Le printemps de la jupe
Par Olympe le dimanche 29 mars 2009, 11:46 - Lien permanent
Depuis 4 ans existe en Bretagne ce qui au début était une journée de la jupe
et s'appelle désormais le printemps de la jupe. C'est en ce moment du 16 mars
au 3 avril.
Un article de Libération raconte l'origine de ce projet
L'idée est partie d’un lycée professionnel d’Ille-et-Vilaine en 2006.
"Fin 2005, lors d’un cours sur la santé, des élèves de première choisissent d’évoquer la relation amoureuse puis embrayent sur les tenues vestimentaires. Les quatre filles avouent alors ne pas porter de jupe par peur des moqueries. L’une d’elles dit avoir testé, mais celle qui ose s’expose aux sifflets et aux remarques déplacées. Les «t’es bonne», voire les «salope» ou «pute» ont fusé, raconte-t-elle au conseiller d’éducation, Jean-Michel Durand. De quoi vacciner ses amies qui, «sans l’avoir forcément vécu, ont entendu des exemples de filles qui n’étaient pas respectées et ne veulent pas se risquer», ajoute Thomas Guiheneuc, de l’association rennaise Liberté Couleurs, à l’initiative du projet. Pendant quatre mois, la classe se saisit du sujet. La jupe tient sa journée. L’opération s’étoffe, d’autres structures (collèges, lycées, foyers de jeunes travailleurs) participent, "
Cette année 30 établissements sont impliqués, 350 jeunes investis et 8 000 sensibilisés à travers les quatre départements bretons .
Pour faire reculer les inégalités entre les filles et les garçons, il s'agit de promouvoir des comportements de respect et combattre les préjugés et les stéréotypes, Cela passe par des groupes de réflexions, la création d'affiches, de supports pédagogiques ou la réalisation de film. Tous les outils réalisés depuis 2007 se trouvent sur le site du printemps de la jupe.
extrait d'un film






Commentaires
J'aimerais bien que les hommes aussi puissent porter librement jupe, robe, toge et tout vêtement décent sans s'exposer aux moqueries, regards et questionnement de l'entourage...
excellente remarque. ça fait plusieurs fois que des commentateurs le disent sur ce blog. Et si vous saviez comme c'est agréable l'été une jupe et des sandalettes ! il y a un mouvement à créer.
ceci dit, l'idée du printemps de la jupe est plus large et ne parle pas que de fringues
merci Olympe de relayer cet évènements sympa qui oeuvre bien pour le "vivre ensemble". effectivement on va bien plus loin qu'un simple débat sur l'apparence, comme l'a prouvé le débat récent sur le blog :)
et entièrement d'accord avec Zorro!
Quand j'étais ado, j'aimai porter une djelabba (rien à voir avec mon pseudo, mes origines orientales ne sont que fantasmées). J'aimai vraiment le confort de ce genre de robe. J'ai parfois essayé le pagne aussi, ça c'est vraiment confortable.
Et j'ai aimé parfois me maquiller (pas pour me "travestir", les jeunes hommes aussi avaient le droit de se maquiller sans qu'on en fasse tout un cinéma, et j'étais très féminin sans pour autant avoir l'impression d'être une femme) Malgré ma timidité, si j'avais persévéré dans cette voie, aujourd'hui je n'hésiterai pas à porter des habits comme ceux-là. Simplement la société à fait marche arrière, et aujourd'hui dans la rue, le treillis-rangers, crane rasé est beaucoup mieux vu que la djellaba et les cheveux longs (après on s'étonne des paroles de Orelsan).
Le chemin vers ce changement dans la manière de s'habiller, la "féminisation" des hommes était bien amorcée à la fin des années 70. La réaction qui à suivit a été assez violente. Aujourd'hui, je vois même pas mal de petits garçons habillés comme des militaires.
voici un site que CC me signale pour les hommes qui veulent porter des jupes http://asso.i-hej.com/
Personnellement, j'aurais peur que la jupe me grossisse un peu. Mais bon, faut voir...
