Un patron si troublant

C'est le titre du Harlequin que j'ai lu en vacances pour faire plaisir à Chiffonette et Fashion

Et il me faut bien avouer que j'ai passé un agréable moment : on a beau être féministe on n'en reste pas moins une midinette dans l'âme !

Ce n'est pourtant pas le suspens qui m'a tenue en haleine parcequ'à la 2eme page j'avais deviné la fin (quoi que j'ai quand même été surprise que l'héroïne tombe enceinte par inadvertance).

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En résumé : Rose est une assistante parfaite, mais elle est folle amoureuse de son patron. Amour sans espoir bien entendu puisque Gabriel n'est qu'un odieux séducteur multipliant les conquêtes. Elle rentre d'un congé de 3 mois en Australie qu'elle a pris pour aider sa soeur qui vient d'avoir un bébé. Et sa sœur l'a convaincue de mettre fin à cette histoire impossible en démissionnant.

Elle s'y prend cependant d'une drôle de façon et raconte, plutôt que de négocier un bon licenciement, qu'elle souhaite évoluer dans sa carrière et reprendre pour cela des études ce qui l'oblige à partir.

Gabriel, qui s'est aperçu durant ces 3 mois qu'elle était en fait une assistance irremplaçable, (il n'a pas réussit à en trouver une autre qui le supporte), retrouve de plus, au lieu de l'assistante un peu enveloppée et habillée comme un sac qu'elle était auparavant une jeune femme sexy qui a perdu du poids et changé de garde robe. Il est donc prêt à tout pour la garder, refuse sa démission, lui propose un temps partiel et même de lui financer ses études. Et il lui promet une promotion lorsqu'elle aura son diplôme. Sympa quand même !

Et cette Rose, qui répète à longueur de temps qu'elle doit absolument partir accepte une invitation au restaurant soi disant pour faire le point sur des dossiers, le laisse s'inviter chez elle pour un boire un verre et soi disant faire le point sur des dossiers et finit par se retrouver (je vous passe les détails) seule avec lui dans une maison isolée sur une ile des tropiques une nuit d'ouragan. Je vous laisse imaginer la suite.

Il y a plusieurs décennies que je n'avais pas lu d'Harlequin et j'ai trouvé que ça avait bien changé depuis. A l'époque les filles ne couchaient pas ! Elles embrassaient sur la bouche, à la fin quand la demande en mariage était imminente. Aujourd'hui, un coup de vent, des volets qui claquent, une grosse araignée et hop la demoiselle saute dans les bras du play boy. En plus elle aime ça, recommence plusieurs fois par jour et aucun détail ne nous est épargné. Bon quand même précisons que ce n'est pas une aguicheuse, même qu'elle met des culottes blanches en coton ( et lui "préfére ça aux slips sexy en dentelle" )

Je pense par contre qu'il conviendrait que les services de santé ou Act up se penche sur cette littérature, parceque les tourtereaux emportés par leur élan ne prennent pas la moindre précaution. Rose sait pourtant que son patron est un chaud lapin puisque c'est elle qui est chargée d'envoyer les bouquets de fleurs et les cartons de ruptures à ses multiples conquêtes (elle de son côté à l'air parfaitement chaste). D'ailleurs elle tombe enceinte vite fait, ce qui va permettre à Gabriel de comprendre enfin qu'il n'y pas que le sexe dans la vie ! Apparemment personne n'attrape de maladie, mais ce n'est quand même pas un exemple à donner. Donc, s'il vous plait, mesdames les auteures d'Harlequin, donnez des capotes à vos personnages dès le premier rapport.

De mon temps les Harlequines ne faisaient pas de régime, elles étaient naturellement magnifiques, se croyaient moches mais il suffisait d'une nouvelle coupe de cheveux et d'un nouveau rouge à lèvres pour que leur beauté se révèle.

