Il y a une question que j'ai posée à Alain Minc lors de notre rencontre chez
Vendredi-info qu'aucun des blogueurs
ayant commenté cette interview
(que vous pouvez écouter en intégralité chez
Dagrouik) n'a reprise.
Je l'avais quant à moi réservée pour un billet spécifique, que voici
donc.
Je lui ai demandé ce qu'il pensait de l'endogamie des classes dirigeantes et
du fait que l'on trouve très majoritairement dans les lieux de pouvoir des
hommes, blancs, de plus de 50 ans.
Il a zappé le premier item, qui aurait pourtant du l'inspirer lui qui se
proclame marxiste, il a été beaucoup plus prolixe sur la suite et notamment la
parité homme/femme.
De son point de vue "c'est en train de bouger". Il est favorable aux mesures
de discriminations positives mais il a quand même pris la peine de préciser que
si il s'était opposé aux lois sur la parité c'est parce qu'elles avaient "un
coté idéologique" en attribuant les différences entre les hommes et femmes à la
nature.
Pour lui c'est plié , il a pu le constater , à la sortie des grandes écoles
de commerce les filles "en veulent plus elles bossent plus et quand vous voyez
la génération des grandes écoles de 30 ans, dans 20 ans le pouvoir il est aux
femmes", Constat d'un optimisme béat à mon avis, parceque si il est exact que
les choses progressent c'est de façon lente. Il y a toujours beaucoup moins de
filles que de garçons à Polytechnique ou à l'ENA (mais l'ENA c'est fini dixit
Minc) et pour l'instant les carrières des hommes et des femmes restent inégales
à diplômes équivalents.
Il raconte même une histoire édifiante : une banque, le crédit mutuel,
avait fait une campagne de recrutement blind, en ne faisant pas apparaitre le
sexe des candidats. Une fois les choix effectués, les dossiers sont ouverts et
l'on s'aperçoit alors qu'ils comptent 80% de filles et seulement 20% de
garçons. Les résultats ont donc été légèrement modifiés pour arriver à 40%
d'hommes. (l'histoire ne dit pas si la même banque a mis autant de soin au
rééquilibrage de ses équipes dirigeantes).
Sa conclusion est la suivante, et c'est d'ailleurs
le thème de l'une des fables de son dernier ouvrage.
"Il y a une catégorie qui va payer, c'est le jeune mâle blanc, si on fait
vraiment la parité d'une part et que vous favorisez la diversité d'autre part
il y aura une génération perdue, c'est la leur".
J'ai essayé de comprendre : en quoi les jeunes hommes blancs
seraient-ils sacrifiés ?
Certes, ils ne vont pas bénéficier des mêmes privilèges que leurs ainés qui
se sont attribué la totalité des postes de pouvoir. Mais c'est seulement un
juste rééquilibrage des choses puisque ce sont en réalité les femmes à qui ces
mêmes postes ont été confisqués depuis la nuit des temps qui étaient jusqu'à
présent sacrifiées .
Une chose m'a pourtant intriguée suite à cette rencontre, c'est que les 2
blogueurs présents appartenant à la catégorie jeunes mâles :
Autheuil et
Nick Carraway font tous les deux preuves d'un antiféminisme que je
n'hésiterai pas à qualifier de primaire. Ils sont (c'est juste un exemple)
récemment montés au créneau de façon virulente contre la progression des blogs
féminins dans wikio et je me demande finalement si il n'y a pas pour eux l'idée
d'une menace confuse et en tout cas clairement un refus de la parité qui ne
pourrait se faire qu'au détriment de la qualité (forcément !!). Difficile
cependant d'en faire une généralité, à eux deux ils ne constituent pas un
échantillon statistique.
Cela m'a fait penser à cet article de Sciences
humaines et cette phrase de l'historien de la violence Robert Muchembled
"Les sociétés européennes ont toujours exercé une pression sur les jeunes mâles
en leur demandant d’attendre leur tour pour les remplacer (le plus tard
possible !),...". Et j'y vois un début d'explication.
Vous vous souvenez peut être
de François Fillon déclarant qu'il fallait intégrer et former de jeunes femmes
au sein des appareils des partis politiques, comme si il n'existait pas de
femmes compétentes parmi celles de sa génération. Ça promet la parité dans 15
ans et surtout ça ne lui créée pas une concurrence directe. J'avais déja
évoqué
ici l'étonnant constat qui veut que tous les représentants de la diversité
au Parlement soient en réalité des femmes. Les vieux mâles s'arrangent pour
faire porter aux autres les contraintes de la diversité et de la parité. Les
partis politiques, dont ils détiennent encore l'essentiel du pouvoir, préfèrent
payer des amendes plutôt que les démettre au profit d'autres catégories
sociales. Et vous avez certainement remarqué que lorsqu'ils promeuvent des
femmes ce sont souvent des femmes plus jeunes qu'eux, la parité ils sont pour
mais pas pour leur génération à eux.
Ce qui risque d'arriver à ces jeunes mâles serait que les filles de leur
génération progressent plus rapidement qu'eux. Mais leur tour viendra, ils ne
seront pas sacrifiés, et qu'ils se rassurent ils restent pour l'instant bien
davantage visibles que
leurs consoeurs.