Quand j'étais jeune, pas le droit d'aller à l'école en pantalon (cette époque est bien rendue par le film "Diabolo-menthe). Et même au boulot, dans les années 65-68, j'étais employée de bureau à la DDASS du Loiret : s'il faisait froid, on pouvait avoir un pantalon, style fuseau mais à condition de porter quand même une jupe ou un pantalon ! ridicule et vraiment pas esthétique.
A l'école d'infirmières et dans les services hospitaliers, pas non plus droit au falzar, fût-il blanc, ce qui est devenu le quasi uniforme des soignantes...
Quant aux hommes, fille d'une écossaise, le port d'une jupe par un homme est tout à fait normal au pays du kilt !
Dans mon village, au collège de mon fils, il y a la journée chique.
Chaque élève s'habille chic, le garçon en costume, la jeune fille en robe, le tapis rouge est déroulé, la politesse et la courtoisie sont de mise, et l'élève le mieux habillé et le plus courtois est récompensé.
Mon fiston prend cet évènement très au sérieux et il aime bien car c'est un moment de sérénité où chacun prend soin de respecter l'autre.
salut,
intéressant de savoir que ça existe, ça renvoit bien au film....
au passage, il ne s'agit pas selon moi de "faire reculer les inégalités entre les filles et les garçons" : les filles et les garçons ne sont pas égaux, ou alors seulement en droit, comme n'importe quels citoyens. Ce qu'il s'agit de faire reculer, ce sont les préjugés mysogynes qui refleurissent un peu partout, et notamment dans les zones de non-droit, où l'islam progresse au point d'imposer une vision totalement rétrograde de la femme. Ne faisons pas semblant et de l'ignorer, et ne faisons pas semblant de vouloir "égaliser les filles et les garçons". je suis très content, pour ma part, des différences qui existent entre les filles et les garçons...
à bientôt
de toutes façons, quoique nous portions ça ne va jamais. Ce qu'il faut porter c'est ce que les hommes VEULENT que nous portions. Tout est là. Ma mère n'avait pas le droit de porter des pantalons. Elle a eu le droit de le faire pour grimper aux échelles (travaux des champs), c'était pour la pudeur. Du coup, quand j'étais gamine, elle m'a parfois habillée à la garçonne étant petite (cheveux courts, salopette, pantalon), eh bien les autres se moquaient de moi : "oh le garçon" ! donc ... elle ne l'a plus fait. Ensuite, le collège mixte : là les garçons regardaient sous les jupes des filles. Alors nous, nous mettions nos shorts de gym sous nos jupes (d'horribles culottes bouffantes bleu foncée on avait toutes les mêmes). Et après ? ben après pour ne plus être emmerdées et parce que c'était plus pratique (je trouve) on s'est toutes mises en pantalon, en jean. Et la génération de nos filles, je constate que c'est pareil.
Voilà une histoire qui va de jupe en pantalon et de pantalon en jupe ... sur 3 générations. Et vous observerez que les choix sont toujours dictés soit directement, soit par harcèlement ... par l'attitude masculine.
eh oui ... alors longue vie à la journée de la jupe et surtout vive la liberté !
note Ali qu'il n'y a pas très longtemps que le maquillage est réservé aux femmes... dans beaucoup de sociétés, ce luxe de la parure etait réservé à celui qui avait du temps pour y penser, et qui devait être à l'exterieur.. soit l'homme :).
didier ; on peut te donner des modèles de jupes qui t'affineront ;)
"les filles et les garçons ne sont pas égaux" tu veux dire, un peu comme les noirs et les blancs par exemple ?
* c'est le moment ou je m'enerve *
(évite de me ressortir l'exemple de la force physique, tu vas perdre du temps).
"ce sont les préjugés mysogynes qui refleurissent un peu partout, et notamment dans les zones de non-droit, où l'islam progresse au point d'imposer une vision totalement rétrograde de la femme"
tu veux dire comme en amérique du sud (oui il y a bien 0.000001% de musulmans la bas), comme à Juarez et au guatemala ou il y a des féminices depuis dix ans ? comme en France ou il a 50 000 viols par an et pas dus qu'aux méchants islamistes, comme au vatican ou un gateux nous explique le role magnifique de la femme ?
