A qui profite l'argent public destiné aux loisirs des jeunes ?

Une équipe du CNRS (Université de Bordeaux) réalise depuis plusieurs année un inventaire systématique des équipements et espaces publics de loisirs des jeunes de l'agglomération de Bordeaux en portant une attention particulière à la variable sexe.

 
Ils ont étudié les pratiques sportives mais aussi les pratiques culturelles ou la participation à des activités de loisirs dans les centres d'animation et maisons de quartiers.

Ils constatent que " l’offre de loisirs subventionnée s’adresse en moyenne à deux fois plus de garçons que de filles, toutes activités confondues".

Clairement donc l'argent public profite davantage aux garçons
Les chercheurs notent que :

- à partir de la 6eme les filles délaissent massivement les activités de loisirs organisées par les structures locales.

- 3 fois plus d'activité habituellement non mixtes sont proposées aux garçons

- Les adultes ont le souci de "canaliser la violence des jeunes dans des activités positives" sans préciser quel est le sexe des jeunes incriminés. Or, ce sont de toute évidence les garçons qui sont visés.

et ils se demandent au final si cette prépondérance importante des garçons dans les espaces publics n'aboutirait pas à l'effet inverse de celui qui est escompté en valorisant les conduites viriles.  

Par ailleurs cette éducation différente des filles et des garçons à l'usage de l'espace public ne préparerait-elle pas à l'hégémonie masculine dans la ville et le sentiment d'insécurité des femmes qui en découle ?

Voici  un thème de réflexion pour tous les élus locaux,:  avant de distribuer des subventions il serait utile qu'ils s'assurent qu'elles bénéficieront équitablement à tous .

Commentaires

1. Le 02/04/2011, 08:24 par Le Journal de Chrys

BRAVO!!!!

Voilà un billet qui pose des questions qu'on a tendance à omettre...

2. Le 02/04/2011, 09:10 par phypa

Et il y a de fortes chances que cette préférence masculine ne soit pas consciente de la part des élus.

Cela dit les garçons ont plus que les filles besoin d'être cadrés, c'est d'ailleurs aujourd'hui un désavantage pour eux en milieu scolaire. C'est vraisemblablement la conséquence d'un climat éducatif familial inadapté. ( On sait par exemple que les garçons souffrent psychologique plus du divorce des parents)

Une éducation égalitaire ce n'est pas forcément la même chose pour tous, c'est aussi pour chacun selon ses besoins.
Si les garçons ont plus besoin que les filles d'un accompagnement social, parce qu'ils souffrent plus que les filles d'un manque d'attention des adultes, c'est bien pour tout le monde de leur consacrer plus qu'aux filles.
C'est évidemment un palliatif à des lacunes éducatives générales, mais sans doute nécessaire.

Il y a encore beaucoup de chemin à faire pour amener chaque enfant à devenir un individu libre de ses choix.

3. Le 02/04/2011, 09:55 par phypa

PS : Réaction de mon cher et tendre (!) :
Ce qui est dommage c'est que les filles n'aient pas envie de faire du sport.
Pourquoi toujours se représenter que le sport c'est pour les garçons, la danse pour les filles ?
C'est peut-être plutôt là qu'est le problème.

4. Le 02/04/2011, 11:58 par Suzanne

Excellente réflexion, qui vaut surtout pour les grandes villes.
Les activités des centres de loisirs et foyers d'animation rurale proposent des activités mixtes par chez moi. Il y a autant de garçons que de filles pour le canoé, l'escalade, la cuisine, le tir à l'arc, les jeux de piste, la baignade, la voile, le vtt, la pêche, le jardinage et les sorties à la patinoire. Le poney et la danse attirent plus les filles et le foot les garçons, mais ils ont le choix. C'est comme ça jusqu'à douze ans, et après... après, c'est mauvais signe quand on organise quelque chose "pour occuper les ados". Il s'agit en effet d'occuper des garçons qui font des conneries. Les filles s'occupent très bien entre elles.

5. Le 02/04/2011, 12:12 par Regarde

Le jour où on se préoccupera de canaliser la violence des adultes pour la détourner de s'exercer sur les enfants, filles et garçons...
J'habite en HLM, en quartier populaire, je viens de voir (encore une fois!) une maman houspiller du geste et de la voix sa petite fille pas assez soumise à son gré pour la faire rentrer de force dans le hall alors que la petite avait envie de me regarder jardiner...J'en ai mal au ventre. La violence des jeunes se fabrique là. L'argent public des loisirs des jeunes (ce qu'il en reste) va essentiellement à des salaires d'éducateurs et d'animateurs, il ne reste rien pour financer des activités créatrices, même animées par des bénévoles...Ladite "violence des jeunes" mime celles des adultes à leur égard: Elle tente de contrôler de plus faibles que soi. Cercle vicieux.

