Les femmes du Congo RDS ont déja donné

En voyant cette image qui fait partie de la campagne "d'alerte grand public" de Médecins du monde  j'ai ressenti un malaise.

Que je n'expliquais pas trop dans un premier temps.

En y réfléchissant, je sais d'où il vient.  

En blanc est écrit ceci : " Estelle donne tous les mois 10 Euros à Médecins du Monde ce qui permet de soigner et d'accompagner 8 femmes qui ont été violées en République démocratique du Congo. Comme elle vous pouvez faire un don ...."

Les femmes qui subissent des violences au Congo ont très certainement besoin de soins d'autant plus que le risque est grand pour elles de contracter le VIH, et Médecins du Monde est dans son rôle en demandant de l'argent pour y pourvoir.

Mais les viols dans ce pays sont une pratique systématique depuis des années (Amnesty International en 2004 en 2008 en 2009) alors plutôt que de donner 10 Euros pour qu'elles se soignent j'aurais envie de leur donner 10 Euros pour qu'elles achètent des armes et puissent se défendre puisque personne ne le fait.

En même temps je suis là et je ne fais rien. Vraiment cette pub me met mal à l'aise.

Je n'aime pas non plus cette idée sous-jacente qu'une jeune femme seule dans un couloir (dans le métro ? un parking ?) est en danger. Comme si c'était normal.

Commentaires

1. Le 09/06/2010, 12:14 par S.

"plutôt que de donner 10 Euros pour qu'elles se soignent j'aurais envie de leur donner 10 Euros pour qu'elles achètent des armes et puissent se défendre puisque personne ne le fait."

Oui bien sur et puis aussi donnons des armes aux enfants, et à tout les civils en danger dans leurs pays, ça réglera tout les problèmes...

Mais à par ça j'aime beaucoup ton blog !

2. Le 09/06/2010, 12:17 par olympe

S ben oui c'est ambigue je le dis. je ne suis pas une militante de l'autodéfense mais quand personne ne fait rien et que l'Etat ne joue pas son rôle ça devient la jungle et à ce jeu la il y en a qui s'en sortent mieux que d'autres

3. Le 09/06/2010, 12:20 par ding7

C'est le problème de notre société (je parle sur le plan mondial évidemment) qui fait qu'il y a aujourd'hui tellement à donner et à faire que nous ne savons plus où donner de la tête et nous finissons par ne plus lever la tête de peur de nous donner honte de ne rien faire pour une action alors que nous avions donner pour une autre.

4. Le 09/06/2010, 12:26 par Cathie

je découvre votre blog, qui me plaît bcp, grâce à Twitter :)
moins léger : il y a effectivement qqchose d'insaisissable mais de dérangeant dans cette affiche, peut-être l'ambivalence du mot "donner", et puis l'expression "j'ai déjà donné" marque plus la lassitude d'une rengaine que le choc d'un viol ! la pratique des bon mots pour les causes graves est tjs risquée, mais ça marque. Je me dis au final, que si c'est signé par un organisme dont l'engagement ne peut pas être remis en cause, alors go!

5. Le 09/06/2010, 12:38 par Euterpe

Le malaise provient de l'accroche : "Estelle a déjà donné" est à double sens. S'il s'agissait de "Denis a déjà donné", il n'y aurait pas d'équivoque. Cette accroche a quelque chose de racoleur facon faits divers qui met en effet mal à l'aise. Les pubeux ne semblent plus pouvoir s'empêcher d'utiliser les mêmes leviers malodorants.
A part ca, Denis Mukwege a énormément donné de sa personne, lui, en effet. Dommage que son nom ne soit pas cité. Je constate que les hommes de grand mérite qui soulagent les souffrances féminines sont généralement moins célébrés que ceux qui s'en contrefichent.
Lui, ce qu'il en dit, c'est, en effet, qu'elles ont besoin de protection. Il les soigne et les renvoie chez elle mais il n'est pas certain qu'elles ne subissent pas à nouveau le même sort. La new-yorkaise Eve Ensler, auteure de "Monologue du vagin" est allée lui rendre visite à Panzi fin 2009. Elle a rencontré l'insoutenable. L'histoire de ces femmes violées dépassent tout ce qu'on peut imaginer sur le plan de l'horreur.

