La CNAF s’est livrée à une étude sur la façon dont les femmes vivent le congé parental, et sa sortie.
Des entretiens plutôt que des statistiques. C’est long j’en ai donc fait un résumé, à partir essentiellement de copiés/collés.


Des conclusions plutôt contrariantes pour moi qui suis favorable à des temps de vie non linéaires, mais une étude qui présente le grand mérite de décrire les contraintes auxquels font face les femmes en congé parental, y compris celles qu'elles s'imposent elles-mêmes.

Puisqu'il y  a 3 parties je ferai 3 billets.


Les femmes trouvent des aspects très positifs au congé parental, principalement le fait de pouvoir se consacrer à un domaine de leur vie (la famille) auquel elles n’ont pas toujours pu accorder autant de temps qu’elles l’auraient souhaité. Le congé se présente souvent pour elles comme une occasion de « rattrapage temporel », c’est-à-dire une occasion de donner à leurs enfants le temps qu’elles n’ont pas pu jusqu’alors leur offrir (et qu’elles ne pourront peut-être plus ensuite, à l’issue du congé).

Une sociabilité recentrée

Si la sociabilité des femmes n’est pas forcément plus restreinte avec le congé, elle change en revanche de forme. En effet, il apparaît clairement que les bénéficiaires conservent essentiellement des liens avec des mères qui ne travaillent pas, l’effet de décalage ressenti avec leurs anciens collègues pouvant aussi exister avec leurs amies actives. L’école et le quartier se substituent au lieu de travail comme espaces de communications et d’échanges et permettent de nouvelles rencontres.  La plupart y prennent grand plaisir même si elles ont conscience de tourner un peu en boucle.

Un fort sentiment de culpabilité

Il ressort surtout de ces entretiens que les femmes éprouvent un sentiment de culpabilité puisqu’elles sont rémunérées pour une activité que d’autres (les actives) réalisent «gratuitement », à savoir l’élevage des  enfants. Et ce d’autant plus que cette activité éducative, pour laquelle elles sont rétribuées, n’est pas assimilée à un travail puisqu’il s’agit d’un « congé ».

Par ailleurs du fait de leur arrêt d’activité, les bénéficiaires ne contribuent plus que faiblement aux ressources du ménage. Leur conjoint est devenu le principal pourvoyeur de revenus. Ce déséquilibre est lui aussi source d’une forte culpabilité notamment quand la famille se retrouve un peu « juste » du point de vue financier.

Dans ce contexte,  les entretiens laissent apparaître que le dispositif exerce, par son fonctionnement même, une pression sur les bénéficiaires : il leur donne le sentiment qu’elles doivent être de meilleures « mères » que celles qui travaillent, faisant ainsi la preuve qu’elles « méritent » l’allocation qui leur est versée. Cette pression pousse ainsi les femmes à réorganiser leur quotidien essentiellement autour des enfants et du foyer, et à réduire parfois considérablement leur temps de loisirs et leur temps personnel.   

Une déstructuration du temps

L’activité professionnelle est très structurante du point de vue du temps, la disparition de cette activité, et c’est aussi vrai pour les personnes au chômage, déstabilise les repères temporels des individus. Or le travail familial à l’inverse d’une activité professionnelle, n’est pas réellement circonscrit dans le temps, ni contenu dans des périodes limitées et spécifiques :   


Accentuation des inégalités dans le partage des taches domestiques

Non seulement elles consacrent leur quotidien aux soins et à l’éducation des enfants mais elles s’impliquent également très fortement dans les tâches domestiques (lavage, ménage, repassage, etc.).
Les bénéficiaires rencontrées expliquent toutes qu’elles réalisent une part plus importante des tâches domestiques qu’auparavant. Pour certaines, le congé parental a mis fin à une égalité dans le partage du travail domestique : Pour d’autres, dont le couple a toujours fonctionné de manière assez traditionnelle (prise en charge majoritaire voire quasi exclusive des tâches domestiques par la femme), le dispositif est venu radicaliser une inégalité préexistante.

Dans tous les cas, le fonctionnement inégalitaire à l’oeuvre n’a pas fait l’objet de négociation au sein du couple et s’est instauré de manière tacite : il s’est présenté comme une évidence pour chacun de ses membres, en raison de l’importance du temps de présence de la femme au domicile et de sa plus grande disponibilité.

Mais le principe du dispositif ne saurait à lui seul expliquer l’importance de l’investissement temporel des femmes dans le travail éducatif et domestique au cours du congé. Si les bénéficiaires font don de la quasitotalité du temps dont elles disposent à leurs enfants et à leur foyer, c’est aussi parce qu’elles se sentent redevables envers la société. Dans la mesure où le dispositif les rémunère, les femmes estiment devoir être « productives » dans la sphère familiale :

« Puisque je suis à la maison, si des personnes extérieures viennent et qu’il y a de la poussière, elles ne vont pas trouver ça normal »

Elles tentent donc de se conformer à l’image qu’elles se font de la « mère idéale »,  et augmentent leur degré d’exigences envers elles-mêmes. A cet égard, il est significatif de noter que l’implication des bénéficiaires dans les tâches domestiques n’est pas corrélée au degré d’exigence de leur partenaire. Il semblerait que les bénéficiaires s’astreignent en effet à assumer la logistique, l’organisation de la vie domestique et un grand nombre de tâches ménagères, quelle que  soit l’attitude adoptée par leur partenaire.

Cet investissement se fait aussi au détriment d’activités personnelles ou de loisirs, d’autant plus que la baisse de revenus limite les possibilités de sorties. Pour autant, le temps de loisirs ne disparaît pas toujours complètement. En général,  les femmes parviennent à trouver des compromis en s’impliquant dans des activités ludiques qui restent en lien avec la famille ou les enfants et/ ou qui peuvent se pratiquer dans la sphère domestique . Leur évitant ainsi le sentiment de « voler du temps à leurs enfants » .

Une nouvelle organisation qui ébranle l’entente conjugale

Le congé parental change ainsi la répartition des tâches dans le couple. Au-delà, il semble modifier plus globalement le fonctionnement conjugal. En tant que période d’inactivité, il a des conséquences comparables à celles du chômage sur l’entente conjugale : « on peut considérer que le chômage peut entraîner au sein du couple des tensions, que des difficultés sous-jacentes peuvent être révélées à cette occasion. Au pire, cela peut aboutir à la dissolution du couple, notamment lorsque la situation persiste »


Il arrive que les bénéficiaires notent une amélioration de leurs relations avec leur conjoint depuis leur inscription dans le dispositif. Mais, dans la majorité des cas,  les femmes font plutôt état d’une dégradation de leurs rapports conjugaux.
Les bénéficiaires soulignent avant tout que le congé parental a engendré une baisse du temps passé avec leur compagnon, amenuisant ainsi au fil du temps leur complicité. Parce qu’il a souvent débouché sur une plus forte implication du conjoint dans sa carrière, le congé a raréfié les moments partagés .

La nouvelle organisation du temps féminin, orientée vers les tâches éducatives et domestiques, semble ainsi constituer une source de frustrations pour chacun des membres du couple. Enfin,  elle paraît compliquer la communication conjugale, raréfiant les sujets de conversation :