J'ai assisté lundi à une projection en avant première de La
Domination masculine, film qui sortira en salle le 25 novembre.
J'étais avec Trublyonne et Luciamel et bien contente de pouvoir échanger avec elles à la
sortie, parceque troublée.
Comment dire ?...Tout d'abord, je me suis ennuyée, commençant à jeter des
coups d'œil à ma montre au bout d'1H, mais surtout j'ai senti monter en
moi au fur et à mesure de l'avancée du film un fort sentiment de
malaise.
Qu'un film grand public (UGC a participé à son financement) expose au grand
jour la domination masculine voila pourtant qui ne pouvait que me réjouir.
Qu'on y montre que les femmes attendent encore un homme fort et protecteur ,
que les livres d'enfants font la part belle aux stéréotypes (même si les livres
choisis étaient déjà anciens pour la plupart comme j'ai pu le vérifier dans le
générique de fin), que les mannequins des magazines sont toutes photoshopées et
ont des mensurations tout simplement improbables, qu'il n'y a que peu de femmes
au Parlement, que les jouets sont sexistes etc.... je dis bravo.
Qu'on y montre que la violence est le quotidien de nombreuses femmes et que
certaines en meurent , qu'on montre toute l'horreur de ces situations je dis
bravo même si je ne suis pas certaine qu'il fût utile de montrer tous ces bleus
et blessures en gros plan.
Qu'on donne la parole à des féministes québécoises qui expriment leurs
inquiétudes quant à l'avenir en constatant non pas une évolution positive mais
une régression dans la situation des femmes, ça change du discours ambiant et
c'est très bien.
Mais qu'on y entendent pendant de longues minutes les exposés détaillés de
ce que pensent les masculinistes Québécois je m'interroge. Leurs propos sont
caricaturaux comparant par exemple le féminisme au fascisme, au nazisme ou au
stalinisme (et d'ailleurs à plusieurs reprises la salle a ri à les entendre)
mais si ce mouvement à l'air actif outre atlantique, il est quasi inexistant en
France. Quel intérêt d'en parler sinon de susciter de l'indignation à bon
compte ? Du coup on ne sait pas ce que pensent les autres hommes du féminisme
ni des femmes.
Qu'on se scandalise du fait que certains au Québec cherchent à faire un
héros d'un fou qui a assassiné en 1989 14 femmes à l'école polytechnique au
seul motif qu'il haïssait les féministes, je comprends , mais il ne me semble
pas pertinent de vouloir faire de ces femmes des martyres du féminisme. Comme
dirait Elisabeth Badinter : "Fausse route".
Au final ce qui m'a vraiment dérangée dans ce film c'est l'image qu'il donne
des hommes. Ils apparaissent comme de grands enfants surtout préoccupés par la
taille de leur sexe (ou de leur voiture c'est pareil) lorgnant le corps des
femmes en buvant de la bière (ou du champagne au salon de l'auto) après s'être
approprié le pouvoir et les beaux rôles.
Le fil rouge du film est un tableau sur lequel sont apposées, toujours plus
nombreuses, des images phalliques : images de sexes, mais aussi d'objets
oblongs, de tours dressés.... Jusqu'à la nausée. Une stigmatisation facile des
mâles, qui manque de profondeur et d'analyse sur la façon dont fonctionnent les
rapports sociaux hommes/femmes et les moyens de changer.
Ce n'est pas ainsi que je perçois les hommes et ce n'est pas ainsi que j'ai
envie d'être féministe.
Pierre Bourdieu, éminent sociologue avait écrit en 1998 un livre intitulé
"la domination masculine" dans lequel il analyse les ressorts de cette
domination, j'ai lu sur le site
officiel du film que le titre n'est pas une référence à Bourdieu.
Effectivement on en est vraiment loin.

Un débat a suivi la projection du film, très intéressant, j'en
reparlerai.