Les viols dans les camps de réfugiés Tchadiens
Par Olympe le mercredi 30 septembre 2009, 19:41 - Lien permanent
J'entends ou je lis trop souvent "de quoi vous plaignez vous les féministes ? vous avez obtenu l'égalité, la liberté etc... alors qu'il y a encore beaucoup de pays où les femmes n'ont aucun droit".
Certes, mais ce n'est pas une raison pour se contenter des inégalités qui perdurent encore ici.
J'ai donc pris le parti d'évoquer sur ce blog ce qui reste à faire en France et de ne pas aborder les difficultés des femmes dans d'autres pays. Lister toutes les horreurs constatées ailleurs ne servirait pas à grand chose et serait contre productif à mon avis en donnant l'impression que nous vivons dans un pays idyllique.
La longue discussion que j'ai eu sur le sujet avec Jocelyne cet été m'a amenée à moduler mon point de vue.
J'ouvre donc une nouvelle rubrique : évoquer le sort de femmes dans d'autres contrées lorsque cela peut leur être utile.
De nombreuses associations existent et je relayerai régulièrement leurs actions pour les femmes.
Je commence par Amnesty international. J'en avais fait partie il y a très longtemps à une époque où je n'avais pas d'enfants et du temps.
Amnesty international dénonce le taux élevé de viol et d’autres violences, dont sont victimes au quotidien, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des camps situés dans l’est du Tchad, les jeunes filles et les fillettes réfugiées du Darfour , et ce en dépit de la présence des forces de sécurité de l’ONU .
Le Détachement intégré de sécurité (DIS), force de police tchadienne soutenue par la Mission des Nations Unies en République centrafricaine et au Tchad (MINURCAT), s’est vu confier expressément la responsabilité d’assurer la sécurité dans les camps et aux alentours. Il s’est maintenant entièrement déployé, comptant plus de 800 agents dans les 12 camps de réfugiés de l’est du Tchad.
Toutefois, des membres du DIS ont été pris directement pour cibles de violences, tandis que certains se rendaient eux-mêmes responsables de violations des droits humains.
Amnesty International demande au gouvernement tchadien et à la communauté internationale de prendre sans délai des mesures efficaces afin de remédier aux viols et aux autres violences, généralisés et systématiques, dont sont victimes les femmes, les jeunes filles et les fillettes réfugiées du Darfour dans l’est du Tchad.


Commentaires
Ayant travaillé dans des camps de réfugiés, en Afrique et ailleurs, le viol des femmes et des fillettes réfugiées était et est toujours constant. Le viol est une arme de guerre, destinée à humilier, souiller et ostraciser la femme et, avec elle toute sa lignée. Si le viol est une misérable réalité dans les camps, il est une réalité quotidienne pour celles qui ne profitent pas de la relative sécurité des camps. Parce que dans les chemins qui mènent aux camps, là, c'est la guerre et c'est l'enfer.
Oui, le viol est une arme de guerre. Il sévit au Tchad. Et en République du Congo où c'est l'hécatombe. Je n'ai plus les chiffres en tête mais c'est à donner le vertige. Par ailleurs, j'ai lu récemment un article où le viol des hommes se développent de plus en plus dans cette même République du Congo. Arte a diffusé il y a qq temps un excellent documentaire intitulé je crois "Trois femmes dans la guerre". Il racontait l'histoire de trois femmes qui ont subi les viols au Congo, obligées de suivre les "rebelles" à qui elles ont servi d'esclaves sexuelles et qui ont été enrôlées dans des crimes sordides. Trois femmes qui sont parvenues à quitter ces rebelles et qui tentent aujourd'hui de reconstruire leur vie.
Ouh la ! non, non, machine arrière toute ! Si vous vous lancez là-dedans, vous allez vite vous apercevoir que le viol est une pratique "normale" (dans le sens de courante et admise plus ou moins) SAUF en Occident – ce qui va vous faire illico passer pour une immonde réac à tendance nauséabonde.
De plus, cela va immanquablement vous conduire (puisque malheureusement pour vous, vous êtes une femme d'une grande droiture intellectuelle (dit sans ironie, je précise)) à vous pencher sur le viol dans ce qu'on appelle les "cités" : sa pratique, sa fréquence, la manière "bon enfant" dont il est perçu, etc. Et alors là...
Non, franchement, vous devriez laisser tomber : ça risque d'être douloureux et violent. Si vous y allez tout de même (et "respect" dans ce cas), les remises en questions vont être saignantes, peut-être.
Sauf que pour cela il faudrait que ce grand démocrate qu'est Idriss Déby reconnaisse la responsabilité de ses soldats dans les viols de masse.
On voit mal la France, qui le soutieat inconditionnellement, lui demander quoi que ce soit de ce genre.
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Didier.
J’ai quelques questions.
Berlusconi, que je crois occidental, nous a affirmé récemment que le nombre de viols en Italie était du au fait que les femmes y sont trop jolies. Mon esprit torturé y a vu une légitimation du viol qui ne le dérange pas plus que cela. Pensez-vous qu’au fond Berlusconi soit – soupir d’horreur – un oriental ?
