La nouvelle conception des programmes du primaire a abouti à la disparition de références concrètes à la question de l’égalité homme-femme

Extrait du Rapport d'activité de la délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes (Assemblée Nationale)

Ce rapport aborde différent thèmes, notamment celui de l'égalité à l'école: il constate que malgré leurs réussites scolaires les filles sont toujours absentes de certaines orientations, ce qui aboutit à une considérable ségrégation professionnelle. En fait l'égalité affichée n'est en réalité pas traité de façon prioritaire.

J'en retiens un exemple : la façon dont l'égalité filles garçons est abordée dans les programmes du primaires. Depuis 2002 c'est une régression qui est observée. Certaines références aux inégalités qui figuraient dans les programmes de 2002 ont été supprimées en 2007 et depuis les réformes d'avril 2008 la question de l'égalité hommes/femmes n'est carrément plus évoquée.

En bref, au lieu d'avancer on recule

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Voici l' extrait du rapport sur ce thème précis.

"En fait, la révision des programmes effectuée en 2007, pour la rentrée 2007/2008, avait déjà supprimé du programme d’histoire du cycle des approfondissements (CE2, CM1 et CM2), des références aux inégalités hommes-femmes qui figuraient dans les programmes de 2002.

Avaient disparu :

– la mention de la place des femmes parmi les objectifs assignés à l’enseignement de l’histoire : « Chaque époque a été marquée par quelques personnages majeurs, dans l’ordre politique, mais aussi littéraire, artistique ou scientifique. On n’oubliera pas, pour autant, le rôle des groupes plus anonymes ni celui des femmes, dont on soulignera la faible place dans la vie publique» ;

– le « point fort » relatif à l’inégalité entre l’homme et la femme exclue du vote et inférieure juridiquement qui constituait l’un des trois points forts à retenir dans la partie du programme relative au XIXe siècle.

Les programmes de 2007 maintenaient cependant dans la présentation de l’histoire du XIXe que : « En France, la République s’installe durablement, consolide les libertés fondamentales et développe l’instruction, mais la femme reste dans une position d’infériorité par rapport à l’homme, comme partout en Europe. » Ils prévoyaient aussi explicitement, dans le programme d’éducation civique, que l’étude de la question de la citoyenneté suppose d’apprendre « que, même si la réalité n’est jamais entièrement conforme à l’idéal, celui-ci doit continuer à être affirmé pour guider les comportements et structurer l’action, à partir d’exemples historiques comme l’esclavage ou l’inégalité entre les hommes et les femmes ».

Ces points d’ancrage ont disparu lors de la refonte qui vient d’être opérée. Elle retient, il est vrai, une approche différente en matière d’enseignement de l’histoire et de conception du programme. Que ce soit pour la maternelle ou pour l’école primaire, les nouveaux programmes arrêtés le 29 avril 2008 ne présentent plus de références explicites relatifs à l’égalité homme-femme.

On peut, tout au plus relever que le programme d’instruction civique et morale du cycle des approfondissements précise que parmi les sujets plus particulièrement étudiés, figurent « les règles élémentaires d’organisation de la vie publique et de la démocratie », parmi lesquelles : « le refus des discriminations de toutes nature ».

Pourtant cette question reste une compétence devant être acquise à la fin du CM2. En effet, dans le cadre des compétences dites Compétences sociales et civiques, l’élève doit être capable de : « respecter les autres, et notamment appliquer les principes de l’égalité des filles et des garçons », conformément au socle commun de connaissances et de compétences."

(j'ai pris le dessin ici)

Commentaires

1. Le 16/12/2008, 06:52 par mebahel

De toute façon les niouprogs du primaire ont un contenu tellement intrumental que nombre d'entre nous restons à ceux de 2002 modifiés 2007.
Ha oui ,vous saviez pas?
La mouture précédente des progs date de 2007.Comme quoi c'était super urgent d'en pndre d'autres en 2008.

2. Le 16/12/2008, 06:58 par christophe

Navrant...je suis bien d'accord: au lieu d'avancer, on recule !

On va revenir bientôt à l'histoire de France des grands hommes et héros éternels...

J'avoue que je n'avais pas fait attention à cet aspect des choses...Mais Olympe est là pour nous remettre les choses au point.

Tes billets sont, en tout cas pour moi, de véritables "piqures de rappel" (j'éprouve du plaisir à les lire...mais quelque fois cela fait mal ^^)

a plus !

3. Le 16/12/2008, 20:18 par olympe

mebahel, ah bon personne n'applique les vrais programmes alors ??

Christophe. c'est normal sur mon blog je ne parle que de ce qu'il faudrait changer, mais il y a aussi plein de choses qui progressent ou qui vont bien.

Emelire, ma fille est en Terminale S. elle a de bons résultats elle pourrait continuer dans le domaine scientifique mais elle en a assez des maths à haute dose.

