Monotonie vestimentaire

Les Nouvelles News reviennent sur ce présentateur Australien qui a porté le même costume (enfin on espère qu'il en avait au moins deux identiques)  à l'antenne pendant 1 an sans susciter la moindre remarque. Il voulait ainsi montrer, et ce fut probant, qu'à la différence de ses consœurs dont les tenues ou les coiffures étaient sans cesse commentées, il n'était jugé que sur son travail.

On peut mettre cette histoire en parallèle avec les récents propos du patron de Facebook expliquant son éternelle tenue jean, t-shirt gris et sweat «Je veux simplifier ma vie afin d’avoir le moins de décisions possibles à prendre en dehors de mon service à la communauté».  J'aime assez l'analyse de Slate sur ces propos.

On se demande bien pourquoi les femmes ne font pas la même chose, c'est à dire adopter une tenue neutre pour aller au travail, et s'y tenir. Cela leur éviterait de subir des commentaires et leur épargnerait le soupçon de futilité, puisque pendant qu'elles choisissent le foulard qui ira bien, Mark Zuckerberg est probablement déjà en train de changer le monde.

Oui, mais non. ça ne marcherait pas de toute façon.

1ere raison : les femmes ne peuvent pas impunément se comporter comme les hommes

C'est vrai dan tous les domaines, j'en ai souvent parlé ici, quand un homme tape du poing sur la table on dit qu'il fait preuve d'autorité, si c'est une femme qu'elle perd les nerfs, quand un homme montre une ambition c'est bien légitime une femme est arrogante etc etc.

Alors une femme qui s'habillerait habituellement d'une tenue masculine comme un costume sombre avec cravate, ou d'un jean et t-shirt gris n'échapperait certainement pas aux commentaires sur ses vêtements, et ce ne serait pas à son avantage.  Elle apparaitrait comme peu féminine, rigoriste ou au contraire négligée. On se souvient d'ailleurs qu'il n'y a pas si longtemps que c'est autorisé.

Un bon exemple est celui d'Angela Merkel qui a habilement résolu la question en portant quelque chose qui ressemble à un uniforme masculin : pantalon veste mais sans cravate (faut pas exagérer quand même, la cravate est une représentation trop phallique) et en y mettant de la couleur. 

Eh bien ce choix fait régulièrement l'objet d'articles dans la presse allemande.


veste_merkel.JPG

Et cela fait, en principe, partie des compétences des femmes que de savoir s'habiller et se coiffer,   dans le style adapté aux circonstances. Comme pour les hommes les codes existent, on ne s'habille pas de la même façon si on travaille dans un ministère, dans la pub ou dans une usine, mais ils sont infiniment plus complexes. Tout écart est largement interrogé voire sanctionné : que l'on pense à la robe de Cécile Dufflot ou à la coiffure de NKM .


2eme raison : beaucoup de femmes y tiennent

Les petites filles et les petits garçons n'apprennent pas les mêmes comportements vestimentaires. S'habiller selon les règles de son groupe est un élément de socialisation et nous trouvons du plaisir à partager avec nos pairs des jeux, des conseils, des barrettes ou des billes, nous aimons aussi nous comparer avec eux.p

A l'âge adulte beaucoup de femmes continuent à apprécier les activités qui consistent à soigner son apparence, à jouer avec des vêtements pour affirmer , ou cacher, une personnalité, à essayer de nouvelles coupes ou de nouvelles couleurs.

Pour d'autres c'est une corvée, ou cela les indiffère

3eme raison : c'est une façon de revendiquer sa différence

Les femmes, et c'est très visible chez les femmes politiques, portent de plus en plus des tenues féminines : c'est à dire colorées, avec des chaussures à talons, des styles et des coupes variées. Dans les années 70/80 elles semblaient plutôt vouloir se fondre dans la masse

On pourrait y voir l'équivalent de l'exigence de féminisation des titres et du vocabulaire :  la demande d'être reconnue dans ce qu'elles sont, c'est à dire pas des hommes. 

Et ça c'est un enjeu de taille.

Commentaires

1. Le 18/11/2014, 18:46 par Nicolas

Je réagis seulement sur un point : "C'est vrai dans tous les domaines, j'en ai souvent parlé ici, quand un homme tape du poing sur la table on dit qu'il fait preuve d'autorité, si c'est une femme qu'elle perd les nerfs, quand un homme montre une ambition c'est bien légitime une femme est arrogante etc etc."

