Les représentations des femmes dans les manuels de seconde : 2/ les femmes ne jouent pas de rôle politique
Par Olympe le jeudi 1 décembre 2011, 23:42 - Lien permanent
Suite
du compte rendu de l'édifiante étude sur la représentation des femmes dans
les manuels d'histoire de 2nde et de CAP.
Les critiques formulées s'adressent essentiellement aux manuels des classes de seconde, ceux qui sont destinés aux CAP font une part un peu plus meilleure aux femmes.
Exemple 2 : les femmes absentes de toute action politique
L'étude a pris comme exemple la Révolution française.
Elle constate que les femmes de la Révolution française ne sont jamais mentionnées dans le corps du texte du chapitre mais dans des dossiers annexes.
Bien souvent les revendications d’Olympe de Gouges sont présentées dans un dossier spécifique en annexe du chapitre. En privilégiant la représentation de « femmes d’exception », les éditeurs passent sous silence les « femmes anonymes » actrices de la Révolution. En effet, le rôle joué par les femmes dans la Révolution française et leur engagement pour l’obtention du droit de vote ne sont présentés qu’à travers le portrait d’une ou deux femmes, ce qui contribue à leur marginalisation.
De façon générale la participation active des femmes dans la Révolution n'est traitée qu'à la seule occasion de la marche sur Versailles d’octobre 1789.
De plus, pendant la période révolutionnaire, les illustrations de l’assassinat de Marat par Charlotte Corday ne manquent pas sans qu’elles fassent pour autant l’objet de la moindre réflexion.
Marie- Antoinette est toujours citée, mais il n’est que très peu fait mention de sa fonction royale. C’est en effet lorsqu’il s’agit d’évoquer les critiques de la monarchie absolue par les révolutionnaires que Marie-Antoinette est représentée par des caricatures grotesques la montrant tantôt vile, tantôt stupide, étrangère, tantôt légère et frivole. Ces caricatures se fondent sur une image stéréotypée de la femme intrigante.
Un manuel cependant en propose un portrait plus nuancé et intéressant.
Les femmes politiques présentes dans les manuels de seconde générale et technologique peuvent être divisées en trois catégories que l’on retrouve à chaque thème du programme :
- les femmes anonymes,
- les femmes d’exception
- les femmes-allégories.
Les femmes-allégories politiques sont le plus largement représentées dans les manuels : les représentations d’Athéna, de Marianne et des allégories de la liberté et de la nation ponctuent les pages de l’ensemble des manuels. Pourtant, même lorsque les Panathénées sont étudiées, la figure d’Athéna n’est pas commentée. L’autre allégorie fréquemment employée est celle de la République. De même, aucune explication ou réflexion n’est amorcée sur la signification de cette allégorie.
La représentation la plus courante, La liberté guidant le peuple de Delacroix n’est interrogée que par un seul manuel. Aucun manuel ne souligne le paradoxe entre l’omniprésence de Marianne et donc de la femme-symbole et la pensée du champ politique français sans les femmes.
Remarquons pour finir que sur un total de 144 biographies consacrées à
des personnalités politiques, seulement 5 sont consacrées à des femmes. De
même, sur 254 textes écrits par des personnalités politiques, on ne trouve
que 9 textes écrits par des femmes. 





Commentaires
Je me demande combien de temps va mettre un troll pour venir expliquer que "c'est normal parce que les femmes n'ont joué qu'un rôle mineur dans l'histoire". Histoire qu'il démontre combien il est imprégné de la version officielle et masculinisante...
Je pense au contraire qu'il est normal que les femmes soient absentes des manuels pour une raison très simple qui échappe à nos historiens contemporains.
Il y a un fait qu'on ignore souvent quand on n'est pas historien : Ce que nous connaissons aujourd'hui des grands hommes tels qu'on les appelle, ne vient pas de leurs hauts faits, mais de leur biographe.
