C'est sur twitter que j'ai commencé à discuter avec Béatrice Kammerer. Elle est une participante active du blog collectif  Les vendredis intellos et Présidente de l'association du même nom. Il s'agit de partager des lectures sur l'éducation, la parentalité et plus généralement l'enfance. Un blog qui remplace les polémiques par des réflexions argumentées. Pour l'avoir rencontrée depuis IRL, je confirme que c'est une intello.

Elle vient de sortir un livre et m'a accordé un entretien. J'en suis pas peu fière car demain  c'est au micro de france-inter qu'elle cause dans La tête au carré.

1/ Que est le sujet de ton livre ?

Le projet du livre, c'est de tenter de populariser les savoirs en éducation et parentalité d'une manière aussi accessible, ludique mais aussi rigoureuse qu'on pourrait le faire dans d'autres domaines scientifiques où la vulgarisation est une habitude plus ancrée. Cela implique de rompre avec le ton infantilisant et injonctif qu'on retrouve souvent dans les livres destinés aux parents, pour viser plutôt le renforcement du pouvoir d'agir. Le but est que chacun puisse faire de manière éclairée les choix qui lui semblent justes compte tenu de son histoire, sa famille, son enfant.

J'ai donc choisi de partir des "questions qui fâchent", celles qui s'étalent dans les magazines spécialisés, dans les émissions de télévision ou qui alimentent les conflits entre amis et en famille. L'idée n'est pas de dire qui a "raison" ou "tort" mais d'adopter une posture de déconstruction : pourquoi ces questions sont-elles si épidermiques ? Dans quelle filiation d'idées peut-on les replacer? Quels sont les arguments en présence? Quels groupes d'influence les soutiennent? Et quels modèles, représentations, enjeux sont-ils sous tendus? 

2/ est ce qu'il s'adresse davantage aux mères ?

 Clairement, non. L'objectif de ce livre est non seulement de revendiquer haut et fort que la parentalité et l'éducation concernent autant les pères que les mères, mais plus encore que ce sont d'abord et surtout des questions de société. Cela correspond d'ailleurs à deux réalités qu'on oublie trop souvent.

La première, c'est qu'il faut tout un village pour élever un enfant (et à ce titre, les acteurs éducatifs sont bien plus divers que les "parents" au sens strict de l'Etat civil!). Et la seconde, c'est que le regard que pose une société sur sa jeunesse influe bien au delà des bornes de cet âge: par exemple, les normes liées à la procréation s'exercent sur toutes et tous, parents ou non; de même que notre façon d'appréhender l'autonomie de l'enfant, ses apprentissages, l'affirmation de ses goûts et de ses idées en disent long sur les normes, les peurs, les rapports de domination, les espoirs de notre société. 

3/ peux ton dire que c'est un livre féministe ?

Oui! En tout cas, c'est une préoccupation qui a été continue tout au long de l'écriture. Il y a tout d'abord l'attention que nous avons portée dans nos formulations à inclure pères et mères, à rester vigilantes face aux normes hétérosexuelles et conjugales qui sont souvent très présentes dans les écrits liés à la parentalité, à limiter les formulations au masculin-générique, à féminiser les titres professionnels, ainsi qu'à choisir des exemples concrets qui éviteraient de renforcer les stéréotypes de genre.

Et puis il y a surtout les éléments de savoir que nous avons abordés tout au long de cet ouvrage et qui nous semblent des sujets majeurs du féminisme: histoire de l'avortement et de la contraception, histoire des féminismes, accouchement respecté et violences obstétricales, "instinct" paternel et maternel,inégalités professionnelles et domestiques, lutte contre les stéréotypes de genre dans l'éducation, etc.