On a tous bien compris que ca satisfait profondement de penser que le machisme ca n'est pas nous, surtout pas. que c'est le barbare plus ou moins lointain et qu'une fois qu'il sera viré, tout ira très bien. c'est faux et mensonger. c'est se déculpabiliser à peu de frais.
Ce serait beau que cette campagne change les mentalités, mais ça me paraît utopique, même si je suis pour la jupe chez la femme et la toge chez l'homme en toute liberté !
Une femme en jupe ne sera jamais regardée surtout si elle est mignonne comme une femme en pantalon, l'homme reste un homme, et sera toujours sensible à ce genre de stimulations(de belles jambes, mmmh)...Mais s'il pouvait rester courtois et respectueux, ce serait bien en effet.
Je me souviens très bien du temps où l'on mettait les shorts sous les jupes comme le raconte Emelire.
Je me souviens aussi du temps où une fille avait aussi moins de problèmes à se balader en jupe qu'aujourd'hui dans certains endroits. 25 ans plus tard ma fille à plutot plus de difficultés que moi pour traverser le meme parking du meme centre commercial.
Je connais assez bien plusieurs pays d'amérique latine d'une part, et d'afrique du nord. Je préfère nettement etre une femme en europe hein.
Si l'islam n'est pas appliqué de la meme façon dans tous les pays (il vaut mieux etre une femme au Maroc qu'au Yemen je suppose), le catholicisme non plus. On ne peut pas comparer la situation des femmes au Mexique et en Italie bien que le pape y soit.
Ceci dit, on ne peut pas dire qu'en 25 ans la présence de l'islam et son importance grandissante en France ait contribué à améliorer quoi que ce soit, loin de là.
au delà des grands espoirs, je crois qu'il est surtout important pour les jeunes (filles comme garçons) de remettre les pendules à l'heure : quand tous, y compris les jeunes filles, ont intégrés qu'il y a des choses qu'une fille ne doit pas faire sous peine de mériter de se faire agresser, il est grand temps d'expliquer que personne, jamais, ne mérite d'être agressé, quoi qu'il fasse. et que les hommes aussi doivent savoir se contrôler en société, ça n'est pas hors de leur portée et ils n'ont pas d'excuse sous prétexte qu'ils ont des hormones. les femmes aussi ont des hormones d'ailleurs, on a un peu tendance à l'oublier ;-)
sinon on aura beau jeu d'essayer de soigner, dédramatiser, lutter contre la violence, voire légiférer et sanctionner, toutes les parties prenantes, y compris les victimes, seront persuadées qu'il y a de bonnes raisons aux agressions... l'extrait de film en fin d'article est simplement édifiant :-(((
@ lomig : "au passage, il ne s'agit pas selon moi de "faire reculer les inégalités entre les filles et les garçons" : les filles et les garçons ne sont pas égaux, ou alors seulement en droit, comme n'importe quels citoyens... je suis très content, pour ma part, des différences qui existent entre les filles et les garçons..."
Quand on parle de faire reculer les inégalités cela ne veut pas dire éliminer les différences ou les rendre identiques ; les filles et les garçons ne sont pas identiques mais doivent être égaux. Attention à la confusion de termes :-)
@ floréal : "Ceci dit, on ne peut pas dire qu'en 25 ans la présence de l'islam et son importance grandissante en France ait contribué à améliorer quoi que ce soit, loin de là."
Tout à fait. Le boulot qui avait été fait en France envers le catholicisme va devoir être repris envers l'islam.
"les filles et les garçons ne sont pas identiques mais doivent être égaux. "
je veux bien savoir en quoi ils ne sont pas identiques.
(pkoi je sens que ca va porter sur les organes sexuels cette histoire).
Si vous vous en souvenez, lorsqu'Olympe nous avait demandé ce que nous prévoyions pour le 8 mars, je vous avais parlé de ce documentaire dont la version commerce est maintenant sortie. Thomas est un garçon absolument adorable et accepte de se déplacer si vous l'invitez pour animer des débats. Nous avons utilisé ce film dans deux établissements scolaires pour la journée 8 mars et bien qu'il ait accepté, à ma demande de venir animer les débats, les autres orgaisatrices ont décliné l'offre. Je le regrette puisque les intervenantes étaient toutes des femmes et que la présence d'un homme, jeune et sexy ... (;-) !) était un plus selon moi ! En tout cas, j'étais précurseure ...... (j'aime bien me faire des compliments de temps en temps !)
