Patrons papas



J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer les travaux de l'ORSE (Observatoire sur la responsabilité sociétale des entreprises) sur la parentalité. Je suis complétement en accord avec l'idée que les questions liées à la parentalité, qui ont des conséquences indéniables sur la situation professionnelle des femmes, doivent aussi être examinées du point de vue des pères. Le constat est pourtant facile à faire : « En érigeant en norme le modèle de l'homme « gagne-pain du foyer », la société industrielle a contribué à façonner une représentation de l'identité masculine ou le travail occupe une place centrale. Or si les représentations traditionnelles de la femme comme mère et gardienne du foyer ont progressivement été remises en cause par les mouvements féministes ou par l'entrée massive des femmes sur le marché du travail, l'identité masculine reste encore pour une large part circonscrite à la sphère professionnelles. »

Ce livre, qui fait référence à de nombreuses études et travaux présente une bonne synthèse de la situation. Il se montre plutôt optimiste sur les changements en cours tant au niveau des mentalités que des réalités puisque les entreprises, et notamment les plus grosses intègrent désormais les questions relatives à l'égalité hommes/femmes dans leurs fonctionnement et mènent pour certaines des politiques offensives en la matière. Mais il constate aussi que les choses patinent.

Au delà des aspects théoriques l'originalité de l'ouvrage et d'abord de chercher à lever le tabou que constitue pour les hommes le fait de parler de la conciliation vie de famille/ vie professionnelle lorsqu'ils atteignent (ou ambitionnent d'atteindre) des niveaux où leur est demandée une disponibilité totale « anytime, anywhere » .10 dirigeants d'entreprises (et pas des moindres) ont donc été longuement interviewés sur le sujet. Ils ont plus de 45 ans et au moins 2 enfants, dont certains sont suffisamment jeunes pour être encore à la maison.

Pour eux la question du ménage et des taches domestiques ne se pose pas, par contre ils ont tous eu à prendre en compte les aspirations professionnelles de leurs conjointes et si ils ont adoptés des solutions diverses compte tenu de la difficulté pour un couple de mener 2 carrières parallèles, ils déclarent tous faire ou avoir fait le maximum pour être présents auprès de leurs enfants.

En les lisant on mesure le chemin qui reste à parcourir parce que dans la quasi totalité des cas (pas tous cependant) se sont les mères qui gèrent le quotidien avec les enfants. Eux essaient de les emmener à l'école quand ils le peuvent et d'être présents lors de moments particuliers : réunion avec les professeurs, fêtes de familles, rentrée des classes ou activités du week end.

Plusieurs d'entre eux considèrent d'ailleurs que  : «ce n'est pas la quantité de temps passé qui compte mais bien la qualité de ce temps «.

Tous ces hommes disent pourtant qu'ils aimeraient pouvoir passer plus de temps avec leurs enfants et jonglent pour y arriver. Tous ne sont pas parfaitement convaincants parce qu'on sent bien qu'ils ne sont pas prêts à sacrifier grand chose de leur vie professionnelle. Néanmoins la prise de conscience que le modèle développé par l'entreprise par les hommes et pour des hommes dégagés de toutes contraintes privées n'est pas bon est réelle. Le discours qu'ils tiennent sur le fait que les salariés , y compris les managers de haut niveau ,ont droit à une vie personnelle équilibrée, que c'est même souhaitable pour l'entreprise, que les aménagements d'horaires et temps partiels doivent pouvoir être demandés par les hommes sans qu'ils se sentent stygmatisés, que les réunions sont à proscrire le soir ou le week end etc...est crédible.

On peut même espérer que le discours politiquement correct évolue puisque désormais dans certaines entreprises « celui qui ne le prend pas (le congé paternité) passe même un peu pour un mauvais père ».

Patrons papas. Paroles de dix dirigeants sur l'équilibre entre travail et vie privée. françois Fatoux, Marlies Gaillard, Hélène Roques. Le cherche midi. mars 2010

Commentaires

1. Le 17/04/2010, 00:16 par laetitia

voir la Chronique des Invisibles de Rokhaya Diallo sur ce sujet
http://rokhaya.blog.canalplus.fr/ar...

