La place de conjointe du Président est certainement très difficile à occuper dans un monde où une femme est toujours suspectée de ne pas savoir penser par elle-même.

Carla Bruni  avait choisi de jouer "Madame Monmari" et d'assumer la fonction de repos du guerrier. C'est à dire de préserver pour son champion un havre de paix , de sérénité,  où il puisse se reposer de ses guerres quotidiennes. L'une des fonction dévolue aux femmes depuis des siècles ! Car enfin, pourquoi tient-on autant (c'est du moins ce qu'on nous dit) à ce que notre président soit heureux en ménage ? On comprends que les britanniques se réjouissent du mariage de William, ils espèrent des héritier(e)s pour leur monarchie.Mais ce n'est pas notre cas. Certes, il est rassurant de le savoir sans soucis d'ordres personnels et disponible pour les affaires de la République, mais le bonheur n'existe-t-il que dans le cadre du couple ( hétéro cela va de soi) ? 

Mme Trierweiler ne semblait pas faite du même bois que Mme Bruni, ayant démontré une personnalité indépendante et ferraillé pour conserver son métier de journaliste.On espérait  qu'elle pourrait réussir à être autre chose que la femme de. Car il y a effectivement une grande injustice à obliger les conjointes d'hommes politiques à renoncer à leur propre activité. 

On avait  eu un doute,  en  la voyant dans le même temps qu'elle revendiquait cette indépendance, endosser avec apparemment beaucoup d'appétence le rôle de 1ere dame. Elle avait beau réclamer une autre appellation, elle n'a pas raté une occasion d'apparaitre au coté de François Hollande sans avoir aucune fonction particulière : le 6 mai, lors de l'investiture, aux USA etc. Dans le même temps on apprenait qu'elle disposait à l'Elysée d'un bureau et d'un cabinet.

Même si elle avait un peu de temps pour se décider il allait lui falloir faire un choix : devenir une proche conseillère de l'Elysée au statut particulier et se plier aux règles de loyauté qu'exige ces fonctions, ou prendre des distances pour rester journaliste.

Aujourd'hui on ne sait pas très bien ce qu'elle choisit. Elle s'exprime comme une politique, qu'elle n'est pas. Sa seule notoriété provient de celle de son compagnon, elle n'a rien fait, rien prouvé qui lui donne une quelconque légitimité politique. Prétendre qu'elle conserve toute sa liberté d'expression est illusoire, elle n'est plus une citoyenne lambda. Et étant elle-même journaliste elle était bien placée pour imaginer la tempête que susciterait son tweet.

Ce qui est sûr c'est que, outre qu'elle créée un imbroglio politico sentimental sans précédent, c'est un mauvais coup porté à l'image des femmes en politique. Ce n'est pas sur elle qu'il faudra compter pour progresser de ce point de vue.

Le pire est certainement de voir Ségolène Royal, qui est quand même une personnalité politique de 1er plan, ravalée  au rang de protagoniste d'une sombre affaire privée de jalousie. On avait déja eu droit à un gros titre de ELLE "Première dame contre première femme", Partout on parle  désormais de "crépage de chignons", on parle de "guerre des roses" et le titre du C'est dans l'air de ce soir était "bataille de femmes dans la campagne".

Ça a aussi donné l'occasion de ressortir tous les vieux clichés machos. Du style "vieille harpie jalouse ", du style "cherchez la femme" comme si une femme les représentait toutes. Ce n'est pas parce que celle là fait preuve d'une jalousie mesquine que toutes sont ainsi. Mais cette façon de généraliser est très fréquemment utilisée pour les femmes.

Enfin, en interrogeant sa relation avec François Hollande sur le mode "il ne sait pas tenir ses femmes", "mais qui donc porte la culotte" etc. on remet en selle une vision qu'on croyait dépassée des relations de couples.

Curieusement CC la soutient , Doudette s'amuse, Catnatt est furieuse, Dedalus pense aux féministes,   Jegoun essaye de détourner l'attention et Juan tente des hypothèses.