Tag : qu'est ce qu'un bon prof ?

Mathieu me demande, après que June Prune lui ait fait passer, mon avis sur les profs

A. Un "bon prof"

Les profs qui m'ont laissés des souvenirs (plutôt lointains quand même) sont ceux qui ont su éveiller ma curiosité et me donner envie de m'intéresser à un sujet parce qu'il y avait quelque chose à découvrir. J'avais en 1ere un prof de français  très vieille France (en tout cas il me semblait très très vieux), qui restait assis sur sa chaise, posait sa serviette sur le bureau, ajustait ses lunettes avant de délivrer son cour magistral. Et j'étais suspendue à ses lèvres. Aujourd'hui encore quand je relis Camus ou Baudelaire je pense aux clés qu'il m'a données. Je crois qu'il avait réussi à nous convaincre qu'il y avait un secret caché dans chaque texte et que seule une lecture attentive et réfléchie nous les ferait découvrir.

B. Ce que les profs devraient apprendre

Le story telling, c'est à dire commencer par raconter une histoire pour donner envie aux élèves d'aller chercher la suite

C. Pour faire un prof... ce qui s'apprend, ce qui ne s'apprend pas

Ce qui s'apprend : la psychologie des élèves

ce qui ne s'apprend pas : être soi-même passionné par les matières qu'on enseigne et convaincu de son intérêt pour les élèves.

D. Taggez 3 personnes

Eric de Mulhouse, OCéane et Shaya qui doivent avoir des souvenirs beaucoup plus frais que les miens

Cycce aussi m'a taguée et me demande quel est mon pire souvenir de blogueuse. Je vais dire que je suis  d'accord avec elle "on n'est définitivement pas la personne que l'on crée"



Commentaires

1. Le 30/01/2010, 19:18 par CC

Hello
Entrer dans la classe, poser sa mallette sur le bureau, s'asseoir et parler. Voilà qui est impossible de nos jours. Même si ce que l'on raconte est passionnant. Enfin, pour moi. Mais je ne sais pas si je suis passionnante...Pour le story telling, j'essaie de le faire souvent. Au collège, ce n'est pas toujours évident. Mais c'est évident : c'est une des clés pour capter l'attention des élèves...

Ravie de voir qu'on est d'accord sur le blogging !!

Bises

2. Le 30/01/2010, 22:03 par Thierry

"Raconter une histoire", "parler", etc...
Même au 21e siècle, il semble évident que la communication va dans un seul sens : du prof vers l'élève.
Mais le "raconteur d'histoires passionnantes", façon "père castor" ou "le cercle des poètes disparus", c'est un mythe !
Ce que les profs devraient apprendre, c'est... se taire !
Quand j'ai commencé (il y a 15 ans), une vieille prof m'a donné l'adage qui me suit toujours : "c'est l'élève qui travaille, pas le professeur !".
Normalement, si on donne des documents adaptés, l'immense majorité des élèves doit pouvoir faire le travail demandé, en autonomie, sans être interrompu sans cesse par un prof bavard qui explique les phrases du cours ou l'énoncé de l'exercice !
J'y suis parvenu... quelques fois. C'est pas facile !

3. Le 30/01/2010, 22:05 par olympe

mais je suppose que la difficulté est justement de lui donner envie de faire ce travail

4. Le 30/01/2010, 22:09 par Karine

En collège, j'essaie d'éviter les débats et les histoires; j'enseigne l'EPS...ça dégénèrerait : quand est ce qu'on joue ? on perd du temps !...déjà que j'ai du mal à expliquer les règles du jeu des différentes activités sans être interrompue par un garçon prétentieux " allez on connait, dépêchez vous" au grand désespoir de quelques filles timides qui traverseront leur scolarité sans connaître les règles essentielles des sports-co ( ça c'est pour le pôle féministe de ce blog ).
Après oui, chacun a sa vision du bon prof...Pour moi c'est celui qui est sérieux et appuie sa légitimité disciplinaire sur une bonne connaissance de sa matière, ses programmes et qui a une certaine réflexivité sur sa pratique...

5. Le 30/01/2010, 23:11 par Thierry

Pour "lui donner envie de faire ce travail", j'ai fait plusieurs essais (pas toujours concluants...) :
- faire rire : ça marche pas... Ca ne sert qu'à "réveiller" quand on a été trop bavard
- donner un travail "qui sert à kek'chose" : ça marche bien s'il est question de fric (snif !)
- donner un travail dans le cadre d'un "projet" : ça marche si ça débouche sur une fabrication (en atelier si c'est des élèves de lycée pro)... mais c'est un énorme travail de préparation, qu'on peut rarement recycler l'année suivante ! Ne pas en abuser, sauf si on est célibataire ou qu'on veut le re-devenir...