@ Polluxe: "Tout à fait. Le boulot qui avait été fait en France envers le catholicisme va devoir être repris envers l'islam."
Exactement. Et c'est pas gagné, parce que quand il s'agit des femmes et à leur détriment, les religions trouvent toujours des points de convergence qui les rapprochent. Or il se trouve que l'Eglise conserve plus que jamais sa puissance financière mais perd ses ouailles qui ne remplissent plus les églises. D'où sa crispation de plus en plus réactionnaire et quelques excités intégristes en plus, mais tout ça ne fait quand meme pas le poids face aux masses qui s'en foutent. Quoi de mieux que de s'allier contre la laicité avec l'islam qui a beaucoup plus de prise sur ses ouailles pour donner un tour de vis supplémentaire? Sans compter que Sarkozy et Berlusconi, ça leur facilite les choses.
Cet extrait de film est édifiant. Cette fille qui conclut tranquillement qu'on peut toujours s'enfermer chez soi... Et se voiler, non, tant qu'à faire ? "Le boulot devra être repris envers l'islam", mais on a pris bien du retard. Je me souviens qu'au tout début des années 90 la question du voile à l'école m'exaspérait tant elle n'était jamais abordée que sous l'angle du signe religieux ostentatoire et jamais sur la question de l'égalité des sexes. Or, le jeunes mulsulmans de sexe masculin n'étaient absolument pas concernés par cette affaire, preuve que ce n'était pas la question de la religion, le centre du problème.
entièrement d'accord avec AnSo, on finit par croire que c'est "normal" que untelle se soit faite agresser ou insulter,parce "il faut dire qu'elle provoque" (déjà entendu nombre de fois).
je me rappelle au collège, il y a à peine plus de 10 ans ;), on "osait" sortir en jupe. le jour où on se mettait en jupe c'était toute une préparation, branle-bas de combat, programmation du jour à l'avance et on se mettait d'accord avec quelques copines pour ne pas être la seule à montrer ses jambes ce jour-là: la peur des remarques + l'instinct grégaire ado...
j'ai l'impression que ça n'a pas beaucoup changé.
Juste une chose encore, Thomas est l'animateur et l'éducateur qui travaille toute l'année avec la classe et la fin du documentaire aborde la pornographie et les films pornographiques et là c'est vraiment trés fort, il le fait magnifiquement bien. J'ai vraiment été emballée par ce documentaire et par ce jeune homme.
Je ne crois pas qu'une journée de la jupe soit aussi efficace pour changer nos sociétés que l'éducation que nous donnons, ou que nous devrions donner, tous les jours à nos garçons.
Je m'étonne toujours que les femmes aient aussi peu de pouvoir alors qu'elles ont façonné toutes les générations (j'emploie le passé car j'ai le secret espoir que les hommes prendront leur part dans l'éducation de celles à venir). Du coup, je me demande si la pédagogie n'est pas d'abord à faire auprès de nos camarades à double chromosome X.
quand même affligeant qu'un tel branle bas de combat soit nécessaire juste pour qu'on puisse s'habiller tranquille comme on veut, b*rd*l!
@missfw
autre mythe que "c'est les femmes qui éduquent les enfants donc forcément elles sont responsables"
Selon le sociologue Daniel Welzer Lang,l'éducation des garçons a partir de vers 5 ans se fait par les hommes dans ce qu'il nomme "la maison des hommes."
