Dix femmes du Vermont, démocrates, ont posé nues pour une séance photo intitulée «Grab Them by the Ballot» (attrape-les par le bulletin). Une référence explicite à la phrase prononcée par Donald Trump , «grab them by the pussy».  L'objectif serait de convaincre les éventuels abstentionnistes à voter lors des prochaines élections de mi-mandat.


Les modèles ont été choisies pour représenter au mieux la diversité, que ce soit par leur âge, leur physique, ou encore leur couleur de peau.

Le hashtag #GrabThemByTheBallot s'est placé parmi les tendance de Twitter, mais ne l'a peut-être pas été pour les raisons souhaitées car ce sont surtout des commentaires négatifs qui ont été enregistrés.

Cette idée n'est pas nouvelle.

Elle est celle qui guide l'action des Femen, dont la 1ere manifestation date en France de 2012

mais auparavant des femmes politiques tchèques avaient édité un calendrier dans lequel elles posaient très déshabillées. J'avais fait un billet sur le sujet en 2010

Des femmes polonaises qui avaient crées un parti avaient également posées nues sur leurs affiches. Leur argument était que "Cette affiche a pour but de briser les stéréotypes du monde anachronique de la politique, où dominent le plus souvent des hommes renfermés dans leur costumes cravates noirs. Nous, nous sommes belles, nues, fières. Nous sommes vraies, sincères dans l'âme et le corps. Ce n'est pas de la pornographie, ça n'a rien à voir avec le sexe, nos visages sont intelligents, préoccupés, fiers. Nous n'avons pas les lèvres entrouvertes ni les yeux fermés.


Il ne semble  pas que la technique soit particulièrement efficace si l'on en juge par les résultats aux élections. Certes, à plusieurs reprises une femme a été première ministre en Pologne, mais aujourd'hui le gouvernement polonais compte 6 femmes pour 16 hommes.  Et le sujet de l'IVG reste fragile.

Même l'austère Angela Merkel avait montré un très avantageux décolleté pour une affiche d'élection.


Je ne vois toujours pas en quoi cela pourrait inciter les électeurs à voter, ne pas voter ou choisir plutôt tel ou tel parti et il me semble même, mais c'est totalement intuitif, qu'une femme politique qui jouerait cette carte prendrait le risque d'une perte de crédibilité.

En même temps, si des personnalités de 1er plan, telles que Marlène Schiappa, Myriam El Khomri et Roselyne Bachelot ont pris la peine de réciter sur scène une pièce aussi forte que "Les monologues du vagin", c'est bien dans le but de mettre en lumière les conséquences pour la moitié de l'humanité d'une différence physiologique. Il est important de ramener les choses à leur juste valeur : si les femmes sont traitées comme des êtres de seconde zone, c'est bien à cause de cette différence génitale. Différence dont les femmes qui posent sur ces affiches veulent se montrer fières. 

Le corps reste un enjeu majeur

Je crois que mon point de vue a beaucoup évolué sur ce sujet. J'étais très septique, voire critique lorsque sont apparues les Femen. Dans un monde où l'attention envers les femmes se portent sur leur corps plutôt que leurs propos, je trouvais maladroit d'en faire un argument électoral car il me semblait que le terrain à conquérir en priorité était celui du pouvoir, qui se gagne par la parole.

Je pense toujours bien sûr que le pouvoir est conquérir, mais depuis 2010 ou 2012 beaucoup de choses ont changé. Ce que l'on pourrait appeler la "contre révolution masculine" a pris de l'ampleur. Partout dans le monde des hommes politiques, des groupes, assument et prônent des idées visant à limiter les libertés des femmes et à les renvoyer à leurs fonctions biologiques. Il importe de ne pas redevenir la moitié invisible de l'humanité et de revendiquer notre place et notre différence. Cela passe par la liberté du corps.

Par ailleurs, je vois dans ces photos un rappel à ce qu'est l'être humain : fait de chair et de sang, fragile, mortel, à comparer avec ceux qui dirigent le monde et semblent des clones invulnérables.