6. Le 02/04/2011, 13:54 par Clem

Quand je lis des choses telles que : " On sait par exemple que les garçons souffrent psychologique plus du divorce des parents " et " Il s'agit en effet d'occuper des garçons qui font des conneries. Les filles s'occupent très bien entre elles.", je n'y vois pas une relation de cause à effet expliquant le phénomène mis en évidence par Olympe, mais les mêmes mécanismes à l'oeuvre. Ce sont toujours les garçons qui semblent mériter et, dans les faits, reçoivent plus d'attention, parce qu'il sont plus précieux et valorisés. D'ailleurs, quand ils reçoivent moins d'attention, lors d'un divorce par exemple, ils souffrent plus que les filles, qui elles sont habituées à s'occuper entre elles, voire à s'occuper de leurs frères, puis de leur mari, puis de leurs fils...

7. Le 02/04/2011, 17:36 par Suzanne

Clem: si vous voulez, mais que faire ?

8. Le 02/04/2011, 17:39 par macdougal

Billet pertinent comme d'habitude. Mais il reste beaucoup de travail en france avant d'espérer faire évoluer un tout petit peu les mentalités, il suffit de lire les réactions , désolant. Les garçons sont toujours plus sensibles, plus fragiles, il leur faut plus d'attention, les filles ne veulent pas faire de sport...Rien ne bouge.

9. Le 02/04/2011, 18:43 par antisexisme

Article très intéressant

Déjà, le problème réside dans le fait qu'il y ait des activités considérés comme "masculines" (en général, à l'extérieur, sportives) et des activités "féminines" (à l'intérieur comme la gym et la danse et/ou plus artistiques ou manuelles)... ce qui pose déjà un soucis... et renforce les stéréotypes (inciter les garçons à occuper l'espace public, à faire des sports où il y a de la compétitions, oui, en effet, peut renforcer leur sentiment de domination et donc leur violence).

Ca continuera tant qu'on élèvera les enfants en fonction de leur sexe et non pas de leurs envies ou personnalité.

Ensuite, la remarque de Clem est très pertinente : les garçons auraient besoin absolument d'être "canalisés". On observe la même chose à l'école : les profs s'occupent plus des garçons, dont on craint l'agitation et dont on essaye de développer le potentiel - considéré plus grand que pour les filles -. Les filles apprennent à être plus autonomes du coup, et ça peut expliquer leur meilleurs résultats scolaires.

@ Didier Goux
Je ne comprends pas trop votre réaction... heureusement qu'il y a ce genre d'étude de sociologie qui mettent en avant les inégalités h-f. Et vu ce que gagnent les chercheurs, on peut pas les accuser d'être payés pour rien foutre !

10. Le 02/04/2011, 20:01 par lucia mel

Quand je lis tes billets (pardon de le dire ainsi) je suis partagée entre colère et déprime... tu fais oeuvre utile, merci Olympe, je suis souvent sidérée d'apprendre ce que tu nous révèles.

11. Le 03/04/2011, 11:33 par Gabrielle

ça ne me choque pas de dire que les loisirs et activités sportives "cadrent" les jeunes: ça permet de les réunir autour d'un même objectif une ou plusieurs fois dans la semaine, avec une idée de progression, c'est plutôt bénéfique et ça n'empêche pas d'y prendre du plaisir.

par contre, le fait qu'on considère que les garçons aient plus besoins d'être "cadrés", c'est se contenter de subir les conséquences d'une éducation différenciée filles-garçons... si on n'enfermait pas les garçons et les filles dans des stéréotypes leurs choix seraient certainement plus variés.

12. Le 03/04/2011, 21:24 par andrea

françoise Hériter racontait que lors d'un voyage d'étude ethnolog elle a remarqué que les femmes qui travaillaient dans les champs avec leur bb attaché dans le dos n'avait pas toujours le même comportement quand le bb pleurait. parfois, elles arrêtaient tout immédiatement et lui proposaient le sein; parfois, elles continuaient de travailler comme si de rien était.
En essayant de comprendre quel était le critère déterminant qui faisait arrêter immédiatement de travailler ou continuer , elle s'est rendu compte que c'était le sexe du bb. Elle a posé la question aux femmes qui lui ont toutes expliqué très clairement: un bb garçon ne peut pas attendre, ce serait dangereux pour lui de ne pas le nourrir immédiatement, il pourrait se mettre en colère et tomber malade. un bb fille doit apprendre à attendre, doit apprendre à devenir patient parce que c'est une qualité dont elle aura besoin plus tard.
je crois que notre éducation marche sur le même critère mais nous en sommes juste moins conscients! ma belle mère vient de me dire que mon neveu est très agité, beaucoup plus que sa soeur, mais c'est normal parce qu'un garçon a besoin de se dépenser....