2. Le 17/04/2010, 10:40 par Suzie

Ben, c'est pas gagné pour tout le monde ! Moi, 3 enfants, je viens d'arrêter de travailler à l'extérieur pour diverses raisons, mais entre autres celle-ci : parce que le fait que mon conjoint soit père de famille est mal vu dans son entreprise où l'ensemble des salariés sont plutôt des petits jeunes, célibataires et sans enfants... et que sa carrière était mise à mal. Bon, je ne suis pas obligée de me sacrifier non plus, mais comme c'est lui et de loin qui a le plus gros salaire, et bien le choix a été vite fait... Moi, je milite pour la reconnaissance de la parentalité dans l'entreprise et dans la société : un enfant se fait à deux et doit s'assumer à deux et tout le monde doit pouvoir le comprendre, le reconnaître, l'accepter et faciliter la vie des parents...

3. Le 17/04/2010, 19:09 par Salomé

Que dire?? Au final, on en revient toujours à la même chose. Ce sont les femmes qui se "sacrifient" pour que leur patrons de conjoint puisse continuer de travailler 65h par semaine.
1. Cela montre bien que les femmes n'ont pas atteint les sommets professionnelles puisqu'un couple choisit encore de favoriser le plus haut salaire (celui de l'homme) pour subvenir aux besoins du foyer.
2. Que je continue de me demander à quoi sert d'avoir des enfants si c'est pour ne pas les voir (ça oui, les emmener à l'école c'est vraiment génial). Mais là je pourrais mettre dans le même panier hommes ET femmes.
3. Quand est-ce que les entreprises vont enfin comprendre que la femme a besoin de services pour ne pas avoir à faire de sacrifice entre être mère et être une professionnelle accomplie et reconnue (avec un salaire qui suit bien entendu).

Je me dis que finalement les choses n'avancent pas tant que cela

4. Le 17/04/2010, 21:54 par pupuce

"Eux essaient de les emmener à l'école quand ils le peuvent et d'être présents lors de moments particuliers : réunion avec les professeurs, fêtes de familles, rentrée des classes ou activités du week end."

ouala. ils s'impliquent, hein. et pis je suppose qu'il faudrait leur décerner une médaille pour ça, bien entendu.
et pis c'est pas la quantité c'est la qualité qui compte, bien sûr.
et pis chez Milka...

La réalité est toute autre: un enfant a besoin d'une quantité de temps parental énorme, qualité ou pas, pour la bête raison que l'enfant, imperfection naturelle oblige, vient au monde en ne sachant absolument pas répondre à ses propres besoins, c'est ballot, état de faits qui perdure un certain nombre d'années en plus.

Pendant que le papa se la pète et demande sa médaille parentale pour les trois minutes journalières de haute qualité accordées à son rejeton à construire des légos, la maman encaisse les reproches de tous et la culpabilité qui va avec pour les 3 heures qu'elle a passées en non-qualitatif à :
décrocher le gamin de son lit/bol de céréales/télé, le traîner à l'école, retourner chercher à l'école (je rappelle que quand le gnôme est jeune c'est jusqu'à la classe qu'on l'emmène, et on lui met des chaussons, hein, c'est pas un bête largage en warnings triple file à la barbare, y'a pas des masses de papas à cet âge là c'est rigolo), amener chez le toubib, faire faire un vaccin (haute qualité de l'instant, savourez mesdames), obliger à rentrer au lieu de finir la partie de foot entamée avec les voisins, donner le goûter, nettoyer derrière, faire faire les devoirs (haute qualité aussi, ce moment là, hein), envoyer au bain, laver les cheveux, traiter contre les poux, couper les ongles de pieds, refiler un médoc pour la fièvre, signer un carnet de notes, préparer le cartable du lendemain avec le goûter "équilibré" que veut l'instit (sans doute parce que c'est pas elle qui stocke des fruits frais au lieu de fourguer des BN), refuser l'accès à world of warcraft/msn/faire raccrocher le téléphone, demander de mettre la table, faire manger des légumes, faire débarrasser, rappeler de se laver les dents, interdire de télé y'a école demain bon sang ça fait 10 ans qu'on te le répète, éteindre les feux en veillant à avoir programmé le réveil du lendemain et localisé la carte de bus.

Et c'est comme ça TOUS LES JOURS. Pas uniquement les jours de réunion parents profs, les jours de fête de famille ou les jours en "anche". lol

si il existe un seul homme qui fasse vraiment sa part auprès des enfants par pitié clonez-le. ça urge.
;-P

5. Le 18/04/2010, 07:16 par Salomé

Pupuce, je t'aime!!!! (en tout bien tout honneur hein)

Pour le clonage du coup je vais peut-être revoir ma position ou vraiment opter pour vivre avec une femme tiens qui sait.

