Les Etats généraux de la femme : la légitimité d'ELLE

J'étais très sceptique sur la démarche lancée par ELLE.

Le seul fait de parler de LA femme contribue à faire des femmes une catégorie spécifique tout en niant nos diversités. Vous pouvez d'ailleurs remarquer que ce n'est pas le cas pour l'homme. Lorsqu'on dit "l'homme a marché sur la lune" on ne parle pas de la catégorie masculine, on pense à l'humanité (bien qu'il n'y ait que des hommes qui aient marché sur la lune) .

J'ai cependant suivi avec attention.

- le blog des vigilantes

- les tables rondes à Lyon, Marseille, Lille, Paris, Bondy et leurs compte-rendus

y trouvant beaucoup d'intérêt.

A l'issue de ces rencontres un Livre blanc a été élaboré, il comprend  24 propositions pour transformer la vie des femmes.... et celles des hommes. Rien de très nouveau dans ces 24 propositions qui reprennent des sujets déjà très débattus, si ce n'est que désormais on dispose d'une synthèse.

Hier j'ai assisté à la journée de clôture qui se tenait à Paris et au cours de laquelle ce Livre blanc a été remis au premier ministre.

Il faut reconnaitre que les choses n'étaient pas faites à moitié.

Ont  défilé à la tribune du grand amphi de Sciences Po (plein à craquer) Simone Veil (standing ovation), François Fillon, Nathalie Kosciusko-Moriet, Cécile Duflot, Laurence Parisot, Eric Woerth, Gisèle Halimi,  de très nombreuses spécialistes toutes très renommées et des femmes qui ont partagé leur expérience.

J'ai eu le sentiment que les politiques étaient ravis d'une telle tribune et personnellement je trouve suspect l'enthousisame de l'UMP envers les propositions du Livre blanc.

Valérie Toranian directrice de la rédaction n'a d'ailleurs pas raté le coche. A Eric Woerth, qui rappelait que des études ont montré que la féminisation du travail était un bien pour la société et que les entreprises qui avaient davantage de femmes parmi leurs instances dirigeantes étaient plus performantes, elle a lancé un scud : "votre gouvernement pourrait donc devenir plus performant si il était plus paritaire". Réponse embrouillée du ministre qui a dit que c'était déja pas mal, et qu'il y avait des femmes à la tête de ministères importants.

Les sujets abordés étaient ceux que j'évoque ici, vus sous sous plusieurs angles ou décortiqués par des expertes.

J'ai de quoi écrire des billets pour plusieurs mois

Je vais commencer par la question que continue de me poser l'organisation d'une telle manifestation par ELLE, elle a d'ailleurs été clairement abordée lorsque de la salle quelqu'une a demandé si ELLE qui contribue à diffuser la dictature de la minceur était légitime pour organiser ces Etats Généraux. Valérie Toranian,  pas du tout prise de court, a répondu que "effectivement, comme tous les magazines féminins ELLE véhicule des archétypes. Mais la mode correspond a une vraie envie pour les femmes de voir des choses belles et c'est structurant pour elles (pour l'envie ce doit être vrai puisque la presse destinée aux femmes est parmi celle qui résiste le mieux, pour le reste joker ). Le problème étant plutôt que les créateurs aiment les femmes minces. Mais dans ELLE nous essayons de montrer qu'il y a 1000 autres façons de s'exprimer. ELLE montre aussi chaque semaine comment déconstruire les stéréotypes et comment les femmes peuvent être elles-mêmes en étant artistes, femmes de pouvoir etc..." Elle considère que la presse a le choix entre se faire subventionner par l'Etat ou être financée par la publicité et si j'ai bien compris elle est plus à l'aise avec la seconde formule. En tout cas le positionnement est clairement assumé. 

La couverture du N° de cette semaine est bien le reflet de cette ambiguité : gros titre sur les états généraux, mais en dessous c'est d"anti-kilos" qu'on parle. A l'intérieur on commence à montrer des maillots de bains et les corps qui sont dedans .

Difficile effectivement d'être à la fois un média qui contribue autant à la construction et la diffusion des stéréotypes et de se prétendre à la pointe de la réflexion sur les femmes. 

En même temps je dois reconnaitre que le fait qu'un hebdomadaire a si grand tirage évoque les questions relatives à l'équilibre des temps, aux violences envers les femmes, aux inégalités, aux stéréotypes contribue à leur donner une audience qu'elles n'ont pas actuellement hormis peut être le sujet de la violence.  