13. Le 04/04/2011, 09:31 par andré

Pourquoi les garçons ne devraient-ils pas avoir des activités développant leur intelligence, leur sensibilité et les filles leurs qualités motrices et leur potentiel physique ? Les garçons sont-ils uniquement un corps en action et les filles une sensibilIté en recherche ?
Je me demande aussi s'il n'y a pas un gros non dit à savoir le problème spécifique des garçons de milieux immigrés pénétrés de cultures patriarcales exacerbées et caricaturales qu'on tente de traiter par des encouragements à des pratiques sportives un peu comme les noirs aux US. Il serait interessant dans ces statistiques de faire la différence entre les zones très fortement concernées par cette problèmatique et les autres.

14. Le 04/04/2011, 23:02 par lyly

Dans une émission, un enfant chahutait avec son père, les mamans témoins derrière une vitre trouvait le petit trop "meugnon", les chercheurs ont mis un noeud à ce même bébé pour bien le caractériser comme fille auprès d'un autre groupe de femmes. Et là le bébé n'était plus si mignon à chahuter avec son père, c'était anormal, bizarre pour une fille, il fallait la calmer.
Quand les jeunes enfants se chamaillent à la manière de chatons ou de chiots, tout de suite on réprimande les filles, une fille doit être "responsable", "calme" alors que c'est "normal" de se battre, de courir partout pour un garçon. Évidement, quand les enfants arrivent à l'école, les garçons ont beaucoup plus de mal à se concentrer et à rester tranquille que les filles puisqu'ils n'ont pas été habitué à la contrainte. Et les résultats scolaires s'en ressentent évidemment.
Il y en a même pour évoquer un sauvetage des garçons avec la fin de la mixité, puisque les filles de six ans apparemment œuvrent à un grand complot visant à éradiquer leurs camarades de sexes opposés. Sauf que si les filles brillent plus à l'école, elles se contraignent encore à un rôle secondaire, particulièrement au collège et au lycée, à l'âge des premiers émois où les clichés ont la vie dure. Ainsi dans les écoles non mixtes américaines, on a pu remarquer que les filles étaient encore plus douées, affichaient beaucoup plus d'ambition, osaient plus lever la main, encore plus si elles n'avaient que des soeurs ou étaient fille unique.
Mais si les garçons doivent apprendre à se pas se sentir "déviriliser" si une fille de leur classe est meilleure qu'eux, les filles doivent aussi apprendre à s'affirmer, pour que tous vivent dans une société mixte apaisée.
Il suffit de regarder les statistiques sur la catégorie socio-professionnelle, pour voir que dans les catégories de professions dite "supérieures", les garçons réussissent aussi bien que les filles voire bien mieux dans les études supérieures, c'est donc une question d'éducation et non pas de "nature"

15. Le 05/04/2011, 23:52 par olympe

Faut il cadrer ou non les activités des enfants et des ados ? effectivement je ne m'étais pas posé la question sous cet angle.

Il me semble, mais je me trompe peut être que de nos jours les enfants qui ne sont pas cadrés auraient spontanément tendance à passer leur temps devant la télé.

16. Le 10/04/2011, 11:45 par Jean-no

Historiquement, la première activité lancée pour "cadrer" les jeunes, c'est l'école. Qui a aussi longtemps été réservée aux garçons.

17. Le 10/04/2011, 16:14 par La ratapinhata

J'y crois pas: les filles à partir de 12 ans désertent les structures de loisir, organisées localement (avec l'argent du contribuable, si j'ai bien compris) et vous vous demandez pourquoi ? parce que vous êtes victimes du politiquement correct !
A partir de douze ans , les filles subissent dans les collèges, au nom de la mixité sociale, une promiscuité pénible avec de jeunes mâles ni instruits ni éduqués et vous croyez qu'elles ont envie de les supporter pendant leur temps libre ?
Les centres équestres sont plébiscités par les adolescentes (80% des adhérents..., mais l'activité où elles sont sûres qu'elles ne rencontrerons ces affreux c'est la danse...
Et les parents préfèrent les clubs privés pour leur fille , même si c'est plus cher, pour éliminer les mauvaises fréquentations...et les filles des familles qui n'ont pas les moyens, ne font rien... C'est ça la réalité.

18. Le 10/04/2011, 17:42 par olympe

Jean No et le service militaire ?
Ratapinhata faudrait pas confondre : quand on pose une question ça ne veut pas dire qu'on n'a pas une idée de réponse