En couverture de ELLE "la Fin du féminisme ? Ces superwomen qui veulent rentrer à la maison".

Un article qui défend la thèse selon laquelle les femmes en ont assez de jouer aux superwomen et veulent se réapproprier leur féminité et notamment la maternité. A priori j'applaudis des 2 mains moi qui ai 5 enfants, qui les ai allaités longtemps (2 ans les dernières), qui suis convaincue que les jeunes enfants ont un intense besoin de leur mère je ne peux qu'approuver que "revendiquer ses droits sur un modèle masculin comme pendant les années 70 c'est fini. Aujourd'hui les femmes profitent des acquis féministes mais veulent encore plus. Elles luttent maintenant en cohérence avec leurs envies profondes" ou cette phrase "elles n'ont pas envie d'être des hommes comme les autres".

Alors pourquoi ce malaise à la lecture de cet article ?

C'est qu'en réalité, sous une apparence de modernité il véhicule plusieurs présupposés idéologiques qui méritent d'être examinés.desperate.jpg

1 - les jeunes femmes d'aujourd'hui veulent rentrer à la maison, ce serait un scoop. En réalité, en 1978 une dénommée Christiane Collange avait publié un livre avec ce titre "je veux rentrer à la maison". Livre qui avait fait un peu de bruit à l'époque. Déja on entendait ce même discours: les femmes veulent revenir à des activités importantes pour elles, s'occuper avec amour de leur famille de leur maison et donc laisser les hommes gérer le reste.

2 - on est féministe comme on était, à une certaine époque communiste. Non seulement c'est parfaitement dépassé mais il s'agit d'une façon partisane de voir le monde. Globalement les attributs du féminisme sont plutôt guerriers on parle du "front féministe", du "combat féministe", "de dictature féministe" et on le réduit à quelques clichés "amies féministes(...) vous qui avez brûlé gaiement vos soutiens-gorges" ou "je ne me suis jamais retrouvée dans le féminisme. Il y a des différences fondamentales entre les hommes et les femmes " et une conclusion "les féministes doivent changer leurs méthodes". Il y a même ça d'écrit "Catherine Millet, une femme libérée, tu parles! Se faire baiser dans des partouzes sans jamais jouir, c'est ça la liberté ?". Allez clamer que vous êtes féministe après ça !

3 - les femmes ont le choix : être de superwomen ou se consacrer à leur famille. Sauf que la plupart n'ont en réalité pas le choix. Pour pouvoir rester à la maison il faut soit travailler à la maison soit disposer d'un autre revenu suffisant. Alors toutes les femmes qui élèvent des enfants seules, toutes celles qui arrivent à peine à joindre les 2 bouts avec 2 salaires n'ont pas le choix. Il leur faut rester de superwomen.

4 - le motif essentiel de cette envie de cocooner est la maternité, donc il ne concerne que les femmes, donc "on ne compte plus chez les filles les plus diplômées celles qui choisissent de lâcher leur boulot" ou "qui se mettent à mi-temps, refusent une promotion ou acceptent un emploi sous dimensionné". CQFD ! étonnez-vous, indignez-vous que les femmes gagnent moins que les hommes, qu'elles ne se retrouvent pas aux manettes des entreprises, au parlement. ELLE a l'explication, c'est parce qu'elles préfèrent s'épanouir chez elle. Moderne en effet !

L'article est complété d'une interview d'Elisabeth Badinter. Brillante, comme toujours, elle regrette amérement ce qu'elle considère comme une régression et met en garde les jeunes générations qui "sont nées avec des droits chèrement acquis par leurs mère." Qui disent : "on veut encore plus, on veut du bonheur ! "Or "le modèle égalitaire et émancipateur des féministes n'est pas une source de bonheur. Le bonheur est une affaire individuelle et non collective". Par contre je ne suis pas d'accord avec elle lorsqu'elle parle "du modèle oppressif de la maternité" ou se scandalise que "toute femme qui accouche dans une maternité publique fait face à une pression stupéfiante pour allaiter". De nombreuses femmes, et j'en suis, trouvent un épanouissement certain dans la maternité sans pour autant se réduire à n'être qu'une mère.

femme_au_foyer.jpg Alors après avoir lu ça j'ai envie de dire pourquoi je suis encore féministe.

J'ai également envie de redonner mon point de vue sur la problématique travail/maternité. En réalité, si elle n'est pas prise en compte c'est parce qu'il s'agit d'une problématique qui n'a jusqu'à présent été portée que par les femmes. Ce sont bien sûr les femmes qui s'arrêtent de travailler pour mettre au monde les enfants, ce sont elles ensuite qui jonglent avec leurs horaires pour aller les chercher à la crèche puis à l'école, elles qui sacrifient leurs carrières pour se rendre plus disponibles.

Pendant ce temps les hommes dirigent et construisent le monde.

Le jour où toute la société trouvera normal que les 2 parents s'arrêtent un temps assez long pour s'occuper alternativement de leurs enfants, que les hommes refuseront les réunions tardives parcequ'ils veulent eux aussi aller chercher leurs enfants à l'école ou les garder lorsqu'ils sont malades, qu'ils demanderont à ne pas travailler le mercredi et qu'en plus ils assumeront leur part de tâches domestiques.

Ce jour là, les entreprises et les partis politiques modifieront leurs habitudes, les femmes n'auront plus besoin d'être de superwomen , les hommes s'apercevront qu'il n'y a pas que le boulot dans la vie. Les femmes pourront accéder au pouvoir et le monde n'en ira que mieux.

Utopique ?