La France ne reconnait le viol conjugal que depuis 1992. Ma perversité me fait dire qu’il était normal de violer jusqu’alors tant que c’était entre époux. Je situais jusqu’à présent la France en occident ; éclairez moi.
Selon l’article 190 du CP suisse, une victime de viol ne peut être que de sexe féminin. Là encore je m’interroge, ne pas considérer le viol des hommes n’est il pas le légitimer ?
Il y a en France des dizaines de milliers de viols. Le fait qu’aucune politique éducative soit menée n’est il pas le signe, qu’au fond on s’en moque un peu ?
L’ex yougoslavie sinon vous la situez ou ? j’ai vaguement entendu parler de viols mais c’était encore un coup des orientaux.
Enfin une dernière question. On a souvent droit sur Internet à des commentaires nous expliquant qu’une femme se baladant la nuit cherche les emmerdements, qu’une fille ne mini jupe en veut et autres joyeusetés. J’ai ainsi lu des dizaines de réactions expliquant que l’ex atrice X Clara Morgane méritait d’être violée. Rassurez moi ; tous ces propos émanent bien d’orientaux ? Je serais peinée d’apprendre qu’un occidental puisse dire ce genre de chose et donc légitimer le viol.
Tu vois Olympe, au moins en France, on a pas de quoi se plaindre :o)
tu sais Olympe je crois que tu fais bien d'entendre Jocelyne car tout est lié, justement c'est un système mondial, on est une citoyenne française mais aussi, une habitante du monde. Le climat nous affecte différemment (des pays subissent des tsunamis actuellement, par exemple) mais pourtant nous sommes toutes et tous concernés et on en parle en tant qu'habitant-e de la Terre. Ben pour moi les sujets humains (pacifisme, droits humains) c'est pareil. J'axe aussi + sur la France mais parfois je parle d'ailleurs, l'excision ça "me" concerne, etc.
Je suis avec Amnesty aussi, adhérente je trouve ça pas compliqué, on peut juste recevoir des pétitions à signer par la poste, y'a juste à renvoyer le formulaire signé et à mettre un timbre ...
Tu peux aussi recevoir des alertes spécifiquement "femme" ... en plus (via Amnesty belgique) ça permet aussi de se tenir au courant de la situation.
Amnesty fait un boulot formidable.
(sinon si ça t'intéresse : la lettre femmes d'Amnesty, inscription ici :
http://www.amnesty-informations.be/ )
Et puis, près de la moitié des enfants-soldats sont des filles. Violées plus souvent qu'à leur tour, bien entendu. Sauvages Africains, va...
Oui mais, oui mais: n'oublions pas, quand on parle de viol de FEMMES en France, que la moitié des affaires de viol, rendez-vous compte, la moitié, concerne des mineurs de moins de quinze ans. chiffres officiels de la police.
t'as l'étude d'ou tu tires tes chiffres sous la main suzanne ? je suis surprise sur le coup.
C'est l'enquête Enveff, en 99.
je crois que j'avais laissé sur ton site le lien des statistiques officielles de la police, mais je ne sais plus en réponse à quel billet. On devrait pouvoir les retrouver.
à défaut, cet extrait de Wikipedia:
"On ne dispose de données chiffrées officielles que depuis l'enquête nationale menée en 1999 (ENVEFF)[19]. Selon Amnesty International, 50 000 à 90 000 femmes ont été violées en France[20].
96 % des auteurs de viol sont de sexe masculin et 91 % des victimes sont de sexe féminin (statistiques concordantes du Ministère de la Justice et du CFCV, Collectif Féministe Contre le Viol). Cependant on ignore le nombre réel de victimes de sexe masculin, les hommes révélant rarement ces crimes.
Selon les statistiques de la permanence téléphonique nationale Viols Femmes Informations :
* 74 % des viols sont commis par une personne connue de la victime ;
* 25 % des viols sont commis par un membre de la famille ;
* 57 % des viols sont commis sur des personnes mineures (filles et garçons) ;
* 49 % des viols sont commis sans aucune violence physique ;
* 67 % des viols ont lieu au domicile (de la victime ou de l'agresseur) ;
* 45 % des viols sont commis de jour."
Et sur les 57% de viols commis sur des mineurs, 48 ou 49% le sont sur des mineurs de moins de quinze ans, et une proportion non négligeable sur des enfants.
En réponse clin d'oeil (bon, le sujet n'est pas rigolo, mais quand même) à Didier Goux, je dirais que nos enfants et nos frêles pré-adolescentes ne sont pas violés majoritairement par des étrangers sauvages dans des parkings souterrains, mais par... quelqu'un de leur famille, de leur école, de leur club de foot.