6. Le 31/01/2010, 03:40 par Resh

Un cours magistral... C'est un concept au fond très stupide, surtout aujourd'hui. Venir en cours pour s'assoir et recopier le tableau en baillant c'est simplement du temps de perdu, surtout quand on à déjà tout dans les livres et qu'on pourrais tous avoir des polys ou un pdf...
Le programme du bac c'est au fond bien peu de choses une fois condensé en fiches, pourtant c'est 800h de blabla dont les 3/4 passées à regarder la pendule pour la plupart des élèves.
Je n'ai jamais cru à l'efficacité de l'apprentissage par l'audition ou la prise de notes, pour moi, le seul moyen c'est la lecture attentive, donc le seul rôle du prof, c'est de pousser les élèves à le faire.

2e chose, les profs d'aujourd'hui devraient pouvoir intégrer l'usage d'internet dans leur formation et leur temps de travail, pour une raison simple ; Personne n'ose poser de question en cours. Il y'a les timides, il y a les faux rebelles, il y a ceux qui n'ont pas tout suivi donc on peur de poser une question bête... Tandis que par e-mail ou autre, on se rapproche du cours particulier, bien plus efficace.

Enfin, pour motiver les élèves, qu'est-ce qu'il y a ? Le fric... Oui...
C'est sur, si on leur dis que lire Balzac c'est essentiel pour son éveil spirituel, ca marche pas, à juste titre.
Mais si on leur fait bien comprendre que bosser les cours pour avoir une mention au bac, c'est pas si compliqué, et c'est la porte ouverte à une filière qui débouchera sur une vie avec plein de pognon... là ca peux faire tilt.

7. Le 31/01/2010, 11:51 par lulu

Bon sang ce que c'est réducteur cette conversation!
Mais je ne peux pas vous en vouloir, on navigue en pleines "représentations" (ou presque car je vois se dessiner quelques objections très justes). Un peu (un peu) comme si on demandait: c'est quoi une vraie femme?
Sachez qu'il existe de nombreuses études, de nombreux pédagogues, de nombreux didacticiens (non c'est pas la même chose même si ça se rejoint), de nombreux courants pas forcément opposés, et surtout de nombreux profs avec ce qu'on appelle la "liberté pédagogique" qui permet d'ajuster sa pratique et aux réalités rencontrées -
Et c'est vertigineux tout ce qui me vient à l'esprit en matière de diversités d'enseignements de diversité des élèves du fait de l'âge, de diversité dans les capacités particulières (auditives, visuelles, kynesthésiques...) ou diversités sociales (avec la question de culture d'élite et d'identification sociale au prof ou à l'élève) -

Et aux enjeux de société - développer la solidarité, la complémentarité entre élèves, développer la capacité à exprimer un questionnement, un goût, un raisonnement, un avis, le partager, le confronter, développer la capacité à aller chercher l'information quelle qu'elle soit, développer la confiance dans cette capacité en ne se prenant pas pour zorro le prof qui sait tout mais en étant attentif aux processus par lesquels les élèves se saisissent des choses ou pas- et je ne suis pas sûre qu'on soit-élève- tous à égalité dans un cours magistral, lequel cours magistral peut avoir sa place pourquoi pas mais comme un moment parmi d'autres moments de pédagogie plutôt que comme une panacée universelle- de la même façon un cours "dialogué" prof/élève peut-il avoir ses limites tant l'échange est centré sur la personne du prof alors que le dialogue peut se faire entre l'élève et le texte/l'image/l'expérience/ ou les autres élèves, un garçon avec une fille par exemple et où le prof devient un médiateur, un passeur qui accompagne ces échanges plus qu'il ne s'y met au centre...accompagner l'élève dans son cheminement vers lui-même, les autres, son avenir...

Bon voilà tout-à-trac ce qui me vient à l'esprit et c'est maladroitement exposé tant la tâche me paraît immense.
Tout ce que je peux dire c'est qu'on est en train de supprimer un lieu de bouillonnement réflexif quant aux postures et pratiques qui est l'iufm, lieu de rencontres, lieu ou puiser de quoi user de cette liberté pédagogique ,au vrai sens de liberté, c'est-à-dire d'être en mesure de faire des choix, et pour faire des choix encore faut-il confronter sa pratique son jugement à d'autres visions pratiques ou analyses.
Ce qui me fait peur c'est la pensée unique: en supprimant les iufm (ou en en faisant des lieux non réflexifs), on réduit les exemples pratiques au seul cours magistral des universités, seul lieu d'où les enseignants retireront une expérience d'enseignement avant de débarquer dans les classes avec zéro posture réflexive.
La porte ouverte donc aux fameuses "représentations".

Un conseil qu'on donne au prof: ne croyez pas que l'élève qui est en face de vous est l'élève que vous avez été.

