C'était le titre du dossier de Philosophie Magazine de mai. Et comme le note l'une des philosophes interviewées"voila bien une question d'hommes" Car elle implique de vouloir se mesurer à l'autre.

Je n'ai pas pu faire autrement que l'acheter. 

Impossible à résumer car composé de plusieurs longs articles et interviews. voici, en vrac,  quelques uns des thèmes abordés :

Les femmes sont elles plus morales de façon naturelle ?

Les faits sont indéniables ; les femmes commettent beaucoup,beaucoup moins d'actes violents que les hommes. 96,8% de la population carcérale est masculine ! 

Cela est-il du à des dispositions naturelles différentes ?

Toutes nos connaissances sur le sujet plaident l'inverse

-  dans des conditions expérimentales comme par exemple la reproduction  des célèbres expériences de Milgram (l'expérience originale ne portait que sur des hommes) on n'observe pas de différences de comportements entre hommes et femmes. Idem lors de l'expériences de Zimbardo au cours desquelles des étudiants devaient, pendant plusieurs jours, jouer le rôle de prisonniers ou de gardiens (cette expérience a tellement mal tournée qu'il a fallu l’arrêter bien avant le terme prévu).

-  il n'y a pas de différences significatives  dans le fonctionnement des cerveaux féminins et masculins .

- les effets d'imprégnation hormonales différentes  (la testostérone rendrait agressif et l’ocytocine sociable) sont complexes et certainement pas linéaires. Il n'y a pas une relation simple de cause à effet.

Existe-t-il une morale féminine et une morale masculine ?

- les anthropologues montrent que les valeurs  sont partagées par tous au sein d'une société, mais distribuées selon les sexes. Or ce qui est masculin dans une société peut devenir féminin dans une autre. Ce qui demeure, comme le précise Françoise Héritier "c'est que partout, les valeurs attribuées au féminin sont dénigrées par rapport à celles des hommes".

- dans nos sociétés, la morale a été , jusqu'à une date très récente , définie exclusivement par les hommes. Pourtant, ce qui apparaissait comme privé et non politique peut être considéré comme une morale, féminine et refoulée. C'est la thèse des tenants de la théorie du care. Les hommes organisent leur morale autour des concepts de "règle", "droit", "devoir", les femmes autour des concepts de "lien", "soin à autrui", "responsabilité", "empathie"

- le lexique des valeurs féminines est de plus en plus employé, notamment dans le cadre de l'entreprise. Les théories du management y font largement appel. Pourtant, dans le même temps, la parité n'a quasiment pas progressé au sein des instances dirigeantes et certains se demandent si il n'y aurait pas une entourloupe quelque part.

- le débat entre universalisme et essentialisme, si il semble à peu près dépassé par les mouvements féministes, sous tend encore nombre de tensions. 1er exemple : lorsque Martine Aubry a lancé l'idée du care dans le débat pour la présidentielle elle a fait plus qu'un flop. L'explication en serait que le care est soupçonné d'être une politique de femme. "A ce titre il bouscule l'universalime et active le spectre du communautarisme. Et cette peur là reste dominante à gauche, notamment au PS" , 2nd exemple , selon l'une des philosophe l'émancipation des femmes passait effectivement par une nécessaire désexuation et l'affirmation qu'elles étaient égales et en quelque sorte équivalentes aux hommes (universalisme). Mais, dit-elle "dans ce processus, on a perdu le féminin de la femme, c'est à dire tout ce qui renvoie au corps des femmes." Or les femmes ont un rapport à leur corps différent de celui des hommes et ce rapport les mets bien plus dans le relationnel.

La morale sert-elle à contrer nos instincts primaires archaïques et violents ?

Frans de Wall, célèbre primatologue, décrit comment les grands singes font preuve d'empathie. Pour lui "le vernis de civilisation" indispensable à cacher notre nature égoïste et violente est une fable, notamment développée par les religions. En réalité l'empathie et la coopération préexistent à la morale telle qu'on la conçoit classiquement.

A noter aussi un recueil de quelques citations de grands philosophes qui ne plaident pas en leur faveur. 

Hegel "La différence qu'il y a entre l'homme et la femme est celle qu'il y a entre l'animal et la plante"

Nietzsche "Le bonheur de l'homme, c'est de dire "je veux". Le bonheur de la femme c'est de pouvoir dire "Il veut" "

Diderot "Plus civilisées que nous en dehors, elles sont restées de vraies sauvages en dedans, toutes machiavélistes du plus au moins"


l'image est celle du magazine

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