Très clairement, plus il y a de biographies, plus le personnage sera notable des siècles après. C'est ainsi que par exemple ma mère a décortiqué l'unique biographie d'un certain duc de la force, croisé avec d'autres écrits pour son mémoire d'histoire. Ce type est un héros historique. Il a succédé à tous les rois contemporains en pleine guerre de religion. Alors que les gouvernements changeaient à chaque fois que la religion du roi changeait, il est resté le conseillé par excellence. Il était connu pour son humanité et son intelligence, sa puissance de stratège et son humilité. On va même aller plus loin : Il est l'homme dans les bras duquel Henry IV est mort, assassiné par Ravaillac pour vous dire à quel point il était proche du pouvoir.
C'était assurément un des plus grands hommes de son temps. Mais il n'a eu qu'une biographie, écrite par lui même, parce qu'il était humble et ne se préoccupait pas de passer à la postérité, qu'il n'a payé personne d'autre pour le faire. Et à part quelques rares spécialistes, personne ne le connait.
Si je raconte tout ça, c'est pour souligner le fait que si les femmes sont absentes aujourd'hui des manuels, ce n'est pas à cause des historiens contemporains, mais à cause des biographes de l'époque et des femmes de l'époque également, qui apparemment ne se souciaient pas de passer à la postérité.
Pour aller plus loin, moi qui enseigne, il y a des ouvrages où on a vraiment l'impression que quelques pages sont consacrées aux femmes pour faire plaisir et tenir le programme, mais en général c'est pitoyable .
Ce n'est pas le sujet mais cela pourrait être intéressant pour un article, j'ai cherché sur google des images de proviseurs , ...il n'y a quasiment que des hommes, pourtant l'enseignement est très féminisé....
Bonjour La Sorcière,
Je ne pense pas que le "On ne nous a laissé aucune info, tant pis" soit justifié lorsqu'on parle d'histoire pour éliminer les femmes.
Certes on a peu d'écrits sur elles, certes elles étaient aussi opprimées à leur époque, mais les mentionner dans le corps du texte, indiquer ce qu'elles ont fait, évoquer simplement le fait qu'on manque d'informations plus précises sur elles est un signe d'intégration à l'histoire.
Dans mon cours d'histoire, il était NORMAL que Jeanne d'Arc soit vierge et qu'ils vérifient, par exemple. On a lu un vieux texte racontant l'histoire, et puis on s'est concentré sur le roi et sur les anglais. J'ignorais qu'on pouvait associer virginité et crédibilité, et ce passage m'avait marqué.
Bonne journée,
Plop
Mais on ne met pas un personnage dans un livre d'histoire pour lui faire plaisir, mais parce qu'on pense qu'il a un rôle décisif dans les évènements ! Il faut arrêter quand même.
Les contemporains de Jeanne d'Arc pensaient que si elle n'était pas vierge elle n'était pas crédible. C'est important de le dire, quitte à souligner devant les élèves à quel point c'était débile.
Donc soit on admet que l'histoire est une matière qui sert à endoctriner nos jeunes et que les programmes sont fait par des politiques. Dans ce cas OK, on introduit plus de femmes par volonté de changer leur image aujourd'hui.
Soit on estime que l'histoire a une autre finalité et dans ce cas on ne raconte pas l'histoire de madame truc, dont on ne sait absolument rien sauf que le jour où la négociation de l'an X a été faite, elle était dans le coin et que vue la bande de branquignols qu'il y avait, c'était certainement elle qui avait eu le dernier mot.
Faire le constat que les femmes sont absentes des programmes c'est bien, réclamer qu'on écrive l'histoire par empathie c'est autre chose. L'histoire a toujours été écrite par l'ambition personnelle.
Et puis pour les trolls de thalianne, il y a pourtant un peu de vrai dans ce que tu dis : on se plain aujourd'hui que les femmes soient loin des lieux de pouvoir. Il faut être malade pour se dire que très certainement au moyen âge elle en était plus proche que comme femme de... Donc oui il y a eu des femmes importantes, mais vu leur nombre, si en plus elles n'ont pas pris le temps et l'argent de se faire écrire le portrait, il n'y a pas à s'étonner qu'elles soient aujourd'hui les grandes absentes.