Et qu'il n'y a pas de plus en plus de viols d'enfants, mais qu'ils sont de moins en moins tolérés. Il y a beaucoup de petites Mouchette, beaucoup beaucoup. (Mouchette est, dans un roman de Bernanos, une gamine violée..)
je ne pense pas avoir parlé du viol encore ici avant Polanski. evidemment il y a un sujet, pas marrant c'est sur.
d'ailleurs depuis ce matin j'entends parler (ou plutot je lis ) de camisole chimique ça devrait faire un bon buzz dans les heures à venir.
Suzanne merci pour les chiffres, je ne les connaissais pas vraiment mais je sais qu'ils sont énormes. 50 000 ça fait en gros 1 par jour par département.c'est vrai dans le passé ça faisait partie des choses tolérées (cf histoire de la violence Robert MUCHEMBLED). ce n'est pas une raison pour le tolérer encore.
"Et sur les 57% de viols commis sur des mineurs, 48 ou 49% le sont sur des mineurs de moins de quinze ans"
tiens j'ignorais complètement ca ; j'etais passée à coté dans l'enquete de l'enveff.
Valérie : je reconnais avoir écrit trop vite, avec ma restriction (sauf en Occident). Trop vite ou plutôt pas assez : ce que j'aurais dû dire est que le viol est considéré comme à peu près normal partout SAUF en occident. Ce qui, bien entendu, ne signifie nullement que la pulsion de viol n'existe pas, ou plus, en occident.
Sinon, je suis très réservé quant à cette notion de "viol conjugal", comme je le suis face à tout ce qui concerne le recul de la vie privée, du "secret", devant le pénal. Cela ne signifie pas que je trouve normal qu'un homme force sa femme légitime, mais simplement que je pense les inconvénients et les conséquences de cette invasion du public dans le privé plus lourds que ce qu'ils prétendent corriger (et qu'ils n'arriveront évidemment jamais à corriger).
Le viol des hommes ? Je vais faire mon petit provocateur, tiens : d'une part, c'est tellement marginal que ça ne mérite même pas qu'on en parle ; d'autre part, un homme qui se fait violer, il serre les dents et il ferme sa gueule. Voilà.
Quant à votre dernière question, à propos des filles qui provoquent, qui se fringuent en putes, etc., vous m'ouvrez un boulevard : allez dont en parler aux filles "des cités", comme on dit pudiquement. Et tirez les conséquences de leurs réponses.Ensuite, on réexamine la question.
Didier ; Justement je vous ai montré via divers exemples que le viol en Occident n'est pas considéré comme tellement anormal. Vous allez lu hier chez moi un certain texte ;o) ; il témoignait aussi de ma colère face aux centaines de réactions lues expliquant que la joggueuse n'avait qu'à pas courir seule, que la gamine face à Polanski l'avait allumée... etc. et cela c'est à CHAQUE affaire de viol/crime de femme.
Vous trouverez tjs une bonne opinion populaire nous expliquant qu'une femme qui a emmené un homme boire un verre chez elle, cherchait bien qq chose...
Qu'une femme sortant du restau en jupe courte cherchait bien à être séduite".
Oui vous entendrez cela en cité aussi. Mais ces gamins issus de 50 immigrations différentes (et aussi "de souche") n'ont fait que se construire une culture à eux ; fort macho certes mais qui ne vient pas, comme je suppose que vous le pensez, de l'islam. Elle lui emprunte oui - ou du moins il emprunte à ce que les gamins croient savoir (vous ne verrez jamais un "barbu" agresser verbalement une fille.. même s'il n'en pense peut être pas moins) de l'islam, mais aussi à la culture française....
Si, si peu de femmes portent plainte à l'heure actuelle, c'est aussi parce que la police ne sait pas très bien accueillir, parce qu'on déqualifie les procès car on sait que, face à un jury d'assises, on minorera l'affaire.
"mais simplement que je pense les inconvénients et les conséquences de cette invasion du public dans le privé plus lourds que ce qu'ils prétendent corriger"
je comprends.
mais pensez que la loi n'est que la conséquence de quelque chose déjà passé dans les moeurs. Ma grand-mère (85 ans environ) m'avait parlé d'une de ses amies, violée pdt 30 ans par son mari. elle savait que cela n'était pas normal - ca c'était deja acquis - mais n'avait pas conscience qu'elle pouvait dire non, porter plainte. Le passage dans les moeurs, puis dans la loi, que le mariage n'autorise pas tout était important.
mais aucune loi ne règlera jamais rien, bien évidemment.
"il serre les dents" ah vous avez lu Frédéric Lefebvre cet apres midi ? (a provocateur, provocateur et deli ;) )
@ Suzanne: les filles enfants-soldats ne sont pas une spécificité africaine. Le Sri Lanka et la Colombie étant les deux pays où les "esclaves sexuelles" assouvissant les désirs des galonnés mâles étaient légion. Par ailleurs, elles sont rarement combattantes et ne constituent pas la moitié des enfants-soldats (Source UNICEF).
@ Didier Goux: le viol des hommes est fréquent dans les prisons. Mais il est vrai qu'il n'existe pas de stats, à ce sujet.