La maison-des-hommes
---Intéressons-nous maintenant aux lieux et places où sont éduqués les hommes en tant que tels ; les lieux et places où sont distillées les injonctions paradoxales. Dans ce système de codes masculins, facilement repérables dans les proverbes, les incitations, les récits, les légendes, les mythes_, la construction du masculin, l'éducation des hommes, semble se faire dans une maison-des-hommes imaginaire. Bien sûr, le mode de vie actuel fait place de plus en plus à la mixité, garçons et filles étudient ensemble, ils et elles jouent et rient ensemble dans les cours d'écoles. En tous cas, et là réside peut-être l'innovation, personne ne questionne plus, semble-t-il la capacité des êtres féminins à penser par elles-mêmes.
Quand les enfants-mâles quittent le monde des femmes, qu'ils commencent à se regrouper avec d'autres garçons de leur âge, on voit apparaître une phase d'homosocialité où émergent de fortes tendances et/ou de grandes pressions pour y vivre des moments d'homosexualité. Compétitions de zizis, marathons de branlettes (masturbation), jouer à qui pisse (urine) le plus loin dans certains cas, excitations sexuelles collectives à partir de pornographie feuilletée en groupe, voire même maintenant devant des strip-poker-vidéos où l'enjeu consiste à déshabiller les femmes_ à l'abri du regard des femmes et des hommes des autres générations, les petits hommes s'initient entre eux aux jeux de l'érotisme. Ils utilisent pour ce faire, les stratagèmes, les questions (la taille du sexe, les capacités sexuelles) légués par les générations précédentes. Ils apprennent et reproduisent alors les mêmes modèles sexuels quant à l'approche et à l'expression du désir.
Dans cette maison-des-hommes, à chaque âge de la vie, à chaque étape de la construction du masculin, est affecté une pièce, une chambre, un café ou un stade. Bref, un lieu propre où l'homosocialité peut se vivre et s'expérimenter dans le groupe de pairs. Dans ces groupes, les plus vieux, ceux qui sont déjà initiés par les aînés, montrent, corrigent et modélisent les accédants à la virilité. Une fois quitté la première pièce, chaque homme devient tout à la fois initiateur et initié.
Sur ce thème, Godelier, l'anthropologue, a étudié les Baruyas en Nouvelle Guinée (Godelier, 1982). Chez eux "le sperme est la vie, la force, la nourriture qui donne la force à la vie". Il montre comment, dans le secret de la maison des hommes, les jeunes hommes non encore mariés d'une part et les initiés d'autre part se transmettent par une ingestion buccale de sperme (fellation) les rudiments de la domination des femmes. Toute violation de ce secret est punie très sévèrement et ceux qui résistent à l'initiation y sont contraints par la force, dit le chercheur .
Apprendre à souffrir pour être un homme. A accepter la loi des plus grands. Apprendre à être avec des hommes, ou ici dans les premiers apprentissages sportifs à l'entrée de la maison-des-hommes, à être avec des postulants au statut d'homme, contraint le garçon à accepter la loi des plus grands, des anciens. Ceux qui lui apprennent et lui enseignent les règles et le savoir-faire, le savoir-être homme. La manière dont certains hommes se rappellent cette époque et l'émotion qui transparaît alors, semblent indiquer que ces périodes constituent une forme de rite de passage.
On pourra toujours objecter que dans ce type de groupes d'hommes, la différence d'âge est ténue. Eh bien justement, quand il n'existe pas encore de différentiation sociale ou de hiérarchie de savoirs et d'appartenance sociale, plus exactement quand ces différences ne sont pas encore discriminantes, p'tit homme apprend à respecter une hiérarchie -entre hommes- où la moindre différence d'âge est tout de même opérante.
Apprendre à jouer au hockey, au football, au base-ball, c'est d'abord une façon de dire : je veux être comme les autres gars. Je veux être un homme et donc je veux me distinguer de son opposé (être une femme). Je veux me dissocier du monde des femmes et des enfants.
Articulant plaisirs, plaisirs d'être entre hommes (ou hommes en devenir), plaisirs de pouvoir légitimement faire "comme les autres hommes" (mimétisme) et douleurs du corps qui se modélisent, chaque homme va, individuellement et collectivement, faire son initiation. Par cette initiation s'apprend la sexualité. Le message dominant : être homme, c'est être différent de l'autre, différent d'une femme. Etre homme, c'est être plus qu'une femme. Les souffrances d'une telle éducation en sont alors le prix à payer.
