Le discours de Raphaël Enthoven est la séquence des universités du féminismes qui a été la plus commentée. Il faut dire que non seulement il est le seul homme, hormis le porte parole du gouvernement,  à avoir bénéficié d'une tribune pour lui tout seul, mais que cette tribune a été, et de loin, la plus longue de ces 2 journées. Un homme qui monopolise la scène longtemps, voila qui n'est pas très féministe.

Je l'ai trouvé assez pénible, il parlait fort, hurlait presque, avec des effets de style et de manches pédants. Visiblement il aime s'écouter parler. A ce propos vous pouvez lire ce qu'en dit ce blog de rhétorique. Je crois que j'ai assez vite décroché, mais je me suis rattrapée en lisant le texte intégral de son intervention ici.

Comme il est long  je vous en fait un résumé commenté.

Du coté du bien...et de la ministre

Il commence par remercier chaleureusement la ministre en la félicitant de ne pas avoir cédé à ceux, et surtout celles, qui voulaient l'empêcher de prendre la parole. Légèrement flagorneur je trouve. D'autant plus qu'il ne rate pas une si belle occasion de rappeler qu'il a écrit la préface du livre de Marlène Schiappa sur le viol.

Son vocabulaire est celui du combat : des courageux (lui évidemment) contre les lâches. Combat qui reste cependant verbal puisqu'il se passe en réalité sur les réseaux sociaux, mais n'en est pas moins violent et qu'il décrit avec une débauche de mots : anathèmes, avanies, insultes, confiscation du débat, profération, vilipendée, accusations insensées, vacarme.

Il annonce ensuite le sujet qui lui a été proposé, et qu'il qualifie de bizarre "Peut-on parler du féminisme quand on est un homme ?

Féminisme et antiracisme

Il explique en quoi cette question lui parait anormale (pour plus d'analyses sur les arguments utilisés voir le blog sus-cité) et surtout fait un parallèle avec d'autres combats menés au nom de l'égalité, notamment celui contre le racisme. 

La question commune de toutes ces luttes est "au nom de l'égalité entre les individus : faut-il privilégier la parole des concernés". Il y répondra évidemment par la négative, sinon il ne pourrait plus parler de grand chose n'étant guère concerné que par l'antisémitisme comme il l'explique plus tard. 

Il veut bien reconnaitre que "rien ne remplace le fait d'avoir vécu ce dont on parle" et que les réunions non-mixtes permettent aux femmes de se sentir plus libres pour discuter, mais il relègue cet argument au second plan car l'effet premier selon lui  est de communautariser le combat. 

En ce qui me concerne j'ai toujours pensé et dit, que le combat féministe ne pouvait pas traité de la même façon que ceux des minorités. Pour deux raisons, simples. La première est que les femmes sont 52% de la population et ne sont donc pas une minorité, la seconde parce que les hommes et les femmes sont obligés de vivre ensemble, ne seraient-ce pour perpétuer l'espèce. Dans une société on peut cloisonner et faire que jamais ne se rencontrent les personnes d'ethnies, de religions, de cultures, d'orientations sexuelles différentes, on peut faire en sorte que leurs vies soient radicalement différentes on ne peut pas empêcher que les hommes et les femmes vivent ensemble, que les garçons côtoient leurs mères et leurs soeurs. Raphaël Endhoven reprend ici un parallèle qui est désormais commun mais pollue considérablement le débat car il revient à utiliser les mêmes arguments pour des causes qui ne sont pas de mêmes natures.

Il continue sur ce terrain, pour expliquer les risques de cette non mixité fut elle provisoire. La mixité ne permettra pas de résoudre un problème qui est social et ne concerne pas que celles et ceux qui en souffrent. Elle ne permettra aucunement de faire disparaitre la domination masculine. Au contraire peut-être c'est un remède qui aggrave le mal en  augmentant le cloisonnement qui est ce que l'on combat et en favorisant le repli communautaire. Or, je le redis je récuse le terme de communautarisme pour ce qui concerne les femmes.

Il termine cette partie par un couplet sur ce qu'est être victime. On peut le suivre lorsqu'il estime que les victimes ne sont pas les mieux placées pour dénoncer car la violence subie n'est pas bonne conseillère et la souffrance n'est pas un diplôme. Qu'elle "est une loupe qui donne à ce qui nous arrive l'ampleur d'une vérité universelle" Mais comment peut-il aller jusqu'à cette phrase "Etre victime n’est pas un passe-droit, mais une exigence supplémentaire" ?

Les féministes contre lui

Il termine en reprenant les accusations qui lui sont faites personnellement : négation de la culture du viol, racisme

L'un de ses argument massue est que celles-là même qui lui reprochent d'être un homme et donc illégitime pour intervenir dans le débat font preuve de la même véhémence envers les femmes qui ont signé la tribune pour le droit d'être importunée. Comme quoi le genre ne fait rien à l'affaire.

Pour ce qui est des propos racistes, et il termine là-dessus il remarque que toute tentative de critique envers une association comme Lallab ou le voile islamique sont traités comme des propos racistes. Ce qu'ils ne sont pas.

Conclusion engagée certes mais qui n'apporte rien de nouveau à ce que l'on lit à longueur de journée sur les réseaux sociaux.

Et alors ?

Tout ce long discours vise à expliquer en quoi Raphaël Endhoven se sent parfaitement légitime pour parler de féminisme.
OK. De toute façon je n'y voyais pas vraiment d'inconvénient.
Mais ce qui m'aurait bien davantage intéressée aurait été de savoir ce qu'il pouvait apporter aux débats en tant qu'homme, ce qu'il pouvait lui contribuer à changer de sa position. Pas un mot là-dessus. 25mn donc pour dire en quoi c'est normal qu'il parle pendant 25mn.

Pour que vous compreniez l'ennui de la salle quelques phrases, que je ne comprends pas n'étant pas moi-même doctrice en philosophie :

"N’en déplaise à ses défenseurs, la relative efficacité d’une méthode n’a jamais préservé de ses effets délétères, tout comme l’efficacité d’un médicament n’exclut pas la possibilité d’effets indésirables. Le dire n’est pas s’en réjouir. Une description n’est pas une prescription."

"Car le fait d’insister, comme ils le font, sur le caractère «provisoire» et «limité» de la non-mixité, revient à suggérer, même inconsciemment, qu’on connait, même quand on y est favorable, les risques que ferait courir à l’unification de la société l’extension dans le temps et dans l’espace d’une telle logique cloisonnante. Et pour cause la non-mixité promet de s’abolir, de disparaître d’elle-même le jour où le racisme disparaîtra."