Et au passage Néfertiti est une de celle dont on parle en disant qu'on manque de source (parce que son successeur a tout simplement décidé de faire disparaitre toute ses traces) et pour qu'on l'évoque il a quand même fallu qu'elle soit reine d'une civilisation de premier plan. Je ne suis pas convaincue qu'il y ait eu pléthore de dame de sa carrure.
"Très clairement, plus il y a de biographies, plus le personnage sera notable des siècles après."
C'est valable aussi pour la connaissance historique de la vie des gens du peuple. Les historien(ne)s d'aujourd'hui doivent sacrément éplucher les archives et chercher des méthodes de travail originales pour en trouver trace.
Pourtant, c'est pas parce qu'il y a peu d'archives que c'est pas intéressant, au contraire. Mais c'est tellement plus facile quand il y en a tout plein. La pente est forte.
C'est le moment d'aller consulter le blog d'Euterpe <http://lesaventuresdeuterpe.blogspo... Je suis toujours effarée du nombre de femmes qu'elle arrive à dénicher.
A Thaliane : le troll à pour nom Pat, comme patachon.
Il doit sûrement avoir un avis sur la question. Que toutes les "Jeanne Hachette" lui brisent les reins à ce libéral bon teint ! Il croit que la femme n'a que ce qu'elle mérite !
Elles n'ont pas la niaque d'y arriver, etc. .
2 ou 3 remarques sur l’article.
1) Ces dernières années, en particulier dans le champ de l’histoire sociale, la recherche sur les femmes a fait des progrès considérables. Pour de nombreuses périodes, sur de nombreux thèmes, on a désormais des histoires de femmes, des histoires du genre, des histoires de la sexualité ; ces travaux ne se limitent pas à ceux de Michelle Perrot : les labos et les chercheurs qui travaillent sur ces questions sont désormais très nombreux.
2) Les programmes et les manuels scolaires ont vocation à partir des acquis de la recherche. Si la place des femmes est lacunaire dans les manuels, ou si comme le dit très justement l’article, elle est souvent marginalisée dans un dossier à part, et non intégrée au récit principal des événements, on peut penser que leurs éditeurs (et même les enseignants) doivent encore fournir des progrès ; cependant en faisant une large place à l’histoire politique sans donner beaucoup d’heures (et même en réduisant le nombre d’heures, cf en Terminale S et en 1ere où le traitement du programme semble intenable), les auteurs de programmes rendent d’autant plus difficile le traitement des questions sur les femmes.
3) Il y cependant un point sur lequel je ne m’accorde pas avec l’article, ni d’ailleurs avec certains commentaires en bas de page. De fait, si le rôle des femmes est de mieux en mieux pris en compte par les historiens, il faut dire que, même jusqu’aux époques les plus récentes, il est resté secondaire dans le domaine politique, en particulier dans les plus hautes instances. Et pour cause : la place des femmes dans la société, dans la famille, dans les esprits, et a fortiori dans les institutions était inférieure, Simone de Beauvoir comme d’autres l’a bien montré, j’enfonce là une porte ouverte. Si les femmes avaient joué comme les hommes un rôle de premier plan, il n’y aurait pas eu de mouvement de libération des femmes, etc. L’article, vers la fin, s’étonne que la grande majorité des notices biographiques du manuel soit consacrée à des hommes, et que la plupart des textes sources présents dans ce livre émanent d’une plume masculine. On a donc deux possibilités : soit on considère que les manuels et les programmes d’histoire ont vocation à encourager l’égalité entre les sexes et le rôle public des femmes, en faisant croire que les femmes ont toujours joué un rôle de premier plan, ce qui revient à déformer l’histoire, à l’instrumentaliser, bref, à dire n’importe quoi ; soit l’on tient compte du rôle secondaire joué par les femmes en politique dans l’Histoire d’une part et l’on en prend acte pour que cette situation change. Autrement dit, je sais bien que la tentation de faire dire n’importe quoi à l’histoire pour faire avancer telle ou telle cause plus ou moins légitime est répandue, mais l’histoire ne doit pas être réduite à une plaquette de communication, à un programme, ou à un ensemble de modèles à suivre. Si l’histoire, dans ses contenus, est déplaisante (elle l’est largement), changeons notre société, mais ne déformons pas le récit des événements passés. A partir du moment où le nombre d’heures d’enseignement est limité, il faut faire des choix, hiérarchiser les informations. De fait, dans l’histoire politique, les personnages de premier plan sont (malheureusement) des hommes en très grande majorité.