Et ça c'est plutôt positif.

(à suivre)

les citations ne sont pas du verbatim mais sont faites à partir de mes notes. J'ai enregistré beaucoup de choses j'espère pouvoir être plus précise dans les billets suivants

Commentaires

1. Le 08/05/2010, 18:30 par Le Journal de Chrys

A l'évidence il y a une contradiction dans la démarche du magazine ELLE (comme d'ailleurs dans nombre de magazines féminins) que j'ai du mal à m'expliquer. Car si d'un côté ELLE se dit accompagner le féminisme, ELLE véhicule parallèlement nombreux clichés qui enferment plus qu'ils ne libèrent. Comme d'ailleurs le montre la couverture photographiée et le commentaire. Peut-être y a-t-il influences des annonceurs (publicitaires) qui font aussi vivre ce magazine? Peut-être que les rédactrices sont dans un moule qu'elles ne savent faire exploser? Je ne connais pas ce "monde" mais il doit y avoir à gratter par là!

Petit à petit, certains magazines ouvrent leurs pages à d'autres physionomies (mais rarement à d'autres âges que des midinettes pour présenter la mode). C'est dommage qu'il y ait si peu de courage et d'initiatives en ce sens. Je ne vois pas en quoi ces magazines ne "s'autorisent" pas d'autant plus que les quelques rares tentatives sont toujours applaudies par les lectrices... Là est pour moi le questionnement essentiel. Pourquoi si peu d'ouvertures hors des stéréotypes habituels?

2. Le 08/05/2010, 18:33 par Le Journal de Chrys

Et je suis ravie de lire que le développement des modes de garde des enfants est la première des propositions. Si effectivement un pays a un RÉEL souci d'accompagner les femmes, c'est par là que ça commence!!! Mais reste à voir si les paroles se transformeront en actes. Ce qui ne semble pas être la voie vu les derniers remous concernant les garderies, leur personnel et le nombre d'enfants en charge....

3. Le 08/05/2010, 21:36 par BBGS

Féministe certainement mais comme une majorité d'entre nous, dans l'ambiguïté, je lis ELLE depuis plus de 30 ans .... J'y trouve du plaisir même si je n'approuve pas toutes ces femmes si minces. Sans doute nous ne sommes pas dans l'extrême.....
J'attends relativement peu de toutes ces propositions! En période de crise, ce sont les femmes qui trinquent!

4. Le 08/05/2010, 22:30 par Laetitia

Mon mari est consterné que je lise ELLE alors que je me dis féministe, pour les mêmes raisons que vous avez évoquées. Je me rends bien compte que ce magazine reprend tous les clichés sur les femmes, il faut être mince, jeune, ou avoir l'air le plus jeune possible, avoir le ventre plat, faire l'amour trois fois par semaine, se tenir à la pointe de la mode... Ce qui me gêne le plus, ce sont leurs remarques, leurs articles sur la manière dont telle ou telle femme politique ou épouse d'homme politique se vêt (Carla Bruni, Michelle Obama...): on s'en fout!! Autre hic: ELLE s'adresse clairement à des femmes qui disposent de moyens financiers importants et ne fait que nous pousser à la consommation.
Pourtant, j'aime lire ce magazine, malgré tous ces points noirs. Un plaisir régressif, un peu infantile me saisit en le feuilletant. Quelqu'un a-t-il une autre analyse de la situation?

5. Le 09/05/2010, 10:18 par Suzanne

Un avis pour dire, en passant, que je n'ai pas d'avis.
J'en aurais peut-être un si je lisais le dernier numero d'Elle, oui mais voilà, je ne lis que des Elle qui ont déja trois ou quatre ans, dans des salle d'attente. Les recettes de cuisine ont été découpées, et le style de la plupart des billets a un côté crispant, périmé d'avance, comme si c'était du blog de femme pressée, ou de fille bébête sans les fautes d'orthographe. Les histoires de mon ex qui me trompe avec ma meilleure amie, comment être une gentille belle-mère recomposée, tout est toujours esquissé, blablaté, avec un ton précieux de nanas de la ville pour nanas fortunées. Si on n'avait que Elle à montrer comme journal à des extraterrestres, il se feraient une drole d'idée du monde. Remarque, avec "la vie du rail " aussi.

6. Le 09/05/2010, 11:17 par Amélie

J'ai participé aux tables rondes de Paris, j'étais dans le groupe du "corps". Paradoxe, c'est ce jour là qu'Elle avait sorti son numéro spécial maigrir, dont la Couv' était exposée en grand dans l'entrée.