De mon temps les Harlequins mâles ne faisaient pas la vaisselle ni la cuisine alors que Gabriel sait tout faire et ne rechigne pas

De mon temps les Harlequines ne clamaient pas leur besoin d'indépendance. Rose si ! mais elle n'est quand même pas prête à bouleverser le monde. Ce qui donne par exemple cette phrase d'anthologie "Je ne serai jamais attirée par un homme qui se sentirait menacée par mon indépendance, déclara-t-elle dans un souffle, déstabilisée par la présence toute proche de Gabriel. d'ailleurs, même si je ne suis pas assez féministe pour vouloir un homme au foyer, je me passerai encore plus volontiers d'un homme des cavernes."

Donc Rose est féministe, mais pas trop. Les féministes veulent , c'est bien connu asservir les hommes en les mettant au foyer, et elle elle n'est pas comme ça. C'est juste qu'elle ne veut pas un homme des cavernes (je ne sais pas ce qu'elle entend par là, mais à priori je souscris aussi). Et ça tombe bien parce que Gabriel a la même vision des choses " Je suis moi-même un homme protecteur. Vous feriez mieux de faire attention ceci-dit. Votre homme des cavernes ne va pas apprécier que sa femme chasse les proies aussi bien que lui. Ne recherchez pas trop d'indépendance. Cela pourrait vous nuire." (je vous jure c'est écrit page 50). Au final Rose, qui en fait n'a jamais eu l'intention de reprendre des études ni d'avoir une promotion tombe enceinte, Gabriel s'aperçoit qu'elle est la femme de sa vie, qu'il en a assez des conquêtes sans lendemain et rêve d'une vraie famille et tout est bien qui finit bien.

Moralité : si vous voulez être indépendante, si vous voulez une promotion, si vous ne supportez pas votre chef tyrannique vous avez le droit bien sûr mais dans ce cas débrouillez vous toute seule parce que vous n'avez aucune chance d'épouser le patron. Bien fait !

Et comme j'y ai pris gout j'attends avec impatience le 1er septembre pour acheter l'un des titres de la rentrée "la maîtresse bafouée". J'ai hâte aussi de lire tous les comptes rendus que vont publier les 74 blogueuses et blogueurs inscrits.

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Commentaires

1. Le 24/08/2009, 13:04 par dwormiller

Ah la la, toujours ce réflexe militant de vouloir que les fictions soient édifiantes (horreur, ils n'ont pas mis de préservatif et en plus ils n'attrapent même pas de maladie).

2. Le 24/08/2009, 13:12 par dwormiller

Olympe, si vous lisez l'anglais, ce débat devrait vous passionner:
http://www.edge.org/3rd_culture/deb...

En 2005, le doyen de Harvard s'est fait virer pour avoir tenu des propos polémiques. Se basant sur un certains nombres d'études scientifiques, il a émis l'hypothèse - prudemment pourtant- que si les filles étaient moins représentées dans les cursus scientifiques, c'étaient que la variance de l'intelligence des garçons était plus grande (si les deux sexes ont globalement le même QI, il y a plus de garçons très intelligents que de filles très intelligentes. La courbe de Gauss des hommes est plus étalée aux extrêmes, celle des femmes est un peu plus compacte).

A la suite de la polémique, Harvard a organisé un débat entre Spinker et Spelke qui enseignent tous deux là bas. Je n'ai pas trouvé l'intervention de Spelke malheureusement, mais les arguments de Spinker permettent de comprendre pourquoi les femmes sont moins représentées à certains postes.

3. Le 24/08/2009, 13:43 par olympe

Dwormiller vous me fatiguez. je me demande ce que je pourrais écrire qui trouverait grace à vos yeux ? mes enfants ont entre 14 et 18 ans alors la question de la protection n'est pas qu'un effet de style c'est un sujet important pour moi

pour ce qui est de l'étude je la connais. elle n'explique pas du tout pourquoi il n'y a massivement que des garçons dans les études scientifiques. quand à expliquer avec ça l'absence des femmes dans certains postes il faudrait déja 1/ savoir de quelle intelligence on parle 2/ vérifier que les hommes qui les occupent sont ceux qui ont ces superQI de compétition

4. Le 24/08/2009, 19:47 par Floréal

A part que les patrons, c'est plus souvent gras du bide, vieux et moche que play-boy. M'enfin celui qui vous offre un temps partiel pour le salaire d'un plein temps, et qui vous paye vos études, y a vraiment que dans les romans. Du pur paternalisme.

