L'INED a publié la semaine dernière une étude qui a été beaucoup commentée.

On y apprend, ou plutôt on y confirme que les femmes assument toujours 80% des taches ménagères, parmi les taches citées il en est une que les hommes ne font quasiment jamais c'est le repassage.

L'arrivée d'enfants augmente la part des femmes, essentiellement parce qu'elles diminuent à cette occasion leur activité professionnelle.

Il est  à noter que cette accentuation des inégalités après l’arrivée d’un enfant est mal vécue par les femmes .

Enfant ou pas enfant, on peut donc une fois de plus constater que les taches domestiques restent un enjeu essentiel des inégalités hommes/femmes. Notamment parceque le temps est l'énergie qu'elles y consacrent sont perdus pour d'autres activités : travail mais aussi loisirs, sociabilité etc...

Le phénomène est certainement complexe. Si les femmes font davantage le ménage c'est qu'on leur a assigné cette tache dès leur enfance (pas forcément en famille, mais dans les livres, à la télé, les jouets etc..) elles s'en sentent donc davantage responsables. Si le logement n'est pas assez bien rangé "on" va penser que la maitresse de maison n'est pas à la hauteur, si les chemises de monsieur ne sont pas bien repassées qui va imaginer que c'est de sa faute ? C'est leur compétence et leur estime de soi qui est en jeu.

Résultat, les femmes ont un niveau d'exigence beaucoup plus important que celui de leur compagnon concernant les taches ménagères et si les jeunes couples ont souvent désormais le désir de les partager il n'est pas certain que ces bonnes résolutions se maintiennent dans la durée.

Jean-Claude Kaufmann, sociologue connu, auteur notamment en 1997 d'une étude sur le sujet (Le coeur à l'ouvrage) donne un exemple dans Sciences Humaines de novembre (Billet non sponsorisé) que je trouve parlant :

Voici ce qu'il dit :

"Prenons l'histoire d'un jeune couple, Sabine et Romain. Pendant toute son enfance Sabine a intériorisé des automatismes corporels la poussant à ranger la maison; alors que Romain au contraire s'avoue même au contraire incapable de passer le balai. (...) Sabine aspire à ne pas "devenir une bobonne", comme elle dit ; Romain s'affiche par principe comme partisan du partage des taches ménagères. Or leur histoire impose et définit un un contexte domestique radicalement différent : une maison très rangée mais ou Sabine fait tout, ou une répartition plus équitable mais joyeusement "bordélique". Après bien des tâtonnements ils vont finir par pencher ensemble dans une même option, laissant opérer les déterminations incorporées. Sabine va devenir une "bobonne". Mais l'important est de dire que ce scénario n'était pas écrit d'avance : ils auraient pu aussi imposer la rupture subjective autour de l'idée égalitaire qui les anime tous les deux."

Acceptons donc les chemises non repassées et le joyeux bordel.