Procès Orelsan

Vous vous souvenez certainement de l'affaire Orelsan. ICI ICI

A l'origine :  la dénonciation par 5 blogueuses d'une chanson ignoble "sale pute". Il se trouve que j'étais l'une de ces blogueuses et que j'étais loin, mais vraiment loin, d'imaginer la tourmente que serait cette affaire.

J'ai reçu en quelques jours des dizaines de demandes d’interviews par tous les journaux et télés de France. Heureusement pour moi j'étais absente et ne possédait pas de smartphone à l'époque, quand je suis rentrée le gros de l'affaire était passé.

N'empêche, je n'étais pas encore une blogueuse aguerrie et cette expérience fut l'épreuve du feu.

J'en ai surtout retenu que si les blogs ont une influence, c'est celle de soutenir ou de lancer des buzz. 

Depuis je fais très attention, je vois souvent passer sur twitter ou facebook des publicités, des images, des propos qui suscitent l'indignation et qu'on aurait envie de dénoncer. Je ne le fais pas lorsqu'il s'agit de marques peu connues qui visiblement font dans la provocation en espérant que leur nom sera répété. Il sera toujours temps ensuite pour elles d'améliorer leur image.

Car on ne m'enlèvera pas de l'idée qu'Oreslan, après nous avoir bien vilipendées, devrait nous remercier pour la notoriété qu'il a gagné. Certes il a connu une période difficile avec de nombreux concerts annulés. Il a préféré s'expatrier quelques mois à l'étranger, d'où il est revenu avec un nom désormais connu et une aura de victime qui le rend sympathique à son public. Il a d'ailleurs inscrit à son répertoire des chansons à la Calimero beaucoup plus politiquement correctes et remporté des prix qui m'apparaissent surtout comme un réflexe de défense de l'establishment, 

L'association Ni putes ni soumises l'avait poursuivi pour "provocation au crime", l'audience s'est tenu récemment . Il a évidemment plaidé la liberté d'expression. Le Parquet  a été dans son sens en estimant "qu'on se trompe d'ennemi", rappelant que les femmes battues sont bien réelles mais n'étaient pas victimes des propos d'un chanteur qui s'exprime dans le cadre de sa liberté d'expression artistique. La Procureure a requis la relaxe. Conclusions le 12 juin

Je suis, moi aussi favorable à la liberté d'expression et je pense qu'on devrait, hormis propos diffamatoire concernant une personne), pouvoir tout dire et tout écrire. J'ai probablement évolué sur ce point  car je trouve de plus en plus inquiétant de lire que des personnes sont condamnées pour des mots. Ce qui était choquant, et l'est encore, c'est le fait que quelqu'un qui diffuse de telles paroles soit soutenu par des festivals financés avec des fonds publics. L'Etat et les collectivités locales ne peuvent pas d'un coté élaborer des plans contre les violences et de l'autre cautionner l'auteur de cette chanson qui contribue  à perpétuer l'idée qu'un homme trompé peut avoir envie de torturer et tuer sa femme. PArceque la réalité est qu'ils sont 140 à être passé à l'acte en 2009  

Mais, comme le disait Isabelle Alonso"Une fois encore, certain-e-s ont l’indignation sélective. Soit l’incitation à la haine n’existe pas, et il faut abroger tous les textes de loi qui y font allusion. Soit elle s’applique aussi pour les femmes qui sont, au cas où d’aucuns persisteraient à faire semblant de l’ignorer, l’objet d’une violence quotidienne et gravissime. Le reste n’est que gesticulation."

Jamais ceux qui ont soutenu Orelsan ne l'aurait fait si il avait écrit le même type de chanson décrivant les tortures à infliger à l'amant de sa femme en leur donnant une connotation raciste.



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Commentaires

1. Le 09/05/2012, 17:45 par Plop

*Procès ^^'

2. Le 09/05/2012, 17:58 par Derm

J'aime ni la chanson ni l'artiste en questions, en fait ça m'indiffère complètement : j'entends le nom de temps à autre. La seule chose qui me gêne c'est que toute cette histoire s'inscrit plus dans le cadre du traitement du rap par médias et politiques. On criminalise et montre du doigt toujours plus le rap que d'autres genres.
Les publics raps sont supposés plus dangereux, plus manipulables, plus irresponsables, un peu débiles.

Pendant ce temps, le combat continue et débarrassons-nous des de la république, des lois et des politiques sexistes.

3. Le 09/05/2012, 18:25 par courroux

Si son prétendu art rapotait de génocides, tortures, haines à la mode XXème siècle, ce produit commercial démagogique ne trouverait pas grâce, ni relaxe, rap ou pas ! Par contre, dans ces "lyrics" de rapoter de destruction et dégradation sexiste qui n'est pas que sexuelle mais bien féminicide, valant donc appel à crime de féminicide conjugal : là, c'est clap clap, liberté d'expression, pôvre artiste terrorisé par vilaines femmes qui défendent leur droit à la dignité mais surtout à la sécurité (dites sûreté & intégrité dans les droits universels de l'homme). Circulez y'a rien à voir, fermez-là les femmes, homme artiste parlotte ! http://susaufeminicides.blogspot.fr...

