Pourquoi moins de filles à HEC ?

Dans le Monde d'hier un article sur le fait que "Les filles brillent en classe, les garçons aux concours"

suivi d' une interview de Christian Baudelot et Roger Establet, sociologues, par Anne Chemin.

"La moindre confiance en soi des filles et la surestimation de soi des garçons nous frappent"

2 articles qui font débat

Commentaires

1. Le 08/09/2009, 09:40 par Nicolas

Message de service à supprimer après consommation : y'a une faute dans le titre.

2. Le 08/09/2009, 09:50 par La poule pondeuse

Quand j'ai passé les concours des grandes écoles il y a quelques années, un de mes amis (reçu à HEC) m'a fait remarquer que d'une part la parité y était parfaite (50-50) et que d'autre part si on regardait la liste des résultats on voyait une longue liste de filles juste après la barre d'admission. Comprendre : 50-50 ça va mais si il y a une majorité de filles ça sera mauvais pour la réputation de l'école donc on s'arrange pour que ça reste comme ça...

3. Le 08/09/2009, 09:57 par Jean-Jacques

Leurs résultats semblent conformes à ce qu'ont montré d'autres études: esprit de compétition plus prononcé chez les hommes (et ce n'est pas seulement culturel) et distribution gaussienne plus étirée.

""D'un point de vue technique, il semble que la structure du concours HEC crée d'avantage d'hétérogénéité chez les hommes que chez les femmes", estime M. Peyrache. Si, "en moyenne", les performances des hommes et des femmes sont similaires, "les notes des femmes sont concentrées autour de la moyenne, tandis que celles des hommes sont très dispersées avec beaucoup de très bonnes notes et de très mauvaises. Mécaniquement, quand on sélectionne les 380 premiers résultats, on a un peu plus d'hommes"."

4. Le 08/09/2009, 10:02 par olympe

Nicolas, merci

La poule , et tu n'as pas fait HEC ? il semblerait effectivement que ce soit une tendance qui se généralise (je suis à la recherche d'une étude sur le sujet). quand les filles deviennent majoritaires quelques part on se dépeche d'invoquer la parité pour rétablir l'équilibre (sauf si c'est caissière ou pour emploi de service bien sur)

Jean Jacques, et je parie que vous considérez dans la partie supérieure. Vous avez tord, statistiquement vos chances sont faibles.

5. Le 08/09/2009, 10:20 par Suzanne

"on s'arrange pour que ça reste comme ça"

"quand les filles deviennent majoritaires quelques part on se dépeche d'invoquer la parité pour rétablir l'équilibre"

Mais l'article du Monde évoque les résultats à l'ECRIT donc sur épreuves ANONYMES. L'argument de discrimination sexuelle ne tient donc pas !

Ce qui est plus intéressant, c'est:

"les filles éduquées dans des écoles non mixtes ont un réel esprit de compétition, contrairement à celles qui sortent des écoles mixtes...

De même, Uri Gneezy, de l'université de San Diego, a montré en 2008 que les femmes élevées dans une société patriarcale, comme les sociétés européennes, "ont moins l'esprit de compétition que les hommes", alors que dans les sociétés matrilinéaires, telle que la tribu khasi en Inde, c'est exactement le contraire."

La compétition, c'est bien ou c'est mal, ou c'est selon, ça dépend ?
Si on trouve que c'est bien et si on s'appuie sur les exemples ci-dessus, la conclusion terrible s'impose: l'homme est mauvais pour la femme.

6. Le 08/09/2009, 10:20 par La poule pondeuse

@Olympe, non non, j'étais en biologie... J'ai fait l'ENS où toutes sections confondues c'est plus ou moins la parité (+ de filles en lettres et en bio, + de garçons en maths/physique/info). A l'Agro de Paris "à mon époque" (pas si lointaine hein ;-)) il y avait + de 60% de filles. Enfin pour HEC c'est ce qui se disait à l'époque, mais pas du tout le discours officiel... je ne sais pas à quel point ça relève de la légende urbaine ou du fait (mais j'ai vu leur cérémonie de rentrée, et dans le genre élitiste c'était à la limite du tolérable, pas du tout comme à l'ENS où la mentalité générale était plus agréable)