Mais que se passe-t-il dans "la première pièce" de la maison-des-hommes, dans ce vestibule de la "cage à virilité" ? L'antichambre de la maison-des-hommes fonctionne, semble-t-il, comme un lieu de passage obligé qui est fortement fréquenté. Un couloir où circulent tout à la fois de jeunes recrues de la masculinité (les petits hommes qui viennent juste de quitter les jupons de leurs mères), à côté d'autres p'tits hommes fraîchement initiés qui viennent -ainsi en convient la coutume de cette maison- transmettre une partie de leur savoirs et de leurs gestes.
A l'intérieur de la maison-des-hommes, et dans l'apprentissage de la masculinité, il ne semble pas exister de point neutre, de position de relâche. On est actif ou passif, agressé ou agresseur. C'est ainsi que p'tit homme apprend le rapport de force permanent. Quiconque oublie cette règle, devient victime désignée. Tout écart dû à la sensiblerie est perçu comme une survivance du monde de l'enfance, une réminiscence ou une (ré)apparition chez l'homme du monde des femmes. Tout écart de sensiblerie doit donc être combattu, voire puni. "Si tu veux être comme une femme, on va te traiter comme une femme !" semble dire les hommes entre eux.
Le féminin devient le pôle repoussoir central, l'ennemi intérieur à combattre. -----
@missfw
autre mythe que "c'est les femmes qui éduquent les enfants donc forcément elles sont responsables"
Selon le sociologue Daniel Welzer Lang,l'éducation des garçons a partir de vers 5 ans se fait par les hommes dans ce qu'il nomme "la maison des hommes."
La maison-des-hommes
---Intéressons-nous maintenant aux lieux et places où sont éduqués les hommes en tant que tels ; les lieux et places où sont distillées les injonctions paradoxales. Dans ce système de codes masculins, facilement repérables dans les proverbes, les incitations, les récits, les légendes, les mythes_, la construction du masculin, l'éducation des hommes, semble se faire dans une maison-des-hommes imaginaire. Bien sûr, le mode de vie actuel fait place de plus en plus à la mixité, garçons et filles étudient ensemble, ils et elles jouent et rient ensemble dans les cours d'écoles. En tous cas, et là réside peut-être l'innovation, personne ne questionne plus, semble-t-il la capacité des êtres féminins à penser par elles-mêmes.
Quand les enfants-mâles quittent le monde des femmes, qu'ils commencent à se regrouper avec d'autres garçons de leur âge, on voit apparaître une phase d'homosocialité où émergent de fortes tendances et/ou de grandes pressions pour y vivre des moments d'homosexualité. Compétitions de zizis, marathons de branlettes (masturbation), jouer à qui pisse (urine) le plus loin dans certains cas, excitations sexuelles collectives à partir de pornographie feuilletée en groupe, voire même maintenant devant des strip-poker-vidéos où l'enjeu consiste à déshabiller les femmes_ à l'abri du regard des femmes et des hommes des autres générations, les petits hommes s'initient entre eux aux jeux de l'érotisme. Ils utilisent pour ce faire, les stratagèmes, les questions (la taille du sexe, les capacités sexuelles) légués par les générations précédentes. Ils apprennent et reproduisent alors les mêmes modèles sexuels quant à l'approche et à l'expression du désir.
Dans cette maison-des-hommes, à chaque âge de la vie, à chaque étape de la construction du masculin, est affecté une pièce, une chambre, un café ou un stade. Bref, un lieu propre où l'homosocialité peut se vivre et s'expérimenter dans le groupe de pairs. Dans ces groupes, les plus vieux, ceux qui sont déjà initiés par les aînés, montrent, corrigent et modélisent les accédants à la virilité. Une fois quitté la première pièce, chaque homme devient tout à la fois initiateur et initié.
Sur ce thème, Godelier, l'anthropologue, a étudié les Baruyas en Nouvelle Guinée (Godelier, 1982). Chez eux "le sperme est la vie, la force, la nourriture qui donne la force à la vie". Il montre comment, dans le secret de la maison des hommes, les jeunes hommes non encore mariés d'une part et les initiés d'autre part se transmettent par une ingestion buccale de sperme (fellation) les rudiments de la domination des femmes. Toute violation de ce secret est punie très sévèrement et ceux qui résistent à l'initiation y sont contraints par la force, dit le chercheur .
