Le contexte

J'ai été invitée par Au.feminin.com et ARIEL, la lessive, à intervenir lors d'une masterclass sur le partage des tâches. Masterclass proposée à des influenceurs Instagram. Etaient très majoritairement présentes, il faut le reconnaitre, des influenceuses. Les hommes étaient invités mais comme c'est toujours le cas pour ce genre d'évènements, ne se sentent pas concernés.

Lorsque  j'ai parlé de cette conférence j'ai entendu "Quoi, tu es féministe et tu vas parler de la lessive ?" Ben..oui. La lessive est une tâche qui n'est ni féministe ni machiste. A moins de modifier nos critères d'hygiène et de présentation sociale, il faut laver le linge. On n'est d'ailleurs pas obligés d'utiliser de la lessive et je connais de plus en plus de familles qui la fabriquent elles-mêmes avec du savon de Marseille et du bicarbonate de soude.

Qu'ARIEL se lance dans des campagne visant au partage de cette activité, me semble plutôt de bonne augure. On a assez reproché aux publicités des lessiviers d'être sexistes et de ne montrer que des femmes dans des positions de ménagères,


les hommes intervenant eux sur la conception du process, en donnant des conseils sur la meilleure façon d'opérer, voire en réalisant les taches de façon magique ( je suis fascinée par le fait que pour eux la lessive est un combat qui consiste à "décoller, pulvériser, illuminer "). 


Si il y a un intérêt commercial à accompagner l'évolution de la société sur le partage des tâches c'est que les mentalités évoluent, car on sait que la publicité ne devance pas ces évolutions et préfère s'appuyer sur les ressorts dont elle sait qu'ils fonctionnent.

Depuis plusieurs années déja les publicités d'ARIEL essayent d'associer les hommes à la lessive, soit en les incluant dans leurs spots. Elle passe désormais la vitesse supérieure avec par exemple ce clip que vous avez certainement vu, qui montre un papa se rendant compte que sa petite fille imite sa mère et semble considérer que la lessive est un travail de femme. 

Quelques unes ; des personnes invitées à la masterclass vont s'y coller de façon concrètes. Pour cela des outils sous forme de tableaux leur ont été fournis. Vous pouvez retrouver tout cela, et les récits de leurs expérimentations sur leurs comptes instagram sous le hashtag #partagedestaches.

Mon topo

On m'avait demandé de décrire quelques uns des mécanismes psycho-sociaux qui sous tendent l'inégale répartition des taches et de la charge mentale, au sein des couples.

1 famille = 1 petite entreprise avec plusieurs chefs de projets

Une chose qu'on n'évoque jamais est le fait qu'un ménage est comme une petite entreprise qui gère des projets. En entreprise, même si d'autres modèles peuvent exister, il y a habituellement un chef de projet qui porte la vision globale de son secteur. C'est l'organisation la plus fréquente. L'un gère ce qui a trait à la voiture, et l'autre ce qui a trait au nettoyage ou aux enfants. Le problème étant que le partage est très déséquilibré et que les femmes se retrouvent avec une quantité bien plus importante de travail domestique.

La question est donc de savoir pourquoi ce sont toujours les femmes qui deviennent chef de projet lessive ou rdv médicaux pour les enfants et les hommes chef de projet voiture ou activités sportives ?

Un imaginaire hérité des siècles passés

En premier lieu,  cette répartition est installée dans notre imaginaire collectif. Jusqu'au début des années 70, le rôle essentiel de l'homme semblait de ramener à la maison des moyens de subsistance, ce qui l'exonérait des travaux domestiques. Tout un imaginaire a été développé sur ce thème depuis la fin du 18eme siècle, avec par exemple ces images d'hommes préhistoriques ramenant de la nourriture pendant que les femmes cuisinaient ou tannaient des peaux. Images dont on sait aujourd'hui qu'elles n'avaient pas de fondements historiques vérifiés.


Ce modèle a été complètement bouleversé par l'arrivée massive des femmes sur le marché de l'emploi, mais les images restent prégnantes et les stéréotypes n'ont pas évolué à la même vitesse.

Et si les hommes ont pu invoquer par le passé la nécessité d'utiliser la force physique pour certaines tâches cet argument n'a plus de validité aujourd'hui, les machines ont remplacé la traction humaine partout où c'est possible (sauf dans le domaine des soins à la personne, domaine massivement féminin).

