quelqu'un (s'agit il d'ailleurs toujours de la même personne ?), plutôt doué, prend la peine de dessiner sur des espaces extérieurs. Mais notre cerveau, qui a besoin de représentations va se fier à quelques indices pour construire sa propre image de Banksy

- Premier biais, pas des moindre et qui justifie le difficile combat contre le masculin soi disant neutre : quand nous allons parler de cet artiste nous allons dire "Il a fait ceci, ou cela ", et l'image qui vient est automatiquement celle d'un homme.

- Second biais, nous allons nous référer à notre catégorie interne des  "artistes peintres doués". Et, oh surprise ! , il s'y trouve une immense majorité d'hommes (c'est d'ailleurs pour cela que certains en concluent que les femmes n'ont aucun génie). 

- Enfin, comme nous le savons toutes et tous, la rue et un espace plutôt masculin et, de plus,  certaines de ses oeuvres ont nécessité des prises de risques certaines. Or les hommes prennent habituellement davantage de risques que les femmes (ce n'est pas un stéréotypes, les statistiques des urgences en attestent). De plus, pour échapper à toutes observations il doit être agile et rapide. C'est plus facile en jean et tennis qu'en jupe et escarpins.

Et nous voila, avant même d'y avoir réfléchi, avec l'image d'un Banksy homme.

Cet article fait écho à un autre, que j'avais lu quelques jours plus tôt,  qui envisageait l'hypothèse que certains des chefs d'oeuvre de JS Bach aient pu être écrits par sa femme.

Les conditions sont différentes, il était, jusqu'à une période assez récente, quasi impossible pour une femme de faire valoir ses qualités artistiques ou de se faire éditer. La meilleure solution consistait donc à le faire sous le nom d'une autre personne , un homme évidemment.  Elles pouvaient aussi, le cas le plus connu étant celui de George Sand prendre un pseudo masculin.

Et celles qui se lançaient devaient affronter des préjugés qui attribuent d'emblée ce que Bourdieu appelle "un coefficient symbolique négatif" à toute action réalisée par une femme, quand ce n'est pas moqueries et propos péjoratifs (ex : des bas bleus).

15/10/2014

Expo : Héroïnes dans la BD

Dans le hall du Conseil Régional du Rhône, j'ai pu voir l'exposition Héroïnes H/F dans la BD . Celle-ci propose de renverser le regard sur les personnages principaux de la bande dessinée : et si le personnage principal n’était pas Gaston, mais Mademoiselle Jeanne ? Si Tintin ou Astérix étaient des femmes ? Laissant carte blanche à 30 auteurs de bandes dessinées, l’exposition montre des planches uniques (vous pouvez les voir ICI), auxquelles sont associés les commentaires et analyses d'universitaires (qui sont ICI). C'est très intéressant et j'ai sélectionné quelques passages.
(morceaux choisis, les textes ne sont donc pas de moi)

1/ La femme dans le frigo

Dans la BD (tout comme dans les films ou les romans), la présence des femmes, leur importance et la façon dont elles sont présentées dépendent avant tout du type d’histoire que le scénariste désire raconter. Tous les personnages étant au service de l’intrigue, ils ont une fonction narrative et n’existent pas simplement pour eux-mêmes : il serait donc absurde (et néfaste pour la liberté artistique des auteurs) d’exiger la parité absolue au sein de chaque album. Ce qui pose problème, ce n’est pas tel ou tel scénario en particulier ; c’est plutôt l’existence d’habitudes tenaces et souvent inconscientes dans l’écriture, qui font que les mêmes schémas d’interaction homme/femme vont se reproduire d’une œuvre à l’autre et, de façon plus générale, influencer notre perception du rôle des femmes. Pour lutter contre cela, il est nécessaire d’identifier ces schémas récurrents. Le plus connu d’entre eux est celui de la demoiselle en détresse dans lequel le fait de porter secours à une femme devient l’objectif de la quête c’est une manière simple et efficace de justifier le fait que le héros parte à l’aventure. Tout irait bien si ce schéma affectait indifféremment les deux sexes mais, sauf cas exceptionnel, ce sont bien les femmes qui se voient attribuer ce rôle passif de second plan.

Un autres schéma, moins connu mais tout aussi présent, est celui de la «femme dans le frigo». L’expression women in refrigerators a été inventé en 1999 par Gail Simone, scénariste de comics américaine, pour dénoncer le fait que les personnages féminins sont souvent tués, torturés ou privés de leurs pouvoirs dans le seul but de faire avancer l’intrigue. Le terme fait référence à un épisode de Green Lantern dans lequel le personnage principal retrouve sa petite amie découpée en morceaux et placée au réfrigérateur par le méchant de l’histoire ; la perte de celle-ci va ensuite servir de motivation pour le héros qui trouvera dans son désir de vengeance les ressources nécessaires à la victoire.

2/ Les ciseaux de Seccotine

Les frasques du Petit Spirou nous paraissent bien innocentes (suffisamment, en tous cas, pour apparaître en tête de gondole des rayons jeunesse), même lorsque le jeune garnement s’apprête à couper aux ciseaux, par surprise, le maillot de bain d’une inconnue. Mais que se passerait-il si une petite fille en faisait de même pour un homme ?