Dans mon domaine, c'est de moins en moins vrai. Mon boulot dans ce blog étant de troller, je vais le faire. Je dirais qu'il y a eu une génération de femmes qui avait le besoin de singer la position du mâle dominant et de surjouer le rôle. Au début des années 2000, j'avais une directrice qui tapait du poing sur la table (pour reprendre ton exemple) comme si elle voulait montrer qu'elle portait la culotte mais elle se montrait aussi très maternelle avec ses équipes (hommes et femmes) à un point qui était réellement gonflant. Je l'ai vue faire semblant de se fâcher devant ou devant des fournisseurs pour montrer que c'était elle la chef.

Je fais partie d'une boite où il y a la parité parfaite au conseil direction (pas parfaite, les deux bigboss sont des hommes, mais il y a plus de femmes directrices au niveau au dessous). Les comportements sont parfaitement normaux et les préjugés que tu cites ne pourraient en aucun cas être appliqués.

2. Le 19/11/2014, 04:20 par Olympe

Déjà si les 2 big boss sont des hommes il n'y a pas parité . Pas significatif sur un petit chiffres mais c'est toujours dans ce sens là. Il faudrait voir ce qui va se passer quand ils vont partir.

Pour ce qui est de taper du poing sur la table c'est une image. Je ne dis pas que les femmes tapent les poings sur la table mais que si elles le font, si elles ont des comportements qui apparaissent normaux pour des hommes ce ne sera pas vu de la même façon pour elles . C'est vrai pour tout comportement qui affirme son autorité .

3. Le 19/11/2014, 14:15 par Shim

Je ne suis pas certain qu'il ne soit jugé que sur son travail. Si il venait avec des costumes colorés il y aurait probablement des commentaires (ce qui n'infirme évidemment pas la critique sur le jugement des femmes sur leur apparence). En l'occurrence, les hommes sont aussi en grande partie prisonniers de principes vestimentaires qui s'imposent à eux.

4. Le 19/11/2014, 15:01 par Nicolas

Olympe,

Je voulais faire un billet pour te répondre mais mon billet serait tombé comme un cheveu sur la soupe (j'ai perdu la main...).

1. La parité dans ma boite.

Elle n'est pas parfaite mais je le signalais dans mon commentaire. Il y a un phénomène de pyramide des âges (les femmes qui sont en âge d'être à un poste de Direction Générale aujourd'hui ont commencé à une époque où le début de carrière était beaucoup plus difficile pour elles, parce que les préjugés que tu cites étaient bien présents mais aussi à cause des interruptions de carrière liées aux enfants ou les dommages collatéraux. La différence est bien moindre actuellement : les hommes ont "le droit" de garder les mômes quand ils sont malades et de quitter le bureau tous les jours à 17h30 pour aller les chercher) amplifié par le fait que le métier était très masculin dans les années 80 (et le reste encore pour quelques aspects : par exemple, on a très peu de femmes qui sont ingénieur système).

2. L'autorité

Dans mon milieu, ce n'est plus vrai. D'ailleurs avec le managment moderne, il n'y a plus lieu de faire preuve d'autorité et les hommes qui se fâchent passent également pour hystérique.

Shim,

Puisque je passe par là, je vais vous donner mon point de vue : c'est de moins en moins vrai, les principes vestimentaires s'imposent de moins en moins aux hommes jusqu'à un certain niveau de hiérarchie, disons "en dessous" de "directeur de département". Je parle évidemment pour mon domaine (en gros l'informatique au siège de banques). C'est un phénomène très récent (pour ce qui me concerne, ça fait 18 mois que je ne mets plus de cravate et depuis l'été, je viens en jean et je me rase tous les dix jours). Un mouvement qui fait tâche d'huile, en quelques sortes.

De fait, un jeune (disons jusqu'à 40 ans) qui vient en costume cravate sera victime de "stéréotypes" (sauf s'il est fournisseur et vient occasionnellement nous voir : la cravate est toujours de rigueur). Il passera pour un ambitieux et sans considération pour la piétaille.

5. Le 19/11/2014, 15:01 par Nicolas

Olympe,

Je voulais faire un billet pour te répondre mais mon billet serait tombé comme un cheveu sur la soupe (j'ai perdu la main...).

