On ne naît pas homme, on le devient

J'ai assisté la semaine dernière à la présentation par Brigitte Grésy et Sylviane Giampino d'un rapport qu'elles viennent de publier sur le poids des normes qui s’imposent aux hommes.
En préambule, un universitaire Christophe Falcoz nous a dressé un rapide tour d'horizons des études concernant la masculinité. Car si les premières "men's studies" datent des années 70 aux USA, elles sont beaucoup plus récentes en France. Ces travaux doivent beaucoup aux "Gender studies" qui ont permis de désuniversaliser l'homme. En effet si les études sur les femmes sont désormais pléthores,  c'était comme si les hommes représentaient le genre humain et ne justifiaient pas d'être étudiés en tant que catégorie.

Ce chercheur s'intéresse pour sa part au concept de "masculinité hégémonique" . Concept  qui examine comment nos sociétés occidentales sont construites sur des normes archétypales qui relèvent du masculin. Ce qui ne veut pas dire, attention, que ces normes sont seulement portées par les hommes, mais elles correspondent à l'image que nous avons de ce qu'est (ou de ce que doit être) un homme.

En voici quelques unes, qui s'appliquent très bien  à la vie en entreprise.

- un certain modèle de réussite qui consiste à gagner sa vie et celle de sa famille et qui considère qu'une position enviable passe par un statut social élevé, par  l'acquisition de biens symboliquement prestigieux (en gros : si à 50 ans on n'a pas une rolex on a raté sa vie)

- le positionnement social, et c'est le cas de la gestion des carrières en entreprise, relève du tournoi. A chaque étape il s'agit de mener un combat, fut-il symbolique, pour procéder à l'élimination de certains et permettre aux autres (les meilleurs donc en théorie) de grimper dans les hiérarchies.

- l'obéissance et le respect de la hiérarchie.

- la capacité à endurer le mal et à faire souffrir 

- le contrôle des autres, mais aussi de soi et notamment de ses émotions

- l'importance du  JE qui consiste à s'affirmer, à être fière de soi, 

- la connaissance du jeux . Ces tournois sont codifiés, et à ce titre les femmes seraient considérées comme trop sérieuses car n'ayant pas compris qu'il s'agit de jeux



Christophe Falcoz s'est tout particulièrement interessés à ceux qui n'adhèrent pas, ou ne sont pas conformes à ces normes.

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Commentaires

1. Le 19/05/2012, 11:35 par Z

…j'étais aussi à cette conférence où Brigitte Grésy et Sylviane Giampino ont été remarquables.
En revanche Christophe Falcoz s'est essentiellement référé à des hommes, alors que le fait de dénoncer la construction sociale de la masculinité vient du féminisme, ainsi occulté.
De plus le terme "masculinité hégémonique" est proche du pléonasme, étant donné que féminin/masculin a été construit comme soumis/dominant, avec toutes les références passif/actif nuit/jour etc.
On peut parler de masculinité sans être androcentré comme a été sa présentation.

2. Le 19/05/2012, 14:37 par peekaboo

tu as lu ça ?
http://davidabiker.fr/wordpress/aid...

3. Le 22/05/2012, 10:02 par dedalus

J'ai trouvé particulièrement intéressant « l'importance du JE qui consiste à s'affirmer, à être fière de soi »... et le fait donc que tu l'écrives au féminin. Une sorte de lapsus qui vient en quelque sorte déconstruire cette liste des supposés archétypes masculins.

Cela m'a également rappelé ce billet : http://www.avoodware.com/naitre-hom...