Et en plus elle s'appelle "Rose"? Vraiment une Harlequinade.

5. Le 24/08/2009, 20:03 par Stedransky

Les romans de gare ou à succès sont aussi, je pense, un lieu tout à fait adapté de la pensée féministe. Le prince charmant qui fait la vaisselle, j'applaudis à deux mains ! Mais évidemment, il veut garder sa position de mâle protecteur. Je suppose qu'Harlequin doit considérer le condom comme un tue-l'amour, un obstacle à la confiance totale de l'Harlequine envers son Homme ?!
Dans le même genre, la saga adolescente américaine Twilight a beau jeu d'éluder la question des Mst avec un héros vampire, qui ne peut pas être malade. Et dans le dernier tome, on s'aperçoit que ses spermatozoïdes fonctionnent, sale coup pour l'héroïne, je vous jure !

6. Le 24/08/2009, 22:15 par dwormiller

@Olympe
J'ai trouvé votre post intéressant (j'aurais dû le signaler c'est vrai). Je me suis même dit qu'un jour il faudra que j'en lise un, de Harlequin.

7. Le 24/08/2009, 23:51 par Erasme de Metz

sur la sous-représentation des femmes en filière scientifique, j'avais plutôt lu des études (scandinaves et US) qui mettaient en cause la mixité et surtout la différence de comportement (inconsciente) des profs vis-à-vis des femmes ou des hommes face à des classes mixtes ... cela avait conduit à des tests de dé-mixité (??) (dans les classes, ou pour certains cours, mais pas dans les enceintes des écoles) ... avec des résultats positifs ... mais je n'ai aucune référence sous la main.

C'est vrai que cela donne envie de lire un harlequin :-))

8. Le 25/08/2009, 07:59 par zigazou

Mouaif… suis pas sûr de vouloir lire un Harlequin un de ces quatre.

Ça renforce le stéréotype de la femme amoureuse qui attend que l’être aimé comprenne qu’il l’est. Et hop, un petit battement de cil. Et hop, que serais-tu si je n’étais pas là.

C’est troublant ce que ça peut aussi me rappeler les situations décrites dans “Le complexe de Cendrillon” de Colette Dowling (ça vaut ce que ça vaut) : alors qu’elle pourrait parfaitement s’en sortir toute seule de son côté, elle préfère se placer sous le patronnage d’un homme (à quoi bon se fatiguer à reprendre ses études ?) et à assurer son intendance.

Bref, on reprend les mêmes trames qui fonctionnaient autrefois, on les remet au goût du jour en enlevant les éléments qui ne passeraient plus aujourd’hui. Et ça passe…

« et lui "préfére ça aux slips sexy en dentelle" »

Ouh la la ! Il a des déviances sexuelles celui-là ! Il faut s’en méfier ;-) Ou bien c’est un hypocrite ;-p

9. Le 25/08/2009, 11:45 par Poulpy

Bonjour Olympe,
Attention, la capote, y'en a dans les harlequins! Y'a des séducteurs sérieux.
Sauf quand le ressort principal de l'intrigue est qu'elle tombe enceinte, hein, sinon tout le livre tombe à l'eau.
Et c'est systématiquement présenté comme le moyen de "la" protéger, vu que lui c'est un coureur et qu'elle, elle est innocente. C'est jamais parce qu'elle a déjà eu plusieurs partenaires, non, c'est toujours lui. Jamais je n'ai vu une harlequine proposer de mettre un préservatif, c'est toujours lui qui y pense (ou pas, mais aprés il regrette de l'avoir mise en danger).
Et j'en ai vu qu'une fois qui prenait la pilule (mais elle avait eu un virus, avait rendu son comprimmé et donc, paf, enceinte).
D'ailleurs elle n'a jamais connu l'orgasme avant de le rencontrer. Pour autant qu'elle ait déjà connu un mâle, ce qui n'est pas toujours le cas, par contre si elle est vierge, elle connait l'orgasme dés sa première nuit avec lui (si c'est déjà arrivé à une femme réelle, je veux des preuves!).