Toutes les personnes de mon groupe étaient donc des lectrices de Elles, mais avaient aussi un regard très critique vis-à-vis du magazine. Elles le lisaient pour se détendre, mais se rendaient bien compte que ce magazine est le premier à véhiculer une image parfaite de la femme. Toutes se disaient féministes. Même si nous avions des âges très différents, il est clair que nous venions toutes d'un milieu d'éducation élevé. Est-ce que toutes les lectrices de France font la part des choses en lisant un magazine féminin ?

Ensuite, même si nous avions un regard critique par rapport à l'image de la femme véhiculée par les médias et la pub, nous étions obligées de reconnaître que, même si nous n'étions pas au régime, nous pensions toutes au fond de nous que nous serions mieux avec 2-3 kilos en moins... On n'est pas à un paradoxe près.

Je ne sais pas si on peut dire que Elle est mal placé pour organiser ce type de débat. C'est en tout cas le seul magazine avec un impact médiatique aussi fort, je ne sais pas si François Fillon & co se seraient déplacés pour une autre publication. ça compte aussi tout de même...

7. Le 09/05/2010, 12:39 par KaBugeja

Est-ce que Elle et ses lectrices se rendent de l'énergie dépensée par les femmes en régimes et en fashion-addiction ? Toute cette énergie qui n'est pas mise dans le boulot, dans la prise de pouvoir, dans la réflexion pour la déconstruction des stéréotypes...

8. Le 09/05/2010, 19:14 par olympe

je ne l'avais jamais acheté avant de tenir ce blog, juste vu chez le dentiste et je n'arrive pas à y trouver un quelconque interet, qu'il y ait autant de lectrice et apparement de QSP plutot élevés m'étonne.

c'est vrai qu'il fallait ELLE pour déplacer autant de personnalités mais en vous lisant je me dis que ELLE c'est un peu le pompier pyromane

9. Le 11/05/2010, 20:24 par Suzanne

Olympe: aucun rapport avec le sujet, mais je n'ai pas trouvé d'adresse mail, et je voulais signaler que j'ai eu 177 visites en provenance de votre blog, de cette page précisément.

Faut laisser des commentaires, les gens !

10. Le 13/05/2010, 00:00 par olympe

Suzanne, merci de me le signaler. j'ai à peu près une idée du nombre de lecteurs mais pas du nombre qui lisent les coms et qui en plus cliquent sur les liens.

11. Le 17/05/2010, 22:44 par Ms Agnès

Moi j'avoue avoir une sorte de totale malhonneté intellectuelle: je lis Elle dans les kiosques à journaux, en passant, mais sans l'acheter. Genre après, j'achète que le Monde... Bref, tout ça pour dire que malgré mes lectures épisodiques entre 2 trains, j'ai remarqué une certaine évolution qui me fait plutôt plaisir. Il y a encore 2, 3 ans, dans Elle, le féminisme c'était totalement ringard. Et là en moins d'un an, un article entier sur l'association Osez le féminisme et puis ce numéro spécial... Je ne me fais pas trop d'illusions sur l'évolution de ce journal, mais je me dis que ça peut toucher pas mal de lectrices et peut être les faire un bouger un peu par rapport à leurs préjugés sur le féminisme... Ce serait toujours ça.

12. Le 06/06/2010, 14:50 par librellule

D'un milieu populaire et peu instruit, enfants les rares magazines pour jeunes auxquels nous avions droit, Okapi, Christiane...
Qui véhiculaient encore quelque-part la soumission des femmes à l'église et aux hommes.
Ado, nous avions accès à des magazines pour jeunes tels que Podium, Salut les copains...
On nous mettait dans la tête qu'il fallait plaire par le physique et le savoir était relégué aux oubliettes.
Je n'ai lu aucun magazine féminin dans les salles d'attente qui sortait vraiment de la représentation classique des femmes
"Belle, élégante, mince et femme parfaite qui sait concilier boulot, amour, famille"
Les magazines du style "elle" nous paraissent complètement déconnectées de nos réalités à nous, les femmes dites "populaires", enfin, je ne veux pas parler à leur place non plus. Quand je lis ces magazines, j'ai l'impression de ne pas exister, voilà mon avis.
"Femme actuelle", "Le figaro"...
Pour moi et je crois et j'espère pour bien d'autres femmes, nous ne nous y reconnaissons pas.
Trop superficiels ou pour les femmes aisées effectivement.