Je suis assez dépitée de devoir parler de Eric Zemmour dont la stratégie est simple. Il a un livre à vendre et pour cela il doit faire le buzz avec un maximum de provocations. Rien ne l'arrête et c'est le meilleur moyen pour que cela fonctionne, plus il va loin dans le politiquement incorrect plus ça marche. Le mieux serait de ne pas en parler, mais je voudrais quand même revenir sur les propos qu'il a tenu, non pas à Hapsatou Sy, mais ceux qui concernent les femmes et le pouvoir.

Je voulais titrer cet article "les femmes diluent-elles le pouvoir ?" mais en cherchant des références je me suis aperçue que j'avais déja utilisé ce titre en 2013 sur Rue89 où j'écrivais, et que j'y avais publié à peu près le même l'article que j'envisageais d'écrire aujourd'hui. Comme quoi Eric Zemmour ne se renouvelle pas du tout, inutile donc d'investir dans son nouveau livre qui n'est probablement que la réplique des précédents. Son radotage tourne en boucle, mais il tourne bien.

Et j'en ai un peu marre des journalistes qui se contentent d'ouvrir de grands yeux et s'indigner, qui est exactement ce qu'il attend. Si son discours passe aussi bien c'est parce qu'il entièrement fondé sur des observations peu discutables, mais les liens qu'il fait entre les éléments sont eux éminemment discutables et ce sont ces liens qu'il conviendrait de reprendre. Il faudrait lui demander ce qui lui permet d'affirmer cela ou de lui apporter des contre exemples.

Donc, hier il a dit sur LCI, que si sa fille devenait Présidente de la République il serait fier sur plan personnel mais ce serait un signe supplémentaire de la décadence. Indignation de ces interviewers qui le traite de macho, comme si c'était un scoop. 

Mais que dit-il ?

Qu'il a a fait l'effort, dans son nouveau livre qui vient de sortir, de parler de femmes qui ont du pouvoir (comme quoi il s'adapte):  Catherine de Médicis, Madame de Pompadour, Madame de Staël et Simone de Beauvoir. Notons que, hormis Catherine de Médicis, aucune de ces femmes n'a occupé un poste officiel. Il s'agit de pouvoir intellectuel ou de pouvoir d'influence. D'après lui ce fut chaque fois une catastrophe.  

Reprenons :

Je ne connais pas trop Madame de Staël. Wikipedia m'apprend que "Grâce à la publication de De l'Allemagne, elle popularise en France les œuvres des auteurs de langue allemande, jusqu'alors relativement méconnues." Pour Eric Zemmour c'est le début de la germanophilie qui nous a désarmé face à l'Allemagne et nous a conduit jusqu'à la 1ere guerre mondiale. Un propos qui méritait plusieurs questions

  • un seul livre peut-il suffire à influer toute l'histoire de l'Europe pendant un siècle (il a été publié en 1814) ? Pour le coup c'est donner beaucoup d'importance a l'oeuvre d'une seule femme. 
  • en admettant que ce soit le cas, en quoi le fait qu'il ait été écrit par une femme change-t-il quelque chose ? Un homme n'aurait il pas pu écrire ce livre ?

Je connais très bien par contre la vie et l'oeuvre de Simone de Beauvoir. Pour Zemmour la catastrophe provient du décalage ente les deux, elle fait le contraire de ce qu'elle écrit. Là encore il devrait développer, je suppose qu'il le fait dans son livre (qu'il est donc hors de question que je  subventionne).

Certes Simone de Beauvoir a vécu de façon bourgeoise alors qu'elle professait des idées très à gauche. Mais on pourrait dire la même chose de Sartre, et de nombreux autres auteurs ou hommes politiques. Pour n'en citer qu'un on pourrait prendre l'exemple de Rousseau qui a écrit un livre sur l'éducation alors qu'il a abandonné ses enfants.  Et pour ce qui est des idées de Simone de Beauvoir, son oeuvre majeure reste Le deuxième sexe et on ne peut pas nier que sa vie fut celle d'une femme libre, féministe, qui a soutenu de façon active et engagée toutes les autres femmes. A quoi fait-il donc allusion : probablement à ses lettres d'amoureuse à Nelson Algreen. Facile a démonter. 

Il ne précise pas dans cet extrait en quoi le pouvoir de  Catherine de Médicis a été catastrophique, mais Catherine de Médicis est, avec Margaret Tatcher, l'archétype de la façon dont son traitées les femmes réellement puissantes. C'est à dire comme une sorcière (cf le livre de Mona Chollet  qu'il est bien préférable d'acheter), ni sur madame de Pompadour dont le pouvoir fut uniquement d'influence, dans des conditions extrêmement difficiles puisque fondé sur la séduction et révocable à tout instant .

Zemmour revient en fait sur le même sujet qu'il développait en 2013, "il y a un rapport très complexe entre le pouvoir et les femmes les femmes ont beaucoup de mal à exercer le pouvoir", mais il progresse car à l'époque il leur déniait toute possibilité d'exercer le pouvoir, la preuve selon lui : il n'y a quasiment pas de femmes au pouvoir. 

En fait Eric Zemmour pratique une technique basique, mais souvent efficace, qui consiste à généraliser. En partant de quelques exemples il tire des conclusions valables pour l'humanité toute entière. Comme si on prenait l'exemple de  Hitler pour en conclure que tous les hommes de pouvoir sont des dictateurs dérangés, ou celui d'Harvey Weinstein pour dire que tous sont des violeurs. Le pouvoir des femmes "ce fut chaque fois une catastrophe " comme si on ne pouvait pas citer des hommes dont le pouvoir aboutit à des catastrophes. 

Il a cependant raison dans sa conclusion "Le pouvoir c'est phallique", en tout cas tel qu'il est exercé dans nos société.