Jusqu'à présent j'ai évité le sujet, parceque je ne m'estimais pas légitime pour en parler.

Mais un rapport parlementaire sur la prostitution vient d'être publié et tout le monde a un avis. Je vais donc donner le mien qui semble très minoritaire parmi les féministes (de toute façon je ne suis labellisée nulle part).

Ce rapport préconise 30 mesures, mais le débat se focalise sur l'article 1 qui prévoit de créer un délit sanctionnant le recours à la prostitution. C'est apparemment le cas en Suède, pays qui connait désormais une diminution de la prostitution.

Pourtant je ne suis pas convaincue.

J"en suis restée au slogan des années 70 "notre corps nous appartient" et je ne vois pas pourquoi l'Etat se préoccuperait de savoir ce qu'on  fait de ce corps dans la mesure où les choses se passent entre adultes consentants et où son intégrité n'est pas en jeu (à ce titre on peut tout à fait pénaliser les clients qui refuseraient les préservatifs).

Pour une fois je suis d'accord avec Elisabeth Badinter, la posture est morale. Elle décide de ce qui est bien ou mal, mais elle a pour résultat :

- de renforcer l'idée que les relations sexuelles sont avilissantes pour les femmes. Idée dominante partout dans le monde il y a quelques décennies, qu'on
arrive tout juste à faire reculer en France, et qui reste bien ancrée dans nombres de cultures ou les femmes non mariées ont à prouver leur virginité.

- de présenter une fois encore des femmes comme des victimes. C'est malheureusement le cas de la plupart des prostituées sous le coup de réseaux maffieux ou de proxénètes sans scrupules et contre cela il faut lutter Mais dire qu'il est impossible qu'une personne se prostitue de son plein gré est une injure pour celles qui le font même si elles sont minoritaires.

Et si on constate qu' elles n'ont aucune estime d'elles mêmes n'est ce pas aussi parceque le regard qu'on porte sur elles et au mieux de pitié, au pire de mépris ? La meilleure façon d'y remédier serait de les autoriser à sortir de la précarité et de les regarder avec un peu moins de condescendance.

L'un des arguments massues des tenants de l'abolition consiste à dire que se prostituer ne peux pas être un choix de carrière, que personne ne souhaite un tel métier pour ses enfants. 

Certes ! mais vous en connaissez vous des parents qui envisagent pour leurs enfants une carrière de nettoyeur de chiottes sur les aires d'autoroutes ou de conducteur de motocrottes ? Travailler c'est louer (et non pas vendre) sa force de travail. Il y a de multiples façons de le faire. Tout le monde n'a pas la chance de pouvoir gagner sa vie en faisant un métier épanouissant. 

Pour finir je crois que nous avons suffisamment de lois inapplicables. Qui va vérifier ce qui se passe dans l'intimité des corps ? Si relation sexuelle il y a vraiment eu, si elle a été payée et de quelle façon ? va ton interdire aussi les films pornos puisqu'ils montrent des gens qui ont été payés pour cela ? etc.etc.

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