6. Le 18/04/2010, 10:39 par Jujube

Eh bien pupuce et salomé, oui ça existe.
Personnellement, le travail est un moyen, pas une fin en soi. Et un moyen d'avoir une vie de famille, avec ceux qu'on aime.
Moi, ma famille a éclaté. Et je demande à avoir mon fils en résidence alternée. Pas pour verser une pension plus faible. Pas pour ennuyer mon ex. Non.
Pour être avec mon fils, et pas uniquement les w-e et les vacances, comme si je n'étais qu'un "amuseur'.
Pour l'accompagner dans la vie, l'aider à grandir, connaître ses petits camarades, l'emmener à des goûter d'anniversaire.
Et je ne suis pas soutenu dans ma démarche par tous mes proches, à commencer par mon père pour qui le travail est plus important et la crainte de me voir le perdre bien présente.
Devant le juge on m'a lancé au visage que j'ai des déplacements professionnels, que je suis cadre, que je n'allais pas pouvoir assumer mon fils.
Mon avocatE a rétorqué : "diriez vous la même chose à une femme ?".
Probablement pas.
Le sexisme existe dans les deux sens, ne l'oubliez pas...

7. Le 18/04/2010, 12:26 par olympe

Laetitia, merci pour le lien. Il y a dans cette vidéo une remarque interessente "les grands patrons font 65H" et ça semble normal. alors qu'il faudrait commencer par se demander pourquoi ils ont besoin de faire 65H alors qu'ils ont des staffs certainement très performants.
pupuce excellente description. mais oui ça existe des pères comme ceux que tu décris, mais il faut réunir plusieurs conditions :
que la femme accepte de déléguer et qu'elle ne le fasse pas . Point!
que les salaires des hommes et des femmes soient équivalents sinon le couple fait toujours logiquement le choix de privilégier le salaire le plus élevé. comme c'"est le cas de Suzie.
Salomé, les mentalités évolent lentement et c'est ce qu'essaye de faire avancer l'ORSE
Jujube, j'imagine mal que vous perdiez votre travail parceque vous êtes seul à vous occuper de votre fils une partie du temps. Il y a effectiveùent beaucoup de femmes cadres dont c'est le cas.

8. Le 18/04/2010, 15:19 par emanu124

Mmm... Les discours sont les discours.. Dans les faits je ne suis pas certaine que la situation évolue réellement.

9. Le 18/04/2010, 23:41 par pupuce

@ Olympe:
je suis toute prête à déléguer...arrêter de faire j'ai testé. bin ma pauvre...nan aussi longtemps que j'aimerai mes enfants je ne pourrai décemment pas leur faire ça, c'est trop zorrible. ;-P

nan par contre tu dis que t'en connais des comme ça?
dans ce cas envoie moi leur téléphone, je ferai le reste. lol
(si tu me dis que c'est ton homme l'exemple ça compte pas je te préviens, pour peu que tu l'aimes un peu tu es naturellement aussi aveugle qu'un chaton.! ;-D)

@Jujube: côté boulot c'est malheureux à dire mais oui ça risque de te porter préjudice quand même (pose une journée enfant malade le jour de la réunion au sommet de copenhague pour voir), mais pas plus qu'à une nana en fait. cela dit si ça se fait je te souhaite la bienvenue dans la vie, à mi temps mais kamême, d'une femelle ordinaire (enfin toi t'auras pas tes règles, c'est déjà ça.lol).

10. Le 21/04/2010, 22:58 par olympe

Pupuce, j'ai aussi 2 fils beaux comme des Dieux qui font leur lessive, leur repassage et leurs pique nique. mais encore beaucoup trop jeunes pour me quitter

cultive ton jardin, en même temps je trouve la description de pupuce criante de vérité parceque qu'on travaille à l'extérieur ou pas toutes ces choses sont à faire (à moins d'avoir un(e) gouvernant(e) à la maison) et prennent un temps fou qui n'est pas toujours du temps de qualité parcequ'on est fatigué ou énervé

11. Le 22/04/2010, 11:09 par Duchesse

Il faut se poser la question de ce que représente l'argent, le travail, pour la grande majorité des hommes occidentaux. Aujourd'hui ça représente la virilité !
http://duchessedorleans.hautetfort....

Si on pouvait faire changer ça dans le crâne de nos filles et de nos fils, déjà...

D'ac avec Jujube aussi, mais attends-toi à recevoir les mêmes rétorsion qu'une femme qui doit gérer tous les moments "enrichissants" décrits par Pupuce ^^