Stéphane Le Foll ou le syndrome du thermomètre
Par Olympe le samedi 27 octobre 2012, 23:32 - Lien permanent
"J'ai tenté de promouvoir des femmes au maximum, bien que nos dossiers soient très techniques" cette petite phrase de Stéphane Le Foll en début de semaine, alors qu'il évoquait la session de sensibilisation au sexisme dispensée à tous les ministres a tourné pendant plusieurs jours sur twitter, au motif qu'elle démontrait le sexisme de ce monsieur.
Occasionnant un démenti de l'intéressé et une réaction de Mme Vallaud-Belkacem qui a qualifié d'injustes ces sarcasmes.
Je n'ai pas de raison particulière de défendre ce proche de François Hollande. Il fait partie de cette génération d'hommes, qui en 30 ans de carrière n'avait jamais trouvé anormal, jusqu'à une date récente, la faible proportion de femmes autour de lui. Tout simplement il n'y avait pas prêté attention habitué à ce que le pouvoir soit masculin.
Mais voir dans ce propos une boulette sexiste, revient à accuser le thermomètre de faire monter la f!èvre.
Stéphane Le foll n'a rien fait d'autre que décrire une réalité à laquelle il a été confronté : chercher des femmes pour des postes élevés et traitant de sujets techniques. Il a réussi semble-t-il à en trouver, mais pas sans mal.
En fait, l'expression plafond de verre n'est pas la plus pertinente en laissant entendre que les femmes qui montent dans une hiérarchie se cognent brutalement en fin de parcours à un obstacle invisible.
Le terme escalier collant serait plus adapté. Des femmes, bien davantage que des hommes, restent scotchées à tous les niveaux, ne participant plus à l'ascension vers les postes plus élevés.

Et quand le ministre en cherche, elles ne sont de fait plus très nombreuses.
C'est vrai dans tous les domaines, y compris les plus féminisés, mais ça l'est encore plus dans les secteurs techniques ou scientifiques puisqu'on sait que les jeunes filles, qui représentent la moitié des bachelières S ne sont plus que 20% dans les classes d'ingénieurs.
Le dessin vient d'ICI








Commentaires
Pour ma part je trouve la phrase sexiste, puisqu'elle exprime l'opinion de ce monsieur: une très grande difficulté pour les femmes à traiter des dossiers techniques. La phrase seule ( je ne connais le reste du contexte) n'exprime pas la difficulté à trouver des femmes compétentes mais la démarche volontariste de l'auteur de la phrase à leur confier des dossiers techniques. Il cherche à se valoriser mais il n'a pas l'intelligence de remarquer l'énormité de ce qu'il dit.
Quand à l'expression du plafond de verre je la trouve impropre car le plafond n'est pas de verre mais en béton armé. En verre cela sous entend qu'il ne se voit pas, il se voit très bien, comme le béton il n'est pas du tout invisible. Le terme plafond me convient car malgré tous les efforts des femmes pour exercer le pouvoir ( avec compétence) les hommes leur mettent une barrière. J'ai eu mon diplome d'ingénieur en 1993 j'ai toujours occupé des postes dont le paramètrage est en bas de l'échelle, en revanche on m'a confié des tâches de niveau supérieur. Ce qui signifie d'une part que ma compétence est reconnue et que d'autre part les gens qui me confient ces tâches sont assez intelligents pour le voir et voir ce qu'ils peuvent tirer de moi mais qu'ils ( ce sont des hommes) ne veulent surtout pas me laisser accèder à des postes à paramètrages plus élevés ( mieux payés, avec plus de pouvoir et donc de moyens d'actions officiels , rien que la place dans la hiérarchie rend toutes les démarches de conduite de changement plus simples).
Le diplome d'ingénieur des femmes ne changent rien, elles sont justes plus exploitées. Les domaines où elles s'en tirent mieux sont des domaines où elles peuvent exercer sans hiérarchie comme la médecine libérale (les hommes médecins trouvent que leur présence déprécie la profession d'ailleurs, voir blog médecin) par exemple, dès quelles sont dans des structures hiérarchisées là où la cooptation est la seule possibilité d'évoluer elles sont scootchées au plancher collant et se heurtent au plafond de verre/béton.
je n'arrive pas à voir comment on peut interpréter cette phrase comme vous le faites, et comme l'ont fait beaucoup de gens, c'est à dire y voir l'opinion d'une très grande difficulté pour les femmes à traiter des dossiers techniques.
Sans vouloir rentrer dans un débat sur le plafond de verre ou l'escalier collant, dont je ne n'ignore pas l'existence, je crois que le cas évoqué par Elisa n'est pas propre aux femmes: je suis aussi ingé, et j'ai occupé plusieurs postes sans jamais être promu au delà de la case "ingénieur d'exécution": officiellement je "coordonne éventuellement les travaux de techniciens", ce qui n'a jamais empêché mon chef de m'envoyer dans des pays étrangers faire le chef de projet...