6. Le 09/06/2010, 12:58 par Jean-no

Je n'aime pas du tout l'utilisation de l'image, en vue subjective. On est à place du mec en mode prédateur qui voit flou et qui ne s'attarde que sur des détails : fille solitaire / jupe courte / chaussures rouges. Quand à Médecins du monde, ce qu'ils trouvent à dire c'est "Ne la violez pas, SVP, elle a un prénom et elle a donné trois sous à MDM". Chantage ?
Et à qui est donné cet argent au fait ? À l'angoisse du viol ? À la bonne conscience de l'hémisphère nord ? Les grosses ONG (dont MDM sans doute) gèrent l'argent d'une manière qui surprendrait beaucoup les donneurs : elles placent le pognon, elles ont un système proche de celui des "fonds de pension", c'est à dire que cet argent elles peuvent même le perdre en bourse !

7. Le 09/06/2010, 14:20 par Romane

ils se sont inspirés du film "Irréversible" pour faire leur pub on dirait. L'ambiguité portée par le visuel et le message elle est très claire. A la première lecture, on dirait qu'elle a déjà donné question viol (genre ça va elle a déjà été violée, elle a eu son compte) pas question argent. Cà a qqch de terrible en soi.

8. Le 09/06/2010, 15:12 par funambuline

La pub est dérangeante par le côté "proie évidente" mis en scène. Toutefois ces grandes lettres rouges avec le mot viol incitent à lire la suite. Et on lit la suite en état de choc/dérangement/... du coup le texte aura également plus d'impact.

Je n'aime pas cette pub, mais je trouve qu'elle fonctionne et je pense qu'elle "marcher" probablement plutôt bien. Mais marchera-t-elle autant auprès des hommes qu'auprès des femmes ?

9. Le 09/06/2010, 16:25 par Stedransky

Franchement, cette pub me fait vomir. Toute femme qui a vécu un viol ou la menace d'un viol dans une situation ressemblant à celle de l'image ressentira un profond malaise, aura envie de pleurer et ressentira le danger dont elle a été victime.
Que la pub fonctionne, c'est une chose, que l'on puisse utiliser l'idée qu'une femme violée "a déjà donné", en banalisant, c'est absolument dégueulasse. De la part d'une Ong, c'est diffcile à comprendre
Je déteste cette pub, et je connais beaucoup de personnes qui souffriront de la voir.

10. Le 09/06/2010, 17:09 par Ajuga

Eh bien moi aussi elle m'a mis mal à l'aise.
C'est certainement voulu, mais je sens comme une manipulation et ça me déplait.
Quand aux 10 euros pour calmer notre mauvaise conscience, ça fait tellement minable que ça me met en colère. C'est peut-être d'ailleurs ce qui me gêne le plus là-dedans, quand mon premier réflexe est de me dire "quelle pub manipulatrice" et que le deuxième est exactement celui d'Olympe "mais donnez leur donc de quoi se battre pour se défendre" à mon avis le message est loupé.

11. Le 09/06/2010, 21:32 par polluxe

Comme Cathie et Stredanski je pense que le malaise vient de la photo et de l'expression "a déjà donné" : il y a jeu de mot entre "a déjà été violée" et "a déjà donné de l'argent". Et sur ce sujet faire de la pub en jouant sur les mots - pour faire de l'humour ? - est totalement déplacé.

12. Le 10/06/2010, 02:54 par k.role

tout ne peut pas passer par le système de la pub et du slogan : on en voit bien les limites ici... Il y a des sujets qui ne peuvent supporter les simplifications, les racourcis, les jeux de mots ou autre "accroche" commercial ! c'est, dans ce cas, franchement insoutenable. j'ai tout de suite ressenti ce que jean no a évoqué : celui qui regarde cette image est à la place du violeur potentiel : cela éveille-t-il un sentiment de culpabilité qui nous "ferait' débourser les 10 euros symboliques pour se donner bonne conscience ? je ne sais pas...

13. Le 10/06/2010, 15:43 par Hypathie

Cette affiche est scandaleuse ! C'est typique des dérives de l'humanitaire qui tente de faire de la retape publicitaire comme n'importe quel marchand de bagnoles utilisant une femme pour vendre une caisse. Bravo Médecins du Monde !

14. Le 10/06/2010, 19:05 par librellule

Moi aussi, elle me gêne cette affiche.

"Elle a déjà donné"
=
"Elle a déjà subi"

Donc subi=donné

Dans la tête de dingos, si elle a déjà donné, elle peut encore...

ça ne va pas!

Et puis pour faire peur, c'est réussi!

ça partait sans doute d'une bonne intention...

