C'est une question qu'on me pose souvent, le monde serait-il différent si les femmes y avaient davantage de pouvoir ?

J'aurais tendance à répondre oui parce que les femmes n'ont pas les mêmes activités et donc pas les mêmes préoccupations que les hommes,

Souvent, mes interlocuteurs me font valoir que les femmes au pouvoir se comportent de la même façon que les hommes "voire pire" et invariablement ils me citent Margaret Tatcher en exemple.

En réalité ce n'est pas si simple. Outre qu'on pourrait certainement démontrer que ce sont les femmes ministres ou élues qui portent les sujets de société concernant les femmes (IVG) ou l'organisation du temps (parentalité, temps de travail) il leur est de toute façon extrêmement difficile de se montrer trop différentes dans les lieux de pouvoir. Si elles veulent conserver crédibilité et légitimité il leur faut se plier aux us et coutumes en vigueur donc à la norme définie par les hommes.

Un bon exemple de ce qui pourrait se passer si les décisions étaient prises de façon paritaire nous est donné aujourd'hui avec le débat sur l'énergie nucléaire.

Depuis quelques jours les indices s'accumulent : hommes et femmes ne pensent pas la même chose (statistiquement parlant)

Indice N°1 :

La semaine dernière, j'ai regardé un reportage à la TV sur l'information en France et en Allemagne (ou plutôt la désinformation) qui a suivi Tchernobyl. On y voyait une Allemande très en colère que le gouvernement n'ait pas prévenu la population des risques et n'ait pas incité les gens à rester calfeutrés chez eux. Elle était furieuse car elle avait laissé ses enfants jouer dehors au pire moment, d'autant plus qu'il faisait très beau.

Juste après un politicien remarquait que des choses avaient changé car "les mères de famille étaient en colère, or les mères de famille en colère constitue une force politique importante".

indice N°2 :

Aujourd'hui RUE89 consacre un article à la manipulation de l'opinion japonaise par le lobby nucléaire. Celle-ci prend notamment la forme de dessins animés pour les enfants mais l'auteur explique également que les femmes japonaise étant les principales opposante à l'énergie nucléaire, elles sont elles-aussi particulièrement visées par la communication des industriels du nucléaire. Par exemple un musée gratuit consacré au cycle du combustible a été « spécialement conçu pour les mères et leurs enfants » .

indice N°3 :

J'en ai déja parlé, le fait que ce soit une femme qui soit depuis si longtemps à la tête d'AREVA n'est peut être pas anodin. AREVA est d'ailleurs tout à fait en pointe dans la réflexion et la mise en oeuvre de l'égalité hommes/femmes.

indice N°4

Confirmation nous est donné aujourd'hui par un sondage IFOP commandité par Europe Ecologie Les Verts sur le jugement des français quand à la stratégie à adopter en matière d'énergie nucléaire (un autre sondage commandé par EDF a été diffusé par les Echos. Ses conclusions sont différentes (curieux commes les sondages ne donnent pas la même chose selon qui les finance) mais je n'ai pas trouvé la répartition hommes/femmes).

 

Poursuivre le programme nucléaire et construire de nouvelles centrales

Arrêter progressivement sur 25 ou 30 ans

Arrêter rapidement

Femmes

18%

57%

25%

Hommes

43%

45%

12%

La différence est importante. Or, ce sont majoritairement des hommes qui vont prendre ces décisions et ils ne feront pas abstractions de leur propre opinion.

On peut aussi constater dans ce sondage que les différences de point de vue ne sont pas seulement liées au sexe mais aussi à l'age ou à la catégorie socio-professionnelle. En démocratie représentative les élus sont censés représenter l'ensemble du corps social et les débats parlementaires sont là en principe pour que toutes les opinions puissent s'exprimer. Mais les élus ne sont pas des sujets neutres. Or leur très grande homogénéité sociale pose question notamment quand il s'agit de prendre des décisions aussi importantes et aussi peu consensuelles que celles concernant la politique nucléaire.

L'avis de certaines catégories, à commencer par celui des femmes, est donc, de facto exclu ou tout au moins sous estimé. Un phénomène qui a son importance dans le désintérêt des Français pour les élections.

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