1. La parité dans ma boite.

Elle n'est pas parfaite mais je le signalais dans mon commentaire. Il y a un phénomène de pyramide des âges (les femmes qui sont en âge d'être à un poste de Direction Générale aujourd'hui ont commencé à une époque où le début de carrière était beaucoup plus difficile pour elles, parce que les préjugés que tu cites étaient bien présents mais aussi à cause des interruptions de carrière liées aux enfants ou les dommages collatéraux. La différence est bien moindre actuellement : les hommes ont "le droit" de garder les mômes quand ils sont malades et de quitter le bureau tous les jours à 17h30 pour aller les chercher) amplifié par le fait que le métier était très masculin dans les années 80 (et le reste encore pour quelques aspects : par exemple, on a très peu de femmes qui sont ingénieur système).

2. L'autorité

Dans mon milieu, ce n'est plus vrai. D'ailleurs avec le managment moderne, il n'y a plus lieu de faire preuve d'autorité et les hommes qui se fâchent passent également pour hystérique.

Shim,

Puisque je passe par là, je vais vous donner mon point de vue : c'est de moins en moins vrai, les principes vestimentaires s'imposent de moins en moins aux hommes jusqu'à un certain niveau de hiérarchie, disons "en dessous" de "directeur de département". Je parle évidemment pour mon domaine (en gros l'informatique au siège de banques). C'est un phénomène très récent (pour ce qui me concerne, ça fait 18 mois que je ne mets plus de cravate et depuis l'été, je viens en jean et je me rase tous les dix jours). Un mouvement qui fait tâche d'huile, en quelques sortes.

De fait, un jeune (disons jusqu'à 40 ans) qui vient en costume cravate sera victime de "stéréotypes" (sauf s'il est fournisseur et vient occasionnellement nous voir : la cravate est toujours de rigueur). Il passera pour un ambitieux et sans considération pour la piétaille.

6. Le 19/11/2014, 15:02 par Nicolas

Oups !

7. Le 19/11/2014, 17:45 par Lya

Je suis légèrement hors sujet mais je voulais rebondir sur une affirmation de Nicolas, à savoir :"amplifié par le fait que le métier était très masculin dans les années 80 (et le reste encore pour quelques aspects : par exemple, on a très peu de femmes qui sont ingénieur système)"
Or ma mère a été élève et prof dans un IUT informatique dans les années 70 il me semble ou début des années 80 (et elle a gardé ses fiches d'appel) et stupeur (pour moi qui ai fait ce même IUT dans les années 2000-2010) les promotions sont soit paritaires soit les plus nombreuses sont des femmes.
Ma mère semble dire que c'est pareil pour sa carrière, au début elle n'était pas la seule femme puis il y en a eu de moins en moins (ce qui est juste son impression subjective).
Cependant je m'interroge, autant d'étudiantes en informatique dans les années 70 et si peu d'informaticiennes dans les années 80 ? Il y a un problème de logique quelque part...

(J'irais vérifier les dates exactes dès que j'aurai ma mère au téléphone ^^)

8. Le 19/11/2014, 20:24 par ajuga

Avant ma retraite, j'ai travaillé dans la formation aux métiers du réseau pendant plus de 20 ans. à l'AFPA (formation pro)
Niveau bac+2
il y a toujours eu à peine 20/25% de femmes. ça n'a guère changé depuis les débuts de cette formation jusqu'à mon départ. (mais ça n'a pas changé, je fréquente encore quelques anciens collègues)
J'ai beaucoup discuté avec elles sur cette proportion.
les constats majeurs :
1/ le réseau c'est technique. or toute notre formation scolaire dit que technique=mâle. J'ai déjà dit, il y a longtemps, sur ce même blog, que ma fille quand elle a voulu faire PTSI s'est heurtée à un refus de la part des profs, parce qu'elle était une fille ! (heureusement nous avons su forcer le passage, et depuis elle est ingénieur des mines). Donc plus ou moins consciemment les femmes ne cherchent pas ce genre de formation.
2/ ces présupposés ne sont pas qu'au niveau scolaire, ils sont aussi chez les psy du travail. Quand une personne au chômage se présentait au psy de pôle emploie et disant qu'elle voulait faire de l'informatique, les formations réseau n'étaient proposées qu'aux hommes ! j'ai fait quelques fois un scandale en réunion avec les psy pour leur dire que c'était vraiment du sexisme appliqué, du coup ... j'ai été interdit de réunion. Bon, je me dis maintenant qu'il aurait peut-être mieux valu que je sois diplomate, quoique...
3/ Quand aux employeurs ce n'est pas mieux. J'ai entendu de la part d'employeurs potentiels les âneries habituelles du style 'mon réseau est capital, je ne peux pas me permettre une femme qui serait éventuellement enceinte' 'mon équipe se compose uniquement d'homme, je ne peux pas y mettre une femme' etc. enfin bon, ça c'est un discours connu, pas spécifique au réseau.