4. Le 09/05/2012, 19:44 par Apolline

Je suis entièrement d'accord avec toi : certains écrits de Céline sont interdits ! ... Et pourquoi pas ceux d'Orelsan, qui justifient des actes de barbarie sur son conjoint, lesquels sont INEXCUSABLES !
Les paroles de cette chanson sont d'une crudité et d'une violence inouïes ! ... Pour moi, elle signifie que "qui peut le plus peut le moins" et qu'une femme peut être tabassée parce qu'elle a décidé de quitter un homme pour un autre.
Or, dans mon esprit, le droit d'un homme de délaisser une femme avec laquelle il n'est plus heureux et aussi absolu que le droit d'une femme de délaisser l'homme qu'elle n'aime plus. Personne n'est la propriété de personne, on ne force ni les sentiments ni le désir.
Cela n'empêche pas d'assumer ses responsabilités pour sortir dignement d'une vie à deux, en assumant ses responsabilités juridiques, économiques et familiales.

5. Le 10/05/2012, 06:50 par Stéphanie

Oui , interdire ses écrits ? ... Et s'ils sont interdits comment fais tu pour les dénoncer , les démonter et tenter de faire évoluer la société ? Parcequ'il s'agit bien de celà au fond : démolir des archétypes de merde . Donc pour celà il est necessaire que la "pensée" réactionnaire , raciste , mysogine , haineuse et puante de ce connard plein de fric (et qui n'a aucun rapport avec les prolétaires des citées) s'exprime . Il exprime sa pouriture mentale et alors on la critique . C'est la fonction de la critique je crois .....

6. Le 10/05/2012, 09:07 par carole

@ Apolline : les écrits de Céline ne sont pas interdits. C'est sa femme qui a décidé de ne pas les republier. La censure d'Etat n'a rien à voir là-dedans.

@ Plafond de verre : sur la page du Figaro d'aujourd'hui, titre : "Les "hollandais" de la culture" (l'article n'a pas le même titre : http://www.lefigaro.fr/culture/2012...).

Pour ce qui est de la question du jour, ça me gêne beaucoup moins qu'Orelsan chante ce qu'il chante que de voir depuis trente ans des femmes plus ou moins à poil (du moins toujours uniquement considérées pour leur plastique) pour vendre tout et n'importe quoi - en particulier via l'affichage public (évidemment, on ne dit pas CLAIREMENT qu'elles sont toutes des putes). S'attaquer à Orelsan, ça me semble limite un alibi, vu le boulot qu'il y a à faire pour éradiquer la publicité (on ne s'attaque pas au même monstre).

7. Le 10/05/2012, 13:05 par Clem

Je suis d'accord avec tes propos Olympe, notamment sur l'indignation sélective et le fait de bien vérifier que les fins auxquelles l'argent public est utilisé soient en adéquation avec les politiques publiques, mais il y a quelque chose qui me chifonne dans " l'affaire Orelsan " (que je n'apprécie pas en tant qu'artiste, je le trouve assez mauvais), c'est qu'il a écrit cette chanson, oui, qu'elle était accessible sur le Net, oui aussi, mais qu'il ne l'interprétait pas en concert et elle ne figure d'ailleurs sur aucun de ses albums, ce qui invalide l'argument " argent public "... Donc annuler ses concerts était une réaction trop drastique pour moi, ce fut surtout un beau coup de pub pour lui, aui a au passage décrédibilisé les associations féministes auprès d'un certain public.

8. Le 10/05/2012, 14:59 par florence

comme tu le dis toi même "certains hommes on ENVIE" de passer à l'acte. le rap d'orelsan parle de cette envie, de cette pulsion terrible qui peut saisir chacun d'entre nous. alors oui c'est violent, oui c'est atroce, oui c'est dur. mais c'est avant tout la description d'une pulsion terrible et non d'un passage à l'acte. personellement ce rap me fait froid dans le dos par sa violence, je cherche juste à comprendre la démarche de "l'artiste" qui met des mots durs et cruels sur ce qu'il ressent.

9. Le 11/05/2012, 01:19 par apolline

@Carole
Ta réponse est intéressante, car la biographie de Céline mentionne bien une censure prononcée par le Gouvernement de Vichy. Si personne n'a pris la peine d'annuler l'acte, il n'a pas cessé d'avoir des effets. Je ne vois nulle part mention de l'annulation. Je vais interroger un ami Conservateur de bibliothèque.
Par ailleurs il a aussi été condamné, ainsi que son éditeur, mais sur la plainte de l'une des personnes que son texte citait nommément.
Pour tout te dire, je suis étonnée que le Parquet ait demandé la relaxe, l'incrimination existe dans la loi du 30 décembre 2004. Tout dépend comment la plainte a été rédigée et comment le Procureur a finalement, dans sa citation, qualifié les faits. Il peut arriver qu'une citation soit mal faite ... la perfection n'est pas judiciaire, les parquets sont surchargés comme ce n'est pas possible !

10. Le 11/05/2012, 15:01 par Javi

Un début de piste, sur l'annulation des actes de Vichy. Reste à consulter le texte complet de l'ordonnance pour voir si l'acte concerné est visé.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ordonn...

11. Le 14/05/2012, 19:21 par toto

Si tu avais écouté son nouvel album, tu aurais constaté qu'il y fait référence aux condamnations des blogueuses féministes dans sa chanson Raelsan :
"Merci quand même pour le coup d'pub, merci les chiennes de gardes pour le coup d'pute !"