Pour ma part, ce qui me préoccupe c'est l'éducation populaire. Comment faire en sorte d'une part que chacun puisse se saisir des choses et d'autre part suivre un chemin qui est le sien de façon à feinter cette espèces d'hypocrisie et d'injustice qui fait que le seul chemin serait celui de la rentabilité financière ou d'une réussite sociale fondée sur des hiérarchies? Laquelle logique ferait dire qu'il vaut mieux être médecin qu'infirmier, architecte que jardinier, astrophysicien que boulanger. Enfin bon j'ai trop à en dire et encore une fois pardon pour le caractère tous azimuts de mes propos. Sachez que l'éducation c'est beaucoup affaire de "représentations" et de reproduction des paradoxes de nos sociétés. A quoi sert la mixité à l'école si c'est pour tout ignorer de son voisin de table? Il n'y a pas que le prof dans la classe; l'autre est le plus court chemin vers soi-même disait Paul Ricoeur, il pourrait bien y avoir quelque "savoir" sur nous-mêmes et le monde de ce côté là. L'autre peut-être un livre bien sûr et je comprends le plaisir et l'intérêt face au précieux prof qui se fait passeur/conteur. Mais l'élève n'est pas forcément celui que vous avez été. Je crois savoir par exemple qu'un élève qui n'aura pas eu accès à sa propre histoire pourra avoir de grosses difficultés à recevoir un récit, à l'interpréter au moins au plus juste de ce qu'il dit explicitement. On est surpris de le constater mais si on se contente du cours magistral, on passe complètement à côté. Une technique pour surmonter cette difficulté est de travailler la lecture par l'écriture par exemple, à l'aide du dessin et de cases qui vont par exemple donner le rythme ou les étapes, l'agencement de ce qui est raconté. Voyez, tout ne passe pas par le prof qui raconte. Comment l'élève se restaure à travers sa reconstitution du récit, ça aussi c'est important. Il y a le prof, sa capacité, mais il y a aussi la capacité des élèves et il faut les encourager à s'en saisir. Je cause je cause, y'a trop à en dire. Bref.

Montessori, Freinet, Meirieu, Bourdieu, Rancière (Jacotot), Montaigne, diderot, platon,les jésuites, Rabelais, duruy, haby, Roger Cousinet, benjamin bloom, piaget, bandura,- saussure, jacobson, Annie Rouxel, Tauveron pour le français...Un festival de pensées et j'en oublie pleins, pratiques, analyses, volontés politiques...Non à la pensée unique.

Et oui c'est vrai, je penche plus vers l'éducation populaire.

Bise.

PS.Je suis prof et moi aussi je me suis heurtée et me heurte encore à mes représentations. Mais j'espère avoir ouvert un petit peu plus l'esprit de cet échange. Et pardon pour le caractère bordélique de ce post, j'ai réagi un peu à chaud.

8. Le 31/01/2010, 14:12 par Thierry

à Resh
Quand je parlais de "donner un travail" où il est "question de fric"... je ne voulais pas dire : sermonner sur l'intérêt financier de faire des études.
Je parlais d'activités (exercices) sur des thèmes "financiers".
Par exemple, en maths : se mettre dans la peau d'un entrepreneur, traduire les contraintes de l'entreprise en hypothèses chiffrées, mettre tout ça en équation... et en déduire (par une résolution calculatoire ou graphique) la manière d'obtenir un bénéfice maximal.
Les élèves adoooorent jouer au gestionnaire qui "optimise" la production, les bénéfices, la marge, etc... surtout quand ils font des études "industrielles" (c'est exotique de s'aventurer sur les terres des "tertiaires").

à Lulu,
merci pour le "réducteur"...
Mais ton analyse, qui semble brillante (je n'ai pas tout compris) et non-réductrice, a le défaut de ses qualités : elle me semble pûrement théorique...
As-tu expérimenté tes théories sur des classes hétérogènes de 35 élèves, en lycée professionnel ?