4. Le 16/12/2008, 22:42 par emanu124

J'en ai MARRE de voir maman dans la cuisine et papa qui lit son journal dans les bouquins de classe..
Flute..
Et après on s'étonne que les filles passent plus de temps aux tâches ménagères que les hommes à égalité de vie professionnelle...
En tous cas si je peux revendiquer une réussite féministe c'est que mes fils protestent autant que moi quand il voient ce genre de clichés..

5. Le 17/12/2008, 04:54 par mebahel

"mebahel, ah bon personne n'applique les vrais programmes alors ??"
Meuh si: c'est une obligation légale.

6. Le 17/12/2008, 19:13 par Stedransky

Un truc horripilant que j'ai entendu à l'iufm l'an dernier, c'est que s'il faut s'occuper "en plus" des questions d'éducation sanitaire, de l'égalité entre hommes et femmes et de prévention des violences, quand est-ce qu'on fait nos matières. A force d'insister sur le contenu culturel et des points de détails (genre, "il faut avoir 10/10 en dictée), on oublie que l'école est là pour former des esprits et de futurs citoyens acteurs de leur vie.
Du coup, on ressort les vieux manuels atroces et sexistes d'il y a 40 ans, sous prétexte qu'ils apprennent mieux l'orthographe, ou les Lagarde et Michard, où les femmes sont curieusement sous représentées...
Perso, comme prof de français, je me délecte de choisir mes exemples de grammaire : "Il pensera à laver son linge", "Tout le monde a droit au respect", pour les derniers en date.

7. Le 18/12/2008, 13:59 par Lledelwin

C'est marrant, moi c'est la première formulation que j'ai trouvé atrocement sexiste : "Chaque époque a été marquée par quelques personnages majeurs, dans l’ordre politique, mais aussi littéraire, artistique ou scientifique. On n’oubliera pas, pour autant, le rôle des groupes plus anonymes ni celui des femmes, dont on soulignera la faible place dans la vie publique" Cela induit tout naturellement que personnage majeur = homme, groupe anonyme = hommes et toutes les femmes. Une Elisabeth d'Angleterre, Isabelle la Catholique, Christine de Pisan, Madame de Sévigné, Sophonisba Anguisola, Arthemisia Gentileschi, Berthe Morrissot, Louise Michel, Marie Curie, Irène Jolio-curie, Sainte Hildegarde de Binguen, Simone de Beauvoire, Olympe de Gouge, Hachepsout, Cleopatre VII, Boadicée, Catherine la Grande, Marie-Thérèse d'Autriche, l'archiduchesse Isabelle des Pays-Bas... Des figures anonymes ? Vraiment ? Et voila, le cliché de l'homme important vs femme anonyme se poursuit.

Il est indéniable que le passé était pas rose tendre pour les jeunes femme (ou plutot il était trop facilement rose layette uniquement) mais rabacher que les femmes ne comptaient pour rien, c'est priver furieusement les petites filles, les jeunes filles, les femmes d'aujourd'hui de l'exemple jadis vivant que oui, des femmes ont fait de grandes choses en politique, art, littérature, que non, il n'y a pas que des hommes illustres et des femmes d'hommes illustres. Ne parler que des hommes, c'est aussi laisser entendre que les filles n'ont pas la capacité à...

8. Le 18/12/2008, 17:55 par olympe

Super Stedransky ton idée, on devrait proposer une dictée à la Pivot avec que des phrases inversant les stéréotypes.
Lledelwin, bienvenue, je ne conniassais pas ton blog. la faible place des femmes dans la vie publique est une réalité (aujourd'hui encore 20% environ au Parlement) il faut le dire pour le dénoncer. mais aussi tu as raison mettre en avant toutes leurs réalisations politiques, culturelles, scientifiques....
une phrase que j'entends souvent c'est "il n'y pas beaucoup de génies femmes". et c'est bien avant tout parcequ'on ne leur en laissait pas le loisir et que de plus celles qui s'y risquaient étaient davantage montrées du doigt qu'admirées.

9. Le 18/12/2008, 22:34 par Lledelwin

Et parce qu'on a vite fais de mettre en lumière les hommes en oubliant les femmes ! En son temps, une Hypatia étaient au centre d'un cénacle philosophique à Alexandrie, elle était fameuse pour sa pensée, sa culture, ses connaissances... Pour quoi la connait-on aujourd'hui ? Pour avoir été dénudée, rouée de coup et déchiquetées par des fanatiques primo-chrétiens. Et pour avoir été très belle. Sapho ? Ah oui, sacrée coquine... Ses vers, qui s'en souvient... Et ainsi de suite. Les Précieuses, ce mouvement littéraire, assez bourgeois dans le sens ou il s'épanouissait dans les salon, on l'a réduit à un tas d'enfarinées à la bouche en cul de poule très ridicule... Les apports à la langue française et à la littérature ? Déconnez pas, voyons. Et ainsi de suite. A mon sens, il y a une double explication à la faible place des femmes dans l' HHHistoire : 1) elles avaient une faible place dans la société, 2) ceux qui ont écrit l'histoire, parfois bien plus tard, trempaient leur plume dans la testostérone. Et bon, les femmes... soyons sérieux