Rachida Dati a accouché, ça n'a pas pu vous échapper.

Entendons nous bien, je ne discuterai pas ici de sa politique ou de sa personnalité et je me contrefiche de savoir qui est le père du bébé. Je rends néanmoins hommage à son courage, elle a poursuivi nombre de ses activités ces dernières semaines et si une grossesse n'est pas une maladie ce n'est pas non plus un parcours de santé. Les déplacements et les réceptions à plus de 8 mois de grossesse c'est indéniablement fatiguant.

Ce qui va se passer dans les prochaines semaines sera intéressant à observer, même si elle n'est pas la première femme ministre en exercice à accoucher. La question à laquelle Mme Dati et le gouvernement vont apporter une réponse est celle de savoir comment une femme peut concilier carrière et maternité. Bien entendu si il s'agissait d'un ministre homme qui était devenu papa, personne ne se poserait la question, personne ne se l'est jamais posée (voir un précédent billet sur le sujet)

Va-t-elle quitter ses fonctions ?

D'après Le Monde "selon un scénario avancé par des éditorialistes, son accouchement et le congé qui devrait suivre pourraient être l'occasion d'un changement de portefeuille au sein du gouvernement à la faveur du remaniement technique prévu fin janvier." Ce serait évidemment un très mauvais signal pour toutes les femmes enceintes qui craignent de ne plus retrouver leur poste en l'état à leur retour. Leur situation n'est bien sûr pas comparable, et le droit du travail protecteur à leur endroit, mais symboliquement profiter d'un congé maternité pour évincer une ministre c'est concrétiser l'idée qu'une absence, fût-elle pour une bonne cause, est pénalisante.Porte-Bebe-Home.png

Combien de temps va-t-elle s'arrêter ?

On a pu lire dans tous les journaux qu'elle ne s'arrêterait que quelques jours. Le JDD précise même que si "longtemps, on a parlé d'un délai d'une semaine. On parle désormais de deux jours seulement."

Je précise au passage que le droit du travail est clair sur le sujet, et je suppose que la même règle s'applique aux fonctionnaires. Mais j'ignore quel est le statut juridique d'une ministre.

"Les femmes ne peuvent être occupées pendant une période de 8 semaines au total avant et après leur accouchement. Il est interdit d'employer les femmes en couches dans les 6 semaines qui suivent leur délivrance."

Si Mme Dati s'arrête une semaine, c'est (outre sa santé), la maternité qu'elle sacrifie. Parceque pour se remettre physiquement et moralement, faire connaissance avec son bébé, construire une relation d'attachement, c'est court. Qu'on le veuille ou non un bébé de quelques semaines a un intense besoin de la présence de sa mère.Et je ne parle même pas d'allaitement.

C'est aussi un bien mauvais exemple qu'elle donne. Il y a des femmes cadres de haut niveau dont l'employeur ne comprendra pas qu'elles aient besoin de plus d'1 semaines d'arrêt.

Par contre si elle s'arrête plusieurs semaines c'est sa carrière qui risque d'en prendre un coup. Elle a, parait-il, des réformes importantes à mener. Difficile de le faire en s'absentant longtemps et en en cas d'événements importants, de révolte des avocats, d'émeutes dans les prisons et je ne sais quoi encore qui sera l'interlocuteur au gouvernement ?

Carme Chacon, à la tête du ministère espagnol de la Défense, a donné naissance à un fils cette année. Pendant toute la durée de son congé maternité, c'est le ministre de l’Intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba, qui a assuré l'intérim. son absence n'aurait pas dépassé huit semaines et elle a pu participer pendant son congé aux réunions hebdomadaires du Conseil des ministres.

Une solution intermédiaire qui n'est cependant possible qu'à condition que la confiance règne entre les différents acteurs !

Notons, qu'en France, contrairement à d'autres pays rien n'est prévu pour les femmes parlementaires, à fortiori les ministres qui s'arrêtent pour cause de maternité. (cf article de RUE 89 sur le sujet).

Un bébé au conseil des ministres ?

D'autres solutions sont à imaginer. Il est bien évident que, si elle reste au gouvernement Mme Dati peut suivre de chez elle les dossiers importants, y recevoir ses mails etc.. elle peut par contre s'économiser nombres de réunions, les cérémonies de voeux et autres obligations. Elle peut aussi, après son arrêt d'une durée raisonnable, y aller avec son bébé. Je ne serai pas choquée de voir l'argent de la République utilisé pour organiser une nurserie à coté de son bureau.

Qu'en pensez-vous ?

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