9. Le 31/01/2010, 15:41 par lulu

@Thierry

Ah là là, m'en parle pas, 35 élèves, c'est l'angoisse!Sachant que dès le premiers trimestre le lycée va gentiment pousser les plus "gênants" vers la sortie.
Oui je suis prof en lycée pro et je me bats (comme Don Quichotte?) pour des pratiques pédagogiques qui permettent de ne laisser personne sur le carreau. J'aime beaucoup le travail de groupe par exemple, à 3 ou 4. Mais je pleure quand on ne peut pas faute de place dans la salle mettre les tables en carré et quand il n'y a pas assez de chaises pour les élèves et quand je ne peux pas passer entre les tables pour être au plus près de ce que produisent les élèves justement parce que la classe est hétérogène et que par conséquent je n'attendrais pas les mêmes choses tout de suite de chacun. Mais il y a aussi des classes de lycée pro moins nombreuses de 18 voire 14, 15 élèves du fait du désintérêt pour la filière (surtout en indus) et des classes à 23, 24 élèves en industriel car une classe trop nombreuse ferait qu'il n'y aurait pas de place en atelier pour tout le monde.
Evidemment que sur le terrain c'est difficile. Mais justement, raison de plus pour se mobiliser. Comment par exemple la suppression d'un poste d'enseignement hors atelier fait germer l'idée dans l'administration d'un regroupement de deux classes de 16 élèves dans cet enseignement alors même que 16 élèves constitue une aubaine pédagogique. Et puis sauvegarder les modules en bep par exemple qui permettent de travailler en alternant des moitiés de classe.
Que penses-tu sinon d'une organisation des cours où les élèves auraient cours le matin et iraient l'après-midi vers des activités péri-scolaires tandisque les profs prépareraient leurs cours l'après-midi? Je privilégie beaucoup le travail de "correction" des productions d'élèves, je trouve que c'est un super vecteur d'apprentissage. Mais ça prend un temps fou! Alors que c'est juste essentiel! Quand tu apprends à réparer un moteur, à identifier une panne, normalement le prof ne se contente pas de donner des indications générales à tous, il vient voir comment tu t'y prends et revient sur tes gestes. Tu as beau savoir comment on tire dans un ballon, c'est toujours mieux et de le faire et de répéter l'expérience et d'avoir un prof qui souligne les défauts techniques et te donne des astuces. Non?
Je trouve qu'on ne se donne pas les moyens de travailler dans de bonnes conditions. Résultat la plupart du temps on bricole. Mais pas toujours, parfois avec un peu de volonté administrative, on peut mettre en place des choses. Le problème c'est que c'est un peu au cas par cas. Je milite pour ma part pour d'autres orientations politiques que les orientations politiques actuelles. Car je sais bien que la pédagogie seule n'est pas opératoire sans volonté politique derrière pour donner les moyens de faire mieux.
Pardon si je t'ai vexé en disant "réducteur". C'est que le sujet "bon prof" associé aux "heureux souvenirs" d'Olympe qui reflète à mes yeux et sans jugement négatif de ma part puisque je viens blogger ici en faisant des phrases à peu près correctes moi aussi, une autre appartenance sociale que celle de nos élèves, me laissait un peu rêveuse.
Je trouvais qu'on était un peu dans l'image d'Epinal.
Et ça me rappelait les débats médiatiques tarte à la crème de rentrée scolaire. Pourquoi pas. Mais allons voir aussi du côté de ceux qui pratiquent et analysent leurs pratiques car les souvenirs ma foi sont souvent affaire de représentations.
Mais je ne doute pas une seconde qu'Olympe n'en ait pas conscience étant donné le thème de ce blog dont le ton me plaît bien. Et puis bon, c'était l'occasion de lancer un échange sur le sujet.
Concrètement en lycée pro, les stéréotypes hommes femmes ont la vie très dures: je donne un exemple.
En début d'année il y a trois ans, nous recevions avec le proviseur une soixantaine d'élèves dans la salle polyvalente pour les accueillir en première année de BEP. Une partie des élèves devaient constituer une classe de secrétariat et une autre partie une classe de comptabilité. Le proviseur a formé les classes en appelant les élèves un par un et en les invitant à rejoindre le prof principal de la filière concernée. C'est avec un grand désarroi que j'ai vu un par un une par une, les filles aller vers la prof de secrétariat, les garçons vers le prof de comptabilité...
Quand on sait par ailleurs que pour une majorité d'élèves il s'agit d'"orientations" subies...Tout en sachant très bien que les stéréotypes sont aussi et avant tout peut-être intériorisés par les élèves, je ne peux pas croire qu'il n'y ait pas quelque déterminisme administratif derrière ça. Secrétariat/comptabilité c'est pas coiffure/mécanique. (Je ne dis pas que je trouve ce stéréotype plus souhaitable, mais c'est un peu l'idée que les femmes manquent d'esprit logique non?) Heureusement, il y a des élèves récalcitrants, ainsi ai-je eu une élève fille en mécanique auto, une seule certes, une autre en productique, et un garçon en carrière sanitaire et sociale. Mais la mixité en lycée pro c'est pas trop ça. En vente on arrive à avoir des classes mixtes.

Mais oui il y a des réalités qui nous désarment. Faut-il s'y plier?

10. Le 31/01/2010, 16:22 par Thierry

@ lulu

Tu parles de "sauvegarder les modules en BEP"... Je croyais que les "modules" de BEP n'existaient plus. Et je croyais aussi que tous les BEP avaient disparu, au profit des CAP et "Bac Pro en 3 ans" (à l'exception de quelques filières, en sursis) ?

