Les femmes politiques : Agnès Buzyn

Les nouvelles news l'ont noté : on ne voit plus guère de femmes politiques prendre la parole, ni au gouvernement, ni à l'Assemblée nationale. Au gouvernement la seule qui arrive encore à faire entendre sa voix est Marlène Schiappa. Respect ! Même Sibeth N'daye se fait beaucoup moins présente. On ne va cependant pas s'en plaindre.

Pourtant Muriel Penicaud qui dirige le Ministère du Travail, essentiel en ce moment, aurait tout autant sa place dans les médias que le Ministre de l'Education Nationale, même chose pour Elisabeth Borne car l'organisation de transports sera l'une des clés du déconfinement. Mais c'est son secrétaire d'Etat que j'ai vu hier à la télé.

Je veux revenir sur les cas de 2 femmes qui ont brillé ces derniers mois par leurs errements. Agnès Buzyn et Sibeth N'daye semblent illustrer le propos célèbre de Françoise Giroud "La femme sera vraiment l'égale de l'homme le jour où, à un poste important, on désignera une femme incompétente."

Sont-elles plus incompétentes que des hommes ? Ou le fait d'être une femme modifie-t-il leur action, et la perception que nous en avons ?

Commençons par Agnès Buzyn. Je parlerai de Sibeth N'daye dans un prochain billet.

Un CV impressionnant

Médecin  hospitalière, elle a, à partir de 2008, accédé à des responsabilités au sein d'institutions publiques liées à la santé et au nucléaire : présidente du conseil d'administration de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (2008-2013), membre du Comité de l'énergie atomique du Commissariat à l'énergie atomique (2009-2015), membre du conseil d'administration (2009), vice-présidente (2010) puis présidente de l'Institut national du cancer (2011-2016), présidente du collège qui dirige la Haute Autorité de santé (2016-2017). (source Wikipédia).

Elle a donc à la fois une expérience en médecine et une expériences en institutions publiques. Autant dire qu'elle était plus que légitime pour être nommée Ministre des solidarités et de la santé. Ministère qu'elle a quitté dans les conditions que l'on sait. Elle a cependant l'inconvénient personnel de ne pas avoir de carrière politique, de n'avoir jamais eu de mandat électif et de ne pas avoir de réseaux politiques autres que ceux de la Macronie. De plus ses réseaux semblent plutôt liés à la personnalité de ses époux : le premier était l'un des fils de Simone Veil, le second dirigeant de l'INSERM et cela l'a considérablement affaiblie. Reste à savoir ce qui se serait passé si elle avait été un homme dont la femme occupait un poste gênant (aucun exemple ne me vient mais si vous en avez je suis preneuse).

Des postes masculins et féminins

Si ce gouvernement est paritaire depuis le début, l'attribution des postes est loin de l'être. Il y a déja plusieurs décennies que les ministres de la solidarité sont des femmes. La première fut Simone Veil nommée par Valérie Giscard d'Estaing en 1974, François Mitterand dès son élection choisit une femme Nicole Questiaux, puis Georgina Dufoy. Passons sur les "juppettes" qui ne sont restées que quelques mois. Il y a eu ensuite Martine Aubry, Elisabeth Guigou. Avant Agnès Buzyn le poste avait été occupé par Roselyne Bachelot puis Marisol Touraine.

Comme chacun sait la santé, la solidarité sont des sujets plutôt féminins.

Si on fait la même recherche pour le poste de ministre de l'économie on ne trouve qu'une femme : Christine Lagarde en 2007. Comme chacun sait l'économie est les finances sont des sujets masculins. Et comme chacun sait on attribue plus de valeur au masculin qu'au féminin. Donc une femme ministre de la solidarité n'a donc pas exactement la même valeur symbolique qu'un homme ministre de l'économie.

Etre écoutée

Dans ses propos du 16 mars, une chose m'a frappée. Elle dit : "Je pense que j’ai vu la première ce qui se passait en Chine : le 20 décembre, un blog anglophone détaillait des pneumopathies étranges. J’ai alerté le directeur général de la santé. Le 11 janvier, j’ai envoyé un message au président sur la situation. Le 30 janvier, j’ai averti Edouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. Je rongeais mon frein »,

Elle a alerté tout le monde. Déja je trouve curieux qu'elle alerte le directeur de la santé, il me semble que cela aurait du être l'inverse, mais je m'interroge surtout sur le fait que ses alertes n'ont pas suscité la moindre réaction. Elles ont été réelles puisque E Macron lui-même a confirmé ses dires. "On comprend que quelque chose de grave se passe en Chine, au début du mois de janvier, mais on n'en connaît pas la nature. Quand je dis 'on', je parle d'Agnès Buzyn, qui voit tout de suite le risque, car elle a une expertise sur le sujet."

Mais alors pourquoi ne la prenait-on pas au sérieux ?

On peut se poser la même question en regardant ce reportage de l'une de ses visites dans un hopital. Personne ne tient compte de ce qu'elle dit.

Il faut dire qu'elle parle d'une voix douce et qu'elle ne montre aucun signe d'autorité. D'ailleurs lorsqu'on cherche des vidéos la montrant on tombe sur une très grande majorité de vidéos relatant ses visites dans des hopitaux, et c'est plutôt la médecin qui apparait, pleine de sollicitude pour les patients.

Par contre lorsque des soignantes critiquent la gestion de l'hopital  elle répond d'une moue méprisante et bien peu ministérielle, le genre de geste qui peut faire s'effondrer toute impression de leadership.

Enfin on trouve de nombreuses photos de ses larmes : lors de la passation de pouvoir du Ministère à Olivier Veran et lors de ce fameux entretien. On peut comparer avec les images de Benjamain Griveaux dans une situation extrêmement pénible, certes on peut voir qu'il est défait lorsqu'il annonce son retrait de la course à la Mairie de Paris, mais pas de larmes et aucune autre image  sur google affichant des émotions.

Il est vraisemblable que lorsqu'on fera le bilan de l'action ministérielle d'Agnès Buzyn on n'y trouvera pas de grandes actions politiques. Et je ne parle pas du bilan catastrophique des derniers mois. Il me semble surtout que ce qui lui a manqué c'est un sens politique et la volonté de peser sur des décisions qui semblent avoir été prises plus haut. Le fait d'être une femme n'aide pas mais n'explique pas tout.