Mais alors, à partir du moment où l'on prend conscience de ces schémas, pourquoi continuons nous à nous y conformer ?

Pourquoi ne suffit-il pas que les couples lorsqu'ils s'installent décident de tout partager pour le meilleur et pour le pire y compris les tâches domestiques ? En théorie ce n'est quand même pas si compliqué non ? 

C'est qu'en réalité nos comportements sont plus souvent dictés par des émotions ou des ressentis et n'ont pas grand chose de rationnels. 

Sont donc à l'oeuvre : 

Le plaisir de pratiquer certaines activités

Pour la plupart d'entre nous l'enfance reste un vert paradis et nous aimons retrouver les plaisirs que nous avons connus à cette période. Ils sont associés à nos jeux, aux activités pratiquées avec les personnes importantes pour nous. Les filles ont donc reçu des poupées et des aspirateurs miniatures pendant que les garçons recevaient des bulldozers ou des des legos techniques.

Ils ont de plus partagés des moments de jeux et de complicité avec leurs parents, imitant celui auquel ils savent qu'il ou elles doivent ressembler. Et on sait même que les pères jouent plus avec leurs garçons (cet effet n'existe pas pour les mères qui jouent avec filles et garçons).

Le sentiment de compétence

On préfère se lancer dans des activités lorsque l'on sait qu'on est compétent et donc qu'on a des chances de les réussir.

Bien évidemment on se sent plus compétent pour utiliser des objets lorsqu'on les a déja beaucoup manipulé, ne serait ce que sous forme de jouets. C'est même l'une des fonctions du jeu : imiter pour apprendre.

Mais cet effet joue dans l'autre sens, non seulement les hommes ne se sentent pas très compétents pour tout ce qui touche au ménage et encore plus aux enfants mais les femmes elles-mêmes considèrent qu'ils ne le sont pas. Je reste toujours étonnée par toutes ces femmes qui me disent qu'elles préfèrent que leur conjoint ne touche pas à la lessive car il ne saura pas trier le linge, comme si c'était une activité innée qui ne pouvait pas s'apprendre et qui nécessitait un gêne spécifique. 

C'est plus important encore lorsque cela touche aux enfants parce que si on peut prendre le risque de voir son pull préféré décoloré on ne souhaite pas prendre de risque lorsqu'il s'agit du bien être des enfants.

La peur

La peur est probablement notre émotion la plus puissante, et l'une des plus fréquente. Or si sa fonction première est d'assurer notre survie , les peurs sociales prennent une importance démesurée et souvent injustifiée. 
De quoi avons nous peur dans le domaine de l'entretien de la maison  ?
La peur est surtout sur le dos des femmes, les hommes ont peur de ne pas apparaitre suffisamment virils mais de nos jours prendre le balai ou l'aspirateur ne les discréditera plus. C'était le cas par le passé et ça l'est peut-être encore dans certains milieux.
Les femmes par contre ont encore  peur de ne pas apparaitre comme une bonne mairesse de maison, ou une bonne mère. Car la société toute entière considère qu'elles sont responsables de la bonne tenue de la maison. Dans mon livre "Brigitte devient féministe" je raconte comment j'ai pris conscience de cela, alors que je venais de m'installer en couple, une dame qui est passée pour le recensement m'a fait une remarque :

ça marche aussi pour ce qui touche aux enfants. Si une maman amène ses enfants à l'école mal peignés ou habillés à la va-vite on pensera qu'elle n'assure pas vraiment, alors que si un papa fait la même chose on pourra s'extasier sur le fait qu'il s'est finalement débrouillé tout seul. La pression n'est donc pas du tout la même sur les 2 parents.

Alors que faire ?

Evidemment une bonne chose est effectivement de mesurer les écarts, de mettre des plannings sur la porte du frigo et de s'y tenir, mais il convient aussi de réfléchir à notre ressenti par rapport à toutes ces activités. 
Nous n'avons pas tous les mêmes degrés d'exigence. Il importe de se mettre d'accord sur les seuils à respecter et les tâches correspondantes. 
Il importe aussi  que chacun puisse avoir confiance en l'autre. Ce qui signifie par exemple que les hommes doivent s'employer à rassurer leurs compagnes sur leurs capacités domestiques et parentales. C'est quelquefois plus facile de laisser croire qu'on n'a pas le bon chromosome.
Ce billet n'est pas sponsorisé