Quant à éviter les cours pendant l'après-midi, je crois que c'est une blague !
Les élèves ont un emploi du temps de 30 heures par semaine environ. Comment on case tout ça sur 5 matinées ? 'Va falloir commencer tôt !
Par contre, planifier des cours d'anglais ou d'histoire-géo (en classe entière) le jeudi ou vendredi vers 16 ou 17 heures, ça me semble très très con.
L'après-midi pourrait être réservé aux disciplines où les élèves sont les plus "motivés" : sport, TP de sciences, atelier, T.I.C.E (cours de matières générales en salle informatique), ...

Certaines de tes affirmations ou questions me surprennent un peu : ne te vexe pas mais... tu es vraiment prof (actuellement je veux dire) ?

11. Le 31/01/2010, 17:01 par Resh

Toute ma vie j'ai passé mes après midi de cours à roupiller, et j'ai jamais relu mes notes (j'écrit trop mal) pourtant ca m'a pas empêcher de faire des longues études.
Pour beaucoup d'élèves, on apprends quasiment tout grâce aux manuels et quasiment rien grâce aux profs...
Faut dire, quel pourcentage de l'humanité est vraiment capable de maintenir une attention complète 8h par jours tous les jours ?

12. Le 31/01/2010, 17:41 par June Prune

@lulu au fait, tu veux pas répondre à la chaîne ? Tu trouvais le débat réducteur, alors peut-être que tes réponses l'ouvriraient un peu...
Comme tu veux. Sache que j'aimerais publier les réponses de ceux qui veulent sur mon blog (en citant évidemment les auteurs !).

13. Le 31/01/2010, 17:43 par June Prune

Merci, Olympe, pour ta réponse. Je la publierai chez moi avec les autres réponses à cette chaîne pendant une période où je serai absente de mon blog. (avec le lien vers cet article, et si tu le veux bien !)
Merci aussi d'avoir pu susciter tous ces commentaires passionnants.

@lulu : tes longs commentaires sont en effet passionnants. Tu parles d'éducation populaire... j'adorerais réussir à faire un peu plus entrer dans mes classes les valeurs de l'éducation populaire, à travailler en cours un peu plus comme je le fais dans le domaine socio-éducatif. Ce n'est pas facile, je cherche, j'expérimente, j'y crois encore, mais... Peut-être effectivement que de respecter le rythme de l'enfant à l'école serait un bon début pour améliorer nos pratiques pédagogiques.
Quant à la mixité et aux stéréotypes de genre à l'école, vaste programme. J'enseigne les mathématiques dans un collège et un lycée général, et je suis quotidiennement confrontée à l'autocensure des filles qui se disent nulles en math. J'aimerais faire part de mes réflexions sur ce sujet depuis que j'ai commencé mon blog, mais je ne trouve pas les mots justes. Où est vraiment la discrimination dans les cours scientifiques ? Comment les filles finissent-elles par se laisser convaincre que c'est pas pour elles ? Quels sont les stéréotypes que je nourris malgré moi dans mes classes ? Comment lutter contre ? Je crois que je vais finir par écrire un article ne contenant que des questions !

14. Le 31/01/2010, 18:00 par Thierry

@ Resh,

Je te donne raison... à moitié : en lycée général (et surtout au-delà), les cours sont tellement "livresques" qu'un (bon) livre pourrait les remplacer. C'est d'autant plus vrai qu'en lycée général et au-delà, les élèves savent déchiffrer un manuel !
Par contre, les collégiens et les lycéens de lycée pro. ne peuvent se contenter d'un bouquin. Les contenus y sont hermétiques, pour qui n'est pas familier des longs textes ou des théories abstraites.

Enfin, parler de 8 h par jour d'attention, tous les jours, c'est fallacieux :
- Ce n'est jamais 8 h d'affilée, mais au maximum 8 fois 55 minutes, avec une pause toutes les deux heures (récrés de 10 à 15 mn ; pause déjeuner 1 à 2 heures).
- Toutes les journées ne durent pas 8 heures, mais 7 heures en moyenne et au maximum (pour atteindre les 35 h maximum : 7x5).

Enfin, personne ne vise une attention totale pendant toute la durée de son "cours". Et le temps de travail n'y fait rien : si la semaine de cours était réduite à 20 h par semaine, je ne crois pas que les élèves seraient plus attentifs... Une caissière à mi-temps est-elle plus productive qu'une caissière à plein temps ?

15. Le 31/01/2010, 18:09 par lulu

@ thierry

oui oui c'est vrai je fais référence aux bep que j'ai eus et bien que n'en n'ayant plus j'ai du mal à me faire à l'idée que c'est fini...surtout que je n'ai surtout eu que ça.
C'est juste. Je pouvais tout aussi bien parler des Cap et bac pro. Je ne sais pas pourquoi j'ai insisté sur les bep...
Je me rends compte que j'ai tendance à refuser les derniers changements tels qu'ils se présentent...
Bien que j'apprécie les changements des programmes de bac pro, récents, et de cap moins récents (pour mes matières).
Mais sur ma pratique, que ce soit des cap ou des bac pro, mes préoccupations pédagogiques sont à peu près les mêmes.
J'ai moins de recul en fait.
Et le niveau des cap que j'ai est très préoccupant en matière d'hétérogénéité.
C'est fou...c'est vrai que je suis restée un peu bloquée sur mon expérience des bep.
Mille excuses.
Pour ce qui est de la répartition des cours sur la matinée pour les élèves, ça n'existe pas déjà dans un pays nordique je ne sais plus lequel?