Et c'est la même chose aujourd'hui, après un changement d'entreprise, tout simplement car il faut baisser les coûts et que je ne sais pas et n'ai jamais su négocier un salaire pour mon propre compte.
A contrario, j'ai une ex-collègue (une femme donc) avec qui je m'entendais bien, qui est experte en la matière. La dernière fois que je l'ai croisé, elle touchait de mémoire environ 20k€ de plus que moi à l'année, pour une embauche synchrone. Mais elle gérait sa carrière avec talent: être dans le moule ce qu'il faut, mais rien de trop. Et c'est son mari qui faisait le soutien domestique nécessaire, en s’occupant des enfants. Il me semble qu'il était à 80% à la fin.
@ Olympe
"J'ai tenté de promouvoir des femmes au maximum, bien que nos dossiers soient très techniques"
Je me suis mal exprimée. lorsque je lis la phrase je comprends que le monsieur a tenté de promouvoir les femmes et pour cela leur a confié des dossiers très techniques , c'est le "bien que" dans la phrase qui la rend sexiste. Il sous entend très clairement que c'est une action volontariste de sa part car le traitement par les femmes de dossier très techniques ne seraint pas commun.
@ Javi nous avons tous deux rapporté notre expérience personnelle. Je suis membre du CE de mon établissement (après plusieurs déboires pro dont un épisode de harcèlement c'est une façon pour moi de reprendre la main), à ce titre j'ai accès aux stat éga pro dont la promotion de mon établissement et de l'entreprise dont il fait partie. Les chiffres y sont éloquant, je suis dans la moyenne des femmes de mon entreprise alors que les hommes sont promus beaucoup rapidement ( diplomes et ancienneté égales). Il y a dans mon entreprise une volonté de promouvoir les femmes depuis environ 4 ans ( avec indicateur chiffré pour les chefs d'établissement donc une carotte financière) et on commence à voir que les plus jeunes ont la même ( pas plus)carrière que les hommes mais pour celles de ma génération ( à 40 ans on est vieux) et au dessus à part les femmes très exceptionnelles rien.
Bonjour,
C'est effectivement le "bien que" qui m'a surprise. S'il avait dit "mais" à la place, j'aurais effectivement compris qu'il se heurtait à un vivier moins nombreux, comme tu le rappelles en effet, les femmes ingénieurs sont bien moins nombreuses que les hommes ingénieurs. quand tu dis 20% tu parles des promotions actuelles, or nous étions bien moins encore il y a 20 ans... Donc j'admets que faire de la parité avec un vivier non paritaire est compliqué, car je souhaite comme tout le monde qu'on promeuve des gens compétents, pas des femmes qui soient juste des femmes.
Le terme "bien que" laisse sous-entendre que les femmes ne seraient pas capables de mener des dossiers techniques. et ça, ça me choque. Mais je veux bien lui laisser le bénéfice du doute, car il est facile de dire une bêtise et puis... c'est tout de même un des bons élèves du gouvernement, donc sur le fond, on ne peut pas lui jeter la pierre !
@Elisa: Si vous avez une mesure au-delà de l'anecdote personnelle, c'est effectivement mieux... ;-)
J'avoue que les 5 ans de politique de l'anecdote que nous avons vécu dernièrement m'ont un peu rendu dubitatif devant cette forme d'argumentation.
@Javi il y a le site du CNISF pour avoir des études ( certaines payantes) sur les écarts salariaux entre femmes et hommes ingénieurs. A l'embauche après le diplome c'est à dire sans expérience, expérience qui pourrait donner de peudo arguements de compétences différentes il y a déjà 5% d'écart. Au bout de vingt c'est 20% d'écart. Mon vécu est tristement "moyen" il va au delà de l'anecdocte, pour les 5 ans que nous venons de vivre je vous rejoins.
Cordialement
Voici des chiffres ( de 2011) extraits d'une étude (non payante) du site du CNISF, c'est pire que ce que je croyait et en plus cela se dégrade depuis 2008 :
Les salaires des hommes sont systématiquement supérieurs à ceux des femmes, l’écart de salaire médian femmes/hommes est de 22%, c'est-à-dire égal à celui bservé pour l’ensemble des femmes par l’INSEE la même année. Cet écart est de 6% ur le salaire des débutants et atteint 25% entre 45 et 49 ans.
Les écarts de salaire en 2011 pour certaines tranches d’âges sont supérieurs à ceux
observés en 2008 :
- 6% au lieu de 2,6% pour les débutants,
- 25% au lieu de 20% pour les 45 à 49 ans
Il est comparé des professionnel(le)s avec les mêmes diplomes et la même ancienneté. L'étude est sur le site du CNISF, il y a aussi un paragraphe sur les emplois qui sont confiés aux femmes, on leur reconnait une expertise technique mais pas de compétences hiérarchiques sui sont les postes les mieux payées, cela se retrouve sur la pyramide des salaires.