7. Le 08/09/2009, 12:17 par Resh

"esprit de compétition plus prononcé chez les hommes (et ce n'est pas seulement culturel)"
Pas d'accord, mais c'est un vaste débat.
Je crois que (globalement bien sur) la compétition a simplement lieu là où elle est socialement attendue pour ce qui est de la séduction ; La réussite sociale pour les hommes, le physique pour les femmes...
J'ajoute que dans cette même logique, les hommes pensent que paraitre combatif augmente leur potentiel de séduction, alors que les femmes pensent qu'au contraire, paraître combative fait fuir les hommes.
Donc même si elles le sont fondamentalement tout autant, les femmes ont plutôt tendance à le cacher ou le refouler, là où les hommes mettent ca en avant.
Mais nous si on s'emmerde davantage à jouer des coudes pour grimper les échelons, ce n'est pas pour le plaisir de la compétition hein... Ni même pour celui de l'argent, c'est juste pour mieux vous séduire :)

8. Le 08/09/2009, 13:26 par polluxe

Pour expliquer cette moindre confiance en elles il y a aussi l'éducation antérieure et notamment les idées préconçues transmises par les enseignants à leur insu sans doute ; il y avait eu une étude sur le sujet : http://polluxe.wordpress.com/2009/0...

9. Le 08/09/2009, 14:27 par Gabrielle

j'ai moi aussi passé des concours pendant mes études et c'est vrai que les garçons s'en sortaient mieux, avec il me semble plus de "bonnes surprises" (meilleurs résultats que ce que l'année pouvait laisser espérer). de même, en prépa, il y avait parmi les meilleurs de promo des garçons qui avaient eu des notes médiocres au bac, alors que toutes les filles avaient eu de très bonnes notes. les notes au bac ne sont d'aucune importance pour le dossier d'entrée en prépa. "ne travailler que pour ce qui est important" est quelque chose qui paie, finalement.

je suis assez d'accord avec polluxe, et je pense qu'il serait intéressant d'étendre l'étude sociologique à d'autres concours, je pense notamment à la médecine où les femmes réussissent mieux que les hommes.

les concours d'entrée aux écoles de commerce où d'ingénieurs se font à l'issue de deux années de classes prépa, très encadrées où l'influence des professeurs et des camarades se fait peut-être plus sentir que dans un contexte de fac. pour peu que l'équipe pédagogique soit un peu "vieille école" et donc macho, ça doit jouer. (ex: dans mon cas, la proportion de filles ayant abandonné en cours de prépa dépassait la proportion de filles dans la classe...)

quoiqu'avec le succès des prépa privées au concours de médecine, ce ne soit plus vraiment le cas...

10. Le 08/09/2009, 15:56 par Tania

Sur la surestimation de soi des hommes, lire "Une chambre à soi" de Virginia Woolf (1929 - il y a 80 ans).

"Les femmes ont pendant des siècles servi aux hommes de miroirs, elles possédaient le pouvoir magique et délicieux de réfléchir une image de l'homme deux fois plus grande que nature. Sans ce pouvoir la terre serait probablement encore marécage et jungle. (...) les surhommes et les Doigts du Destin n'auraient jamais porté de couronnes, ou ne les auraient jamais perdues. Les miroirs peuvent avoir de multiples visages dans les sociétés civilisées; ils sont en tout cas indispensable à qui veut agir avec violence ou héroïsme. C'est pourquoi Napoléon et Mussolini insistent tous deux avec tant de force sur l'infériorité des femmes; car si elles n'étaient pas inférieures, elles cesseraient d'être des miroirs grossissants. Et voilà pourquoi les femmes sont souvent si nécessaires aux hommes. Et cela explique aussi pourquoi la critique féminine inquiète tant les hommes, pourquoi il est impossible aux femmes de dire aux hommes que tel livre est mauvais, que tel tableau est faible ou quoi que ce soit du même ordre, sans faire souffrir davantage et éveiller plus de colère que ne le ferait un homme dans le même cas. Si une femme, en effet, se met à dire la vérité, la forme dans le miroir se rétrécit, son aptitude à la vie s'en trouve diminuée. Comment l'homme continuerait-il de dicter des sentences, de civiliser des indigènes, de faire des lois, d'écrire des livres, de se parer, de pérorer dans les banquets, s'il ne pouvait se voir pendant ses deux repas principaux d'une taille pour le moins double de ce qu'elle est en vérité. (...)
L'apparition dans le miroir est de suprême importance parce que c'est elle qui recharge la vitalité, stimule le système nerveux. Supprimez-la et l'homme peut mourir, comme l'intoxiqué privé de cocaïne. C'est sous le charme de cette illusion, pensai-je, regardant par la fenêtre, que la moitié des gens sur ce trottoir courent vers leur travail. (...) ils savent que miss Smith les attend pour le thé; ainsi commencent-ils leur journée confiants, réconfortés; entrant dans la pièce ils se disent "Je suis supérieur à la moitié des gens qui se trouvent ici", et c'est pour cela qu'ils parlent avec cette confiance en eux, cette assurance si lourde de répercussions sur la vie publique et qui aboutit à de si curieuses notes en marge de l'esprit individuel." (Chapitre 2)