Mais c'est toute une conception des études et du quotidien.

Je te demandais ce que tu en pensais au cas où tu en saurais plus.
En tout cas les cours d'enseignement général relégués à la périphérie des cours d'atelier(comme c'est le cas dans mon lycée), à l'échelle de la semaine ou à celle de la journée, c'est pénible.
Avoir des trous dans la journée alors que c'est difficile de pouvoir s'isoler pour travailler - ça dépend des lycées je suppose mais dans le mien c'est compliqué et en plus on se caille- je trouve ça rude quand tout reste à faire arrivé chez soi (sans compter la fatigue des élèves en dernière heure de cours). Quand en plus je passe une heure dans les transports pour rentrer.
Trop souvent couchée à minuit passé. Mais bon, question de matières, d'organisation un peu et question d'ancienneté. Encore que, il faut tellement s'adapter d'une classe à l'autre, d'un programme à un autre, d'une année à une autre...
C'est pour ça que travailler au lycée en journée plutôt que chez soi en rentrant me paraît pas mal.
Ca libère du temps pour la vie de famille ou la vie sociale.
On se résigne la plupart du temps à faire le strict minimum.

Et on supprime des postes. Et on brade les iufm. Et on supprime des disciplines fondamentales comme lhistoire-géo en terminale scientifique qui "sert à rien".
Et on met au pas les récalcitrants.

La période de l'année que je déteste le plus, le mois de septembre. Pas à cause de la rentrée, non, à cause du climat médiatique.

Mais il y a pire! Il y a le pseudo débat sur l'"identité française" par exemple. Ambiance, ambiance dans les cours. C'est l'occasion de rappeler des fondamentaux républicains, mais on se sent un peu seuls.

16. Le 31/01/2010, 18:20 par lulu

@june
je viens de lire les nouveaux posts, je reprends mon souffle et je réfléchis à une réponse. Pas de recette miracle mais je réfléchis à ce que je peux te répondre.

17. Le 31/01/2010, 18:25 par Karine

June Prune : je crois que l'association Femmes et Mathématiques a réfléchi sur le thème qui t'intéresse :http://www.femmes-et-maths.fr.fm
Bonne contninuation !

18. Le 31/01/2010, 19:13 par Tania

Après votre bel hommage au vieux prof que vous avez eu en première, je retiens de votre billet "ce qui ne s'apprend pas : être soi-même passionné par les matières qu'on enseigne et convaincu de son intérêt pour les élèves".
Quelque chose d'essentiel se joue là, incompris me semble-t-il des conseillers en nouveautés pédagogiques incessantes, et sans doute aussi de ceux qui pensent qu'un livre peut remplacer un cours donné par un professeur (quid pour les élèves qui aiment écouter, questionner, mais pas forcément lire ?) ou un ordinateur (comme ces nouvelles caisses de supermarché où le client scanne lui-même ses marchandises?).

19. Le 31/01/2010, 19:40 par dwormiller

Ca dépend du public, mais chez les jeunes (jusqu'au bac disons) un bon prof doit posséder un potentiel d'agression crédible. C'est la base.

Un élève, en cours, doit avoir la vigilance d'une gazelle s'abreuvant au marigot, les oreilles tendues, anxieuse à l'idée qu'un prédateur puisse rôder alentour.

Ce climat d'angoisse instauré, si propice au recueil d'informations, il n'y a plus qu'à dérouler: savoir, clarté, anecdotes, humour, maitrise du rythme, passerelles avec la vie réelle.

Sans oublier l'agression sporadique, imprévisible et brutale. Un entracte d'une minute, pas plus. Deux trois fois dans l'année, c'est assez. Ca suffit pour maintenir chez son auditoire un seuil de cortisol compatible avec un bon fonctionnement intellectuel.

Vous serez alors un bon prof, un prof intéressant et "qui sait se faire respecter".

Si je n'avais pas été d'une gentillesse pathologique, j'aurais aimé faire ce métier.