9. Le 19/11/2014, 22:52 par Nicolas

Dans ma boîte, je participe au recrutement des "techniciens" entant que salariés mais surtout pour les consultants. Il est clair que l'on n'a QUE des hommes comme candidat. Je fais un constat, je ne cherche pas à chercher les causes. Par contre, dès que le poste est fonctionnel (dont le mien) ou de management "de proximité", il y a une majorité de femmes.

Mais en moyenne, pour des postes de consultants (c'est à dire des gens qui ne sont pas destinés à être salariés de la boîte), on a une large majorité d'hommes.

10. Le 20/11/2014, 12:54 par zoë lucider

Je suis d'accord avec l'analyse. Mais je trouve que le plaisir de se vêtir, de choisir des tenues selon son bon plaisir font partie des agréments de la vie. Que les hommes se transforment en pingouins interchangeables, tant pis pour eux. En revanche, les procès faits aux femmes pour leurs choix vestimentaires sont odieux.

11. Le 22/11/2014, 09:17 par ajuga

Nicolas : "Je fais un constat, je ne cherche pas à chercher les causes"

C'est sûr que c'est le meilleur moyen que les choses ne changent jamais.
Le plafond de verre ? ça existe (constat) mais je ne sais pas pourquoi, je ne cherche ni les causes ni comment corriger.
C'est vrai que vu du côté des hommes, il n'y a pas de problème, hein !

juste une question : mais alors que venez-vous faire sur ce blog ?

12. Le 22/11/2014, 17:18 par olympe

Désolée de vous avoir abandonnée mais j'ai été bien occupée !
Nicolas,je ne connais pas ta boite qui est peut être exemplaire . Mais le fait qu'il y ait 2 hommes au somment n'est pas le hasard, parce que c'est toujours dans ce sens là. Il sera intéressant d'observer ce qui se passera à leur départ.
L'argument de dire que cela vient de génération plus ancienne et que ça s'arrange avec les nouvelles et hyperclassique. On l'entend tout le temps. Malheuresuement les statistiques montrent que c"est faux. Dès la fin de leur études les filles gagnent moins que les garçons et au bout de 2 ans il y a pour les cadres un début de décrochement de carrière, avant même le premier enfant et si il y a plus de filles dans les postes à responsabilité c'est qu'il y en a effectivement plus qui font des études, mais proportionnellement (si on prend le ration filles diplômées sur nombre total de diplômés) la progression est minime dans la plupart des secteurs.

Je pense par contre que tu as raison et que les femmes des générations précédentes étaient obligées de surjouer et que c'est moins vrai aujourd'hui mais il n'en reste pas moins que les femmes sont toujours beaucoup plus critiquée à la moindre incartades. ça se voit très bien pour les politiques.

Shim, c'est exact (cf l'histoire récente du scientifique à la chemise à pinup) mais ils n'ont pas à le faire alors que nous si.
Et d'ailleurs c'est un vrai SCOOP d'apprendre que Nicolas ne met plus de cravates !! mais ça reste limité comme fantaisie même avec un jean. Tu n'imagines pas l'infinité des possibilités qui existent pour les femmes.
Et comme le dit Zoé ça peut être très agréable et en même temps prise de tête. Personnellement je suis plutôt contente de ne pas me sentir un clone.

sinon on pourrait faire plusieurs billets sur l'absence de femmes dans l'informatique. C'est un fait, et il semblerait que cela s'empire au lieu de s'améliorer.

13. Le 22/11/2014, 17:21 par olympe

Ajuga, Nicolas est un troll amical avec qui j'ai souvent eu l'occasion de boire un coup lors de ses célèbres Kremlin des blogs http://www.jegoun.net/p/kremlin-des...

14. Le 24/11/2014, 13:31 par Tottmann

Une difficile, alors : est-ce qu'un homme qui porte des vêtements bigarrés, échappant au costume "muraille" imposé par le monde du travail, se rend coupable de marcher sur les plates-bandes des femmes en leur empêchant de se distinguer des hommes, ou est-ce qu'il les rejoint en s'écartant lui-même du monde ennuyeux des hommes qui se jugent sérieux ?

15. Le 24/11/2014, 14:31 par Tottmann

Sur les femmes dans l'informatique : oui, c'est au cours des années 1980 que la proportion de femmes ingénieures informatique était la plus forte. Je ne sais pas si elles ratent grand chose, le métier est devenu applicatif, monotone, alors qu'il était autrefois inventif et plein de promesses d'avenir.