Ce que nous montre cette inversion, c’est le fait que la société ne considère pas de la même façon la sexualité des jeunes garçons et celle des jeunes filles la curiosité des premiers semble naturelle, en rapport avec l’idée que les hommes ont «naturellement» plus d’appétit sexuel et sont incapables de se contrôler . Au contraire, on estime que les petites filles doivent être protégées, que leur rôle est toujours celui d’une proie potentielle il est donc dérangeant de les voir endosser un rôle de prédateur.

3/ Pourquoi si peu de femmes dans la bande dessinée humoristique ?

Pourquoi cette relative absence des femmes dans la bande dessinée humoristique ? Cela tient à l’un des grands paradoxes de la pratique humoristique on évoque souvent le rôle que peut jouer l’humour dans la lutte politique, tout en remarquant qu’il peut parallèlement renforcer les rapports de domination sociale en recourant à des stéréotypes. L’humour des dominés est en soi une réalité complexe il est difficile de prendre pour cible les dominants car ce sont eux qui fixent les règles du comique il faut alors respecter celles-ci et donc rire des mêmes cibles que les dominants, c’est-à-dire de soi-même.

On a souvent remarqué que l’humour féminin était essentiellement une forme d’autodérision, reconduisant les codes comiques masculins pour se les appliquer soi-même et ainsi tenter de récupérer la maîtrise de sa propre image. Si une femme se risque à rire des hommes, son discours sera dit féministe, toute mise en question du pouvoir du dominant étant ainsi neutralisée en lui donnant l’apparence d’une idéologie portée par quelques empêcheuses de tourner en rond vindicatives.

Une héroïne de bande dessinée humoristique se trouverait donc, en l’état des choses, dans une situation intenable soit elle accepte de rire d’elle-même et donc de se nier en apparaissant sous les traits d’un stéréotype, soit elle rit des autres mais revendique alors une idéologie et prend le risque de ne toucher qu’un public de converti.e.s. Sur des espace plus libres, tels qu’Internet, les blogueuses parviennent à faire de la bande dessinée humoristique et annoncent une réelle évolution des pratiques, mais que faire dans les grands circuits de distribution, contraints de respecter des attentes qu’ils n’ont pas conscience de fixer eux-mêmes ?

4/ Le syndrome de la Schtroumpfette

Certaines notions ont été forgées de façon très anodine, sur un site ou dans un journal, avant d’être récupérées par toute la communauté internet et d’accéder au rang d’outil critique courant. Par exemple, on entend parfois parler du « syndrome de la Schtroumpfette » (the Smurfette principle), qui est employé de nos jours pour désigner le fait que la présence d’une seule femme dans un groupe (notamment professionnel) sert d’alibi pour ne pas avoir à pousser plus loin la réflexion sur la parité. Dans ce type de cas, les femmes sont finalement perçues comme une minorité qui doit avoir sa représentante, mais pas vraiment comme des collaboratrices dont la présence serait banale et normale. C’est donc une bonne intention qui aboutit à un résultat mitigé.

La paternité (ou la maternité ?) du terme revient à Katha Pollitt qui l’a employé en 1991 dans les pages du New York Times. Elle y critique spécifiquement les dessins animés et les livres pour enfants, dans lesquels des groupes de garçons sont fréquemment flanqués d’un unique membre féminin fortement stéréotypé (du Muppet Show aux Tortues Ninja), véhiculant l’idée que les femmes sont minoritaires, subalternes, et définies par leur genre plus que par leur personnalité.


Notons au passage que la Schtroumpfette est ici licenciée, car elle est trop sexy Sa robe est courte ! Mais que dire de tous les autres schtroumpfs qui se baladent torse nu… et dont on voit la queue ?

5/ Le Bechdel

 C’est encore une dessinatrice de BD américaine, Alison Bechdel, que l’on doit le fameux test qui porte son nom. Le Test de Bechdel permet de déterminer si un scénario laisse une vraie place aux femmes, ou si celles-ci ont seulement un rôle mineur il faut 1) que les films, les BDs ou les romans concernés contiennent au moins deux personnages féminins et 2) qu’ils dépeignent au moins une scène dans laquelle ces femmes, entre elles, parlent d’autre chose que d’un homme. Ce test provient en fait de la BD humoristique de Bechdel Dykes to Watch Out For, où un des personnages explique à l’autre que ce test lui sert de guide pour décider quel film elle ira voir au cinéma. Ce qui était initialement une simple plaisanterie est donc devenu, en l’espace de quelques années, un véritable outil d’analyse ; et même s’il n’est pas pertinent dans 100% des cas, il permet tout de même la mise en lumière d’une véritable inégalité de traitement dans le paysage culturel mondial.

Cette absence chronique d’une interaction réelle entre femmes ne date pas d’hier. Elle est liée au fait que dans les représentations collectives, l’amitié féminine n’existe pas, sauf pour former un groupe de bonnes copines qui ne s’intéressent qu’aux hommes et aux façons de leur plaire. Le reste du temps, les femmes, individus socialement désavantagés, n’auraient que haine et mépris pour celles qui les entourent dans leur vie professionnelle et qui seraient toujours perçues comme des rivales venues usurper leur place chèrement acquise, dans un monde hostile à leur réussite.

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