20. Le 31/01/2010, 20:58 par lulu

@tania
Oui c'est vrai je suis d'accord.
Mais je fais l'expérience de prof qui sont dégoûtés des
élèves parce qu'ils ne partagent pas la même passion pour leur savoir, leur livres ou autre et qui cantonnent leur rôle à ce seul "savoir".
Comment faire?
Pour ma part j'essaie de cultiver au maximum mon goût pour mes matières et d'éviter de faire passer les techniques devant les oeuvres par exemple en français.
Mais justement, comment rendre les oeuvres perméables et favoriser la rencontre quand aimer ces oeuvres ne suffit pas? Et comment développer le goût pour la difficulté car ce serait dommage de faire croire à la transparence des textes?

Comment tenir compte de leurs difficultés particulières à rencontrer les oeuvres quand la passion des textes ne suffit pas?

Donc justement je réponds @ June et ça fera peut-être aussi une réponse.
Et je ne dis pas que j'excelle en la matière mais c'est disons ma ligne d'horizon. Elle vaut ce qu'elle vaut, je ne dis pas savoir ou comprendre tout sur tout.

Je pense que probablement que pour lutter contre les stéréotypes "d'infériorité" féminine il faut développer des stratégies où les élèves font l'expérience de leur capacité.

Pour que les filles se sentent capables en mathématiques, peut-être faut-il qu'elles se sentent capables tout court. Et je pense que tout ce qui dans la classe permet de créer et d'organiser des opportunités de prise de parole, de prise de responsabilité, de situations où elles découvrent qu'elles s'en sortent très bien, peut restaurer le désir de se saisir des choses, même quand elles semblent difficiles. Mais c'est valable aussi pour les garçons. Ce qui est exacerbé par l'adolescence non? La mutation fait douter de sa force, de sa capacité.
Surenchère de gros blousons et d'attributs en tous genres. Enfin, c'est un peu comme ça que je vois les choses. Demander à un élève qu'il enlève son blouson en début d'heure c'est un peu lui demander de quitter son armure je trouve. Paye ta lutte! Et c'est important de l'exiger. Découvrir qu'on n'a pas besoin de son blouson pour être digne d'être considéré comme capable, comme ayant de la valeur, à nos yeux d'abord.

Peut-être que derrière l'idée je suis "nulle", les filles se persuadent-elles que c'est parce qu'elles sont filles et même se réfugient-elles dans cette explication qui leur évite de se confronter à leurs difficultés?
Donc, en mathématiques ou en sciences ma foi je suis mal placée pour en parler mais en français on pratique par exemple ce qu'on appelle l'écriture longue. Je ne prends que cet exemple pour ne pas faire trop long et je le résume donc je saute des aspects. Il s'agit de mettre les élèves en situation d'écriture.
Première étape souvent: libérer l'écriture. Dédramatiser l'orthographe pour y revenir plus tard et sans lui donner une place qui occulterait tout le reste, écrire un premier jet, un peu comme ça vient sur la base de critères simples, accessibles avec pour appui en général un texte littéraire qui sert de modèle, sachant que derrière l'exercice d'écriture il y a le prétexte d'écriture pour entrer dans la lecture du texte dont on repère les phénomènes d'écriture. Puis opérer des retours sur ce qui a été écrit pour s'améliorer d'après des conseils de réecriture dont des conseils élaborés avec les élèves pour complexifier le style par exemple, en introduisant une figure de style ou une phrase complexe qu'on aura préalablement identifiées dans le texte d'appui et dont on aura vu la portée littéraire. Et de fil en aiguille arriver à un dernier jet beaucoup mieux que le premier avec tout ce que ce processus a permis en terme de découverte du texte littéraire, de plaisir lié, de fous rires, de remarques, d'échanges, de maîtrise de la langue, mais aussi de confiance dans sa capacité à progresser. Et la fierté, l'étonnement d'avoir été capable de ça.
Echapper aux déterminismes du "je suis nul(le)" par des stratégies qui développent la confiance dans ses capacités. Faire l'expérience de ses réussites ça donne envie aussi d'aller voir plus loin car on s'en sent capable.

Encore plus concrètement, se forcer à demander à une fille de porter les manuels plutôt que de faire appel tout de suite aux gros biscottos d'un garçon. Ca n'empêche pas aussi de le faire mais pas si c'est pour signifier là une différence qui n'a pas vraiment lieu d'être. C'est pas un sac de ciment non plus. D'ailleurs on pourrait voir à repenser le standard des sacs de ciment...Non? Ah non. Bon.

Peut-être qu'on peut lutter contre des stéréotypes essentiellement par des biais de comportements, notamment pédagogiques. Et fatalement dans nos comportements sociaux, choix politiques (la loi Haby sur la mixité à l'école est une grande avancée, même si en lycée pro elle s'avère insuffisante)...
Je verrais plutôt ça comme ça, enfin j'enfonce des portes ouvertes.
Et je trouve que l'émancipation féminine rejoint l'émancipation tout court. Et je comprends le désarroi des profs de collège et de lycée qui sont pris dans des logiques de sélection parce que la réussite est vue souvent du point de vue de schémas prédéterminés plutôt que du point de vue du cheminement de l'élève.
Cela dit le lycée pro aussi a ses sélections.

