C'est quand on connait bien un sujet qu'on peut se rendre compte du sérieux avec lequel certains journaux travaillent. Ou pas.

Toute la presse a repris dans un bel ensemble le communiqué annonçant le décès d'Antoinette Fouque, "cofondatrice du Mouvement de Libération des Femmes (MLF) en 1968"

ICI le reportage de France 2  et ICI une video de l'INA de 1976

Les hommages ont afflué pour saluer cette "belle et grande voix du féminisme". `Du Président de la République et de plusieurs Ministres. De blogueuses qui en ont fait des billets émouvants : celui de Sabine Aussenac, de Marie Donzel, de Fanchon,  du site Sisyphe

Elle a  joué un rôle important dans la dynamique féministe qui a suivi mai 1968.  Elle a notamment crée les éditions des femmes qui ont publié de nombreux ouvrages qui ne l'auraient pas été sans elle. Elle avait aussi signé, en 1971, le Manifeste des 343 réclamant le droit à l'avortement.

Je ne pense pas manquer d'égard à sa mémoire  en rappelant sa position si particulière dans le paysage féministe français, plutôt que faire dans l'unanimisme ambiant. 

Elle avait donné cet automne des interviews à l'occasion de la sortie du dictionnaire universel des créatrices.  Elle y insistait sur l'un des points qui fut l'objet d'une grande fracture entre les féministes françaises, et le reste encore aujourd'hui même si ce débat là est devenu moins virulent : le fait que l'expérience de la maternité distingue absolument les femmes des hommes et qu'il leur appartient, non pas d'essayer de faire comme eux, mais de revendiquer la puissance de cette féminité. Elle s'opposait en cela à la tendance, majoritaire, des féministes "universalistes" pour qui "on ne nait pas femme, on le devient" (un débat qui comme vous le savez reste d'actualité et dont on voit qu'il peut être récupéré de diverses façons).

Personnalité charismatique, voire gouroutisante pour certaines, elle a été accusée de chercher à récupérer pour son compte le mouvement féministe issu de 1968.

- en déposant le sigle MLF  en 1979, ce qu'elle a toujours justifié par le fait qu'elle voulait empêcher qu'il soit utilisé à tort et à travers, notamment par les partis politiques.

- plus récemment en essayant de lancer en 2008 le 40eme anniversaire de la création du MLF, considérant qu'une réunion organisée en octobre 1968 (le jour de son anniversaire ! )  pouvait être considérée comme fondatrice. Les éditions des femmes ont publié à cette occasion un livre, recueil de texte.

Dans Paris Match, elle avait raconté comment  "le MLF est né dans un petit studio."

Cette démarche a suscité des réactions excédées de la part de femmes qui ont vécu cette époque et s'accordent à reconnaitre, que, par convention, le moment fondateur du MLF est la manifestation sous l'Arc de Triomphe du 9 aout 1970 ou 12 femmes déposent une gerbe à la femme du soldat inconnu. 

En 2010 le 40eme anniversaire de la création du MLF a donc été  célébré pour la seconde fois !

ICI un dossier très très complet de la revue prochoix sur "MLF, le mythe des origines", dont une ITW de Michelle Perrot,  historienne, spécialiste de l'histoire des femmes qui trouvait "un petit coté sectaire" à Antoinette Fouque et un texte de Caroline Fourest "le féminisme pour les nuls" bien percutant, comme elle sait les faire. ICI la réponse que lui avait faite Antoinette Fouque

Si les circonstances n'étaient pas tragiques, il y aurait quelque ironie à noter la façon dont le communiqué annonçant sa mort entérine, de façon magistrale et sans plus de discussion possible, la fondation du MLF en 1968.