L'école confinée

En période exceptionnelle on peut faire des billets de blogs hors sujet. Même Caroline de Haas tweete et poste sur facebook l'organisation quotidienne de sa vie à la maison avec ses enfants.

De mon côté je ne vois plus trop quoi dire qui ne soit pas déja écrit par tous les médias sur le fait que les femmes sont en première ligne aussi bien à la maison qu'au travail. Il faudra s'en rappeler quand tout ça sera fini.

Je trouve par contre que ce confinement nous amène à regarder autrement et à examiner sous des angles différents ce que nous n'interrogions plus depuis longtemps.

Et parmi les choses qui me frappent il y a la réaction de beaucoup de parents, sur facebook, sur les blogs ou dans la presse qui craquent de devoir accompagner l'enseignement scolaire de leurs enfants. Je ne suis pas concernée, mes enfants ont tous passé l'âge de l'école et sont entrés, ou en passe d'entrer, dans la vie active. J'en ai 5, qui font tous aujourd'hui des métiers qui sont des métiers qu'ils ont choisis et non pas des boulots par défaut. J'ai donc une expérience dans le domaine. Par ailleurs, étant coach et psychologue je reçois des enfants, des collégiens surtout et je vois bien que les résultats scolaires font partie des sujets qui comptent.

Dans les premiers jours j'ai lu qu'on allait s'apercevoir que le métier de prof était complémtmeent ringard et pourrait avantageusement être remplacé par des cours en ligne. Idée corroborée par le fait qu'ont été mis immédiatement en avant des sites de l'éducation nationale mais aussi du CNAM ou des éditeurs de livres scolaires. Comme si tout était déja prêt et n'attendait que le moment opportun pour une diffusion massive. J'ai entendu dire que les supermarchés étaient en rupture de stock de ramettes de papier car toutes les familles impriment massivement les cours et exercices. Et c'est vrai qu'en allant faire mes courses samedi j'ai vu une énorme pile de ramettes en tête de gondole, ce qui n'est pas du tout habituelle en cette période l'année.

Passons sur les plantages des premiers jours, assez normal lorsqu'un site démultiplie de façon considérable et brutale sont audience.

Après 15 jours beaucoup de parents semblent désabusés et surtout épuisés et ont préféré lâcher du lest. Fini les 2H de cours avec 1/2H de pause. Beaucoup on décidé de lâcher du lest et se rendent compte qu'il est plus important de conserver une athmospère sereine à la maison. Ce qui n'est déja pas si facile.

A quoi sert l'école ?

Notre modèle a été conçu au 19eme siècle et semble n'avoir guère évolué. Rappelons tout d'abord que l'éducation en France est obligatoire pour tous les enfants. Elle se veut égalitaire, même si c'est avec beaucoup de difficultés. Fréquemment sont mis en oeuvre des dispositifs visant à compenser les inégalités sociales, mais les résultats ne sont jamais à la hauteur des espérances. Car la réussite scolaire est très fortement corrélée au niveau socio-culturelle des familles et tout particulièrement au niveau d'études de la mère (preuve si il en était besoin que ce sont majoritairement les mères qui font faire les devoirs).

Father and son reading book and having fun while spending time together at home

Or, quoi de plus inégalitaire que faire l'école à la maison, même encadrés par des enseignants ? Qui peut croire que tous les enfants vont retourner à l'école en ayant écouté les mêmes cours et fait les mêmes exercices ? Seuls ceux qui sont dans de bonnes conditions matérielles : c'est à dire un lieu tranquille, un ordinateur disponible, une connexion wifi potable ( ce qui et loin d'être toujours le cas dans certaines campagnes) et dont les parents sont à la fois suffisamment disponibles, ne travaillent pas et ne sont pas malades  et eux-mêmes en capacité de comprendre ce que demande l'enseignant ou de compléter les explications si nécessaires (vous pouvez expliquer le théorème de Thalès ?). Ceux aussi qui comptent sur l'école et ses diplômes pour procurer un bon statut à leurs enfants, ce à quoi des franges entières de la population ont depuis longtemps renoncé. Et tous ceux qui sont dans des filières professionnelles, dont les stages pratiques ont été interrompus, ne porront pas apprendre les mêmes choses  à distance. Qui d'ailleurs s'est préoccupé de la façon dont vont être attribués les diplomes de CAP ? Je n'ai rien lu là-dessus.

Dans le respect de cette égalité, une hypothèse pourrait être de ne rien faire, ou presque, puisque toute la cohorte des enfants et jeunes gens de 3 à 18 ans est concernée. Quelle importance si ils arrivent tous en fin de cursus avec quelques mois d'école en moins ?  On entend dire que les diplômes de 2020 seront dévalorisés, et on pense notamment aux futurs bacheliers qui ne savent pas encore quel genre d'épreuves ils vont subir cette année. On a toujours entendu dire que le bac de 1968 ne valait rien. Rétrospectivement il semble que ce n'était pas si grave et que pour les jeunes de cette époque il y eut mêmes de belles opportunités. Lisez pour vous rassurez cet article du monde sur le destin inespéré des miraculés de 68.