J'arrête là sinon je vais faire trop long.
Et pardon si c'est réducteur je voudrais développer à chaque phrase mais bon.
J'aurais pas dû dire que j'enseigne le français car je ne vais plus avoir droit aux fautes d'orthographes.
Bouh!

21. Le 31/01/2010, 21:42 par olympe

j'en reviens pas du nombre de commentaire pour un tag hors sujet par rapport au blog. et de la qualité aussi des commentaires.
j'ai juste essayé de donner une illustration d'une idée à laquelle je tiens, et en cela je suis d'accord avec Thierry ...... l'élève ne peut qu'être actif dans sa formation. A certains moment il devra apprendre des choses par coeur ou des techniques complexes mais il doit avoir décidé de le faire parceque ça a du sens pour lui (et pas seulement pour la note).
et si mes souvenir d'écoles sont lointain, mes enfants sont au collège et au lycée. au cours de ces années je n'ai vu quasiment que des enseignants motivés et qui font de leur mieux pour accompagner les enfants. mais je vois aussi mes enfants qui s'ennuient souvent à l'école et je ne suis pas fière de ce qu'on leur impose .

Karine, c'est peut être différent pour le sport non ? qui est en soi beaucoup plus ludique que d'autres matières ?
Resh, on a failli être d'accord. mais la carotte à l'argent ne marche pas pour la génération Y

Lulu désolé pour la simplicité du billet, je ne pensais pas engager une réflexion de fond, mais je pense aussi que le modèle de réussite qu'on impose est aberrant et met en situation d'échec des enfants qui auraient des capacités multiples si elles étaient valorisées . tu devrais répondre à l'invitation de June Prune et en faire un billet.
sinon mes souvenirs sont certainement différents de ce que vivent les élèves aujourd'hui mais je ne suis pas issue d'un milieu social privilégié.

Tania, je comprends que les profs puissent se décourager en ce moment, comme c'est le cas d'ailleurs de beaucoup d'autres professions qu'on ne jugent plus que sur des indicateurs de performances en oubliant l'essentiel (qui, comme chacun sait ne se voit pas avec les yeux)

Dwormiller, je suis presque déçue vous n'avez pas une vidéo de chimpanzé enseignant quelque chose à un petit ? mais je pense que la notion d'autorité, puisque c'est de ça qu'il s'agit, n'est pas une question de cortisol et d'agressivité , conception très machiste de l'autorité, et là je pourrais en parler à partir de lmon expérience tant personnelle que professionnelle

22. Le 31/01/2010, 22:16 par lulu

@ Olympe
Pardon je suis un peu tout feu tout flamme, je viens de comprendre un peu d'où partait ce thème.
Je ne suis pas fortiche en blog et en rituel de tags.
En fait Matthieu vous demandait de partir de vos représentations justement. Et je vois qu'il regrette la disparitions des iufm. Même combat!

@ june
Tu parles d'éducation populaire en milieu socio éducatif, ça m'intéresse?
Pour ce qui est de ton blog, je ne sais pas bien comment procéder sans me disperser et sans passer pour spécialiste es quelque chose. Je vais y faire un tour.

23. Le 01/02/2010, 03:44 par dwormiller

@ Olympe
Oui, il y a plusieurs types d'autorité. Vous utilisez "machiste" comme synonyme d'"agressif". Rachida Dati fait marcher ses collaborateurs avec ce genre d'autorité.
J'aurais aimé savoir - si vous avez regardé les liens - ce que vous inspiraient ces femelles singe vert qui préfèrent jouer avec une poupée ou une poêle, alors que leurs congénères mâles s'attardent sur la voiture de police et le ballon orange.

24. Le 01/02/2010, 15:04 par Océane

Voilà un sujet qui fait réagir ! je vais essayer de répondre au mieux ! merci d'avoir pensé à moi :)

25. Le 01/02/2010, 23:14 par June Prune

@Océane : oui oui réponds :-)))

26. Le 01/02/2010, 23:14 par June Prune

@Karine : Merci pour le lien, j'en avais déjà pas mal entendu parler, voici l'occasion de me plonger vraiment dedans !

27. Le 20/02/2010, 09:14 par Le Journal de Chrys

Et qu'est-ce que le bon élève face à ce bon prof????

J'ai plus l'impression qu'on parle du prof "idéal" que du bon prof....

Pour ce qui est de ma conception qui sera beaucoup plus mesurée: un prof doit être suffisamment bon (à la façon dont Winicott l'entendait pour la mère) et, tant mieux, si parfois on rencontre mieux!!!!!

Oui oui, je suis prof.
Je l'ai été plus de 10 ans en Segpa et maintenant, depuis septembre 2009, je suis en maternelle.