Apprendre à souffrir pour être un homme. A accepter la loi des plus grands. Apprendre à être avec des hommes, ou ici dans les premiers apprentissages sportifs à l'entrée de la maison-des-hommes, à être avec des postulants au statut d'homme, contraint le garçon à accepter la loi des plus grands, des anciens. Ceux qui lui apprennent et lui enseignent les règles et le savoir-faire, le savoir-être homme. La manière dont certains hommes se rappellent cette époque et l'émotion qui transparaît alors, semblent indiquer que ces périodes constituent une forme de rite de passage.
On pourra toujours objecter que dans ce type de groupes d'hommes, la différence d'âge est ténue. Eh bien justement, quand il n'existe pas encore de différentiation sociale ou de hiérarchie de savoirs et d'appartenance sociale, plus exactement quand ces différences ne sont pas encore discriminantes, p'tit homme apprend à respecter une hiérarchie -entre hommes- où la moindre différence d'âge est tout de même opérante.
Apprendre à jouer au hockey, au football, au base-ball, c'est d'abord une façon de dire : je veux être comme les autres gars. Je veux être un homme et donc je veux me distinguer de son opposé (être une femme). Je veux me dissocier du monde des femmes et des enfants.
Articulant plaisirs, plaisirs d'être entre hommes (ou hommes en devenir), plaisirs de pouvoir légitimement faire "comme les autres hommes" (mimétisme) et douleurs du corps qui se modélisent, chaque homme va, individuellement et collectivement, faire son initiation. Par cette initiation s'apprend la sexualité. Le message dominant : être homme, c'est être différent de l'autre, différent d'une femme. Etre homme, c'est être plus qu'une femme. Les souffrances d'une telle éducation en sont alors le prix à payer.
Mais que se passe-t-il dans "la première pièce" de la maison-des-hommes, dans ce vestibule de la "cage à virilité" ? L'antichambre de la maison-des-hommes fonctionne, semble-t-il, comme un lieu de passage obligé qui est fortement fréquenté. Un couloir où circulent tout à la fois de jeunes recrues de la masculinité (les petits hommes qui viennent juste de quitter les jupons de leurs mères), à côté d'autres p'tits hommes fraîchement initiés qui viennent -ainsi en convient la coutume de cette maison- transmettre une partie de leur savoirs et de leurs gestes.
A l'intérieur de la maison-des-hommes, et dans l'apprentissage de la masculinité, il ne semble pas exister de point neutre, de position de relâche. On est actif ou passif, agressé ou agresseur. C'est ainsi que p'tit homme apprend le rapport de force permanent. Quiconque oublie cette règle, devient victime désignée. Tout écart dû à la sensiblerie est perçu comme une survivance du monde de l'enfance, une réminiscence ou une (ré)apparition chez l'homme du monde des femmes. Tout écart de sensiblerie doit donc être combattu, voire puni. "Si tu veux être comme une femme, on va te traiter comme une femme !" semble dire les hommes entre eux.
Le féminin devient le pôle repoussoir central, l'ennemi intérieur à combattre. -----
« Compétitions de zizis, marathons de branlettes (masturbation), jouer à qui pisse (urine) le plus loin dans certains cas, excitations sexuelles collectives à partir de pornographie feuilletée en groupe, voire même maintenant devant des strip-poker-vidéo »
Merde j'ai raté tant de choses dans ma jeunesse :D
Waps > Moi la maison des hommes, je veux bien mais j'aurais tendance à appeler ça la société globale.
Et je persiste (car je suis têtue) à penser qu'il appartient à ceux (père et/ou mère) qui élèvent un enfant (fille ou garçon) de lui apprendre que la maison des hommes c'est rien que de la bouse toute pourrite.
Et tant que j'entendrai des mères dire à leur fils "arrête, c'est les filles qui pleurent", j'aurai envie de botter des culs masculins ET féminins.