10. Le 30/08/2009, 21:27 par muse

Olympe,

J'ai adoré ton commentaire. J'étais écroulée de rire tellement c'était bien vu.
Mais tu sais, l'héroïne d'Harlequin n'a pas vraiment changé avec le temps.
C'est toujours le même schéma: la jeune fille pauvre et obscure (jolie mais qui l'ignore) qui épouse le jeune premier fringuant, au départ détestable mais qui finalement est un homme charmant et adorable quand on perce sa carapace. Après, les variantes pour arriver au beau mariage, c'est juste pour la décoration stylistique pour flatter les lectrices mais ça ne veut pas dire grand-chose au plan des idées puisque le schéma de base est l'éloge du patriarcat et de la soumission des femmes aux hommes.

Tu prends un bouquin écrit dans les années 20-3O par Delly -l'ancêtre des romans Harlequin- tu retrouves la même trame mais avec les références de l'époque (et parfois même avec plus de féminisme qu'aujourd'hui où, hormis une certaine libération des moeurs et quelques descriptions très explicites de sexualité, les revendications d'indépendance et de liberté restent molles).

L'idée principale du roman à l'eau de rose Harlequin repose sur la femme qui doit se ranger socialement dans le mariage (de préférence avec un monsieur qui a de l'argent et du pouvoir, afin d'être totalement hors du besoin) et la maternité (considérée comme seule réalisation constructive possible pour une femme). Hors de là, point de salut.

Par contre, l'idée de "je suis féministe mais pas trop" est quelque chose qu'on observe beaucoup je trouve parmi les femmes d'aujourd'hui ayant la trentaine. On croirait souvent que beaucoup s'excusent du féminisme de leurs mères, grands-mères et du leur. Ce que je trouve dingue au vu des situations encore difficiles que nous affrontons toutes et du revival réactionnaire politique et religieux que nous vivons actuellement, et qui nous dénie totalement le droit de disposer tant de liberté individuelle que collective.

Et le roman Harlequin semble soutenir cette vision: ne soyez pas trop féministes mesdames si vous voulez passer des nuits torrides, vous marier et avoir le mari de vos rêves...
Faudrait peut-être faire lire aux filles fans d'Harlequin le petit traité de Laclos "Des femmes et de leur éducation". Ca leur permettrait de comprendre qu'il existe des hommes féministes.
Mais bon...je suis pas sûre que ce genre de littérature leur plaise.
Et puis, le discours de Laclos risquerait de leur faire un choc quand il dit que les femmes ne doivent rien attendre des hommes et qu'elles doivent se battre courageusement et durablement pour sortir de l'esclavage dans lequel les hommes les enferment. Tu imagines leur tête?
Là ce serait dépression assurée!!!

11. Le 03/10/2009, 16:36 par Lhisbei

mais que se passerait-il si le patron chez Harlequin était une femme ? Que deviendrait Rose hum ? ;-)

12. Le 03/10/2009, 20:53 par muse

Elle essaierait un double gode avec sa patronne entre deux consultations de dossiers? :-)))
Et elle envisagerait d'adjoindre un collègue homme dans les ébats histoire que l'histoire torride avec sa patronne ait encore plus de piquant et qu'éventuellement, elle puisse devenir mère au foyer et rangée des voitures comme toute bonne héroïne harlequine qui se respecte.
C'est déjà trop hot? Baaaaaaah...je suis sûre que ce genre de récit aurait du succès et qu'on verrait à coup sûr ces messieurs se lancer daredare dans ce genre de lecture.