L'école a une autre fonction, tout aussi importante, qui est de sociabiliser les enfants. Ils se trouvent en relation avec des adultes et surtout des enfants de leur âge et doivent apprendre à nouer des relations. Ce qui est loin d'être toujours facile. C'est probablement ce qui manque le plus aux enfants aujourdhui, ces relations. Heureusement il leur reste le téléphone et les réseaux sociaux, au moins pour les plus grands. Mais ce n'est pas pareil. Les adultes aussi découvrent que ce qui leur manque le plus dans leur travail ce sont les collègues. Et les cours à distance ne pallie que très sommairement. 

Qu'est ce qu'apprendre ?

L'action d'apprendre se fait en plusieurs temps : on découvre quelque chose, on l'expérimente, on le répète, on le répète, on le répète, sinon on l'oublie. Il est important par exemple que les petits ne perdent pas leurs acquis encore fragiles, mais il est important aussi qu'ils associent ces apprentissages à du plaisir. Si les moments scolaires à la maison deviennent un pensum qui rebute toute la famille il ne leur en restera qu'un rejet de ces moments là et ça n'aidera pas lorsqu'ils retourneront à l'école. 

A chaque classe correspondent des apprentissages clés : au CP par exemple il importe que les enfants n'oublient pas les bases de lecture et d'écriture et de les faire  lire tous les jours. Mais en profiter en pour le faire avec histoires qu'ils aiment (il y en a plein en libre accès en ce moment) et si c'est vous qui lisez ça compte car le plaisir est essentiel dans l'apprentissage. En 6eme regardez avec eux des films en Anglais sous-titrés. Vous pouvez même choisir ceux qu'il connait déja par coeur, juste pour entendre le son de la langue. 

Nous avons encore en tête le modèle du 19eme siècle d'un apprentissage descendant : le professeur diffuse les connaissances que les élèves doivent retenir et utiliser. Depuis presque 2 siècles les choses ont quand même évolué. L'enseignement est de plus en plus souvent interactif et coopératif. On entend beaucoup parler de méthodes d'éducations actives, de pégagogie Freinet et de méthode Montessori. Le label Montessori est déposé et la méthode verouillée mais les principes de bases en sont de laisser les enfants choisir ce qu'ils veulent apprendre, partir à la recherche de ce qui va les aider, qui peut être des personnes, des livres, des sites, des objets et ensuite d'expérimenter. Evidemment l'expérimentation ne vas pas être des plus faciles si vous êtes confinés en appartement mais il reste beaucoup d'objets à manipuler surtout pour les plus petits et si vous avez un jardin ou une terrasse extérieure les possibilité sont déja énormes. C'est le moment de partager vos compétences et vos passions : la cuisine, la musique, le tricot, le bricolage tout ce que vous ne prenez pas trop le temps de faire avec eux. Pour les plus grand ça peut aussi être le moment de comprendre comment fonctionne notre système de santé ou l'économie mondiale. Jamais nous n'avions eu autant de cas pratique sous les yeux. Ce qui compte c'est de développer leur cuirosité et des les laisser suivre leur parcours. . 

L'autonomie

C'est le maitre mot : votre enfant doit être autonome. A partir de quand ? Le plus tôt possible vous dit-on ? C'est probablement le cas disons à partir de la 3eme. 

Si il ne l'est pas, il n'y a aucune chance qu'il le devienne si vous êtes sur son dos et si vous lisez avec lui toutes les fiches envoyées par l'enseignant et tous les exercices. C'est nécessaire pour les plus petits mais ensuite l'effet est inverse. Il est préfèrable de passer des contrats avec lui : qu'est ce qu'il veut faire aujourd'hui, cette semaine. De quoi dispose-t-il ? A quel moment pouvez vous l'aider ? Sachant que l'aide ne peut consister qu'e 1/ répondre à des questions précises 2/ faire réciter 3/ corriger les exercices ? quel résultat lui permettra de savoir qu'il a fini (avoir terminé 4 exercices, pouvoir réciter sa poésire, faire une dictée avec moins de X fautes etc) ? Ces objectifs mesurables sont importants car ils permettent de donner une fin et de pouvoir passer ensuite à autre chose de plus rigolo.

 

Tout le monde a peur

Vouloir reproduire l'école à distance dans les conditions actuelles et sans préparation est une illusion. On comprends bien le ministre de l'éducation nationale qui craint de perdre le contrôle de la situation : des profs qui ne travailleraient plus et des familles qui se rendraient compte que l'école peut s'organiser autrement. Tout le monde a peur : les profs de se voir supplanter par du e-learning, mais il semblerait bien que ce soit l'inverse qui se passe,  les parents que leurs enfants soient pénalisés à vie par cette période, que ses camarades les distancent et qu'ils se retrouve largués (je caricature à peine) et les enfants qui absorbent le stress environnant et subissent la pression des parents pour faire quelque chose de normale et qui apparait comme essentiel.

Mais l'intéret de cette parenthèse dans nos vies est justement de se demander ce qui est essentiel.