C'est le titre d'une tribune de Najat Vallaud Belkacem publiée par Libération et visible en principe sur le blog du ministère. (je dis en principe car il ne l'est pas encore à l'heure où j'écris ce billet)

Petit rappel des faits pour celles et ceux qui n'auraient pas suivi. Vous pouvez aussi aller voir sur les nouvelles news qui en avaient parlé il y a quelques semaines.

Les directeurs des centres dramatiques nationaux sont nommés par le ministre de la Culture pour 3 ans, à l'issue d'une procédure parfaitement réglementée, et la règle prévoit qu'ils n'effectuent pas plus de 3 mandats, 4 exceptionnellement.;

Il se trouve qu'en 2013 et 2014 de nombreux mandats de directeurs de CDN arrivent à leur terme et que la ministre de la culture a opté pour un renouvellement, refusant de maintenir certains directeurs et précisant qu'il était temps d'en profiter pour insuffler davantage de diversité dans les profils et de parité. Non parité dénoncée par un rapport tout à fait officiel en 2009. Car le plafond de verre est une réalité dans la culture  "88 % des centres dramatiques nationaux sont dirigés par des hommes ; 3 % des concerts ou spectacles sont dirigés par des femmes, et 20 % des textes joués au théâtre sont écrits par desfemmes. Pourtant les femmes constituent plus de la moitié des élèves des conservatoires nationaux."

Levée de bouclier des directeurs concernés (ce que l'on peut comprendre) et de leurs amis. Il faut dire que les notables de ce milieu, profitant de leur visibilité ne sont jamais avares de pétitions et manifestations d'indignations diverses. N'hésitant pas à faire passer pour de la grandeur âmes ou de nobles combats  ce qui n'est que défenses de leurs intérêts bien compris. Sont donc montés aux créneaux pour les défendre, entre autres, Frédéric Mitterand, Christian Estrosi ou Philippe Caubère. Points communs  de ces interventions : 1/ elles remettent en cause les compétences et la légitimité de la ministre, 2/ elles dénoncent la nomination préférentielle de femmes au motif que, bien entendu, c'est la compétence qui doit être privilégiée plutôt que le sexe.  car, comme le dit NVB dans sa tribune "Certains, certaines voudraient nous faire croire que cette situation est justifiée par les mystères insondables du talent et du génie humains qui, comme chacun le sait, se trouvent si imparfaitement et si injustement répartis entre les sexes depuis toujours…"

Télérama, est même allé, dans un soudain élan protecteur, jusqu'à craindre que "Nommer des femmes encore peu préparées à diriger une maison pourrait nuire à leur carrière pour longtemps…". Télérama suppose donc qu'il n'existe dans la culture aucune femme compétente et à même de diriger un grand théâtre. 

Cette affaire est finalement plutôt pénible, tempête dans un verre d'eau, elle est surtout l'occasion d'entendre une fois de plus les aptitudes des femmes dénigrées et leur légitimité à occuper certains postes contestée. Enfin ! ça nous a aussi permis de lire la tribune d'Ariane Mnouchkine qui rappelle que "Depuis des siècles, d'innombrables fois, on a nommé à d'innombrables postes, d'innombrables hommes incompétents. Alors, même si, aujourd'hui, parmi toutes celles qui vont diriger ces entreprises avec humanité, courage, force et talent, le respect de la parité laisse accéder à la direction d'une institution théâtrale une femme qui se révèle sans vocation réelle, cela ne me paraîtra pas justifier ce remue-ménage ni ces cris d'orfraie."