A l'issue de la projection du film la domination masculine s'est tenu un
débat, de quoi faire plusieurs billets. Etait notamment présente Françoise
Héritier.
Françoise Héritier est une anthropologue reconnue,
elle a longtemps enseigné au Collège de France.
En quelques minutes elle a fait une synthèse de sa célèbre théorie
expliquant pourquoi les hommes ont instauré, dans toutes les
sociétés, une domination sur les femmes.
J'ai pris des notes en espérant vous faire un compte rendu clair et fidèle.
Succinct bien sûr, il faut lire Françoise Héritier.
Donc,
Seules les femmes font les enfants. Non seulement elles font des
enfants pareils à elles; des filles, mais elles font aussi des garçons alors
que les hommes sont dans l'incapacité de se reproduire eux mêmes. Et ce serait
l'une des peurs fondamentales des hommes : que les femmes arrêtent de mettre au
monde des garçons.
Pour maîtriser cette reproduction, il leur a fallu instrumentaliser les
femmes.
2 conséquences énormes à ce besoin des hommes de contrôler les femmes :
- les femmes sont devenues une ressource. Pour avoir des
fils les hommes s'échangent les femmes
- les femmes ne peuvent pas disposer de leur corps, sinon
il n'y aurait aucune possibilité pour les hommes d'être certains de leur
paternité et même de s'assurer qu'elles feront des enfants.
Pour les maintenir dominées il convient de les empêcher d'accéder à la
culture et bien sûr au pouvoir.
Le plus efficace pour cela est le dénigrement : elles sont
trop faibles, trop soumises à leurs états d'âmes, passives etc...
Et il importe de leur dénier toute responsabilité dans la reproduction.
Aristote les décrivait comme un réceptacle : une marmite dans laquelle se font
les enfants et F Héritier note avec ironie qu'en répondant à un enfant qui
demande comment on fait les bébés que "le papa met une petite graine dans le
ventre la maman" on ne fait que répéter la théorie d'Aristote. ( dire que mes
enfants sont ados et que je ne peux plus refaire leur éducation sur le sujet
!).
Depuis la nuit des temps nous reproduisons ce schéma.
Et comme il se trouve que Mathieu Vidart avait invité le lendemain
sur France inter 2 biologistes de l'évolution, Tatiana
Giraud et Pierre-Henri Gouyon, qui se sont référés à Françoise
Héritier, je complète avec leurs propos. Et je jure que je ne fais que recopier
ce qu'ont dit ces chercheurs de haut niveau
.
Le thème en était "Espèces sexuées et espèces asexuées". Les chercheurs
observent de multiples formes de reproduction et cherchent à comprendre comment
ces différentes modalités ont été favorisées par la sélection naturelle.
Dans la plupart des espèces sexuées, les femelles assument seules la
reproduction et du coup on est en droit de se demander à quoi servent les mâles
. La femelle jette la moitié de ses gênes pour mettre ceux du mâle à la place.
Or pour les évolutionnistes un individu qui met ses gênes dans un autre et lui
laisse faire le travail pour les reproduire est un parasite, donc d'une
certaine façon on peut voir les mâles comme des parasites des femelles.
Logiquement ils se demandent pourquoi les femelles se laissent ainsi
parasiter plutôt que de se débrouiller pour faire des petits seules par
parthénogenèse (c'est à dire avec leurs seules cellules). D'autant plus qu'en
produisant des garçons et des filles, les femelles divisent leur reproduction
par 2 à chaque génération puisque seule une moitié de leur descendance
procréera à son tour, en 20 générations des femelles qui ne produiraient
que des femelles auraient 1 millions de fois plus de descendants.
On connait la réponse, le mélange diversifie les gènes et permet notamment
de mieux lutter contre les virus qui mutent eux à très grande vitesse.
Ils ont également évoqué la différence de taille et le fait que les femmes
soient statistiquement plus petites que les hommes.
Habituellement les mâles sont plus grands, plus forts que les femelles dans les
espèces où ils doivent combattre des concurrents avant de pouvoir copuler. Ce
n'est plus le cas chez les humains. Alors pourquoi les femmes y sont elles plus
petites ? D'autant plus qu'on sait que la taille est corrélée avec la largeur
du bassin et que la mortalité en couche est bien moindre pour les femmes plus
grandes. La sélection aurait donc du se faire en faveur des femmes
grandes.
Pas de réponses mais des hypothèses :
- les hommes préfèrent choisir des femmes plus petites pour mieux les
contrôler
- dans toutes les sociétés les hommes ont toujours limité la nourriture des
femmes et les femmes grandissant dans un contexte de pénurie plus important ont
été sélectionnées pour se suffire de ressources moindres.
Je vous invite à écouter cette émission disponible encore quelques jours sur
le site de France inter.
En rapportant tout cela, Je ne cherche pas à démontrer quoi que ce soit et
n'y connaissant rien je ne fais que résumer ce que j'ai entendu. Je trouve
juste passionnant d'essayer de comprendre comment ont pu s'instaurer nos
rapports sociaux.
Pour mieux les déconstruire.