Si vous n'étiez pas en vacances, loin d'internet, vous avez forcément vu passer cette couverture de l'Obs qui a donné lieu à de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Toutes très négatives.

Si je prends la peine de revenir là dessus c'est que moi je la trouve plutôt interessante.

Que vois-je sur cette photo ?

Un homme, jeune, plutôt beau, torse nu et qui semble bien fichu mais sa position ne cherche pas à mettre en valeur ses muscles et il ne la ramène pas. Il a le regard un peu perdu, pas vraiment triste,  perplexe plutôt. D'après le titre il s'interroge sur ce qu'est "être un homme" de nos jours.
Il est dans une cuisine, qui n'est pas la place habituelle dans laquelle on place les hommes. Le bouquet de fleurs fanées nous donne des indications sur ce qui a pu se passer. Ce qui vient à l'esprit le plus logiquement est que ce bouquet de roses rouges était destiné à une femme, femme absente depuis un certain temps. Et comme il est un homme il ne s'est pas préocuppé du bouquet, ne serait ce que pour le mettre à la poubelle.  Pourtant la cuisine est bien rangée, la vaisselle ne traine pas. On peut donc en déduire qu'il se débrouille. Le chien a cependant l'air un peu inquiet, va-t-il assurer ?

Tout le monde a vu dans cette photo l'idée que l'homme dont la femme s'émancipe se retrouve perdu et que son air, et surtout celui du chien, le montre comme quelqu'un qui se sent victime.

Ce n'est pas du tout ce que j'y vois. Je trouve au contraire que cette couverture est le signe, qu'enfin, la lame de fond féministe de ces dernières années va peut-être arriver à toucher les hommes. Parce que pour l'instant ils sont les grands absents du changement en cours. 

Quel est son problème ?

Il m'arrive fréquemment de donner des conférences, ou de faire des formations sur le thème du plafond de verre et des mécanismes psychosociaux qui maintiennent les inégalités. Toujours, vraiment toujours, il n'y a  qu'une proportion infime d'hommes; de l'ordre de 5 hommes dans une salle de 100 personnes, et il n'est pas rare qu'il n'y en ait pas du tout. Et je ne parle pas des formations, j'ai déja raconté comment j'ai essayé de mettre en place une formation "travailler en mixité" dans laquelle je souhaitais réunir un nombre équivalent d'hommes et de femmes. Cette formation ne s'est pas faite car AUCUN hommes ne s'y est inscrit.

Pourtant, si les femmes, qui ont bien compris désormais qu'elles devaient changer leurs rapports avec les hommes si elles voulaient moins de violences et plus d'égalité, ont concrètement modifié leurs comportements ces dernières années, il reste à ce que les hommes changent les leurs. D'un point de vue systémiques si les femmes changent il va bien falloir qu'ils changent aussi, mais ça risque d'être encore long ! Or, changer une situation qui vous avantage est évidemment une démarche difficile. C'est pourquoi je trouve que l'expression de l'homme sur la photo est tout à fait adaptée. Il comprend qu'un bouquet de fleurs de temps en temps ne suffit plus, et la question fondamentale qui se pose à lui désormais est celle de son propre comportement. Mais quand l'essence de sa personnalité a été construite sur une certaine idée de la virilité qui consiste à prouver en permanence sa puissance : physique, financière, morale, sexuelle sur quoi la refonder ?

Il y a effectivement de quoi être perplexe.

Des articles décevants

Les 3 articles à l'intérieur du magazine sont par contre assez loin de remplir la promesse de la couverture et de nous apporter véritablement matière à réflexion.

Le premier article, très interessant au demeurant est celui d'un journaliste qui a infiltré un stage "Aventure initiatique des nouveaux guerriers". Un stage entre développement personnel et camp scout des années 50. Il s'agit pour les participants de se reconnecter avec leurs émotions, mais aussi de vérifier leur virilité, notamment en restant nus une partie du temps. Une expérience qui permet probablement de comparer les anatomies et de se situer les uns par rapport aux autres. Rien de nouveau sous le soleil.

Le problème de ce stage réside surtout dans le fait de renouer avec cette camaraderie masculine, que les hommes expérimentent déja souvent : dans les vestiaires des stades ou les soirées professionnelles sans femmes, qui restent encore fréquentes. On peut aussi y voir une nostalgie du service militaire, qui permettait de se situer en tant qu'homme. ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le mot Guerriers est dans l'intitulé du stage.

Le second article "Comment élever un garçon ?" pose correctement la problématique mais se contente de recenser des articles  sur le sujet sans approfondir quoi que ce soit. Il n'a donc pas beaucoup d'intérêt. Il y a bien 8 conseils pour les parents, mais pour qui a déja un peu réfléchi à la question il n'y a pas grand chose à en apprendre.

Le 3eme enfin est consternant, l'autrice est une sociologue qui décrit les Incels, ces hommes qui se sentent exclus par les femmes, qu'ils n'arrivent évidemment pas à séduire. Au point de perpétuer des massacres. Le problème est qu'elle semble comprendre leur point de vue et les difficultés relationnelles qu'ils énoncent. Son papier se termine même par une menace qui enjoint aux femmes de prendre en compte le phénomène.

Un sujet qui prend de l'ampleur

En fait, la Une de l'Obs est une preuve supplémentaire que ce thème est en train d'émerger. Pour l'instant, si vous voulez de vraies réflexions,  c'est plutôt du coté de l'audio qu'il faut chercher pour avoir des réflexions de qualité. Des émissions de radios de plus en plus nombreuses parlent de masculinité. 

Il y a eu ces derniers mois de nombreuses émissions sur le thème de la virilité, j'y vois un signe qu'effectivement les choses bougent et c'est bien