J'ai regardé sur Netflix un documentaire sur l'assassinat du petit Grégory Villemin. 

Constitué de nombreuses images d'archives, il interviewe longuement des acteurs de premier plan : policiers, gendarmes, journalistes, avocats et même greffière du second juge. 

Ces personnes racontent comment elles ont vécu cette période, mais elles en parlent avec le recul des 35 années écoulées, et en ayant des connaissances qu'elles n'avaient pas sur le moment. Plusieurs donnent leur intime conviction.

Si j'en parle ici c'est que les propos du commissaire de police Jacques Corazzi, en retraite aujourd'hui, sont incroyables.  

Il raconte sa première rencontre avec Christine Villemin qui est à ce moment là soupçonnée par le juge Lambert d'être l'assassin. 9 ans après elle a bénéficié d'un non-lieu pour absence totale de charge.

Lui aussi la soupçonnait, on ne peut pas le lui reprocher,

mais son principal argument pour justifier ses soupçons est qu'elle avait un pull moulant et qu'elle était excitante. 

il dit ceci, et ce sont des propos qu'il tient aujourd'hui, pas en 1986

 "Nous allons visiter les parents. La première fois où je les vois, c'est vrai que, j'ai une double impression,  le couple est là, Jean-Marie Villemin, il est effondré, c'est quelqu'un qui est complètement , comment dire ? on est de tout coeur avec lui. Par contre, avec elle on a moins d'atomes crochus disons, pourquoi ? je sais pas. Elle a une tenue... bon elle est en noir, d'accord,  mais elle a une tenue qui est plaisante, disons. Elle a un pull extrêmement collant, bon dans d'autres circonstances on est  presque là à lui faire la cour. Je me dis "tiens, elle est moins... elle est presque agréable à regarder . hein, je veux dire, pour un homme, je trouve qu'elle est pas mal quoi. Je me dis..moi j'aurais vu quelqu'un d''éplorée, de pas coiffée, d'habillée de manière négligée. C'est pas le cas. Bon ça fait pas un coupable  bien entendu. Mais on a un doute, on a quelque chose qu'on veut élucider. Il y a quelque chose qui c'est passé, parce qu'il ne fait pas oublier que la dernière personne qui a vu Grégory c'est elle."

Plus loin il en remet une couche. Beaucoup de questions  ont été posées à Christine Villemin sur sa vie privée, à la recherche d'un éventuel amant. Cela ne semble pas aberrant toutes les pistes doivent être explorées, mais ce même commissaire estime que face à ces questions,  "'il ne faut pas qu'elle joue la pucelle effarouchée" . Rappelons qu'il parle d'une femme qui a vécu le pire, l'assasinat de son fils, l'emprisonnement de son mari et le harcèlement par toute la presse de France et de Navarre.

Et il explique la fascination du juge Lambert pour Christine Villemin par le fait "qu'elle est agréable, allez disons le mot "excitante", elle est "excitante" et donc je suppose qu'il a eu comme tout le monde quelque chose pour elle".

Le simple fait qu'il ose encore aujourd'hui donner ce point de vue en dit long sur la façon dont certains hommes considèrent qu'ils peuvent porter des jugements sur le corps des femmes. 

Parce que la réalité n'est pas que Christine Villemin était excitante, et vu les circonstances on peut sérieusement douter que c'était son intention, la phrase qui serait correcte est "j'étais excitée en la regardant". Ce n'est pas la même chose, et on voit bien que la responsabilité n'est pas du même coté.