Gros titre du Figaro Magazine ce week end

La couverture donne déja une indication de ce que cherche à faire le Figaro : ne pas nous laisser le choix  et nous imposer sa vérité : "ils sont différents"  et au cas où on n'aurait pas suffisamment compris elle en rajoute dans les stéréotypes : la fille en rose, le garçon en bleu, la fille réveuse, le garçon suractif.

En voyant la photo sur twitter je me suis doutée qu'il y avait anguille sous roche et j'ai même supposé que cela avait quelque chose à voir avec la polémique lancée par des associations catholiques à propos d'une circulaire sur les nouveaux programmes de SVT en classe de 1ere. Celle-ci, au détour d'une phrase prévoit que "Ce sera également l’occasion d’affirmer que si l’identité sexuelle et les rôles sexuels dans la société avec leurs stéréotypes appartiennent à la sphère publique, l’orientation sexuelle fait partie, elle, de la sphère privée".

je n'ai donc pas hésité à braver la canicule pour aller acheter Le Figaro et là Bingo ! 

3 articles dans ce dossier .

Le premier reprends de longs extraits d'un livre qui sortira prochainement en version française (Cerveau rose, cerveau bleu, Lise Eliot) . Entre de longs pavés extraits du texte d'Eliot Le Figaro a placé des sous titres pour le moins incomplets puisqu'ils présentent des faits qui sont certes avérés "les garçons font régulièrement mieux que les filles lors des tests de maths et de sciences" mais apparaissent comme dus à des différences physiologiques alors que ce n'est pas ce que semble dire ce livre si j'en crois les articles qui lui ont été consacrés.

On peut par exemple lire ceci sur le blog Lise Eliot.com "Eliot soutient que le cerveau du nourrisson sont si malléables que de petites différences à la naissance deviennent amplifié au fil du temps, en tant que parents, enseignants, camarades et la culture au sens large-insu renforcer le sexe stéréotypes. "(la traduction est de google translate),c'est à dire une interprétation qui est à peu près inverse de ce que laisse supposer le titre du Figaro. L'article d'introduction du dossier est plus mesuré que les titres et les sous titres mais il n' a évidemment pas la même force de conviction.

Difficile de savoir par ailleurs si les extraits choisis sont objectifs ou orientés de façon à abonder la thèse du Figaro  puisque le livre n'est pas encore disponible. Ces extraits parlent surtout de gènes et d'imprégnation hormonale et n'insistent pas sur les stéréotypes sociaux et les comportements différents que les adultes adoptent sans même en avoir conscience envers les enfants.

Le second est une interview d'un pédopsychiatre. D'un coup de cuiller à pot il explique pourquoi les filles sont plus calmes et les garçons plus violents, c'est en fait "une métaphore de leurs corps sexués" (je la retiens celle-là !) ,  parcequ' "les filles perçoivent très vite que leur génitalité est à l'intérieur d'elles, c'est à dire qu'elles auront plus tard un bébé dans le ventre. Cela ne favorise-t-il pas les activités introspectives , l'imaginaire ?'. Les garçons eux réalisent que leur génitalité est extérieure. Ils sont dans la projection : lancent des projectiles, tirent au pistolet (...)" . Voila qui justifie un ordre social éternel et l'impossibilité d'y changer quoi que ce soit ! 

Le troisième enfin est bien, conformément à ce que je pressentais, consacré à" la bataille du genre" au lycée. Un gros zoom sur les griefs des associations catholiques envers la circulaire du 30 septembre 2010. Il ne manque pas de rappeler qu'une pétition sur le sujet a recueillie 35 000 signatures. Le Figaro ne fait pas dans la dentelle : bien visible en commentaire d'une photo "Les associations catholiques craignent que cette théorie ne masque une campagne de promotion de l'homosexualité" ou ces propos d'une illustre inconnue " Pour moi, enseigner la théorie des genres revient à remettre en cause Darwin et à enseigner le créationnisme". Rien que ça ! on comprend qu'elle ait pris peur ! 

Et bien entendu tout est de la faute des féministes (celles des USA qui sont radicales et ont développé la théorie du genre).

La messe est donc dite : le Figaro vient de nous démontrer sans en avoir l'air que 1/ les garçons et les filles sont différents, y compris dans leur intellect, parceque c'est la nature, que 2/chacun à sa place et les moutons seront bien gardés  3/ il est dangereux d'amener des jeunes de 16 ans à se poser des questions sur le genre et même le sexe

A quelques jours de la rentrée Le Figaro a donc bien joué son rôle et préparé les esprits à une campagne (avec en tête Chrsitine Boutin) qui s'annonce virulente. Luc Chatel qui a validé la circulaire a intérêt me semble-t-il à s'y préparer. 

A lire sur ce sujet :

- Maïa Mazaurette

- Libération du 9 aout 

Merci à Iboux pour l'article, photo twitter @adelaigue