15. Le 10/06/2010, 20:55 par pupuce

je préfère nettement les pubs "réalistes" dans ce domaine. tant qu'à utiliser l'image et la stratégie du choc, autant montrer la vérité, pas des raccourcis de pensée vaseux. quand on parle famine on n'hésite pas à montrer des enfants décharnés, c'est efficace et vrai, là on pourrait montrer tout bêtement une de ces victimes, et je ne crois pas que montrer leurs mutilations soit nécessaire en plus, elles doivent en avoir assez lourd dans le regard, hélas.
nan c'est beurk, quoi.
et en effet vaudrait mieux leur financer des cours d'autodéfense, au moins ça, je ne vois pas pourquoi c'est tabou de parler comme ça puisque des millions de femmes de pays développés ont recours à ce genre de stratégies (ou à des bombes lacrymogènes ou à des ports d'armes, même, en effet) pour les mêmes raisons alors que chez nous le risque est x fois moindre. on ne va pas se resservir la soupe froide de la tolérance et de la joue gauche quand même, tout le monde sait que ça ne marche que quand on n'est pas celui qui se prend la baffe, halte à l'hypocrisie!

16. Le 12/06/2010, 01:53 par muse

Cette pub pourrait être interprétée comme de comprendre ce qui a été vécu comme violence et souffrance et donc de vouloir aider les autres à en sortir. Ca fait partie de la résilience mais aussi de la compassion qui parfois permet de pouvoir dépasser ce que l'on a vécu soi même de très dur, très traumatisant, en aidant les autres à en sortir.

Je me fiche de savoir pourquoi je donne à Médecins du Monde. Je donne depuis quelques mois parce que je sais qu'il y a urgence à aider tous ceux qui en ont besoin.
Je milite à Amnesty pour les mêmes raisons, idem pour Handicap International ou Gush Shalom ou pour le Secours Populaire ou la Croix Rouge.
Ca fait juste partie de mon code d'honneur.
Comme chantait JL Murat, ce qui n'est pas donné est perdu, ce que tu gardes est foutu, ne retiens pas les chevaux de ta tendresse...

17. Le 12/06/2010, 12:47 par Ink

Cette affiche est imbuvable. Pour toutes les raisons évoquées dans les différents commentaires: le jeu de mots, la mise en situation de la femme comme proie.
Par contre, Olympe, tu dis que tu n'aimes pas l'idée qu'une femme seule dans un couloir soit en danger, et je suis d'accord, mais c'est un fait: elle est en danger.

18. Le 13/06/2010, 00:59 par Arrakis

Ink > En même temps, toutes les statistiques que je connais (officielles et stats publiées issues de permanences téléphoniques) estiment qu'environ 65% des viols signalés sont commis au domicile de la victime ou de l'agresseur ; les 3/4 par des connaissances ou proches ; presque la moitié de jour.
Pourcentages sans doute moins importants si l'on exclut les viols d'enfants, mais il n'empêche : la "sphère domestique" s'avère aussi dangereuse que l'extérieur.
Et n'est pourtant quasiment jamais évoquée, systématiquement occultée par l'imagerie de la victime seule, la nuit, à l'extérieur.

Certes, penser le viol dans sa sphère "personnelle" est angoissant... Tout comme le penser dès lors qu'on sort seule -voire non-accompagnée d'homme(s), ou qu'on sort tout court. Argument nul, donc.
Donc, certes, une femme est potentiellement en danger, seule dans un couloir. Mais pas seulement là.
Représenter systématiquement l'extérieur-solitaire comme danger, à l'exclusion du reste, c'est dérangeant aussi.
Je ne vais pas revenir sur du déjà dit, et n'incrimine pas spécifiquement cette affiche, sur ce point (il y en a tellement)... Mais, pour reprendre la formule d'Olympe, je n'aime pas cette idée sous-jacente qu'une femme seule dans un couloir soit plus en danger qu'ailleurs.

19. Le 13/06/2010, 06:11 par kwimbowa

cette affiche me fait beaucoup penser à celle du film irréversible également.
Ce rapprochement avec le film est sans doute bien pensé car il traite bien du sujet, et du fait qu'une femme "n'es en sécurité nulle part".

20. Le 14/06/2010, 23:51 par Ink

@Arrakis
Certes, tu as raison, mais je suis moi-même conditionnée par cette vision du danger dehors, seule, dans l'obscurité. C'est une idée très limitée du danger que nous sommes nombreuses à avoir, je suppose, et à tort.