4) Au-delà de cet exemple, l’article illustre assez bien la méconnaissance profonde de nombreux citoyens envers l’histoire, et en particulier envers son rôle social. Que la société, pour faire avancer telle ou telle cause, veuille modifier les programmes scolaires voire les contenus de l’histoire, comme on l’a vu avec les lois mémorielles, et plus récemment avec le débat sur l’identité nationale (des intentions plus ou moins légitimes selon moi), révèle une attitude extrêmement prétentieuse, au détriment des chercheurs qui font l’histoire, et qui ont particulièrement besoin de critiques, certes, mais aussi et surtout, comme pour n’importe quelle activité de recherche scientifique, de libertés.
Hum, je ne suis pas historienne, mais je tiens quand même à apporter qq chose au débat.
Je pense qu'il faut bien réaliser que "l'histoire est écrite par les vainqueurs". Cf ce qui a été dit sur Néfertiti plus haut, concernant l'effacement de son nom.
Au moyen-âge par exemple, le statut de la femme était relativement meilleur qu'à la renaissance. Elles administraient les domaines, voire le royaume pendant que les hommes étaient aux croisades, par ex. Elle pouvaient jouer un rôle diplomatique considérable. Et puis la redécouverte des "classiques" grecs et latin a fait régresser leur place dans la société.
Je ne sais pas à quoi doivent servir les cours d'histoire, et c'est un débat qui mérite d'être posé. Mais j'entends encore des jeunes dire que "rien de grand dans l'histoire n'a été accompli par les femmes" et que ce serait la preuve de leur infériorité et que leur place est à la maison. :/
Alors je pense que les manuels scolaires devraient au moins faire réfléchir à cette notion qu'elles ne pouvaient pas participer. Qu'elles ne recevaient pas la même éducation, etc..
Et là on ne parle même pas de manuels du primaire et de la perpétuation des stéréotypes qu'ils induisent. Le manque de sensibilisation des enseignants de tous niveaux au sexisme est flagrant.
Adonis, rein que ça!
La réputation d'Adonis se limite a sa beauté physique et sa capacité à être un amant disputé.
le "nis" est de trop.
Une argumentation qui se limite a traiter celui qui ne pense pas comme vous de réac et de troll situe votre hauteur de pensée.
Je ne prêche pas pour le libéralisme, je dis que constater un problème et s'arrêter a se plaindre n'a jamais été suffisant pour avancer. Vous en déduirez la suite à votre convenance.
...
Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée ;
La dame de ces biens, quittant d'un oeil marri
Sa fortune ainsi répandue,
Va s'excuser à son mari
En grand danger d'être battue.
Le récit en farce en fut fait ;
On l'appela le Pot au lait.
Et la Venus de Milo on lui a coupé les bras... Rien que pour faire de la peine aux dames. C'est bien que certain(e)s aient assez de temps pour mobiliser leur cervelle avec des statistiques ou comparaisons sans intérêt. Ce genre d'étude, du même tonneau que celles traitant du massacre des indiens d'Amerique ou de la colonisation visent à déculpabiliser celui qui les lance, une sorte de mea-culpa à postériori pour intellectuel en mal de chagrin. Ou, dans ce cas précis, si c'est une dame, à tirer un peu plus sur la ficelle en culpabilisant les hommes sur un passé dont ils ne sont pas responsables. Etant assez honteux d'exister comme ça avec ma voiture qui pollue, le gaz carbonique que je dégage, mes poubelles et ma consommation d'eau douce, je laisserai les gens divaguer sur cette affaire de femmes sous-représentées en politique. Tout en continuant à payer la pension alimentaire de mon ex-femme évidemment. Mais si on se servait de toute cette énergie cérébrale tournant à vide comme un moteur au point mort pour trouver des idées afin de sortir de la crise économique par l'inventivité? mais c'est là un sujet n'interessant pas les intellectuels de gauche....