11. Le 08/09/2009, 17:12 par Salomé

Et peut-être que les filles se rendent compte que HEC, bah c'est pas si terrible que cela finalement. Non, cela n'est pas possible!!!??
Personnellement, si ma fille voulait faire HEC, je me dirais que j'ai failli à son éducation. Chacun ses valeurs...

12. Le 08/09/2009, 17:24 par Gabrielle

Salomé, non, car il n'y a pas que HEC qu'on obtient sur concours.

mais de toute manière, il y a aussi des femmes qui veulent du pouvoir, de l'influence, et gagner de l'argent; que l'on soit d'accord avec ça ou pas, si elles en sont empêchées à cause de leur sexe, c'est inadmissible.

enfin j'ai toujours du mal avec le discours "les femmes valent mieux que les hommes, elles n'aiment pas la finance, la politique, la compétition et le pouvoir".
c'est de la flatterie à deux balles pour mieux les tenir à l'écart.

13. Le 08/09/2009, 18:06 par Liselei

Intéressante étude, les chiffres montrent ce qu'on dénonçait déjà...
Mais pour une fille qui réussit ses études, ses concours, il reste encore du chemin à faire pour être reconnue et estimée au même niveau qu'un homme...
Je me suis fait la remarque tout à l'heure, en contemplant l'amphi au début d'une épreuve que je passais (je suis étudiante en psycho). Sur environ 200 candidats, il y avait seulement une dizaine d'hommes. Et quand on voit des psys à la télé, dans les magazines, dans les études scientifiques etc. ce sont la plupart du temps des hommes.
Etant musicienne (classique), je sais que cela fonctionne aussi comme ça dans ce domaine, énormément de filles dans les conservatoires, et les musiciens connus restent majoritairement masculins. Quant aux cours d'histoire de la musique, ils ne mentionnent quasiment aucune femme compositrice (une ou deux du 20ème siècle pour les plus paritaires...)

14. Le 08/09/2009, 20:25 par Amélie

Pour information, France 2 vient de diffuser dans son JT de 20h un reportage sur ce sujet. L'école non-mixte est également évoquée à la fin.
A voir sur le site de France 2.

15. Le 09/09/2009, 16:04 par poulet fermier

Le problème des écoles non-mixtes c'est que certains profs, en fonction du sexe des étudient-es, pourraient choisir quels points du programme voir en priorité... De même certaines options ne seraient pas dans les établissements non-mixtes.

16. Le 09/09/2009, 16:04 par poulet fermier

Le problème des écoles non-mixtes c'est que certains profs, en fonction du sexe des étudient-es, pourraient choisir quels points du programme voir en priorité... De même certaines options ne seraient pas dans les établissements non-mixtes.

17. Le 20/09/2009, 14:08 par marie

Je contribue un peu tard à cet échange, mais je remarque avec étonnement que personne ne remet en cause la certitude selon laquelle "les femmes se font moins confiance" que les hommes. J'ai passé des concours, plutôt difficiles, et le stress, la peur d'échouer, était aussi fréquente chez les hommes que chez les femmes. J'ai vu des garçons pleurer d'angoisse avant une épreuve.
Je ne nie pas les problèmes posés par une éducation encore trop sexualisée, mais je pense qu'il faudrait aussi s'interroger sur la persistance de ces clichés, qui à mon avis tendent tout simplement à remplacer le discours selon lequel les femmes seraient moins compétentes que les hommes. C'est tellement plus politiquement correct de dire que ces créatures, si fragiles et si sensibles, "ne se font pas confiance"...
Je vous renvoie à un court texte de Bourdieu, qui date d'il y a plus de dix ans mais qui dénonçait déjà les stéréotypes sur les hommes conquérants et "agressifs" et les femmes "craintives" et peu sûres d'elles: La domination masculine, Points seuil, 1998.